Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RUSSIE

Plan de misère

· Inprecor n° 358, 11 septembre 1992 · p. 10-12 · 3 473 mots

URSS et Russie Syndicalisme Économie mondiale

Dans l'allocution faite par Elisine le 19 août 1992, date anniversaire du coup triomphant de l'an dernier avait disparu. En dépit d'une couverture médiatique massive et des invocations d'Eltsine « à la Russie qui a non seulement un passé prestigieux mais aussi un grand fulur » (1), la morosité prévalait dans la plupart conçue par le Fond monétaire international (FMI) et appliquée par le Premier ministre, Jegor Gaydar, est dans l'impasse, tandis qu'une lutte acharnée pour le pouvoir déchire le camp pro-capitaliste (voir Inprecor n° 345, 348 et 349 des

31 janvier, 13 mars et 3 juillet 1992). Ce conflit est centré sur l'entrelacs des extérieure de la "nouvelle Russie", plus particulièrement en direction des Etats

Plan de misère d'Etat manqué (voir Inprecor numéro spécial du 29 août 1991), le ton des commentaires. Un an après l'ascension des "eltsiniens" au pouvoir quasi- absolu, l'optimisme n'est plus de mise. La thérapie de choc économique, questions concernant les réformes économiques et des buts de la politique voisins de la Communauté des Etats indépendants (CEL).

Poul FUNDER LARSEN

LA SEULE "promesse"

économique substantielle de Eltsine , à la fin d'août

- à part des coupons de privatisation de 10 000 roubles chacun (environ 50 dollars) — a été que « la fin de cette année serait la période la plus difficile » connue jusqu'à présent (2). En fait, les huit premiers mois du traitement de choc de Gaydar ont placé une économie déjà en crise dans un état de dépression sans précédent.

D'après les chiffres du comité d'Etat pour les Statistiques, la production a chuté de 18 % durant le premier semestre 1992, mais plusieurs experts indépendants donnent des estimations supérieures. Il y a une baisse de la production de près de 50 %, depuis

1989. Cette chute n'est pas prête de s'arrêter car les investissements ont diminué de 46 % durant les six premiers mois de 1992.

L'inflation est estimée entre 1 600 et

3 000 % d'ici à la fin de l'année, tandis que le rouble continue de s'effondrer vis-à-vis du dollar. Au début de l'année, le gouvernement rêvait d'un changement rapide vers la convertibilité à un taux de 80 roubles pour un dollar — début septembre, le taux de change était de 210 roubles et promettait de se dégrader encore plus. Le déficit budgétaire est en passe d'atteindre 20 %, comme en

1991.

La politique du gouver ement, inspirée par le FMI, a échoué sur toute la ligne — les objectifs de prétendue stabilisation financière n'ont pas été atteints, alors que la crise structurelle de l'économie s'est aggravée. La libération des prix et la diminution de la masse monétaire, dans le cadre d'une économie fortement monopolisée, ont accéléré la chute de la production. Les conséquences à court terme du désarroi économique peuvent être désastreuses pour l'agriculture — les prix y augmentent plus lentement que dans l'industrie et les producteurs ont donc des réticences à vendre. Avec une récolte en deçà des prévisions, une pénurie de machines et une infrastructure défaillante, on pourrait assister à une grave crise alimentaire, l'hiver prochain.

Mais, bien avant l'hiver, les Russes ont déjà payé au prix fort la "phase initiale de la réforme". Les revenus réels ont été drastiquement réduits : les prix des biens de consommation ont augmenté de 1 170 % en 1991 et les revenus de seulement 590 %. L'inflation galopante a englouti les économies de la plupart des petits épargnants. La consommation a donc globalement diminué d'un quart pendant les six premiers mois de 1992 — les gens achetant 25 % de lait et 50 % de vêtements et chaussures en moins. Environ la moitié de la population vit actuellement en dessous du seuil officiel de pauvreté.

La malnutrition progresse rapidement — dans un sondage récent réalisé auprès de jeunes de Saint-Pétersbourg, 40 % des personnes interrogées ont affirmé « avoir constamment faim » tandis que 40 % déclaraient être souvent affamés (4). La chute des revenus réels a touché toutes les couches de la société, mais, dans le même temps, les différences de salaires se sont accrues : les employés de l'éducation, de la santé et de l'administration ainsi que les retraités et les étudiants sont en queue de grille des salaires alors que certaines catégories d'ouvriers (notamment les mineurs) s'en sortent relativement bien (5).

