rôle de la CE dans ce conflit, qui vient de confirmer l'application des sanetions s'est rendu à Sarajevo, dimanche 28 juin 1992, et a rencontré son homologue intervient en pleine campagne pour le référendum de ratification du Traité de
Maastricht, en France, et alors que l'opposition de droite se prépare à aborder
Les sanctions...
et après ?
La guerre s'étend dans l'ancienne Yougoslavie. L'Organisation des Nations-
Unies (ONU) ont voté des sanctions contre la Serbie ; mais les combats se poursuivent en Bosnie-Herzégovine, et le nombre des victimes ne cesse de s'alourdir (voir Inprecor n° 355 du 4 juin 1992).
Comme c'était le cas pour la Croatie, la Communauté européenne (CE) fait encore une fois la preuve de son impuissance face au conflit bosniaque et se trouve à la remorque des initiatives nord-américaines. C'est pour affirmer le proposées par les Etats-Unis, que le président français, François Mitterrand, bosniaque. Depuis, les milices serbes seraient en train de se retirer de l'aéroport de Sarajevo et un pont aérien humanitaire a été instauré. Des contigents de "casques bleus" de l'ONU arrivent nombreux.
L'initiative spectaculaire de Mitterrand a aussi des fonctions internes — elle le scrutin en ordre dispersé.
Christian POMITZER
« Belgrade pourrait-il être bombardé ? » ;
« Certainement, par les
Nord-Américains et par l'OTAN [Organisation du traité de l'Atlantique
- 1 Nord]. Mais, je n'y crois pas vraiment. Ce serait un pur carnage et l'alliance militaire occidentale perdrait toute crédibilité. Notre force aérienne est prête à se battre. Tous les systèmes de missiles installés dans les nouveaux Etats indépendants ont été rapatriés ; ils sont maintenant en place, prêts à toute action autour de
Belgrade. Ils attendent celui qui osera approcher. » « D'où peut venir cette attaque ? » ; « Des troupes amphibies de la sixième flotte américaine ou du centre d'interventions de l'OTAN en Italie. »
Ces échanges se sont déroulés entre le lieutenant-général Bozidar Stevanovic, commandant en chef de l'armée de l'air yougoslave, et des journalistes du quotidien
Vecernje Novosti - proche du régime —, quelques jours avant que les Nations-Unies votent les sanctions contre la Serbie et le
Monténégro.
YOUGOSLAVIE
La décision d'imposer l'embargo contre la nouvelle "Yougoslavie" a été prise lorsque la télévision montrait des images terribles, à la fin mai — des francs-tireurs serbes de Sarajevo ont tiré sur une foule qui faisait la queue pour acheter du pain, provoquant un massacre sanglant. Or, tout au long de ces derniers mois, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine avaient connu des tueries bien plus terribles, sans que la "communauté internationale" ne se soit sentie obligée de prendre des mesures drastiques. La volte-face des Etats-Unis
Aujourd'hui, cependant, non seulement l'administration Bush est intervenue avec vigueur pour demander des sanctions contre la Serbie, mais il est même question d'un blocus aérien et maritime et d'une intervention militaire. Réunis à Oslo, les membres de l'OTAN ont décidé de mettre à disposition une force d'intervention pour « une action de maintien de la paix ».
Certaines des raisons du brusque revirement des Etats-Unis sont évidentes : après avoir nagé dans la gloire de l'aventure du Golfe pendant quelques mois, Bush a perdu le soutien des classes moyennes à cause de la situation économique interne. Ensuite, il a été malmené par les émeutes de Los Angeles et par la montée en flèche soudaine de Ross Perot dans les sondages, candidat indépendant aux élections présidentielles. Bush espère aujourd'hui compenser ses malheurs intérieurs en remportant des succès sur la scène internationale. Par ailleurs, les premiers signes d'une contestation du rôle de "défense" de l'OTAN surgissent au sein même de certains pays européens — surtout la France et l'Allemagne, qui discutent de la création de corps d'armée européens.
