Les peuples indiens sont au cœur des débats sur l'indépendance de la province
En effet, cette question (voir Inprecor n° 352 du 8 mai 1992) passe aussi par la résolution du problème des dizaines de milliers d'Amérindiens de différentes
1990, lorsque la communauté Mohawk s'était opposée à la municipalité d'Oka au sujet de la construction d'un terrain de golf sur un terrain réclamé par les
Québec. Ellen Gabriel — dont le nom mohawk est Katsi'tsakwas —, est une des militant associatif à Montréal, notamment dans le Regroupement de solidarité
Les oubliés du Canada du Québec.
ethnies — les Premières nations — privés de leurs droits.
Le conflit avec les autorités québécoises avait franchi un palier durant l'été
Indiens depuis 150 ans (voir Inprecor n° 315 du 28 septembre 1990) — la police québécoise avait alors violemment réprimé les Indiens. Cela provoqua une vague d'arrestations et des ripostes racistes, tolérées par les autorités.
Nous publions de larges extraits d'une table ronde, parue dans la revue québécoise Option Paix, sur la lutte des Amérindiens et l'indépendance du porte-parole de la Longue Maison de Kanehsatake. François Saillant est avec les autochtones. Michel Mill est un militant révolutionnaire indépendantiste. Mare Bonhomme, responsable d'Option Paix, est aussi membre de la Coalition québécoise pour un débat publie sur l'énergie.
OPTION PAIX : Si la crise d'Oka a placé la situation des Indiens sur le devant de la scène au Canada, à
Kanehsatake [la réserve mohawk qui se battait contre le terrain de golf, ndlr], leur situation est, en général, pire qu'avant.
Ellen GABRIEL : Ceux qui ont bénéficié de la lutte d'Oka sont les Conseils de bande (1), la seule autorité que le gouvernement reconnaisse. Ils prétendent refléter les problèmes [des communautés] alors qu'en réalité ils ne font que mettre un pansement sur une plaie vive. Les autochtones qui profitent de cette situation sont les Indiens canadiens, les "assimilés". Ovide Mercredi
[le président de l'Assemblée des Premières nations, la principale organisation indigène du Canada, ndlr] désire siéger à la table constitutionnelle du Canada. Mais cela ne nous intéresse pas.
Le gouvernement prétend faire avancer ses projets en achetant leurs terres aux différentes nations autochtones. Ceux-là sont des
"bons Indiens" pour le gouvernement parce qu'ils font ce que celui-ci leur demande de faire.
Pour nous, ce n'est pas un progrès, mais
1492 | 1992 un recul. Nous sommes une nation, nous avons notre identité culturelle, nous avons notre langue, nos lois, un gouvernement, nos traditions.
M. B. : En ce qui concerne les relations entre les Premières nations et les Québécois, peut-on parler aujourd'hui de recul?
François SAILLANT : Les liens entre les Ouébécois et les nations autochtones ne sont pas aussi détériorés depuis Oka qu'on le dit parfois. Auparavant, les nations autochtones, c'était du folklore. Tant qu'ils ne réclament pas le respect de leurs droits, les autochtones ne dérangent pas. C'est quand ils le font que ça ne passe plus.
Michel MILL : Ce qui peut donner l'impression d'un recul, c'est l'utilisation par les partis politiques du Québec de cette crise provoquée par la Sûreté québécoise [la police, violemment intervenue lors des événements d'Oka, ndlr]. Ces partis veulent développer chez les Québécois un réflexe borné selon lequel le Québec serait la réserve des francophones
Cette stratégie contribue d'ailleurs à créer un terrain propice au développement de l'extrême droite du genre du Ku Klux Klan.
Par contre, cette crise a obligé une série de courants minoritaires dans la société québécoise à regarder en face les problèmes des relations entre la société d'origine européenne — je ne crois pas qu'on puisse parler de société blanche maintenant —, dans ses structures et ses fonctionnements, et les nations autochtones.
M. B. : Il semble que les autorités en place veulent profiter de toutes les occasions pour envenimer les rapports entre la société européenne et les Premières nations.
