Le Ille congrès du Parti socialiste hongrois (PSH, ancien
Parti communiste) a enfin tranché sur le fait de savoir s'il y aurait un parti parlementaire de gauche en Hongrie jusqu'aux élections de 1994. En effet, l'aile droite de ce parti semblait dominante depuis les élections de
1990 (1) ; cependant, la grande majorité des délégués — près de 400 — représentant quelques 40 000 membres, s'est exprimée en faveur d'une ligne politique plus combative à l'égard du régime nationaliste-chrétien du
Forum démocratique hongrois (MDF), au pouvoir (voir
Inprecor n° 339 du 25 octobre 1991).
Tamas KRAUSZ
AU SEIN du PSH, de moins en moins de militants croient encore en la perspective d'un capitalisme bienfaiteur en
Hongrie. Ils commencent aussi à comprendre qu'il faut un parti qui soit capable de défendre à la fois les libertés démocratiques et les intérêts des salariés et des producteurs.
Le président réélu du PSH, Gyula Horn, exprimant l'état d'esprit des militants et plus particulièrement de l'aile gauche de cette organisation, a souligné la nécessité d'une alliance électorale avec les syndicats et les groupes de gauche, tout en critiquant le gouvernement et le nouveau pouvoir.
Après l'effondrement du socialisme d'Etat, le PSH s'est retrouvé isolé sur la scène internationale ; aujourd'hui, il pense qu'il ne lui reste d'autre choix que de rallier l'Internationale socialiste pour pouvoir constituer un contre-poids crédible au régime.
Cependant, malgré le relatif tournant à gauche actuel, la nouvelle direction du PSH donne une image singulière. Son aile libérale, qui bénéficiait autrefois d'un poids important, a pratiquement perdu tous ses représentants à la direction.
Par ailleurs, deux autres regroupements importants se sont formés au sein du PSH.
Le premier, avec G. Horn et cinq ou six autres dirigeants, représente la fraction dite
"pragmatique", ce sont tous des Budapes-
HONGRIE tois. L'autre regroupement est l'aile dite "nationaliste-populaire" ; il est composé d'intellectuels de province ouverts à certaines tendances du nationalisme, mais, avec en même temps, des visées sur les cercles libéraux du pouvoir. Cette opposition capitale-province pourrait être équilibrée par le groupe dit de "gauche", qui, tout en étant prêt à soutenir le capital national contre celui de l'étranger, assume dans le PSH le rôle de défenseur des intérêts des salariés.
La défaite des libéraux
La défaite des libéraux, et le fait qu'ils n'aient pas pu faire élire aucun de leurs représentants à la direction, renforce le poids relatif de la gauche.
La poussée de l'aile "nationale" ne témoigne pas seulement d'un anticapitalisme et d'un antilibéralisme forts, elle représente aussi la tentation dangereuse d'une socialdémocratie nationale, que le président Jozsef Antall a d'ailleurs appelé de ses vœux. Cependant, on peut espérer que les autres courants seront capables d'entraver une telle évolution.
Les "nationaux", eux, ne sont guère tentés par l'aventure de la rupture ; ils pensent que, dans la situation actuelle de la Hongrie, un nouveau parti aurait de grosses difficultés à se construire.
En effet, la population manifeste une certaine apathie vis-à-vis des partis politiques, et il n'y a pas actuellement de mouvement de masse radical. Le PSH constitue certes une alternative contre le danger du populisme de droite, une force que le Forum démocratique — qui perd vite sa base sociale - doit désormais considérer comme un concurrent de taille.
* 7
L'alternative libérale est morte en Hongrie. Le capitalisme à la "latino-américaine" en vigueur partage de façon plus ou moins claire les forces bourgeoises en deux camps : celles qui sont au pouvoir et celles des démocrates socialistes.
Le congrès du PSH s'est terminé en chantant l'Internationale. Ce congrès a aussi constitué un message pour le gouvernement : le socialisme d'Etat a certes échoué, mais la gauche a survécu au changement de régime. Cette gauche ne peut pas échapper aux conditions historiques de la Hongrie. Ce n'est pas un hasard si Gyula Horn a souligné l'importance du maintien des valeurs positives culturelles et sociales des 40 années passées — il est difficile de gagner un soutien dans la Hongrie actuelle sans faire allusion à cela.
Le nombre des chômeurs est déjà officiellement de 600 000 — pour une population de 10,5 millions d'habitants — ; la paupérisation est galopante et les gens sans protection sociale sont de plus en plus nombreux.
La Hongrie avait été à l'avant-garde des transformations structurelles.
Elle montre aujourd'hui que la voie capitaliste de changement de régime est impraticable ; le capitalisme à visage humain n'existe pas. *
Budapest, juin 1992
1) Le PSH est écartelé entre ses ailes gauche et droite depuis les élections de 1990. La gauche insistait sur la nécessité de tisser à nouveau des liens avec les travailleurs et proposait un rassemblement des forces progressistes. La droite, hantée par les vestiges staliniens, voulait se débarrasser des éléments les plus radicaux du PSH et se rapprocher de l'Alliance des démocrates libres (SzDSz).
Inprecor n° 356 du 3 au 16 juillet 1992