Inprecor 1974–2004

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CHINE

L'ultime bataille des vieux chefs ?

· Inprecor n° 353, 22 mai 1992 · p. 11-13 · 3 205 mots

Chine Allemagne Économie mondiale Syndicalisme

mouvement étudiant et populaire, rien n'est encore joué en Chine. Les comptes ne sont pas apurés ; les vainqueurs sont moins triomphants que jamais ; ce sont

Inprecor n° 349 du 27 mars 1992). Ceux d'en bas, les révoltés de 1989, sont paradoxalement, la remontée en force des réformateurs ; un terme qui ne veut économiques et sociales, tout autant que de préserver une continuité politique, pétitivité internationale (des centaines de milliers d'emploi sont menacés chez Opel, Daimler-Benz, BMW, Siemens, Bosch, Volkswagen, Moehst, Lufthansa, etc., et l'offensive pour la "toyotisation" des méthodes de production est enclenchée). L'arrière-fond de tout cela est, bien entendu, l'énorme déficit budgétaire (en 1991 : 923 milliards de DM), résultant du coût exorbitant de l'unification allemande.

La fin d'une époque

Qui va payer tout cela ? Cette grève acharnée et aigre n'est qu'« une première escarmouche dans une longue bataille entre le gouvernement, l'industrie et les travailleurs autour du partage de l'addition de la réunification » (1). Que la bureaucratie syndicale la plus forte et la plus intégrée du capitalisme développé se comporte d'une manière aussi peu conforme à sa tradition n'est pas le résultat d'une pression impétueuse de sa base, mais la réussite de sa prise de conscience qu'une page de l'histoire allemande est en train de se tourner avec une rapidité et une brutalité surprenantes. En novembre 1989, le Mur tombe, le capitalisme gagne. En décembre 1990, Kohl triomphe aux élections parlementaires. En 1991, le miracle économique allemand joue la locomotive pour le capitalisme mondial : c'est l'euphorie. Fin 1991, la récession s'enclenche. Début 1992, Kohl est défait. Son gouvernement risque d'être renversé à court terme. Le départ de Gensher y invite, tout en préparant la solution parlementaire. Le Parti social-démocrate (SPD) est ouvertement candidat au pouvoir.

Une montée ouvrière sans précédent est en cours. Déjà le record de l'après-guerre des journées de grève est en voie d'être battu — 5,6 millions en 1984. Les exigences des métallurgistes, des imprimeurs, des travailleurs du commerce de détail, et de ceux du bâtiment rencontrent, pour le moment, un barrage patronal qui pousse à l'affrontement.

Après les sidérurgistes, les banques, et les services publics, une troisième vague, plus puissante encore, tiendra-t-elle l'Allemagne et l'Europe entière en haleine ? *

14 mai 1992

1) International Herald Tribune du 8 mai 1992.

L'ultime bataille des vieux chefs ?

Trois ans après les sanglants événements de Tiananmen et la répression du plutôt leurs adversaires dans le Parti qui ont le vent en poupe, solidement épaulés par un Deng Xiaoping toujours aussi redoutable tacticien (voir silencieux ou réprimés ; certains, lorsqu'ils ont des liens avec ceux d'en haut, se lancent dans les affaires. Ce sont les indéniables succès de la gestion économique qui favorisent à la fois la (relative) "paix sociale" et, d'ailleurs plus dire grand-chose tant il s'agit de préparer les mutations ou plus exactement d'assurer la reconversion d'une partie de la bureaucratie

"communiste".

Roland LEW *

AU SOMMET, dans les hautes sphères de l'appareil et de l'Etat, c'est toujours le mouvement perpétuel de balancier. Actuellement, Deng Xiaoping, par une offensive rapide et résolue, vient d'imposer la reprise d'un cours ouvertement favorable aux "réformistes", on pourrait dire au parti du changement : un projet qui apparaît de plus en plus pour ce qu'il est, la transition vers une sorte de capitalisme d'Etat, favorable aux initiatives privées, ouvert vers l'extérieur et piloté d'une poigne ferme (en principe !) par un pouvoir central toujours tenu en main par les "communistes" — qui finiront sans doute, en cas de succès de l'opération, par prendre un autre nom.

