l'opposition par une habile manœuvre : son parti, l'Union démocratique croate mineurs du Kosovo ont été écrasés par la répression, le Croate D. Horvat a fondé l'Association pour une initiative démocratique yougoslave (UJDI). Horvat est un économiste communiste réputé. Sa protestation contre la répression grand-serbe des Albanais dans la presse serbe était courageuse (4). L'UJDI a été vite minorisée par l'éclatement de la Yougoslavie et le raz-de-marée nationaliste. Mais il subsiste des éléments.
Il y a aussi, dans d'autres républiques, des forces qui adoptent une position antiguerre, notamment, de petits partis sociaux-démocrates. C'est le cas de l'Union socialdémocrate (USD) en Croatie (voir l'article ci-contre.), et des formations autonomistes en Dalmatie et en Istrie. C'est le cas de Milorad Pupovac, dirigeant du Forum serbe de Croatie. Le leader du Parti paysan croate, Cicak, a écrit des articles virulents contre la Grande-Serbie et contre la politique de Tudjman dans le journal Danas.
Il y a une bataille sur le front de l'information. Le journal Vreme de Belgrade est le point d'appui du mouvement antiguerre, en liaison avec des radios libres et des groupes de rock populaires dans la jeunesse étudiante serbe. Le journal Danas jouait un rôle analogue en Croatie, mais il a été étouffé sous des prétextes économiques.
La station de télévision Yutel, émettant de Sarajevo, était interdite à Zagreb et à Belgrade, mais elle était très populaire par la façon dont elle se démarquait de l'hystérie nationaliste.
Même si ce n'est pas facile, il faut aider les réfugiés ; soutenir la loi d'amnistie des déserteurs, proposée par l'opposition serbe ; prendre contact avec des journalistes indépendants pour leur donner une aide matérielle et donner la parole à la minorité étouffée des "traîtres" aux causes nationales.
Par ailleurs, il faut refuser l'intervention militaire. L'opposition à Milosevic la récuse au nom du fait qu'elle permettrait au président serbe de resserrer la population autour de lui et d'intensifier la répression.
Enfin, le problème se pose d'un soutien à la défense territoriale bosniaque. Si cette défense affirmait davantage son contenu multi-ethnique, si elle prolongeait ce contenu par un programme donnant des réponses et des garanties aux différentes nationalités, si, comme les partisans de Tito, elle présentait une alternative à la fois aux oustachis et aux tchetniks, alors on pourrait concevoir une orientation de soutien militaire à cette défense multi-ethnique. *
Propos recueillis par Alain Tondeur 31 août 1992
4) Voir Inprecor n° 350 du 10 avril 1992.
Main basse sur le Parlement
Les élections en Croatie du 2 août 1992 ont été remportées par l'ancien général de Tito et actuel président croate, Franjo Tudjman, qui a obtenu plus de 56 % des suffrages. Le chef suprême a joué sur un sentiment répandu parmi la population en faveur de la continuité, parvenant à marginaliser
(HDZ), qui détenait 60 % des sièges dans l'ancien Parlement avait préalablement voté une loi lui permettant, cette fois, d'avoir 70 % des sièges avec 40 % des voix (voir Inprecor n° 348 du 13 mars 1992).
Christian POMITZER
AU PARLEMENT, 60 sièges ont été pourvus à la proportionnelle - les listes devaient dépasser la barre de 3 %. Quatre sièges étaient réservés aux minorités nationales - Italiens, Allemands, Autrichiens, Tchèques, Slovaques et Ukrainiens — ce qui donnait un vernis démocratique à ce scrutin.
En plus, 60 autres sièges étaient attribués suivant le système britannique de scrutin majoritaire à un tour — le candidat obtenant la majorité relative est élu et les voix des autres sont perdues. Enfin, 13 sièges devaient être occupés par la minorité serbe, ce qui n'est apparu clairement que plusieurs jours après le vote.
Tudjman avait répété à plusieurs reprises qu'il n'y aurait d'élections qu'une fois la guerre finie. Or, dans les faits, la guerre n'est pas finie et un tiers du territoire croate reste occupé. Néanmoins, l'arrivée des forces de l'Organisation des Nations-
Unies (ONU) (I) a quelque peu calmé le jeu et Tudjman a habilement calculé que le moment était approprié.
