Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ECOLOGIE

Le dépotoir centraméricain

· Inprecor n° 354, 5 juin 1992 · p. 9-10 · 2 046 mots

Amérique centrale Écologie

centraméricains. Les autorités de la région el ont rejeté certains, mais d'autres on peut craindre que l'Amérique centrale ne devienne le dépotoir moderne du

Le dépotoir centraméricain

L'organisation Greenpeace a tiré la sonnette d'alarme. Comme de dans d'autres pays du tiers monde, depuis 1987, ples de 35 projets de commercialisation des déchets toxiques ont été proposés aux gouve sont déjà en cours de réalisation. Si des mesures efficaces ne sont pas prises, monde développé.

Joan PALOMES

LE TABLEAU est éloquent : le monde développé génère des déchets — toxiques, dangereux et radioactifs — qui sont le prix de l'industrialisation, de la consommation et du bien-être. Paradoxalement, une partie de ces déchets sont transférés vers des pays à qui on a refusé l'industrialisation, ainsi que la consommation et le bien-être. Voilà le prix du sous-développement.

L'environnement est devenu un sujet de controverse — qui illustre très bien la terrible injustice qui existe entre les deux mondes — ; il agite les rencontres au sommet.

Les tensions Est-Ouest avaient relégué au second plan toute une série de problèmes cruciaux concernant l'humanité. Entre le

Nord et le Sud, on trouve de multiples abîmes de misère et de faim, de science et de technologie, de plans d'ajustement et de marché. Mais la dégradation de l'environnement est le nouvel invité vedette du dialogue inégal Nord-Sud ; il creuse encore plus cet abîme, accentuant les différences et les remords, mettant à nu une longue histoire insolite de destruction et de pillage.

Les monocultures épuisent la terre. Les pesticides et les fongicides sont des poisons.

Les industries à haut risque, transférées dans le tiers monde, sont responsables de véritables génocides. Les déforestation aveugle de régions entières, grandes comme des pays, pour meubler les foyers accueillants du Nord ou pour faire des journaux à grand tirage qui dénonceront les saccages de l'enle cas vironnement. L'insatiable extraction des richesses du sous-sol jusqu'à vider ses entrailles minérales. La contamination de la mer. De l'air. De la vie.

L'Amérique centrale n'échappe pas à ces phénomènes. Des mines d'or exténuées. Une faune marine au bord de l'extinction. De vastes territoires rasés. Des terres fertiles condamnées à la monoculture bénéfique de la banane ou du coton. Des industries interdites. Des produits chimiques interdits. Tout cela découle d'un désordre économique international. D'une civilisation du gaspillage. D'une culture qui trafique des bénéfices.

Qui pollue ?

Selon la Commission mondiale sur l'environnement et le développement des Nations-Unies, les pays industrialisés produisent 90 % des déchets toxiques mondiaux.

En 1984, on estimait à près de 400 millions de tonnes la quantité de déchets produits — près de 70 % proviennent de l'industrie chimique. Les moyens utilisés par les différents pays pour se défaire de ces résidus dangereux sont aussi divers que peu fiables : usines de traitement — c'est peutêtre le système le plus sûr — utilisées surtout dans les pays nordiques d'Europe ; fosses et containers de surface — 75 % des déchets toxiques y sont déversés —; dépotoirs et colmatages de surface ; utilisation de la mer (eaux internationales) comme décharge publique ; et, enfin, la modalité la plus pratique et la plus économique : l'exportation de résidus vers d'autres pays, évidemment du tiers monde.

Entre 1986 et 1988, plus de 3 millions de tonnes de déchets dangereux furent ainsi envoyées vers des pays en voie de développement. Selon Greenpeace, « ce chiffre est sous-estimé, car le chiffre exact peut être

Victimes des insecticides

Près de 2 000 travailleurs des bananeraies du Costa-Rica ont porté plainte contre plusieurs multinationales dont les célèbres Standard Fruit Company et Shell Oil (responsables respectivement de l'utilisation et de la distribution du pesticide DBCP au Costa Rica).

Plus de 3 000 ouvriers agricoles seraient devenus stériles suite aux applications du DBCP, dans les années

70, dans les bananeraies de la Standard sur la côte atlantique du Costa Rica — le

DBCP avait été interdit dès 1977 en

Californie. Les plaignants — il faut souligner que, pour la première fois, un tel procès a lieu sur le territoire des Etats-Unis

- espèrent être indemnisés, mais cela ne compensera sûrement pas les ravages personnels et sociaux provoqués par cette stérilisation forcée à grande échelle — alcoolisme, tentatives de suicide, etc.