Commencée par une visite de Deng, en janvier 1992, dans les provinces du Sud les plus engagées dans la réforme, l'offensive s'est poursuivie, à partir de mars, par une large et plutôt inhabituelle action médiatique en vue de forcer la décision face à un appareil central pour le moins réticent.

La fragilité de la situation est révélée, comme le dit le quotidien Le Monde, par le fait que « le succès de la nouvelle offensive demeure lié à l'état de santé de Deng Xiaoping », et l'on pourrait ajouter de ses adver-

CHINE saires (1). Il y a quelque chose de proprement inquiétant et de passablement grotesque dans le constat que l'avenir, et même le quotidien, de plus d'un milliard d'individus, dépendent de l'étonnante survie de quelques vieillards.

De constater que Deng est parti à l'assaut parce que, probablement, il ne lui reste plus beaucoup de temps, et, dit-on, parce que nombre de ses adversaires ne sont plus en état physique de réagir.

Les "succès" de Deng

De savoir si, à près de 88 ans, Deng tiendra jusqu'au prochain congrès du Parti communiste chinois (PCC), prévue en octobre 1992 ; s'il bénéficie, comme on le dit, de l'appui de Peng Zhen, 90 ans cette année, et de Bo Yibo, autour de 85 — deux dirigeants considérés pourtant comme conservateurs. Ou, plus important encore, s'il a vraiment dans sa manche Yang Shangkun, actif président de la République populaire chinoise (RPC) — autant que faire se peut à 85 ans —, l'un des principaux organisateurs de la répression de 1989, mais qui compte surtout comme personnalité influente dans l'armée, cette pièce-maîtresse dans le futur processus de succession.

Et enfin, question qui tient en haleine tout un peuple : Deng survivra-t-il à son

* Roland Lew est enseignant à l'Université libre de Bruxelles, spécialiste de la Chine. Voir, entre autres, son dernier article paru dans Inprecor n° 333 du 21 juin 1991.

1) Voir Le Monde, 22 avril 1992.

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CHINE redoutable rival, le chef de file des conservateurs, Chen Yun, 87 ans — ce qui est possible compte tenu de la santé défaillante de ce dernier. A moins que ce ne soit l'inverse. Peut-on jamais savoir à propos de quasi nonagénaires !

Bien sûr, cette comptabilité des survivants, ce voyeurisme de toute une population, comme des observateurs dans le monde, détaillant l'allure, la décomposition physique de patriarches au bord du néant, a quelque chose de macabre, sinon d'obscène. Cet état de choses dit en tout cas l'essentiel, qui rappelle la fin de la période Mao : la coupure totale entre un pouvoir, ressenti comme quasiment d'"ancien régime", et l'ensemble de la société, y compris une bonne partie des cadres du PCC.

Le "dragon" chinois

Mais ce que l'on voit est-il vraiment décisif ? Deng vient-il de remporter une importante victoire contre les conservateurs seulement par son habileté, au demeurant indiscutable ? Pas vraiment. Ce succès, sans doute pas définitif, il le doit à la formidable pression de la société, à la puissance des secteurs de l'appareil qui soutiennent la "réforme" et qui veulent abolir le gouffre existant entre une société chinoise, qui a déjà profondément changé, et un pouvoir monopolisé par un appareil sclérosé et même pétrifié, usant, de plus, d'un discours idéologique absolument sans prise sur le pays réel. Bien plus, une grande partie des cadres du PCC sont déjà loin dans un processus de recon-

L'habileté manœuvrière de Deng est certes indispensable à la réussite du courant "réformiste", mais pas plus, plutôt moins que le poids des faits : ce qui résulte des transformations considérables que le pays a connues.

