nationalisés de son économie et réduise fortement les budgets sociauxde l'Etat,
Inprecor a rencontré Vasudeva Nanayakkara, membre de la direction du Nava
Résistances aux privatisations
Le Sri Lanka subit de fortes pressions pour qu'il privatise les secteurs pour avoir droit aux financements des banques et des institutions internationales.
Sama Samaja Party (NSSP, section de la IVe Internationale au Sri Lanka), député au Parlement, président de la Fédération unie du travail, qui a été en première ligne de la campagne contre le bradage des richesses de son pays.
TEMOIGNAGE
A L'EPOQUE coloniale, des services comme les chemins de fer, la santé, l'éducation, les postes et les télécommunications appartenaient à l'Etat.
Entre les années 50 et le début des années 70, sous les gouvernements populistes, plusieurs entreprises industrielles, telles les aciéries et les industries du textile se développèrent sous l'impulsion du gouvernement ou avec sa coopération.
Cela permit une croissance économique harmonieuse. Des secteurs entiers de l'économie se développèrent, ce qui n'aurait jamais été le cas avec des investissements
Il y a toujours eu une corruption importante au Sri Lanka, comme dans tous les pays du tiers monde. Le gouvernement utilisait le secteur d'Etat comme instrument de propagande et plaçait ses principaux partisans à des postes-clés. Le secteur d'Etat était complètement bureaucratisé.
Le secteur privé, lui, exploite et pille les gens et transfère les profits vers d'autres pays. Le secteur public continue à entretenir financièrement le secteur privé ; très souvent, les fournisseurs locaux et étrangers font d'immenses profits en livrant des produits de mauvaise qualité et en gonflant les prix.
En 1977, le nouveau gouvernement adopta une nouvelle stratégie vis-à-vis du
FMI et de la Banque mondiale, et commença à privatiser. Le contrôle des importations
SRI LANKA s'est depuis allégé, les investissements étrangers ont pu s'exercer librement, la privatisation s'est développée, etc.
La privatisation est impopulaire au Sri Lanka. Malgré la corruption et l'inefficacité de l'Etat, les gens bénéficiaient d'un minimum de services et les entreprises d'Etat fournissaient des emplois et des formations.
Le gouvernement a utilisé diverses ruses et encouragements pour apaiser la population. Il affirme qu'avant nous étions gouvernés par des bureaucrates, et que maintenant chacun peut devenir propriétaire d'actions.
Cependant, les travailleurs n'ont pas été impressionnés, conscients des menaces sur l'emploi. Dans de nombreux cas, le gouvernement a distribué des actions aux travailleurs — près de 50 % dans les transports routiers. Puis, les travailleurs ont été encouragés à partir à la retraite contre un bon pécule, mais au bout d'un an, le taux d'infla-
La résistance a alors commencé, et elle a atteint son apogée lorsque le gouvernement a tenté de privatiser deux banques d'Etat, qui contrôlent 60 à 70 % des activités financières du pays. Ces banques se portaient très bien, y compris face à la compétition étrangère, particulièrement après la banqueroute de la Banque de commerce et de crédit international (BCCI), qui fut un désastre pour le Sri Lanka, et surtout pour les travailleurs de l'Est qui avaient placé leur argent à la BCCI.
Comme d'habitude, on a expliqué que la privatisation allait permettre plus d'efficacité, mais les gens savent que cela produit, au contraire, une réduction des services et une augmentation du chômage et des prix. Les employés des banques ont organisé piquets de grève et manifestations.
Finalement, le Premier ministre et le ministre des Finances ont dû déclarer devant le Parlement : « Nous sommes vraiment désolés, mais nous devons vous annoncer que les banques d'Etat sont en banqueroute ; nous devons vous dire la vérité », espérant par là provoquer des retraits massifs, et pouvoir ainsi demander une aide étrangère. Mais tout le monde avait compris qu'il s'agissait d'une conspiration entre le gouvernement et les banquiers étrangers. Ensuite il y eut un vote de non-confiance contre ces ministres, et le projet de privatisation échoua.
La nationalisation des plantations de thé
Aujourd'hui, toutes les plantations de thé sont nationalisées. Le but du gouvernement est de les vendre à des compagnies étrangères. En cette période de chute des vers le développement du chômage et la mise en place de conditions de travail plus précaires, sans hausses de salaires.
Dans un premier temps, le gouvernement a été obligé de favoriser les firmes locales ; ensuite, il a abandonné ce projet et annoncé que les travailleurs continueraient à être employés par le gouvernement, sous le contrôle de gestionnaires privés. Finalement, ce plan n'a pas été réalisé.
Les syndicats des travailleurs de l'Etat ont lancé une grande campagne pour refuser le travail dans les entreprises dénationalisées. Quand les représentants des compagnies étrangères sont venus sur place, ils ont constaté cette paralysie et ils sont partis.
Récemment, une marche de protestation a eu lieu contre la privatisation, le chômage, la hausse du coût de la vie, et pour dénoncer la guerre contre les Tamouls, au Nord. Environ 100 000 personnes ont pris le départ de cette marche, rejoints ensuite par 100 000 autres.
Tous les partis d'opposition ont participé au mouvement contre les privatisations, y compris les dissidents de la direction du Parti d'unité nationale, au pouvoir. Le NSSP est en première ligne de cette lutte. Nos syndicats ont activement participé aux piquets de grève et ont joué un rôle important dans l'organisation de la marche. Le secrétaire général de NSSP est aussi le principal coordinateur du comité de résistance à la privatisation des plantations, et nous sommes influents dans le mouvement des travailleurs des banques.
Nous avons besoin de la solidarité du mouvement ouvrier international, mais aussi d'informations sur les multinationales qui opèrent dans d'autres pays telles Nestlé, Levers, Bata et d'autres.
Mai 1992 Propos recueillis par Colin Meade