milices serbes a provoqué un nouveau carnage parmi la population affamée qui
La Conférence de Londres
Dimanche 30 août 1992, sur un marché de Sarajevo, un tir d'obus des attendait une hypothétique distribution de pain.
Ce nouveau crime contre une population désarmée — en principe, protégée par des centaines de casques bleus — montre l'attitude des forces serbes face aux accords conclus à la Conférence de Londres.
Slavko MIHALJCEK
LES PUISSANCES occidentales, en premier lieu les Etats-Unis, la
France et la Grande-Bretagne, ont assigné à ce gigantesque show un rôle d'humanisation" du conflit et l'ont présenté comme le début de la désescalade militaire dans l'ancienne Yougoslavie.
Ce déploiement diplomatique a surpassé toutes les conférences mondiales réalisées depuis 1945 sur des conflits régionaux.
Présidée par le Premier ministre britannique et le secrétaire général de l'Organisation des Nations-Unies (ONU), la Conférence a réuni une liste imposante de participants. Outre les douze ministres des Affaires étrangères de la Communauté européenne
(CE), il y avait les ministres des Etats-Unis, de la Chine, de la Communauté des Etats indépendants (CEI), du Canada et du Japon.
Les pays limitrophes étaient également invités : Autriche, Hongrie, Roumanie, Bulgarie,
Grèce, Albanie, Italie et Turquie. La CE fut représentée par Jacques Delors et on vit même le ministre du Sénégal siéger au nom de l'Organisation des pays islamiques.
Toutes les républiques yougoslaves (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie,
Monténégro et Macédoine) étaient représentées par leurs présidents.
La nouvelle "Fédération yougoslave"
(formée de la Serbie et du Monténégro)
occupait deux sièges, et on accueillait, dans une salle annexe, deux représentants de la minorité serbe, un délégué des Musulmans de Serbie et le dirigeant des Albanais du
Kosovo.
Malgré cet immense ballet diploma-
- Inprecor n° 358 du 11 an 24 septembre 1992 tique, les résultats concrets de la Conférence de Londres sont bien maigres.
Dans la plupart des interventions — mais pas dans la déclaration finale — la Serbie fut désignée comme l'agresseur en Bosnie, mais la Conférence n'a décrété aucune nouvelle sanction. Le renforcement des casques bleus a été décidé — le contingent de l'ONU pourrait atteindre 6 000 hommes —, leur mission n'a pas été modifiée. Ce contingent sera affecté à des tâches de protection des convois humanitaire « au coup par coup », et il n'y aura pas d'ouverture de couloirs humanitaires permanents en Bosnie. Concrètement, cela veut dire que les convois humanitaires — comme par le
- ne pourront se mettre en route qu'en s'appuyant sur les engagements des principales parties en conflit et qu'ils pourront être détournés de leur destination, à tout moment et, par n'importe quelle petite mili-
La nouvelle "carte"
Au-delà des gesticulations médiatiques de Panic, homme d'affaires américain et Premier ministre de la "Fédération yougoslave", ou des promesses du chef des Serbes de Bosnie de fermer les "camps de rétention", aucun engagement n'a été pris par la Serbie d'arrêter la guerre contre ses voisins Croates, Bosniaques ou Albanais.
Les émissions de télévision et de radio serbes montrent que le régime est largement satisfait des résultats obtenus à Londres. Les fascistes mis à part, toutes les autres composantes du régime de Milosevic estiment que la "Conférence pour la paix" est positive en ce qu'elle a officialisé, et tacitement accepté, toutes les conquêtes territoriales de la Serbie. Même si les Serbes perdront certainement quelques villes de Bosnie, leurs dirigeants estiment que la conquête de plus du tiers de la Croatie et de la moitié de la Bosnie représente, de fait, la création de la Grande-Serbie. Les médias de Belgrade notent, avec satisfaction, que l'attitude conciliante des dirigeants occidentaux équivaut à une acceptation de fait de la nouvelle carte politique issue de la guerre. De rares commentateurs politiques s'inquiètent de l"effet négatif" provoqué par la découverte des "camps de concentation" des Musulmans et préconisent leur fermeture « afin d'améliorer l'image internationale de la Serbie ».
L'arrestation du chef d'une milice royaliste (opposant déclaré à Milosevic), dont les troupes ont commis des massacres en Bosnie, est envisagée. Cependant, il faut noter que Seselj, le chef du fascisant Parti radical est toujours considéré, par Milosevic, comme son meilleur allié.
Les dirigeants croates affichent également un bel optimisme. L'ensemble de la presse pro-gouvernementale considère que les travaux de la Conférence « renforcent la place internationale de la Croatie et de son président Tudjman ». En effet, le régime de Tudjman pense pouvoir compenser ses pertes territoriales (Slavonie et Krajina) par l'annexion de l'Herzégovine de l'Ouest avec la bénédiction des pays occidentaux. La déception des Bosniaques
En Bosnie, les habitants des grands centres urbains (où se trouvait la moitié de la population avant la guerre), le plus souvent assiégés par l'armée et les milices serbes. semblent massivement mécontents des résultats de la Conférence de Londres. Importants centres d'activité pacifiste avant la guerre, très métissées nationalement, les villes bosniaques, en premier lieu Sarajevo, refusent toujours — malgré les bombardements, la faim et la mort omniprésentes — le partage de la Bosnie sur une base ethnique. La découverte des "camps" et des expulsions massives des Musulmans semblent les décider à une résistance armée.
Les journaux croates annoncent l'arrivée, à Sarajevo, d'armes légères, retenues par les Croates depuis un mois. Cet armement favoriserait la création des formations d'autodéfense dans lesquelles s'engagent les citoyens de toutes les nationalités dont un grand nombre de Serbes. D'après Radio Sarajevo, l'étau militaire serbe autour de la ville est sur le point d'être percé à plusieurs endroits. La ville de Goradze vient d'être libérée, alors qu'une résistance énergique commencerait à apparaître dans d'autres villes bosniaques. Si tel était le cas, on assisterait à un tournant dans la guerre avec l'entrée des masses urbaines dans la résistance, dominées numériquement par les Musulmans, mais très métissées. *
3 septembre 1992