la Macédoir
La guerre dans l'ancienne
Yougoslavie attise l'appétit de secteurs nationalistes grees qui ont des visées sur la République de Macédoine. Le texte que nous reproduisons, élaboré par l'OKDE (section grecque de IVe Internationale), analyse ce phénomène. DOCUMENT
LE NATIONALISME grec a pris la décision d'étouffer culturellement, économiquement, politiquement et, peut-être plus tard, militairement, toute une population, celle qui habite la Macédoine slave. Dans cette entreprise, du type impérialiste classique, non seulement il s'est assuré de la "solidarité" des autres membres de la bande des impérialistes européens (voir encadré ci-contre), mais il a aussi réussi à unir en les désorientant, en les trompant, en les emmurant, de larges couches populaires, et ce avec l'active complicité des grands appareils réformistes du Parti socialiste grec [PASOK, au pouvoir de 1981 à 1989 sous la conduite d'Andreas Papandréou, ndlr] et du Parti communiste grec (KKE) (1). Cette situation a mis en évidence un sentiment raciste, qui veut que les "Hellènes" aient une priorité en matière de droits face aux "Slaves".
Les droits des minorités en Grèce sont en la circonstance attaqués sans vergogne ; les droits démocratiques les plus élémentaires, comme le droit d'expression, sont écrasés par le rouleau compresseur nationaliste. Et une implication de la Grèce dans des expéditions impérialistes, soit toute seule, soit en collaboration avec d'autres appareils militaires, n'est pas à exclure.
Les marxistes révolutionnaires doivent dès maintenant engager la plus ferme bataille contre le nationalisme grec et contre son racisme totalitaire, tant à l'intérieur (minorités, droits démocratiques, mystifications idéologiques), qu'à l'extérieur (étranglement impérialiste et humiliation de la Inprecor n° 359 du 25 septembre au 8 octobre 1992
Macédoine slave, processus qui pourrait préparer la revendication de territoires albanais).
Le fond de l'air est chauvin
La tâche la plus ardue au sein du mouvement ouvrier grec, est de réfuter le chauvinisme systématiquement entretenu par les grandes organisations réformistes. Celles-ci, en dépit de certaines différences, ont toutes adopté la conception stalinienne de la nation comme entité historique dotée de droits qui prévalent au détriment de ceux des êtres humains concrets. Les réformistes ne peuvent pas concevoir les nationalismes opprimés autrement que comme les produits de menées "impérialistes".
Ce manichéisme policier les amène aujourd'hui à soutenir le supernationalisme des Serbes ou des Grecs. La perspective qu'ils prônent, soit sous la forme d'un repli national grec, soit sous celle de la convocation d'une conférence mondiale impérialiste sur les Balkans — sous l'égide des Nations-Unies —, laisse de côté les populations concernées et, surtout, maintient la source de la désintégration nationale intacte : la politique oppressive sur des bases nationales. Ce sont les minorités qui pâtissent de cette déviation nationaliste, qui accepte et renforce la volonté politique de rendre étrangers en leur propre pays des secteurs de la population, tels les Slaves, les Turcs, etc. Malgré leurs appels en faveur des droits de l'homme
— qu'il faut exploiter pour pousser des secteurs de ces organisations dans une direction antinationaliste —, les réformistes acceptent et partagent l'hystérie qui voit derrière chaque individu "allogène" (2),
"étranger" ou "hérétique"
un agent des ennemis de l'étranger.
L'enjeu de la
Macédoine
L'impérialisme grec veut interdire aux habitants de la
Macédoine slave le droit de décider d'eux-mêmes.
A cet effet, il a déjà décrété une guerre idéologique contre la République de
Macédoine. De cette guerre, il passe déjà à des sanctions politiques (non-reconnaissance), à un blocus économique qui peut déboucher sur une véritable asphyxie, si ce n'est sur une intervention militaire. Dans cette guerre, l'impérialisme grec doit être vaincu. D'abord, parce que si une telle arrogance se développe, l'impérialisme grec constituera un facteur durable d'embrasement dans la région. Ensuite, parce que l'autre cible de son offensive est le peuple grec. Le bombardement idéologique que subit la population grecque et la législation consécutive de la militarisation de la vie, de la violation des droits de l'homme et l'application des politiques d'austérité pour les travailleurs, tout cela doit être combattu à tout prix.
Comme tous les autres peuples, les
Slavo-Macédoniens ont droit à l'autodétermination, à un Etat indépendant, à une existence nationale, et ils doivent être soutenus sans réserves dans leurs exigences, plus particulièrement par la Grèce, leur bien plus riche voisine. Le "débat" historique sur la
"nationalité" des anciens Macédoniens, sur
1) N'oublions pas le très bavard troisième petit parti de gauche, le Synaspismos, formé dans sa grande majorité d'anciens scissionnistes du Parti communiste dit de l'intérieur" et des exclus du Parti communiste (KKE) (Voir Inprecor n° 305 du
23 mars 1990). A l'occasion de la visite en Grèce du dirigeant albanais du Kosovo, Rounkova, à l'invitation de la droite, le
Synaspismos s'est effrayé de cette visite qui risque de mêler la
Grèce à une future guerre entre Serbes et Albanais. Il est tellement plus pratique de pleurer sur le sort qui frapperait les pauvres
Albanais, une fois la guerre déclenchée...