Pourtant, même si les salaires nominaux ont augmenté, beaucoup de travailleurs ont du mal à toucher leur salaire à cause du manque de monnaie, dû au contrôle monétaire rigide : « La pénurie de monnaie s'aggrave de façon vertigineuse — il n'y a pas de quoi payer les gens. La situation est particulièrement catastrophique dans les secteurs minier de Kemerovo et pétrolier de Tyumen. Le Premier Mai, les salaires et retraites impayés se seraient élevés à 70 milliards de roubles ; au ler juillet, selon les estimations, l'Etat devait 100 milliards de roubles au gens » (6).

Les coupes claires dans les dépenses de l'Etat ont eu de graves répercussions dans l'éducation et la santé. L'augmentation de la mortalité infantile (de plus de 9 % de janvier 1991 à janvier 1992), le déclin du taux de naissance et la résurgence d'épidémies inconnues en Russie depuis des décennies (comme la typhoïde) sont des indicateurs de la détérioration des conditions de vie et de la paupérisation. La banqueroute industrielle

Pendant les neuf premiers mois de thérapie de choc, l'endettement interentreprises est passé de moins de 100 milliards de roubles au début de janvier à 600 milliards au ler avril, puis à la somme astronomique de 3 000 milliards (près de 40 % du produit national brut). La plupart des entreprises ont une dette considérable à payer, dont une bonne partie est inassumable. Les Izvestia ont récemment rapporté que dans la région d'Ekaterinbourg, neuf entreprises sur dix sont gravement endettées. Beaucoup d'usines ont dû réduire leur production à cause des problèmes de financement et de l'absence de commandes - mettant leur personnel en vacances forcées. Les Izvestia citent l'exemple de l'usine Kalinine d'Ekaterinbourg, qui a été contrainte de passer à une semaine de trois jours, payant mainte-

1) Izvestia, 20 août 1992.

2) Izvesti . 24 août 1992.

3) Izvestia, 20 juillet 1992. Voir Inprecor n° 349 du 27 mars 1992.

4) İzvesti , 7 juillet 1992.

5) Il y a des estimations divergentes sur la baisse du revenu réel. Le 8 août 1992, The Economist affirmait : * Les salaires réels à ce stade de l'année représentent seulement 40 % de leur moyenne de 1991. -

6) Pravda, 9 juin 1992.

Inprecor n° 358 du 11 au 24 septembre 1992

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nant ses 40 000 ouvriers en moyenne 2 000 roubles par mois — ce qui est en dessous du seuil de pauvreté (7). Un grand nombre d'usines sont de facto en faillite — d'après la Fédération des syndicats de Moscou, 90 % des entreprises militaro-industrielles (8).

Une des raisons qui explique la relative paix sociale, malgré la chute du niveau de vie des gens, est le faible taux de chômage. Seulement quelques centaines de milliers de personnes sont officiellement répertoriées comme chômeuses (moins de 1 % de la population active), bien que beaucoup de travailleurs soient contraints de réduire leur temps de travail. A cause de la bataille acharnée, dans les cercles dirigeants, sur la question des fermetures d'entreprises, des licenciements en masse ont été évités. La prévision de 10 millions de chômeurs, à la fin de 1992, n'est pas confirmée.

Avec le décret d'Eltsine sur les faillites et l'annonce d'un programme radical de privatisation, les questions des fermetures d'entreprises et des droits de propriété seront sur le devant de la scène cet automne (9). Le gouvernement a dernièrement essayé de présenter la remise de coupons de privatisation à chaque citoyen comme un deus ex machina, permettant à la fois d'assurer un processus de privatisation en douceur et une répartition équitable de la propriété d'Etat parmi la population. En principe, ce système pourrait offrir aux collectifs de travailleurs (et à la direction) la possibilité formelle d'obtenir un partage du contrôle au sein de l'entreprise — bien que ce soit pratiquement impossible, le gouvernement faisant tout pour l'empêcher. Comme le remarque l'économiste marxiste Boris Kagarlitsky : « Comment peut-on discuter de privatisation démocratique, avec participation des collectifs des travailleurs, si on ne pose pas la question de savoir où ces collectifs vont trouver les moyens de moderniser la production, comment ils recevront des crédits, comment des livraisons stables seront assurées et ce qu'il adviendra de ceux qui ne travaillent pas dans une usine. La principale raison qui va attirer les travailleurs dans ce genre de processus est que cela instaure, entre autres, une responsabilité collective. Ainsi, plus tard, lorsque l'usine fermera ou sera vendue bon marché à un entrepreneur privé, la faute incombera aux travailleurs, qui auront prétendument mal géré leur propriété » (10).