La bataille au sommet est de plus en plus féroce ; elle est encore ouverte, incertaine ; d'autant plus acharnée que le courant conservateur se bat le dos au mur : maître de nombre de structures de commandement au niveau central, à la tête du gouvernement et de l'appareil de propagande, il est souvent, en revanche, impuissant dans les profondeurs du pays, contré par les autorités provinciales qui règnent en maître dans les régions. Ces pouvoirs régionaux et locaux, même quand ils ne sont pas favorables au contenu effectif des "réformes" , c'est-à-dire au capitalisme de moins en moins rampant, de plus en plus affiché, craignent pourtant les tendances recentralisatrices du Premier ministre Li Peng. Sans parler des provinces, comme celle du Guangdong, de sa capitale Canton, ou le Zhejiang, devenues de grandes zones franches de capitalisme, pour ne pas dire des lieux franchement capitalistes.

Les conservateurs peuvent encore gagner des batailles, et notamment celle de l'âge — nécessairement pour une courte durée —, voire exercer un redoutable pouvoir de nuisance ; mais ils ont tout le courant d'une période contre eux ; et ils n'ont, de toute façon, pas de projet propre, pas de véritable soutien dans les forces dynamiques

Il semble même qu'ils aient perdu l'appui de l'armée. Pour obtenir ce résultat, Deng a dû payer le prix fort d'une augmentation importante du budget militaire, qui n'a aucune justification dans le contexte international. Mais Pékin vaut bien quelques cajoleries pour amadouer des militaires, les véritables arbitres de la situation.

Il peut sembler étonnant que l'équipe de Li Peng soit à ce point en piteux état, alors que le bilan de sa gestion économique est loin d'être négatif. Si le cours de l'économie n'est pas encore stabilisé, si les maux du passé sont toujours présents, l'économie chinoise s'en est mieux sorti que prévu ces trois dernières années, à la surprise des observateurs étrangers. La situation est et restera fragile, mais, pour l'heure, la Chine fait partie des "dragons" d'Asie qui avancent vite : 6 à 7 % de taux de croissance par an — 7 % en 1991, 10 % pour le premier trimestre 1992. Plus inattendu encore, le pouvoir a pu fortement réduire l'inflation 2 % en 1990 et 3 % en 1991 contre 18 % en 1989 — ; ce qui prouve, en tout cas, une maîtrise de la politique macro-économique et donc une certaine capacité à se faire obéir, ce qui n'était guère évident, il y a

Mais si l'on regarde de plus près ces résultats positifs, on constate qu'ils expriment, en fait, des victoires des adversaires de l'équipe Li Peng. Lutte contre l'inflation, politique d'austérité : il s'agissait d'une nécessité reconnue par tous les courants du Parti et appliquée depuis 1988. Mais, pour le reste, la logique de recentralisation, voire de recollectivisation partielle dans les campagnes prônée par Chen Yun ou Li Peng, s'est heurtée à une résistance farouche et victorieuse, au rassemblement d'une alliance irrésistible entre nouvelles forces économiques des campagnes et des villes, cadres régionaux attachés — y compris matériellement - à leur autonomie difficilement conquise, et, enfin, paysans opposés à toute recollectivisation même limitée — il ne s'agissait pas de revenir aux années 50, et certainement pas de rétablir les communes populaires —, alliance appuyée par Deng et un nombre important de hauts cadres.

Non-respect de puissance économique

En fait, après 1989, la Chine a continué à s'ouvrir économiquement sur le monde. Bien plus, elle a pratiqué avec succès une politique agressive d'exportation de produits de faible technologie : les exportations ont doublé entre 1985 et 1990 — alors que les importations ont été sévèrement réduites, politique d'austérité oblige. Plus frappant encore, le solde commercial est devenu positif en 1990 et 1991 - une bonne dizaine de milliards de dollars — ; la Chine est, après le Japon, le pays le plus excédentaire dans le commerce avec les Etats-Unis — solde positif de 11,5 milliards de dollars, en 1990 Ce solde est une source de tensions avec Washington bien plus sérieuse que la question des droits de l'homme non respectés en Chine : un grave crime de non-respect de la puissance économique et des milieux d'affaires américains. Or, cette politique commerciale, visant à occuper des créneaux de basse technologie abandonnés par des pays d'Asie comme Singapour, Taiwan ou la Corée du Sud, avait été proposée par Zao Ziyang, l'ancien secrétaire général du PCC, réformiste éliminé au printemps 1989, et marque une victoire a posteriori de ce chef déchu. Et, constat plus accablant pour l'équipe Li Peng, l'essentiel de la croissance économique provient du secteur non étatique : des entreprises privées à la campagne et à la ville, des secteurs coopératifs, mixtes et collectifs — en fait largement privatisés.