2) En grec, allophylo, c'est-à-dire littéralement d'une autre race". Si le mot n'a pas en soi une connotation agressive, il reflète bien un racisme diffus, fait de crainte et de volonté de préserver un prétendu caractère purement grec. Son visage agressif se dévoile à intervalles réguliers — mépris des Gitans et descentes les origines nationales des Macédoniens, des Grecs et des Slaves n'a vraiment aucune importance dans cette question. La seule chose qui compte, c'est la possibilité des hommes et des populations de décider librement par eux-mêmes. Et, en tout cas, ce ne sont ni les différents Etats (l'Etat grec, en l'occurrence), ni les spécialistes (historiens, diplomates) qui peuvent empêcher une population de décider de son avenir.
Comme tous les nationalismes aggressifs, celui qui sévit en Grèce présente à l'envers sa politique impérialiste : c'est la Grèce qui serait menacée ! C'est ainsi qu'il se sert du terme de "Macédoine" comme un copyright grec, dont l'utilisation par des "non-Grecs" ne pourrait que dévoiler une attitude menaçante. Par-delà l'évident non-sens de cette analyse et par-delà son renforcement manifeste par des Papathémélis grecs et slavo-macédoniens (guerre des cartes nationales), la question demeure (3) : les populations de Macédoine, slave ou grecque, doivent-elles avoir le droit de s'autodésigner sous l'identité qu'elles désirent, et sans la violente pression du plus fort ? Les irrédentismes expansionnistes ne peuvent être réduits en l'absence de la seule condition de base : la libre autodétermination des populations. Les Slavo-Macédoniens ont donc le droit de choisir le nom national et étatique qu'ils souhaitent — et ce n'est pas au gouvernement grec de décider ! Et le mouvement ouvrier grec a le devoir d'exiger du gouvernement grec la reconnaissance immédiate et sans conditions de la République de Macédoine et la plus généreuse aide.
Minorités et racisme
Les marxistes-révolutionnaires doivent défendre sans hésiter tous les droits des minorités à l'intérieur de leur pays, que le nationalisme grec viole de plus en plus ouvertement. Non seulement l'Etat grec refuse de reconnaître à certains de ses citoyens leur nationalité (minorité turque), mais il a à cœur d'interdire à d'autres leur langue maternelle (Slavo-Macédoniens de Grèce) en prétextant de l'inexistence d'une telle langue. Les partis politiques grecs ont été appelés à convenir qu'« il n'existe pas de de police contre leurs campements, slogans antisémites lors de rencontres sportives avec des équipes israéliennes, etc.
3) Papathémelis est un des dirigeants du PASOK. Personnage populiste, s'appuyant sur tout un réseau de chrétiens-orthodoxes intégristes, il est aujourd'hui député de la région de Salonique et n'a pas hésité à menacer de guerre les Slavo-Macédoniens ! Dans la période récente, la bétise nationaliste n'a pas connu de bornes : mise en circulation, côté slave, de cartes de la "GrandeMacédoine* ; mises en accusation à grand spectacle, côté grec, de malheureux routiers munis de papiers "macedoniens" et n'arrivant pas à saisir le crime de lèse-majesté ! On peut encore signaler ce fait glorieux : la dénonciation par des centaines d'universitaires du soutien courageux d'autres universitaires à des militants antinationalistes condamnés pour avoir, notamment, exigé l'amitié entre les peuples des Balkans.
= GRECE Slavo-Macédoniens en Grèce », mais seulement des gens "bilingues", de même qu'il n'y a pas de Turcs, mais seulement des "musulmans" (4). Cette politique d'apartheid divise les citoyens entre ceux qui possèdent la nationalité et la langue dominantes, et ceux condamnés à n'avoir ni langue ni identité, et parfois ni droit à la religion de leur "choix" (témoins de Jéhovah) ou... à la non-religion (athées) (5) ; une telle politique doit être qualifiée de répression contre les minorités ; elle est dangereuse quant à sa dynamique future.
Contre l'Etat gree
L'arrogance impérialiste de la Grèce, imposant par la force de sa supériorité économique et politique ses conditions à d'autres peuples, trouve sa source dans le mode de domination de l'Etat grec, avec toutes ses pratiques pour imposer une homogénéité nationale, idéologique, linguistique, religieuse et pour faire disparaître toute différence.
Le mouvement ouvrier et socialiste grec doit prendre position avec clarté et se battre résolument :
• pour tous les droits culturels et les droits de l'homme de tous les citoyens du pays. Ce qui inclut la liberté de langue, de religion, de nationalité, durement écrasée par le rouleau compresseur national ;
• pour la possibilité pour toutes les populations relevant de l'Etat grec de décider d'elles-mêmes, l'autodétermination. Et donc pour écraser l'apartheid grec qui divise la population en plusieurs catégories ;
• pour que soit abolie la tendance à l'uniformité nationale et pour l'acceptation de la différence comme source d'enrichissement culturel pour le pays ;
• pour une libre union des peuples des Balkans en une confédération libre, socialiste, aux diverses langues et nationalités, fragment inséparable d'une Europe des travailleurs. *
Athènes, juillet 1992
4) Les Turcs constituent pourtant une forte minorité dans la Grèce du Nord-Est (deux députés). Par ailleurs, tout le monde parle ici des "Grecs" d'Istanbul (ici, nommée Constantinople, Istanbul étant le nom turc qui en dérive) et non pas de chrétiens" Cette communauté grecque, encore forte de quelques dizaines de milliers de personnes il y a 30 ans, se réduit aujourd'hui environ à 3 000. Evidemment, en matière de répression nationale, les différents gouvernements turcs n'ont de leçons à recevoir de personne. Ce n'est pas un hasard si l'on voit fleurir en Grèce de nombreuses affiches pro-kurdes.
5) La religion figure sur la carte d'identité. L'Eglise n'est toujours pas séparée de l'Etat, ce qui vaut, entre autres, aux élèves de commencer leur journée de travail par la prière.