La véritable cause des batailles de factions autour du gouvernement russe, est la question du développement industriel et de la place de la Russie dans la division internationale du travail. Les mesures du gouvernement Gaydar ont particulièrement bénéficié aux spéculateurs, souvent liés à la mafia de l'ancien appareil, mais, en général, pas aux entreprises d'Etat.

Tout au long du processus de conception et de mise en œuvre du "programme de stabilisation" le gouvernement s'est conformé avec zèle à toutes les exigences du FMI — la Russie apparaît comme l'élève modèle du FMI parmi les Etats de la CEI. Mais, même les 24 milliards de dollars d'aide promis par le Groupe des sept (dont seulement un milliard a été payé pour l'heure) sont à peine une goutte d'eau dans un océan. Selon le ministre de l'Economie, Andreï Netchaev, le service de la dette russe va s'élever à 22 milliards de dollars pour 1992 (11).

Le chantage occidental

L'Occident a exercé des pressions considérables sur la Russie pour obtenir des concessions politiques et économiques en échange de son soutien financier. Ce chantage des puissances occidentales a probablement atteint son point culminant lors du Vle Congrès des députés du peuple en avril 1992, lorsque, Nicolas Brady, secrétaire au Trésor des Etats-Unis a menacé de bloquer toute aide économique si le gouvernement Gaydar, démissionnaire depuis peu, ne revenait pas aux commandes (12).

Pendant et après la session du Congrès, de fortes critiques contre Gaydar ont été émises depuis le Soviet suprême, de la part d'intellectuels politiquement influents comme lavlinsky et Petrakov, et de dirigeants d'entreprises.

Cette vague de mécontentement a marqué une intensification de la lutte pour le pouvoir à l'intérieur de la coalition "eltsinienne" : une attaque dirigée par les directeurs d'entreprises d'Etat, mais impliquant une portion significative de la vieille nomenklatura (dont son aile militaire), a mis Gaydar sur la défensive.

Fin mai, l'influente Union des entrepreneurs et industriels russe, qui regroupe des chefs d'entreprises d'Etat et dirigée par l'ancien apparatchik Arkady Volsky - a fondé un parti politique nommé Renouveau.

Le parti des affairistes Un mois après, le nouveau parti en est venu à former un bloc politique plus large : l'Union civique. Cette alliance comprend aussi le Vice-président Alexandre Roustkoy, le Parti populaire Russie libre (revendiquant le chiffre douteux de 100 000 membres), le Parti démocratique de Russie de Nikolaï Travkins (de 50 000 membres) et le groupe parlementaire Nouvelle génération (Smena).

L'Union civique rassemble des industriels (surtout dans le complexe militaro-industriel), des officiers supérieurs de l'armée et des fonctionnaires de haut rang, qui soutiennent la présidence d'Eltsine, tout en exigeant une stratégie de réforme radicalement différente de celle de Gaydar. Ils insistent sur la nécessité d'un Etat russe fort — cela implique une approche interventionniste dans les affaires des autres Etats de la CEI — et d'une réforme économique qui mette en avant « le salut de l'industrie nationale », à travers un processus plus lent de libéralisation, sous l'étroit contrôle de l'Etat. Au début de l'été, il devenait évident que la libéralisation de Gaydar avait échoué. Vladimir Chumeiko, un ancien chef d'entreprise, proche allié de Volsky, a été nommé Vice-premier ministre (sur un pied d'égalité avec Gaydar), et d'autres partisans de l'Union civique sont entrés au gouvernement. Comme l'hebdomadaire libéral Kommersant l'affirmait, sous le titre "Une nouvelle phase de réforme : les chefs d'entreprises prennent le pouvoir" : « En fait de nouvelle phase, il s'agit du "glissement graduel vers le marché sur la base du renforcement des branches fondamentales de l'économie", oublié depuis longtemps et que préconisaient Nikolaï Ryjkov et Valentin Pavlov en 1990-91 » (13).

7) Izvestia des 19 et 20 août 1992.