Si les projets de développement économique, et notamment le plan quinquennal

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1991-1995, ont été l'objet de laborieux compromis entre réformateurs et conservateurs - ce qui montrait déjà que ces derniers n'étaient pas, malgré les apparences, les seuls maîtres du jeu —, les politiques effectivement mises en pratique, elles, allaient dans le sens de l'approfondissement de la réforme, c'est-à-dire de son dépassement, de l'entrée progressive de la Chine dans l'économie capitaliste mondiale, et de sa subordination à celle-ci. Le pouvoir, par la bouche de Deng lui-même, faisait y compris récemment son autocritique pour ne pas avoir permis plus tôt à Shanghaï, la grande métropole industrielle, de devenir un foyer capitaliste actif - une "zone économique spéciale" —, capable d'attirer des capitaux extérieurs.

"Chacun pour soi"

Il y a quelque chose de pathétique dans la volonté de la fraction de l'appareil, liée à la logique bureaucratique et centralisatrice, d'essayer de freiner un processus qui apparaît irrésistible, du moins en l'absence d'alternative, et surtout faute d'activité autonome des forces sociales populaires.

Car le pouvoir n'a pas seulement remporté des victoires économiques, sans doute provisoires mais précieuses pour un régime à ce point discrédité. Il a aussi réussi à briser, ou, mieux encore, à diluer la contestation. Les maux sociaux, l'indiscipline collective les zones d'insécurité dans les villes et les campagnes, la résistance ouvrière dans les entreprises, la désaffection des intellectuels, tout cela est aussi présent qu'il y a trois ans ; mais la contestation organisée a disparu. Et les actions clandestines semblent très limitées. C'est la période du "chacun pour soi". Le goût des affaires s'est emparé de certains contestataires, ou alors c'est le découragement. Ou bien encore, les intellectuels abandonnent de la politique, comme leur aînés l'avaient faite après les débuts désastreux de la le République (1912).

Les formes d'auto-organisation ouvrière d'une certaine ampleur se font toujours attendre. Il y a toujours un écart considérable entre la vivacité de la résistance ouvrière à la base, qui peut d'ailleurs être très corporatiste, et l'absence d'organisation ouvrière (syndicale ou autre) indépendante du pouvoir à une échelle significative. Il est vrai que la répression contre toutes les tentatives allant dans ce sens a toujours été immédiate et féroce, autrement plus systématique et déterminée que celle qui s'est abattue sur les intellectuels.

Cette relative maîtrise de la situation est sans doute temporaire, mais elle constitue un heureux répit pour un pouvoir qui semblait aux abois, et condamné à disparaître dans l'opprobre général. Les villes sont toujours frondeuses, plus indisciplinées que jamais, mais l'agitation y est économique, ou résulte des multiples activités que doit mener la population pour nouer les deux bouts. Ou encore, pour un nombre plus réduit de citadins, il s'agit de profiter du climat affairiste : on passe vite, dans la Chine d'aujourd'hui, de la révolte "jusqu'auboutiste" à la passion des affaires, de l'exaltation de la mission des intellectuels à la valorisa-

Quant aux campagnes, elles sont soulagées de constater l'échec des tentatives de ressocialisation — plus personne n'a osé parler ouvertement de recollectivisation ! Elles ont bénéficié d'un relèvement substantiel des prix agricoles, d'une récolte record — ceci étant lié à cela —, et d'une reprise de l'activité non agricole — l'important secteur de la petite industrie rurale avait beaucoup souffert de la politique d'austérité menée à partir de 1988, politique qui, depuis lors, a été allégée. Les campagnes ont gagné une certaine autonomie économique et de gestion de la vie quotidienne ; en échange, elles restent d'une grande docilité à l'égard