La guerre, que la Croatie a pratiquement gagnée, est omniprésente : les gens sont encore plutôt en armes que dans la rue.
Le cours favorable de la guerre et l'indépendance sont des souvenirs encore frais dans les mémoires. Mais qu'arrivera-t-il à l'automne ? Il y aura peut-être des problèmes du fait des syndicats, car l'endettement de l'Etat s'est aggravé et le niveau de vie est en chute libre. Les faillites se multi-
CROATIE plient, mais, pour l'instant, l'opposition est encore faible. Voilà pourquoi, Tudjman a pensé qu'il valait mieux bâcler les élections en quelques semaines.
La première réaction de l'opposition parlementaire a été d'appeler au boycott du scrutin, parce que la guerre n'était pas finie et en raison de la loi électorale. Toutefois. Savka Dapcevic-Kucar, l'éminence grise du Printemps croate de 1971, a décidé de participer, suivi par son Parti populaire croate (libéral-nationaliste) ; après quoi, tout le reste de l'opposition s'est ralliée au proces-
Des négociations ont eu lieu pour désigner des candidats uniques pour les sièges de scrutin majoritaire à un tour. Le candidat de l'opposition pour la présidence, Drazen Budisa, et son Parti social-libéral croate, ont obtenu le score honorable de 20 %, avec l'aide de l'ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Hans Dietrich Genscher, qui a été le premier à reconnaître l'indépendance de la Croatie.
Le vote des Croates
Les Croates de l'intérieur ont voté plus modérément que leur frères et sœurs émigrés (qui avaient aussi le droit de vote). C'est parmi ces derniers que Tudjman et son rival fasciste Dobroslav Paraga ont fait leurs meilleurs scores. Paraga et son Parti de la loi donnent, à première vue, l'impression d'une meute de skinheads, assoiffés de sang, dans laquelle serait tombé accidentellement un étudiant en théologie bien nourri et bien élevé. Mais cette impression s'estompe dès que Paraga ouvre la bouche pour prononcer
1) Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé l'envoi d'une force d'interposition, les Forces de protection des Nations-Unies (FORPRONU), dans les zones de combat en Croatie, puis en Bosnie-Herzégovine.
Inprecor n° 358 du 11 au 24 septembre 1992
un slogan du genre : « Pour une Croatie qui aille jusqu'à la Drina ! » (2), « FORPRONU [les forces de l'ONU, ndlr] go home ! », ou « Nous repousserons les Serbes jusqu'à Zemun ! » (3). Chacun de ses commentaires est un événement médiatique et fait sensation. Mais les gens sont fatigués de la guerre, les tueurs de Paraga ne font plus recette en Croatie même et ils ont dû se replier en Bosnie-Herzégovine.
En fait, le seul résultat positif de ces élections a été la piètre prestation du parti de Paraga, qui a obtenu 5 à 6 % des voix ce qui est bien en deçà des prévisions. Dans beaucoup d'endroits, il y a eu des irrégularités dans le scrutin. Le porte-parole de l'Union social-démocrate (USD), Branko Horvat, a personnellement essayé de voter deux fois... et y est parvenu ! Nombreux étaient les bureaux de vote où il n'y avait pas d'isoloir. Mais tout ceci n'a pas été décisif dans l'issue du scrutin.
Le HDZ a fêté sa victoire sobrement : il n'y a pas eu de gens soûls dans son quartier général de campagne, mais seulement de jeunes hommes stricts et cravattés. Sur les murs, des ordinateurs donnaient les derniers résultats. Sur chacun d'entre eux, on pouvait voir les fruits des efforts de l'Union démocrate chrétienne (CDU) allemande pour "européaniser" le parti de Tudjman. Les grands chefs, Tudjman et Stipe Mesic, étaient déjà partis depuis longtemps mais le redouté ministre de l'Intérieur, Manolic, qui a gagné ses galons sous l'ancien régime, fêtait la victoire, donnant de grandes claques dans le dos à des vétérans de son parti — qui a trois ans ! En fait de vétérans, il s'agit de gens qu'il connaît depuis l'époque de la Ligue des communistes.