8) ITAR-TASS, 9 juillet 1992

9) Le programme, présenté dans les Izvestia, le 27 juin 1992, vise à privatiser des biens valant 72 milliards de roubles en 1992, 350 milliards en 1993 et 470 milliards en 1994

10) Pravda, 7 mai 1992.

11) Trud, 6 août 1992.

12) Sur la question des pressions étrangères, Gaydar a affirmé à The Economist : • Tout compte fait c'est utile. Cela pourrait nous nuire si c'était exagéré, si le pays en venait à penser que des étrangers veulent décider de la politique économique à notre place »

13) Kommersant , 8 juin 1992. Ryjkov et Pavlov étaient premiers ministres sous Gorbatchev.

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Pendant ce temps, les industriels cherchaient de nouveaux partenaires pour renforcer leur position : le 8 juillet, l'Union des industriels et entrepreneurs russe s'est formellement alliée avec les anciens syndicats "officiels", la Fédération russe des syndicats indépendants (FNPR). Dans le cadre d'une prétendue "assemblée de partenariat social", ils publient conjointement le quotidien à grande tirage Rabotchaya Tribuna (14).

Un autre signe du renforcement des industriels a été la déclaration conjointe, faite en juillet, par Volsky et l'un des plus fortunés et influents entrepreneurs nouvellement enrichis, Konstantin Borovoi. Elle critiquait le programme de privatisation du gouvernement comme donnant trop de pouvoir aux instances de l'Etat (15). Même si cette alliance ne se prolongera sans doute pas, les différents intérêts défendus dans le processus de privatisation étant contradictoires, elle souligne à quel point l'alliance autour des chefs d'entreprises a pris l'initia-

Le recul du gouvernement

Voilà pourquoi, le gouvernement a dû faire marche arrière sur une série de décisions politiques importantes. Le plan rapide vers la libre convertibilité du rouble a été retardé. La libération des prix de l'énergie — une mesure qui précipiterait une vague de faillites — qui figurait dans le memorandum officiel du gouvernement au FMI en mars a été ralentie. Les pierres angulaires du traitement de choc, le monétarisme rigide et le contrôle fiscal, ont été revus à la baisse. Plusieurs remises de dette importantes pour des entreprises ont été annoncées à la fois par le gouvernement et par la Banque centrale, en la personne de son nouveau (et moins monétariste) patron, Viktor Gerachenko. Début août, ce dernier a promis que la dette des entreprises vis-à-vis de l'Etat, de l'ordre de 1,5 milliard de roubles serait effacée (16). Dans plusieurs interviews, Gerachenko a dénoncé le programme du FMI et critiqué le plan de privatisation par coupons (17).

Les contradictions inhérentes au bloc eltsinien et l'offensive des industriels ont sans doute stoppé temporairement les mesures les plus dures, mais cela ne signifie pas que l'Union civique, quel que soit son discours, est anticapitaliste ou favorable aux travailleurs. Volsky a récemment présenté ses objectifs en déclarant : « Nous ne préparons pas un renversement du gouvernement, nous voulons simplement l'aider » (18).

En l'absence d'un "parti dominant", la présidence d'Eltsine s'appuie sur son autorité personnelle et ses relais dans l'exécutif (19). Parmi ces courroies de transmission, on compte les représentants du président dans toutes les régions du pays et le nouveau

"conseil de sécurité" — déjà surnommé "le nouveau politburo".

Les pouvoirs formels d'Eltsine sont donc formidables, mais on peut se demander jusqu'à quel point ce système fonctionne — entre les conflit d'intérêts, les rivalités de cliques et la corruption. Il est évident que ni les industriels, ni les conservateurs majoritaires au Congrès du peuple et au Soviet suprême n'ont l'intention de poursuivre un cours favorable aux intérêts de la classe ouvrière.

Le mouvement ouvrier russe, encore embryonnaire, doit se battre pour conserver son indépendance vis-à-vis des factions de l'appareil. Le socialiste russe, Nikolaï Préobrajensky insiste sur ce point, en décrivant les tentatives des chefs d'entreprises de se lier avec le mouvement ouvrier : « En général, ce paternalisme classique — "il n'y a pas de conflit entre les travailleurs et les patrons, ils font tous partie d'une famille unie" — est mis en avant pour revendiquer la direction du mouvement ouvrier. Nous ne devons pas oublier qu'en Russie, nous avons derrière nous trois ans d'expérience de grèves, d'appels à la grève ou de situations de pré-grève à l'initiative des directeurs, dans le Donbass, à Tyumen, dans les chemins de fer, en Estonie notamment.(...) Néanmoins, la majorité des directeurs d'usine — même ceux qui se préoccupent du bien-être collectif - (...) sont en même temps opposés à l'indépendance et à l'activité autonome des collectifs ouvriers » (20).