M. M. : On a trop tendance à accepter le terrain du gouvernement et de l'opposition officielle. Leur terrain c'est la notion de propriété privée capitaliste de la terre et de tous ses produits. Faute d'alternative, la plupart d'entre nous acceptent cette base de discussion.
E. G. : Pour nous, la terre est un organisme vivant, qui nous nourrit. Hydro-Québec (2) et les compagnies minières s'enrichissent en ravageant son visage. Ce sont eux les privilégiés. Les Indiens ont été assez exploités.
Les petites communautés mohawks n'ont aucun avenir économique ; la terre n'est pas bonne pour l'agriculture, le niveau de pollution est énorme. C'est un acte de défi que de ne pas payer l'électricité [comme le font certaines communuatés, pour protester contre les menaces d'expropriation de la compagnie Hydro-Québec, ndlr], par exemple, un acte de représailles — je n'appuie pas un tel geste, mais je le comprends.
M. M. : Pourquoi ne pas lancer l'idée que personne ne devrait payer l'électricité de base ? Hydro-Québec n'a pas plus le droit de couper l'électricité à Akwesasne et à Kahnawake qu'à Pointe-Saint-Charles ou dans l'Est de Montréal. L'électricité n'est pas un privilège mais un droit, comme le logement. Aujourd'hui, on ne peut pas vivre sans électricité.
M. B. : N'est-il pas envisageable de situer ces revendications immédiates
1) Les Conseils de bande au Canada — ou conseils tribaux, aux Etats-Unis — furent établis par les gouvernements fédéraux de ces deux pays pour administrer les fonds alloués aux peuples indigènes. Moins de 20 % des habitants des réserves participent aux élections de ces conseils, ce qui reflète le rejet de tels corps de la part des Indiens.
2) Hydro-Québec, une compagnie d'énergie propriété de la province de Québec, prévoit d'inonder des dizaines de milliers de kilomètres de terres indigènes pour produire de l'électricité moins chère. Cela a été une source de conflits permanents entre les autorités et les Indiens ; certaines communautés indigènes, en représaille, ne payent plus leurs factures d'électricité.
Inprecor n° 356 du 3 an 16 juillet 1992
dans le cadre d'un débat constitutionnel ?
F. S. : On peut avoir l'impression que les nations autochtones veulent des choses qu'on n'a pas ou qu'ils s'opposent à des choses que l'on veut, par exemple, l'indépendance du Québec, quitte même à faire alliance avec des forces que nous avons toujours combattues. Comme classes populaires, nous avons intérêt à ce que nos relations avec les populations autochtones s'améliorent. Nous avons des choses à apprendre des nations autochtones, par exemple, sur la question du respect de la nature. La terre ne doit pas être la propriété privée de quelques individus qui en disposent à leur guise. Ça ne profite ni aux Mohawks ni aux Québécois. Ce n'est pas plus normal de s'accaparer la terre de Kanehsatake, pour en faire un terrain de golf que de l'utiliser dans le centre de Montréal pour installer des pares de stationnement.
M M. : Personnellement, je suis indépendantiste. L'indépendance du Québec n'est pas celle d'une vague entité qui a été tracée sur une carte en 1898, 1912 ou en 1928 par le Conseil privé de Londres. Quand les autochtones disent que les deux tiers du territoire québécois leur appartiennent nous devons l'accepter. On doit tenir de vraies discussions honnêtes et ouvertes qui ne soient basées ni sur les cartes du Conseil privé, ni sur le Code civil, ni sur le fait qu'Hydro-Québec ou d'autres aient déjà volé de grandes parties du territoire ; cela ne donne le droit à personne de continuer à le faire pour toujours. Il doit y avoir un développement conjoint de fait, dans le respect des uns et des autres. C'est le seul moyen de renverser la vapeur.