Du pain sur la planche
Le HDZ aura du mal à traverser les quatre prochaines années. L'opposition marginalisée ne représente pour l'heure aucun danger, néanmoins, les conflits au sein même du HDZ, qui ont été mis en lumière durant l'été dernier, pourraient bien éclater de nouveau. De plus, il y a la question des
Bien sûr, le gouvernement voudrait être "prêt pour l'Europe" et introduire l'économie de marché, mais maintenant que les cadres du parti ont fait main basse sur les anciennes entreprises autogérées, peut-on décemment espérer qu'il s'en séparent ? Et, est-ce qu'une telle libéralisation s'appliquera à la presse aussi ? Cette dernière n'est-elle pas déjà trop débridée ? Mais le président ne s'embarrasse pas de tels détails. Il préfère prêter serment devant une audience triée sur le volet, sur le parvis de l'église Saint-Marc, dans les beaux quartiers. A cette occasion, il a commis l'un de ses fameux lapsus, en
Pardon, où se trouve le bourbier ? remerciant « les Croates et les autres citoyens », plutôt que « le peuple de Croatie » comme il était écrit dans son texte.
Les "autres citoyens"
Parmi les "autres citoyens", il y a les Serbes qui sont restés en Croatie, environ 8 % de la population. Tudjman leur a donné un parti, mais ils n'ont pas voté pour celuici. Le prétendu Parti populaire serbe (PPS), connu pour être composé surtout de policiers clandestins, a obtenu un peu plus de 1% des voix, ne dépassant pas la barre des 3%. Cela a mis la commission centrale électorale dans une position embarrassante. Comment pourvoir les 13 sièges réservés aux Serbes ? La réponse a été d'y placer les Serbes des listes des partis qui ont eu des élus aux Parlement.
Avec un peu plus de 5 %, les anciens communistes ont remporté six sièges, mais comme ils comptaient le plus de Serbes sur leur liste, ils ont pris huit des 13 sièges "serbes", et donc, sans aucun effort, ils sont devenus le troisième plus gros parti du Parlement croate. Le PPS a menacé de s'autodissoudre, enlevant ainsi à Tudjman sa feuille de vigne vis-à-vis de l'Occident. Alors, quatre jours après le scrutin, il a été décidé que la barre des 3% ne s'appliquait pas à ce parti étant donné qu'il représentait une minorité. Le PPS a alors reçu trois sièges en cadeau.
Si l'opposition est divisée, il en est de même pour la gauche, avec pas moins de quatre partis sociaux-démocrates en lice pour ces élections. Un seul d'entre eux, celui des anciens communistes, maintenant transformé en le nouveau et modéré Parti socialdémocrate de Croatie-Parti du changement démocratique, est entré au Parlement. Aucun des trois autres n'a approché 3 %. Le pire score a été réalisé par le droitier Antun Vujic
CROATIE et son Parti social-démocrate de Croatie. Ses 0,7 % mettront sans doute un terme à ses demandes d'aide aux partis sociaux-démocrates allemand et autrichien, qui ont été jusqu'à présent relativement couronnées de succès.
La construction de partis sociaux-démocrates à l'occidentale semble avoir aussi peu d'avenir en Croatie que partout ailleurs dans les anciens pays du socialisme réel.
Un peu plus à gauche on trouve le Parti socialiste de Croatie (PSC) et l'Union social-démocrate (USD). Ayant réalisé chacune un score d'un peu plus de 1 %, ces deux formations devraient prochainement fusionner. Pour l'élection présidentielle, l'USD n'a pas présenté de candidat et a appelé a voter pour la socialiste Silvije Degen, qui a obtenu un score non négligeable de 4 %.
L'USD de Branko Horvat est le seul parti non nationaliste de Croatie, toutefois le charisme de cet académicien ne semble pas, pour l'instant, avoir beaucoup d'influence en dehors des amphithéâtres. *
Vienne, août 1992
2) Fleuve longeant la frontière entre les républiques de Serbie et de Croatie de l'ancienne Yougoslavie.
3) Dans les faubourgs de Belgrade.