La morosité passive

Le fait que les mobilisations de rue et sur les lieux de travail n'aient pas joué un plus grand rôle pour stopper le programme de Gaydar est révélateur de la faiblesse d'organisation à la base. Pourtant, il n'y a pas de doute quant à l'existence d'une profonde frustration parmi de larges couches de la population, et d'un dégoût grandissant pour la politique en général.Selon un sondage pré-électoral, réalisé courant juillet, moins de 30 % de la population de la région se préoccupe du scrutin (21).

A ce jour, le sentiment de morosité s'est rarement transformé en action. Comparé au printemps 1991 — avec sa longue grève des mineurs — il y a eu une baisse sensible du

14) En dépit des attaques féroces contre les travailleurs, la direction de la FNPR a tout fait pour prévenir une confrontation directe avec Eltsine — au point de signer un prétendu "accord général" avec le gouvernement et les employeurs (mis au point au cours d'une commission tripartite) à la fin du mois de mars 1992.

16) Komsomolskaya Pravda, 3 août 1992.

17) Voir, par exemple, les Izvestia des 24 août et 2 septembre

18) Izvestia, 3 août 1992.

19) Ni l'alliance large qu'est Russie démocratique, ni le Mouvement russe pour des réformes démocratiques n'ont réussi à se transformer en "parti présidentiel" fort. Récemment, Russie nombre de grèves au cours des six premiers mois de 1992. De janvier à avril, on a dénombré quelques 3 000 grèves en Russie, causant la perte de plus de 1 million de jour-

En mai, le nombre de grèves a quelque peu augmenté, principalement du fait des travailleurs de la santé et des enseignants — plus de 300 000 personnes étaient en grève pour ce seul mois (22). Mais, en général, le mouvement ouvrier indépendant en est à faire ses premiers pas. Nikolaï Préobrajensky explique, à ce propos : « Notre mouvement ouvrier est non seulement extrêmement faible, mais également mal organisé et sans structure solide. S'il y avait une explosion sociale, il ne pourrait agir que comme un bélier, enfonçant les portes au profit d'autres ou comme une rampe de lancement, propulsant d'autres forces à grande altitude. Les vieux syndicats ne jouissent pas d'une très grande confiance ; les nouveaux, à l'exception des syndicats des régions minières, sont très faibles. Il n'y a pas une organisation politique significative qui exprime les intérêts du mouvement ouvrier, ni des partis que les travailleurs considèrent massivement comme les leurs, et sur lesquels il pourraient compter sans craindre

Evidemment cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas un espace pour une pratique de gauche au sein de la classe ouvrière russe — les couches dominantes craignent cette possibilité plus que tout autre. Ce qu'exprime notamment Arkady Volsky : « Ce qui m'inquiète c'est que dans les luttes intestines, autour du président, nous ne prenons pas la mesure du danger d'explosion sociale, où les gens iraient dans la rue - pas sous un quelconque drapeau mais pour eux-mêmes. Si les travailleurs des chemins de fer et ceux du secteur de l'énergie se mettent en grève, c'est suffisant pour paralyser le pays » (24). L'aile gauche du mouvement ouvrier russe doit s'efforcer d'établir une jonction avec les luttes qui ne manqueront pas de se produire — par exemple, autour de la question des privatisations et des fermetures d'usines — de façon à leur donner une perspective radicale d'indépendance vis-à-vis de toutes les factions de l'appareil.

9 septembre 1992 démocratique a subi une scission importante : certains de ses fondateurs, dont Youri Afanassiev et des dirigeants de sa branche de Saint-Pétersbourg, l'ont quittée après avoir critiquée la dégénérescence du mouvement en un interprète obéissant des cercles du pouvoir

20) Nikolai Préobrajensky, "La désorganisation des forces sociales et les perspectives politiques du mouvement ouvrier". Publié dans le journal Rubikon, au printemps 1992, à Saint-Pétersbourg.

21) Izvestia, 21 juillet 1992

22) Delovoy Mir , 6 juin 1992.

23) Nikolai Préobrajensky, op.cit.

24) Izvestia, 3 août 1992.

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