Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

Vive la grève !

· Inprecor n° 353, 22 mai 1992 · p. 10 · 1 028 mots

Allemagne Syndicalisme

qu'elle aura dû mal à faire accepter le compromis à sa base, à l'exemple de ce

Vive la grève !

L'accord signé in extremis, dans la nuit du 17 au 18 mai 1992, entre le puissant syndicat de la métallurgie allemand, IG-Metall, et le patronat, dans la région du Bade-Wurtemberg, a écarté la menace d'une grève générale de la métallurgie, prévue pour le 25 mai au matin. Entre la hausse des salaires et le relèvement des primes, l'augmentation totale atteindra 5,8 % pour 1992. Le ler avril 1993, les salaires augmenteront à nouveau de 3 % et les primes de

5 %.

Même si la direction de l'IG-Metall semble satisfaite du résultat, il est probable qui s'est déroulé dans la fonetion publique, où les syndiqués ont rejeté majoritairement — 51 % contre 40 % — l'accord signé entre la direction du syndicat de la fonction publique (ÖTV) et les représentants du gouvernement

Kohl, mettant fin à la grève du secteur public (voir Inprecor n° 352 du 8 mai

1992). Le chancelier Kohl est sorti provisoirement d'une situation inconfortable. Pour combien de temps encore ?

François VERCAMMEN

DEFAITE pour le gouvernement, victoire donc pour les travailleurs ?

Reste à voir. Le pré- accord, accepté par la

Commission nationale du syndicat de la fonction publique et des transports

(ÖTV), par 98 pour et 25 contre, comprend les dispositions suivantes : une augmentation des salaires de 5,4 %, dès le ler mai pour les bas et moyens salaires, et dès le ler juin pour les hauts salaires. Il y aura une prime unique de 750 deutsch marks (DM)

pour les bas salaires, de 650 DM pour les salaires moyens ; les hauts salaires ne toucheront rien sur ce plan. Il y aura une prime spéciale de vacances de 200 DM. Il faut se rappeler que cette convention collective sera renégociée dès le début 1993, l'Allemagne ne connaissant aucune indexation des salaires sur les prix.

Les directions syndicales parlent d'une grande victoire pour deux raisons : d'abord, l'ensemble des augmentations (qu'elles chiffrent à 6,2 % ; les pouvoirs publics, de leur côté parlent de 5,1 %) se situe clairement au-dessus des 4,8 %, barre "infranchissable"

du chancelier Kohl ; ensuite, parce qu'il y a une "forte composante sociale", en favori-

ALLEMAGNE sant les bas salaires par rapport aux plus éle-

Mais une partie des travailleurs, dont l'ampleur réelle se mesure à l'issue du scrutin, considère le résultat final bien en deçà de leurs exigences initiales (9,5 %) et de leur forte et surprenante combativité — elle n'est pas non plus à la hauteur du coût de la vie qui monte très vite. Les chiffres se discutent. Mais à l'augmentation de l'inflation qui frôle déjà les 5 % (4,8 % en mars 1992 sur la base annuelle), il faut ajouter l'impact de la taxe sur la valeur ajoutée qui vient d'être introduite, et l'augmentation de certaines cotisations sociales. Au total, et selon les calculs de WSI, un institut économique proche de la Centrale syndicale nationale DGB, il fallait une augmentation de près de 7 % pour compenser le recul du pouvoir d'achat des salaires en 1992.

Entre les 4,8 % proposés et les 5,2 % obtenus (selon le gouvernement lui-même), l'écart est minime. Pourtant ces 0,4 % représentent une lutte de classes sans précédent dans l'Allemagne de l'après-guerre. Et c'est là que réside la véritable signification politique de cette lutte. Les bourgeoisies allemande et internationale ont systématiquement réservé au conflit la "une" de leurs journaux. Et quels commentaires ! « Les travailleurs allemands sont des fainéants qui luttent pour préserver leurs privilèges » ; « Egoïsme des travailleurs de l'Ouest, absence de toute solidarité avec l'Est » ; « Les augmentations salariales en Allemagne étrangleront la reprise économique » , etc. Le International Herald Tribune, le Financial Times, Le Monde et Libération - pour n'en citer que quelques uns — ont tous contribué à discréditer et à isoler les travailleurs allemands.

Si la bourgeoisie internationale est odieuse, le mouvement syndical international, lui, est lamentable. Il se tait ; sans doute déconcerté et gêné par le fait que ce soit justement le syndicalisme allemand - monté en épingle, jadis, pour sa sagesse et sa modération - qui se montre aussi combatif et intraitable. Il aurait dû expliquer que le mouvement syndical en RFA — après la terrible défaite sans combat dans l'ancienne République démocratique allemande (RDA) en 1989 — avait d'emblée compris le danger, même pour sa propre situation, que contenait la dégradation brusque et brutale du marché du travail dans l'Allemagne unifiée (chômage massif, très bas salaires). L'IG-Metall avait lutté puis obtenu une convention collective, qui d'ici au ler avril 1994, prévoit l'égalisation salariale en trois étapes. Le syndicat de la chimie demande cette égalité pour fin 1995. Le syndicat des imprimeurs exige aujourd'hui, dans les négociations en cours, une convention unique pour toute l'Allemagne, avec une augmentation salariale de 11 %.

La solidarité absente

Le mouvement syndical international aurait dû informer ses affiliés que le véritable problème n'est pas le prétendu égoïsme des travailleurs ouest-allemands, mais la passivité de leurs compagnons de travail est-allemands ; dans l'ancienne RDA, la bourgeoisie allemande aidée par la social-démocratie a réussi à imposer des conventions collectives séparées en l'ancienne RDA, avec une paix sociale impérative qui empêche les travailleurs (par ailleurs sous la terrible pression d'un taux de chômage de plus de 30 % !) à se joindre à la lutte en cours (remarquons quand même la grève des transports en commun à Berlin-Est).

Il devrait surtout, positivement, expliquer en quoi une défaite de la bourgeoisie allemande renforce le camp des travailleurs

Ce n'est pas un hasard si Kohl a choisi de se battre maintenant et avec cette intransigeance. En résistant "avec panache" aux demandes salariales dans les services publics, il montrait la force de la bourgeoisie allemande face à la "communauté internationale". Misant sur le fait qu'une grève dans les services publics est rarement populaire, il a dressé un barrage face à l'IG-Metall, qui suivait dans la série des négociations collectives ; cela aurait constitué une aide substantielle à l'industrie allemande, qui vient de sonner le tocsin dans la bataille pour sa com-

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