Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RUSSIE

Voix de l'Oural

· Inprecor n° 355, 19 juin 1992 · p. 10 · 689 mots

URSS et Russie

Voix de 10ura

L'OURAL, à la frontière entre les

parties européenne et asiatique de la Communauté des Etats indépendants (CEI), est un des principaux centres industriels de Russie. Dans les années 30, lors des premiers plans quinquennaux, plusieurs projets colossaux furent mis en place dans cette région, dont le combinat métallurgique de Magnitogorsk (à l'époque, le plus grand du monde), qui emploie toujours 65 000 personnes, et l'usine de tracteurs de Tcheliabinsk.

Plusieurs de ces projets utilisaient de la main-d'œuvre forcée — surtout des paysans accusés d'être des koulaks — et de nombreux camps du goulag soviétique étaient concentrés dans cette zone.

La production militaire fut développée durant la Seconde Guerre mondiale, et devint prépondérante quand des entreprises de la partie occidentale de l'Union soviétique furent transférées dans l'Oural, et lorsque la production des usines de la région fut développée pour répondre aux demandes

A cause de l'importance stratégique de ces industries, l'Oural resta une région fermée sur elle-même jusqu'à la fin des années 80. Aujourd'hui, cette forte concentration d'entreprises appartenant au complexe militaro-industriel connaît des problèmes importants, aggravés par la politique de libéralisation à tout crin et par les réductions drastiques des dépenses publiques pratiquées par le gouvernement Eltsine.

L'infrastructure sociale est très en retard par rapport à celle des grandes villes telles Moscou ou Léningrad, et les centres industriels de la région - Sverdlovsk (récemment rebaptisé Ekaterinburg), Tcheliabinsk, Perm, Magnitogorsk et Nijni-Tanghil — font partie des zones les plus polluées de la CEI. L'effondrement des ressources allouées aux services sociaux, à la santé, à la protection de l'environnement, à la culture, etc., ont durement frappé l'Oural.

Face à cela, on assiste à quelques réactions : récemment, le soviet régional de Tcheliabinsk a menacé de suspendre ses paiements au budget central car la restriction drastique des allocations gouvernementales conduit à une pénurie aiguë d'argent liquide - de nombreux fonctionnaires régionaux ne touchent plus leur salaire.

Dans l'Oural, comme partout ailleurs en Russie, les cinq mois écoulés depuis le début de la réforme des prix ont conduit à une différenciation importante des salaires et des niveaux de vie au sein de la classe ouvrière. Dans certaines entreprises, en particulier celles qui sont en position de monopole ou qui travaillent dans des secteurs très rentables, les salaires ont plus ou moins suivi le taux d'inflation, comme c'est, par exemple, le cas dans le combinat métallurgique de Magnitogorsk, où les ouvriers touchent en moyenne 8 à 12 000 roubles par mois — le salaire industriel moyen est de 2 à 3 000

Dans le même temps, à l'autre bout de l'échelle, la misère se développe parmi les gens les moins payées, surtout les employés de bureau et les retraités. Mais même le cœur de la classe ouvrière industrielle s'attend à des temps difficiles, à l'approche de la libération des prix du pétrole, qui entraînera une cascade de faillites et de privatisations. La situation est particulièrement critique pour la plupart des grosses entreprises militaires : les programmes de défense ambitieux sont abandonnés alors que les plans de reconversion, tant attendus, ne progressent guère.

Calme avant la tempête ?

Pour l'instant, les travailleurs de la région restent plutôt passifs et aucune protestation d'ampleur n'a éclaté — comme lors de la grève des mineurs de l'été 1989, lorsque les gens soutenaient les revendications des mineurs mais n'avaient pas fait grand chose en terme d'actions de solidarité.

Cependant, ces derniers mois, certains secteurs des services publics ont fait grève pour demander des augmentations salariales ou de meilleures conditions de travail : les enseignants, les travailleurs de la santé et les chauffeurs de bus.

Cette combativité de certains salariés, malgré son aspect purement défensif, pourrait constituer une ouverture pour les groupes marxistes de la région qui voudraient nouer des liens avec l'aile radicale du mouvement ouvrier.

Dans les années 80, plusieurs groupes de ce type — petits cercles d'études socialistes et clubs de travailleurs — sont apparus dans tout l'Oural, et, en 1990, le plus important d'entre eux a fondé Rabotchi (Travailleurs), un « syndicat social et politique ». *

Poul Funder Larsen Moscou, mai 1992

Inprecor n° 355 du 19 juin an 2 juillet 1992

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