D'autres travailleurs n'auraient été que

"contaminés" et non rendus stériles, ce qui aura des conséquences encore méconnues sur leurs enfants e DBCP est un insecticide particulie

_rement efficace contre les vers qui attaquent les bananes, mais aussi un véritable poison pour les êtres humains. La compagnie n'avait jamais prévenu les travailleurs des risques encourus et ne leur avait fourni aucune protection. *

Source : Pensamiento Propio plus élevé à cause du trafic illégal et clandestin de déchets ».

La législation sur l'environnement des pays industrialisés, assez sévère et précise, beaucoup d'industries choisssent cette alternative car c'est la plus économique. Le coût élevé des dépôts de déchets, les garanties obligatoires de sécurité, dans les pays du Nord, et l'absence, voire l'ambiguïté, des législations sur l'environnement des pays sous-développés constituent des facteurs qui encouragent ce processus.

En ce qui concerne la législation de l'environnement, l'Accord de Bamako, ratifié en 1991, est un précédent intéressant dans le tiers monde : selon ses termes, les pays de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) interdisent tout type de trafic de déchets toxiques. Selon un rapport de Greenpeace, « c'est la législation la plus complète qui existe en matière de déchets toxiques et nucléaires, elle constitue un exemple pour la région centraméricaine ».

Seul le Bélize a promu une législation sur l'environnement qu'on peut qualifier de correcte. Le Guatemala et le Costa Rica disposent de lois sur l'environnement d'une incroyable faiblesse, car elles permettent l'importation de déchets toxiques destinés à I'« utilisation commerciale et scientifique »

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déchets toxiques en Amérique centrale. Voilà quelques cas — il faut signaler que pour certais génes ou à base de benzène, en provenance de Bayer et Dow Chemical. Ce projet prévoyait au Guatemala, via le Mexique, et installés dans le département du Peten. Leurs étiquettes ou au « recyclage ». Panama, le Salvador et le Nicaragua attendent toujours que leurs assemblées sanctionnent des lois concernant le trafic de déchets ; le Honduras n'a encore aucune réglementation sur la question.

Le cynisme des "projets de développement"

La face cachée la plus insidieuse de ces importations troubles et insalubres concerne les affaires juteuses des grandes entreprises nord-américaines ou européennes spécialisées dans le trafic de déchets toxiques. Les bénéfices réalisés par les prospères commerçants locaux, qui deviennent les intermédiaires de ces sociétés, sont importants. Selon Erwin Garzona, responsable de la Campagne contre le trafic de déchets toxiques en Amérique centrale, « la rentabilité de ces affaires est plus que garantie. Les entreprises payent 1 000 dollars — et quelque fois beaucoup plus — par tonne. Et nous avons affaire ici à des quantités [de déchets] qui dépassent 1 000 tonnes habituellement.».

Les entreprises exportatrices de déchets les plus actives en Amérique centrale sont basées à Miami. Ce consortium de plusieurs compagnies - les plus importantes sont Energy Resources, Terra International Services, Amin Trade Company, World Wide Energy — est dirigé par le Cubain Roberto Gurin et le Cubano-Nord-Américain Evelio Lopez. Leur activité est simple : il s'agit de «passer des contrats avec des industries européennes et nord-américaines. Il y a aussi un contrat spécial avec l'armée des Etats-Unis pour transférer les déchets [de celle-ci] », explique Garzona.

Les négociateurs latino-américains n'ont aucun scrupule d'ordre écologique à l'heure de réaliser des affaires. En général, la tractation se fait avec des fonctionnaires ou des entrepreneurs très proches des gouvernements en place, comme le conseiller économique du président du Honduras Leonardo Callejas, Emin Abufelle, directeur de Investissements La Mosquitia (MOSA), dont l'entreprise a introduit des déchets toxiques et des cendres résiduelles en provenance des Etats-Unis. Le riche homme d'affaires guatémaltèque Isidro Kisillos, directeur de l'Amy Drive Company, s'occupe aussi des déchets toxiques, tout comme les secteurs du patronat de ce pays liés à l'industrie de la bière.

Si l'aspect "mercantile" et lucratif de ce trafic peut paraître choquant, le fait de le présenter sous couvert de "projets de développement" est tout simplement cynique. L'importation de déchets toxiques est généralement associée à des projets d'installation d'usines d'incinération et à d'autres technologies qui donnent une image moderne de développement à cette immense exaction.