C'est cette allégeance, ce consentement sans approbation, non dénué de calcul, qui restent encore le grand atout du régime : la passivité politique des trois quarts de la population — le secteur rural — et la peur de l'instabilité sont les grandes armes du régime, plus encore que son armée — d'ailleurs composée de miliciens d'origine

Cela ne veut pas dire que tout soit rouge — ou, plus exactement, rose de plus en plus clair — pour le pouvoir en place. Tous les dangers sont présents : le pays est toujours menacé par de nombreux facteurs d'instabi-

Instabilité démographique : c'est une constante, on l'a dit et répété souvent en Chine et ailleurs. Instabilité économique : avec l'inflation qui redémarre — on parle de 5 à 6 % pour 1992, et peut-être plus — ; et une économie mixte, ou plus exactement bâtarde — capitaliste parasitée et étatique subventionnée — toujours en situation de déséquilibre.

Instabilité sociale aussi, avec ce pays-continent de plus en inégalitaire, où les périphéries, au sens social et géographique, sont laissées à l'abandon, ce qui provoque notamment des tensions croissantes avec les minorités nationales fortement répresentées dans les zones lointaines.

Instabilité politique enfin, on l'a dit, avec cette guerre de succession qui n'en finit pas et qui bloque la recherche d'espaces politiques nouveaux ; et ne peut s'ouvrir que sur un monde inconnu qui fait peur à tout un chacun en Chine et à l'extérieur.

C'est justement ce monde extérieur qui est un enjeu important, au point que l'équipe

CHINE Li Peng a multiplié les efforts pour briser l'isolement diplomatique, avec d'abord des succès limités, et puis, plus récemment, quelques belles réussites — notamment lors du voyage de Li Peng à l'étranger, même si certains de ses hôtes ne se sont pas privés de lui rapeller les graves problèmes des droits de l'homme dans son pays.

Mais l'essentiel est ailleurs : une Chine ouverte économiquement sur le monde ne peut se permettre d'être trop longtemps en dehors du jeu politique international, au moins au niveau de l'Asie. D'autant plus que la Chine, à l'heure de l'effondrement de l'ancienne Union soviétique, compte beaucoup moins sur la scène planétaire. Elle a cessé d'être indispensable aux Nord-Américains face à l'URSS, et le pays est en outre entouré d'un monde asiatique rempli de pays à la puissance montante, y compris cette chair de la chair chinoise qu'est Taïwan, dont on craint de plus en plus les tentations indépendantistes - indépendance actuellement soutenue par une minorité seudu monde extérieur

Pékin doit pouvoir rentrer dans le concert des nations, et jouer sa partition, défendre ses intérêts nationaux, et tout particulièrement répondre à la nouvelle donne issue de l'effondrement de l'ancienne URRS ; situation riche en possibilités inté ressantes — la perte d'un adversaire redoutable - et en dangers inédits - les effets centrifuges dans les provinces jouxtant les républiques islamiques de la Communauté

Pour toutes ces raisons, la Chine ne peut donc pas se confiner dans un splendide isolement. Et elle doit, et devra, payer le prix de son retour sur l'arène mondiale. Cet impératif ne favorise pas non plus l'équipe Li Peng, ni surtout ce dernier, symbole de la répression de 1989, l'homme le plus haï du pays, dont l'élimination à elle seule aurait valeur de symbole, et prouverait peut-être la volonté de changement plus que les récents succès remportés par Deng — aléatoires en fonction de la fragilité de la santé du vieux

Le régime s'est révélé plus résistant que prévu, plus souple aussi, plus pragmatique, et surtout désireux de maîtriser les changements et les éventuelles mutations. Qu'il puisse ou non y parvenir reste une question ouverte ; mais le socialisme réel chinois, lui, est à l'agonie, même si la mort clinique peut être retardée par la peur du chaos, par des manœuvres bureaucratiques ou l'étonnante longévité de quelques personnages historiques. *

7 mai 1992

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