. principaux centres industriels de la région, touché de plein fouet par l'impact logements — et situation écologique dramatique.
INPRECOR : Comment les gens réagissent-ils au déclin général du niveau de vie, ici à Perm ?
Boris IKLOV : Au départ, tout était très calme. Mais aujourd'hui, la plupart des usines s'apprêtent à partir en grève. Les chauffeurs de bus, par exemple, préparent un débrayage : ils demandent avant tout l'entretien et le remplacement de leurs bus. Les mineurs, eux, essayent de se débarrasser des restrictions imposées par les syndicats officiels. Les actions des enseignants ont eu un faible écho. Les médecins ont débrayé durant une journée, pour protester contre la fermeture de divers hôpitaux (1). Par ailleurs, un quotidien a appelé à la formation d'un mouvement de consommateurs contre le secteur du commerce, pour en finir avec les pénuries artificielles visant à faire augmenter les prix.
On observe des phénomènes identiques à Tcheliabinsk, Magnitogorsk et Sverdlosk. Dans l'ensemble, ces actions ne constituent qu'un premier pas. Pour l'instant, aucune structure politique n'a été fondée.
En ce sens, tout est comme avant, à l'exception du boom du secteur commercial - cela touche même l'administration :
le département commercial de la municipalité achète du sucre à 6 ou 7 roubles le kilo et
• A Moscou, les organisations nées de la dislocation de l'ancien Parti communiste — et surtout, les plus conservatrices — ont organisé des protestations, durant ces derniers mois, alors que les syndicats officiels
La misère de Perm
Boris Iklov, membre du groupe Rabotchi à Perm, est un vétéran de l'opposition socialiste et l'un de ses défenseurs et organisateurs les plus actifs.
Après des études de physique à Perm et à Moscou, il se vit refuser le droit de finir sa thèse à cause de ses activités politiques. Durant les années de la perestroika, il appartenait à l'Union indépendante des communistes de Perm, qui forma ensuite la colonne vertébrale du groupe local du syndicat indépendant Rabotchi. Avec 1,2 million d'habitants, Perm est l'un des de la crise : problèmes sociaux — dont malnutrition et pénurie aiguë de tant et actif du Parti russe des travailleurs communistes (PRTC) (2). Il y a quelque temps, il nous semblait qu'une collaboration fait, ils n'ont aucune proposition constructive. Ils ont récemment appelé à une manifespersonnes ; les gens commencent à être fatigués des démagogues.
vraies forces politiques au sein du mouvement ouvrier. Les conseils de collectifs de mettre sur pied un service pour l'emploi, mais personne ne lui fait confiance.
tions indépendantes. Je ne pense pas qu'il soit possible de réformer les syndicats officiels en province, ils sont incapables d'agir :
étaient très lents à réagir. Qu'en est- il du mouvement ouvrier à Perm?
Il existe un groupe relativement imporavec ses militants serait possible, mais, en
RISSES tation, qui n'a rassemblé qu'une centaine de
Il est encore difficile d'identifier de travailleurs (CCT) de différentes usines se sont rencontrés deux ou trois fois. Le conseil régional des syndicats officiels est train de
Les travailleurs ont besoin d'organisalistes. russes.
ils ne comprennent pas ce qu'est la politique et ne savent pas formuler des solutions constructives ; ils n'arrivent même pas à fournir un avocat pour conseiller un collectif de travailleurs ou faire réintégrer quelqu'un sur son lieu de travail.
• On parle beaucoup des plans de privatisation à large échelle du gouvernement ; or, l'information éparse glanée dans la presse montre que, alors que les privatisations officielles ont à peine commencé, les "privatisations de la nomenklatura" sont en pleine expansion - les gens utilisent leurs anciennes positions de pouvoir pour accumuler des biens.
Où en sont les privatisations des grandes entreprises d'Etat de la région, et qu'en est-il de la "petite privatisation" des logements, des commerces, etc.?
La compagnie téléphonique, qui est en situation de monopole, s'est transformée en une espèce de société par actions ; mais, en réalité, elle a fait faillite. Personne n'est pressé de privatiser car personne ne sait ce que cela signifie, ni quel est l'acteur social chargé de ce processus.
Pour l'instant, notre industrie peut opérer une transition vers un marché semblable à celui du XIXe siècle, c'est tout. Eltsine veut prouver à l'Ouest que la Russie est capable d'avoir une économie de marché, mais il ne se presse pas pour appliquer cette politique à l'intérieur. De nombreux partis politiques pensent que les collectifs de travailleurs devraient avoir la possibilité de gérer leurs entreprises, mais cela peut aussi signifier beaucoup de travail sans véritables droits. Si les collectifs de travailleurs reçoivent des droits de propriété purement formels et, qu'en réalité, ils ne gèrent rien du tout, cela n'a aucun impact. Il y a actuellement 82 millions d'ouvriers dans ce pays, ce qui explique l'importance des questions syndicales.