Les trafiquants de déchets font miroiter la création d'emplois, la construction d'infrastructures, l'arrivée de devises, etc., que devraient apporter leurs marchandises. Ils vont jusqu'à prétendre que, grâce à l'utilisation de ces déchets comme combustible pouvant se substituer au pétrole, les usines d'incinération pourraient fabriquer une énergie moins coûteuse. La pollution que provoqueraient ces industries serait immense : les émanations de gaz, les cendres — avec un fort taux de dyoxine — et les infiltrations souterraines, ainsi provoquées, entraîneraient des dégâts inestimables pour l'écosys-

Les cendres rejetées par les usines d'incinération d'ordures des grandes villes des Etats-Unis ont été proposées à plusieurs reprises comme matière première "gratuite"

pour construire des routes et des maisons populaires dans le tiers monde. Il faut rappeler que ces cendres contiennent de forts taux de métaux lourds, de furane et de dyoxine, qui font partie des cancérigènes les plus actifs. Voilà ce qu'ils appellent le « développement social et économique » — rien n'est dit des dégâts sur l'environnement produits par ces incinérations, ni des effets sur la santé — cancer, mutations génétiques, stérilité, altérations du système nerveux, etc.

d'entre eux les gouvernements locaux prétendent avoir refusé les projets.

également la construction de logements populaires avec les cendres.

n'en signalaient pas le véritable contenu.

agglomérations. Le projet a été finalement suspendu après des protestations publiques.

de Philadelphie ; elle devait être utilisée pour la construction de routes.

Selon le dernier rapport de Greenpeace sur le trafic de déchets toxiques, certains des déchets "proposés" à l'Amérique centrale sont « des cendres toxiques des usines d'incinération, des déchets de caoutchouc, de produits chimiques industriels, nucléaires, de la boue d'égouts, des résidus de plomb, des rebuts toxiques solides et de la peinture usagée ». Ce florilège contient des substances hautement toxiques, et, dans le pire des cas, des éléments radioactifs à forte densité dont les effets perdurent pendant

100 000 ans — mille siècles ! Toute une vie.

Il faut établir une législation de l'environnement énergique et détaillée en Amérique centrale — qui ne laisse aucune place aux imprécisions. Pour stopper ces abus toxiques et financiers, l'élaboration « d'une législation locale et régionale sur l'environnement est essentielle. Mais il faut aussi une campagne systématique de sensibilisation de l'opinion publique. Les médias, les groupes écologiques et les mouvements sur l'environnement ont devant eux une tâche urgente » rappelle Erwin Garzona. En effet, les lois, dans nos pays, sont trop fréquemment violées.

*

Pensamiento Propio

Managua, septembre 1991

De drôles d"importations"

Pour la seule période de janvier à août 1991, Greenpeace recensa douze cas de trafic de

En janvier 1990, les sociétés Terra International Services (Miami), Energy Ressources, N. V.

et Trade Company (New York) proposèrent l'installation d'une usine d'incinération au

Guatemala qui utiliserait comme combustible 1,2 million de tonnes par an de solvants halo-

En septembre 1990, plusieurs containers de déchets radioactifs et nucléaires seraient entrés

La presse mexicaine et un député du Guatemala dénoncèrent, en mars 1991, la compagnie

Armin Trade Co. de New York qui voulait déposer des déchets provenant du Japon, près de la capitale, dans un ravin, à proximité de 25 quartiers très peuplées. La municipalité de

Guatemala et l'Agence pour la coopération internationale du Japon auraient signé un accord

- malgré les lois guatémaltèques, selon lesquelles les dépotoirs doivent être situés loin des

En avril 1990, une entreprise de Miami déclara avoir reçu l'autorisation du président Cristiani et de l'armée pour importer de la cendre en provenance d'une usine d'incinération de déchets

En octobre 1990, une entreprise de Houston proposait plusieurs tonnes de cendres toxiques, de déchets industriels et radioactifs en provenance d'Europe et des Etats-Unis, pour faire des constructions dans le Golfe de Fonseca. Dans cet ecosystème humide et clos, les conséquences écologiques et sanitaires seraient dramatiques. Un groupe privé des Etats-Unis était prêt à financer la construction de 500 logements, écoles, cliniques et installations sportives sur le terrain, construit sur le Golfe. Ce projet aurait été rejeté par le gouvernement salvado-

Extrait de Le commerce des déchets toxiques en Amérique centrale :

une activité à interdire. Greenpeace

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