Le retour de l'hellénisme sant de nombreux jeunes et de larges couches populaires, en défense de « La Macédoine, une et grecque » depuis 3 000 ans, contre les prétentions de Skopje (Macédoine slave) à s'appeler "République de Macédoine" (1). l'oppression ottomane en Grèce du Nord - la Macédoine ne fut libérée qu'en 1913 — et du tragique exil des Grecs chassés d'Asie mineure (1922). La propagande nationaliste a utilisé ces faits pour consolider la notion aujourd'hui mythique de l"hellénisme", c'est-à-dire l'héritage de la Grèce antique associé au christianisme orthodoxe (par le biais de l'Empire byzantin) et triomphant de tous ses oppresseurs dans l'Indépendance grecque (la lutte de libération de 1821-1830). Pourtant déjà, quelques années après l'Indépendance, certains de ses héros, tel Macryiannis, se plaignaient que cette révolution avait été confisquée par les grands bourgeois grecs, alliés aux grandes puissances. L'hellénisme sert néanmoins toujours de potion magique incontestable et incontestée pour l'union de la nation", objet d'une prétendue agression permanente, et pour la collaboration de classe. Lisbonne, en juin 1992, qui a donné satisfaction a Athènes, on peut affirmer que la droite grecque a remporté une véritable victoire : la commission Badinter avait proposé à la Communauté économique européenne (CEE) la reconnaissance du nouvel Etat sous le nom de Macédoine, et il n'était vraiment pas sûr que l'impérialisme européen consente à satisfaire ce qui pouvait apparaître, vu les enjeux, comme une velléité du partenaire grec. Quelles contreparties le Premier ministre Constantin Mitsotakis a-t-il offertes aux puissances occidentales ? Des facilités pour une intervention militaire en Yougoslavie ? La promesse d'accélérer les plans d'austérité ? Mystère. Toujours est-il que la gauche grecque, qui l'a suivi sinon précédé dans ce cours chauvin, se retrouve aujourd'hui en partie désarmée. nationaliste en Grèce, cristallisée sur des inquiétudes, réelles ou pas, de voir un jour la Macédoine grecque revendiquée par la République Slavo-Macédonienne — le parti nationaliste de Macédoine (VMRO), qui compte le plus grand nombre de députés, ne cache pas son désir que Salonique devienne capitale du nouvel Etat... et le débouché maritime qui manque cruellement —, le gouvernement a joué sur l'opportunisme. Résultat : il se voit interdire aujourd'hui par l'Occident toute désignation comportant le terme de "Macédoine" ou même "Macédonien". II est sûr qu'une concession réaliste — comme "République de Macédoine slave" — l'aurait mis en meilleure posture internationale et intérieure, puisqu'après son échec de Lisbonne, le Premier ministre a dû démissionner.
Ma-vis des touristes, les nationalistes ont placardé de nombreuses affiches
en anglais « Macedonia is greek » (« La Macédoine est grecque »). Nos vaillants urant ces derniers mois, de nombreuses manifestations se sont déroulées en Grèce (et à l'étranger, à l'initiative des communautés grecques), mobili-
Un des facteurs irrationnels à la base de ce dechainement nationaliste.
plonge ses racines dans une histoire assez proche : les souvenirs de affrontement entre le gouvernement grec et celui de la Macédoine slave
-s'est concentre sur la denomination du nouvel Etat. Apres le sommet de n a pu mesurer à cette occasion la stupide myopie du gouvernement slavo-macédonien. Alors que se développait une intense mobilisation ais, le chauvinisme grec ne recule devant rien : dans leur propagande vischauvins "hellènes" semblent avoir oublié que le terme "grec", forgé par les antiques Romains pour désigner le peuple hellénique, signifie "paysan grossier"
avec une valeur péjorative évidente. C'est dire toute la valeur du débat sur le nom ! *
Andreas SARTZEKIS
1) Voir Inprecor n° 341 du 22 novembre 1991 et n° 353 du 22 mai 1992.