Si les travailleurs obtiennent le droit de distribuer les bénéfices entre eux, les entreprises seront ruinées. Les profits seront immédiatement empochés et dépensés, parce que les gens en ont assez d'avoir faim et d'être misérables. Il faut que de nouvelles
1) Voir Inprecor n° 353 du 22 mai 1992.
2) Le PRTC est la plus importante composante de l'alliance Russie ouvrière. Il comporte une forte aile néostalinienne, mais il réunit aussi des éléments plus modérés, bien que très traditiona-
Dans les articles consacrés à la Russie d'Inprecor n° 353, du 22 mai 1992, une traduction malencontreuse nous avait conduit à nommer, à tort, cette formation Parti des travailleurs communistes
forces apparaissent, mais pour l'instant, il n'y a même pas de comités d'ouvriers dans les usines.
En ce qui concerne la privatisation des logements, les représentants du soviet régional et de l'administration intimident les locataires, en leur disant que leurs appartements vont être privatisés ; mais, en fait, la privatisation de tous les logements est matériellement impossible à réaliser. Dans le commerce, c'est la mafia qui réalise la privatisation.
Ici, le panneau "socialisme" est remplacé par "capitalisme" ; mais ce dernier n'est que le synonyme de vol et de pillage, ce qui ne constitue pas les fondations d'un marché.
• Pour l'instant, le chômage en Russie n'est pas très élevé, mais les entreprises diminuent leur production, et préparent des licenciements ;
de nombreuses grandes firmes ne fonctionnent que grâce aux crédits.
Que se passera-t-il quand le chômage se développera ?
On annoncé des centaines de milliers de licenciements d'ici la fin 1992. Ici, à l'usine Lénine, 3 000 des 37 000 salariés risquent d'être mis à la rue. Bien sûr, ces licenciements ne résoudront pas les problèmes du personnel encore en poste. Les chômeurs entreront en concurrence avec ceux qui auront conservé leur emploi ; les patrons pourront alors diminuer les salaires en utilisant cette menace.
• Le fait que Perm soit l'une des dix villes les plus polluées de la CEI a-til conduit à l'apparition d'un mouvement écologiste?
L'écologie était l'une des préoccupations principales de notre Union des communistes, et reste très importante pour Rabotchi. Nous dirigeons un comité écologiste, qui se bat activement sur différents terrains : nous réclamons que les 70 millions de roubles alloués au filtrage dans une usine Maïsky soient rapidement utilisés à cette fin ; grâce à nos pressions, le soviet régional a interdit la construction d'une centrale nucléaire.
• Rabotchi se développe-t-il ? Quel rôle pensez-vous qu'il puisse jouer ?
Vous-même avez participé à certaines réunions préparatoires de l'initiative pour un Parti du travail (PT). Comment envisagez-vous la construction d'un tel parti aujourd'hui ?
Les groupes les plus solides de Rabotchi sont ceux de Sverdlosk et de Tcheliabinsk, bien qu'ils aient connu des scissions après la disparition du Front populaire de l'Oural.
A Perm, des gens essayent d'organiser le Parti du travail à partir des syndicats régionaux, mais je ne crois pas qu'ils y par-
Je ne veux pas soutenir la formation du PT d'en haut ; je fais de la propagande pour cette idée, mais les gens en ont assez des partis. Je pense que des structures doivent apparaître dans les provinces, et qu'ensuite nous négocierons avec Moscou. Nous avons besoin d'information permanente du centre, que, j'espère, le PT pourra nous fournir. à travailler au niveau régional. Les travailleurs n'entreront pas dans une organisation qui leur semble étrangère.
Nous devons aider les travailleurs à s'organiser et à apprendre à faire de la politique. Cependant, ni Sotsprof (3) ni le Parti du travail n'ont formulé des positions constructives pour l'instant ; ils n'ont fait qu'adopter des slogans copiés sur les modèles occidentaux. Je pense que nous avons aussi des tâches internationalistes et que nous ne devons pas rester qu'au niveau russe. Mais, pour l'instant, nous n'avons pas encore de contacts avec le mouvement ouvrier international. *
Perm, avril 1992
Propos recueillis par Poul Funder Larsen
3) Sotsprof (anciens Syndicats socialistes, rebaptisés Syndicats sociaux) est une fédération de syndicats indépendants créée en 1989. Au départ, quelques forces politiques de gauche y participaient, mais ensuite le projet s'est adapté au libéralisme, tissant une alliance avec le business privé. Aujourd'hui, il sert surtout de courroie de transmission des décisions d'Eltsine.