Sinon, l'hypocrisie des politiciens et de beaucoup d'individus du Canada anglais va continuer ; ils veulent paraître très pro-autochtones afin de tirer parti des mauvaises relations entre Québécois et Premières nations pour anéantir les aspirations historiques du Québec francophone. On ne fait pas ça en se retranchant dans une forteresse à la manière de Bouchard et Parizeau [respectivement dirigeants du Bloc québécois et du Parti québécois, principal parti nationaliste bourgeois du Québec] : « Tout ça est à nous, et ces gens-là ne comptent pas. »
E. H. : Autour de nous, on entend les Québécois parler de séparation et le Canada d'unité. N'importe quel autochtone de l'Est ou de l'Ouest du pays va plutôt vous parler de sa terre natale. Les non-autochtones nous ignorent, spécialement quelqu'un comme Jacques Parizeau, qui dit parler pour les Québécois ordinaires et pour qui les autochtones n'ont pas droit au chapitre. Les Québé-
1492 / 1992
1492 / 1992 cois sont-ils assez naifs pour croire que nous accepterions une chose pareille ?
La philosophie qui nous vient de nos ancêtres nous commande de partager. C'est un commandement que nous avons toujours observé. On prétend que notre époque est civilisée. Nous la voyons comme plutôt barbare — on assiste à une destruction totale des valeurs humaines et de celles de la terre.
Montréal va dépenser 450 millions de dollars en 1993 pour fêter son 350e anniversaire, alors que la municipalité vient de fermer un refuge pour les itinérants par manque de moyens. Où est la logique ? Toute la planète fonctionne de façon illogique. Notre philosophie n'est pas matérialiste. Pour nous, par exemple, l'électricité est un concept étranger. Je connais beaucoup des nôtres qui n'auraient aucun problème à vivre
Quand vous parlez d'indépendance ou de lois, vous les imposez contre notre indépendance et nos lois. Nous voyons l'indépendance du Québec comme, encore une fois, de nouvelles lois imposées. J'ai entendu Billy Two-Rivers dire qu'un Québec indépendant serait encore plus dur pour les autochtones. Les gens le croient à cause des relations historiques entre les Français et les Mohawks. Les Hurons et les Montagnais sont des exceptions, mais, historiquement, nous sommes des ennemis et, pour certaines raisons, nous le sommes restés à travers les siècles.
J'ai grandi à Kanehsatake, et à Oka.
Vous avez là de vieilles familles installées depuis plus de 100 ans qui sont très racistes et pour qui nous sommes "sales". J'ai grandi avec cette image de mépris de la part du
Canadien français, qui se croit supérieur parce qu'il a plus d'argent et des valeurs dif-
Pour nous, la valeur ne se mesure pas à la taille des propriétés ou des économies. Le succès pour nous, c'est d'être heureux en famille et en communauté. Les conflits politiques et culturels que nous connaissons doivent se régler par des discussions qui, même si nous n'en voyons pas l'aboutissement au cours de notre vie, doivent s'établir dès maintenant avec les jeunes qui, eux, doivent se demander qu'est-ce qu'un Québécois, qu'est-ce qu'un Mohawk, qu'est-ce qu'un
Cri. Il semble que nous ayons peur les uns des autres. Nous devons travailler à modifier ces perceptions.
M. M. : Il y a une série d'autres mythes à démolir. Je suis originaire d'une petite communauté en pays Anishnabe. Le village où j'habitais était un tiers anglais, un tiers canadien français et un tiers anishnabe. La langue seconde des Anishnabe était le français ce qui aggravait encore plus leur situation ; parler français en Ontario est suffisamment douloureux pour un Canadien français, imaginez pour un Anishnabe ! En fait, il y avait une alliance entre les Canadiens français et les autochtones contre les autres jusqu'à l'école primaire. Ensuite, les autochtones étaient envoyés à l'école dans les réserves du Sud.
La véritable histoire des relations entre Européens et autochtones n'a rien à voir avec le premier chapitre de nos manuels d'histoire, français ou anglais. Ces manuels sont responsables des mythes qui ont provoqué la crise d'Oka, le mythe de l'alliance automatique des Mohawks et des Anglais, historiquement inexact ; le mythe des Indiens tueurs et tortionnaires. On doit exiger que ces manuels soient réécrits.
Les autochtones connaissent beaucoup mieux leur propre histoire que nous connaissons la nôtre — nous ne la connaissons pas parce qu'elle a été écrite de manière à avantager les privilégiés et à perpétuer la division.