Le spectre de la guerre du Golfe
Sommes-nous à la veille d'un remake de la guerre du Golfe dans les Balkans ? Il est vrai que le catalogue de mesures adoptées ou proposées — d'abord, des sanctions, ensuite un blocus, et après l'intervention militaire — rappellent le scénario du Golfe. Le président serbe, Slobodan Milosevic, semble être taillé pour le rôle de Saddam Hussein en tant que "monstre de l'année". Sa proposition d'organiser une conférence yougoslave, sous les auspices de l'ONU, et son incroyable demande à la Russie et aux Etats-Unis de prendre le contrôle de toutes les milices impliquées sur le terrain, rappellent les agissements du dictateur irakien, qui commença à faire des propositions juste à la veille du lancement de l'opération Tempête du désert.
Cependant, la comparaison s'arrête là. Milosevic a réussi à retirer de Bosnie des soldats de l'ancienne armée fédérale originaires de Serbie et du Monténégro. En réalité, le régime serbe n'est capable de contrôler ni la partie serbe-bosniaque de l'ancienne armée fédérale, ni la milice serbe-bosniaque ni les différentes forces irrégulières serbes - voilà pourquoi les demandes de Belgrade à la milice serbe pour qu'elle cesse ses attaques en Bosnie n'ont eu aucun effet.
Cependant, même si Milosevic n'est plus responsable de l'escalade croissante de la guerre, il est à l'origine de l'intégralité du scénario, tout comme ses alliés serbes de Croatie et de Bosnie-Herzégovine. Les attaques aériennes contre des cibles en Bosnie décollent de plus en plus souvent des bases de Serbie depuis que l'armée a abandonné et détruit Bihac, le plus important terrain d'aviation de Bosnie. De plus, les dirigeants des forces irrégulières peuvent se déplacer librement autour de Belgrade et convoquer des conférences de presse quand bon leur semble. Et il est certain que la "République serbe de Bosnie-Herzégovine" de Radovan Karadzic et les différentes "régions autonomes serbes" disposeront du soutien de la Serbie.
Toute éventuelle mesure militaire prise par la coalition occidentale doit être évaluée d'un point de vue stratégique et politique. La première d'entre elles — le blocus aérien et maritime - serait mise en œuvre par la
sixième flotte nord-américaine. Cela devrait non seulement servir à faire respecter l'embargo, mais avant tout à empêcher que des avions ne décollent des pistes serbes ou que des frégates ne partent de Bar ou de Kotor, au Monténégro, pour se joindre au siège de Dubrovnik. Si ce blocus s'avérait insuffisant, une intervention militaire limitée pourrait alors être envisagée. Selon le modèle de la guerre du Golfe, elle incluerait une série d'attaques aériennes sur les pistes d'atterrissage et les casernes de Serbie et du Monténégro. Les convois d'approvisionnement de Serbie vers la Bosnie pourraient aussi être bombardés.
Les limites du dispositif impérialiste
Mais de telles attaques ne parviendront sûrement pas à arrêter les combats en Bosnie-Herzégovine même. Une fois que l'engagement miliaire international aura atteint un certain niveau, l'étape suivante deviendra inévitable : un débarquement de troupes terrestres à Sarajevo pour instaurer une zone de sécurité et sauver le gouvernement légal de Bosnie. Il est pratiquement certain que le plan du secrétaire général des Nations-Unies, Bouthros-Ghali — négocier un cessez-le-feu à Sarajevo, au moins sur la zone de l'aéroport, et envoyer de troupes de l'ONU pour maintenir la paix, rencontrera des difficultés.
Une telle intervention entraînerait de lourdes pertes, ce qui explique pourquoi le feu vert n'a pas encore été donné. Il ne faut pas s'attendre à une libération de la Bosnie à grande échelle. Les difficultés du terrain, l'entraînement de l'ancienne armée fédérale dans la lutte de guérilla et l'existence d'une
PRESTANAK ZRACNE
OPASNOSTI 100 00 Fin d'alerte aérienne. Dessin paru dans Novi Vjesnik (reproduit par Courrier International). quantité importante d'équipements secrets sont autant d'obstacles au succès du plan impérialiste. Qui sera capable d'écraser et de désarmer les miliciens qui fuiront alors la
En effet, dans cette république, les éléments armés sont nombreux. Du côté serbe, on trouve des unités de l'armée de la République fédérale yougoslave, la partie bosniaque de l'ancienne armée fédérale, les forces territoriales de défense de la "République serbe de Bosnie-Herzégovine", des bandes de Tchetniks et des mercenaires venus de Belgrade comme Arkan et Tigrex. La direction bosniaque, elle, dispose de ses forces de défense territoriale et du conseil de défense croate de l'Herzégovine de l'Ouest : on trouve également des unités informelles de la Garde nationale croate et le bras armé du Parti de la loi, de Dobroslav Paraga.
La Bosnie ressemble donc de plus en plus au Liban des Balkans, la Serbie et la Croatie tenant respectivement les rôles
Quelles sont les motivations politiques qui se cachent derrière les sanctions et l'application partielle de mesures militaires ? L'objectif officiel de l'embargo est évidemment de mettre fin aux combats en Bosnie ; mais le but réel est la chute du régime de Milosevic, dans la mesure où l'opposition serbe est trop faible pour le renverser. Voilà ce que cherchent dans l'immédiat les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Alle-
Les seuls défenseurs d'une intervention militaire directe en Bosnie sont les Etats islamistes, qui se posent en défenseurs de la population musulmane menacée. Pour cela, il faudrait envoyer une force militaire en utilisant l'article 42 de la Charte des Nations-
YOUGOSLAVIE Unies. Les conséquences des sanctions sur la santé du régime de Belgrade seront décisives à l'heure de prendre la décision finale de lancer ou non une intervention militaire.
Qui fera partir le tyran ?
On peut donc imaginer le scénario suivant : à la suite des sanctions, le régime serbe est à court de carburant, cela provoque des queues interminables et les usines sont contraintes de fermer faute d'approvisionnement. Pour la première fois depuis le début de cette crise, la Serbie n'a aucun allié international — à l'exception, peut-être, de la Grèce.
En Serbie, les gens sont de moins en moins sensibles à la thèse de la conspiration internationale contre les Serbes. L'opposition unifiée se renforce, et les étudiants demandent la démission de Milosevic. L'académie serbe des Arts et des Sciences et la hiérarchie orthodoxe — qui avaient jusqu'à présent soutenu Milosevic — commencent à exprimer des réserves.
Au sein de la nomenklatura, les choses commencent aussi à se gâter et la direction du Monténégro se demande comment se séparer de la Serbie. Un tiers des députés nouvellement élus du Parti socialiste (ancien Parti communiste) décident de créer un Parti social-démocrate, alors que les gestionnaires d'entreprise voient leurs privilèges menacés par la mainmise de l'Etat sur leur sociétés "autogérées". Le mécontentement de l'armée augmente à la suite du limogeage par Milosevic de vieux généraux et officiers.
Une telle accumulation de facteurs devrait aboutir non pas à un soulèvement dirigé par l'opposition mais à une révolte de palais contre Milosevic, visant à établir un régime plus modéré du genre de celui de la
Mais arrêtera-t-il la guerre en Bosnie-Herzégovine ? C'est une autre question. La milice serbe en Bosnie dispose d'assez de matériel pour poursuivre la guerre pendant quelques mois et pour continuer à infliger plus de violence et de misère à la population civile. Cette lutte sera d'autant plus désespérée que le soutien de Belgrade deviendra plus incertain. Même si les forces serbes s'épuisent, cela ne signifiera pas automatiquement la fin des troubles.
Les forces musulmanes et croates alors revigorées pourraient être tentées de prendre une sanglante revanche sur les Serbes bosniaques. Pire encore, les plans d'intervention en Bosnie, à peine voilés, du gouvernement croate sont aujourd'hui renforcés par les mesures internationales prises contre la Ser-
Vienne, 11 juin 1992
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