Combien de gens savent qu'il y a au moins 15 000 autochtones à Montréal, plus qu'à
Vancouver, où il y en a
13 000, selon le recensement ? Combien de Québécois connaissaient l'existence de Kanehsatake avant la crise [du terrain de golf, ndlr] ? Les gens de Montréal venaient au parc d'Oka et visitaient les boutiques d'artisanat, mais ça se limitait à cela.
M. B. : La relation Québécois-autochtones ressemble un peu aux rapports entre les pauvres Blancs et les Noirs en Afrique du Sud. Plus un Blanc est pauvre, plus il entre en contradiction avec le Noir parce qu'il entre en compétition pour les mêmes emplois. Toute proportion gardée, par rapport aux Premières nations, ne serions-nous pas les Afrikaners du Canada ?
Au Québec, l'Anglais représente la "haute", les Autochtones, les bas-fonds et les Québécois, les classes moyennes. N'étant pas pleinement "maîtres chez eux", les Québécois se sentent menacés par les demandes territoriales des Premières nations. Propriétaire de sa maison, plus puissante et plus riche, la nation canadienne-anglaise se montre plus "libérale", d'autant plus que la direction de l'assemblée des Premières nations accepte a priori l'unité du Canada.
Se dépêtrer dans ce piège dangereux nécessite, à long terme, de remettre en question la propriété privée, et de rebâtir une société édifiée sur le concept autochtone de Terre-Mère. Mais il nous faut penser une stratégie pour en arriver là.
F. S. : Même si je suis indépendantiste, j'avoue partager en partie les craintes de Billy Two-Rivers au sujet de l'indépendance. Les nationalistes au Québec ont toujours été incapables de comprendre la situation des autochtones ou même d'y être ouverts.
Le traitement qu'on fait subir aux autochtones nous renvoie aussi l'image d'un Québécois oppresseur. Les nationalistes québécois n'ont jamais été capables de vivre avec cette image-là.
On dit que le Parti québécois a montré plus d'ouverture envers les nations autochtones. C'est vrai que sa déclaration de 1985 dit reconnaître l'existence des nations autochtones, sauf qu'elle interdit de toucher à l'intégrité territoriale. Je crains non seulement pour les nations autochtones, mais aussi pour les classes populaires québécoises si la Sûreté du Québec est sous la direction de Parizeau. On se dirige vers une société de banquiers sans préoccupations pour les problèmes sociaux. Les indépendantistes qui pensent autrement sont très minoritaires et ne parviennent pas à se faire entendre.
M. M. : Dès le début, l'Etat canadien a été fondé sur l'oppression des peuples. Rejeter cet Etat ouvre la possibilité, et non la certitude, de soulever de plus grandes questions sociales, de briser les faux consensus qui
font croire qu'Ottawa est le seul ennemi. II faut montrer que l'ennemi est aussi à l'intérieur. C'est cette possibilité qui est positive et non le caractère formel de l'indépendance.
M. B. : L'argument fondamental du fédéralisme est que la loi est la même pour tous. Celui du nationalisme québécois, c'est l'intégrité territoriale. Ces deux positions reviennent à nier le droit à l'autodétermina-
La question de l'indépendance ouvre une possibilité si nous jouons bien notre
Le courant vers l'indépendance est irréversible. Il ne pourrait être anéanti que par la guerre économique et, à la limite, la force armée — c'est sûr que cette menace existe, comme le prouve bien l'expérience d'Oka et les menaces de la presse canadienne-anglaise. C'est pourquoi une alliance stratégique entre nous et les Premières nations est essentielle. Nous combattons le même ennemi : le grand capital de Toronto et Montréal, les fédéralistes et les nationalistes du statu quo.
E. G. : Nous vivons l'oppression et nos parents l'ont vécue encore plus avant nous. J'ai vu le racisme exercé envers des Canadiens Français, dans l'Ouest canadien. Pour les autochtones, c'est aussi mauvais qu'ici. Nous ne faisons pas de différence entre Anglais et Français. Pour nous, vous représentez le même point de vue. Vous voulez avoir ce que les Canadiens anglais ont. Allons-nous être séquestrés dans des réserves dans un Québec indépendant ? Pourrons-nous appliquer nos lois?
F. S. : Je suis d'accord sur le fait que l'indépendance ouvre des possibilités et c'est pour ça que je suis indépendantiste. Ce qui m'inquiète c'est quel type d'indépendance, ou plutôt de souveraineté politique, nous prépare le rapport de forces actuel.
Les centrales syndicales ne sont plus une force d'opposition ; elles font partie du "beau" consensus national. Le courant Parizeau-Bouchard, qui se vante de ne rien vouloir changer, domine nettement. La souveraineté politique avec des gens qui veulent le statu quo social risque d'être pire dans une situation d'encerclement économique par le Canada anglais.
La question essentielle c'est le rapport = de forces à bâtir. Il faut poser de sérieuses questions aux centrales syndicales qui sont censées être du même bord que nous et qui devraient nous aider à bâtir une société différente.
M. M. : Il existe des brèches importantes dans cette façade d'unité. Au dernier congrès du conseil central de Montréal de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), dans un forum sur les relations avec les autochtones, les gens ont appris, à leur grande surprise, qu'un des permanents était autochtone. Le climat au début de la discussion était très tendu ; il n'y avait pas que des sympathisants à la cause autochtone, loin de là. Rien n'a été résolu, mais des questions ont été posées correctement et honnêtement.
A la General Motors de Sainte-Thérèse, où travaillent de nombreux Mohawks de Kanehsatake respectés par tous, il y a eu beaucoup de débats à l'usine même. Même chose au sein d'un syndicat de Saint-Paul, qui a fini par prendre position en faveur des Gahnienke.
La politique de suivisme à l'égard de Bouchard et Parizeau n'est pas toujours bien acceptée par l'ensemble des syndiqués. Au dernier congrès de la Fédération des travailleurs du Québec, la base a fortement contesté l'appui de la haute direction à la construction du projet de Grande-Baleine [projet de construction d'un barrage sur des terres réclamées par les Indiens, ndir].
Les luttes autochtones ne datent pas d'hier, mais la solidarité parmi les Québécois francophones, elle, est récente.
F. S. : A part les syndicats, il nous faut aussi rejoindre les classes populaires. Elles sont victimes de la propagande de Parizeau et compagnie.
Nous devons trouver les moyens de toucher les assistés sociaux qui sont exposés aux pires clichés, au pire racisme.
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E. G. : Nous voulons un appui sans attaches ni liens. Nous essayons de résoudre des problèmes, dans notre société, tandis que le ministère des Affaires indiennes les envenime.
Nous sommes très méfiants face à l'appui de certaines personnes, de certains groupes. Durant la crise d'Oka, des groupes religieux menaçaient de retirer leur aide parce qu'ils n'aimaient pas certaines choses. Ils auraient dû nous comprendre et nous res-
Les Québécois et nous, nous poursuivons deux voies parallèles, mais qui se ressemblent sur bien des aspects. Nous devons savoir ce que vous voulez. Pourquoi voulez-vous l'indépendance ? Je peux le comprendre parce que le gouvernement fédéral est extrêmement corrompu. Briser cet Etat est une bonne idée. Mais à quel prix ? Y aura-t-il plus d'oppression envers les peuples autochtones ? Cette question tourmente beaucoup de gens. Comme le projet du barrage de Grande-Baleine ; beaucoup d'autochtones y voient une manière de bâtir l'indépendance économique du Québec en détruisant le mode de gouvernement canadien est prompt à attiser le ressentiment des autochtones envers les Québécois. M. M. : Nous devons apporter un appui inconditionnel aux autochtones dans la défense de leurs droits. Inconditionnel ne veut pas dire irréfléchi, ni que nous devons nous entendre sur tout. Je être beaucoup plus imaginatifs qu'avant notre appui à l'autodétermination. Je n'aime pas la formulation du "Québec des douze", c'est-à-dire une association égalitaire des onze nations autochtones et de la nation européenne habitant le Québec, parce que sauf les Attikameks et les Abénakis, les autres Premières nations ne se confinent pas à l'intérieur des frontières québécoises. Il faut cesser de penser selon le schéma rigide de la propriété privée, de lignes proprement dessinées sur une carte.
Nous devons rechercher des solutions qui ne sont pas nécessairement basées sur des modèles européens d'Etat-nation avec
Option Paix, printemps 1992