Callaahan A contre la classe ouvriere sauver Callaghan et sa Brian GROGAN
L'objectif central de la politique du gouverement travailliste britannique contre la classe ouvrière - la limite de 5 % sur l'augmentation des salaires -bat de l'aile. Il a été mortellement touché par l'action déterminée de 57000 grévistes de chez Ford et par la sympathie résolue que la grève a suscitée dans la classe ouvrière. Le 2 octobre, la conférence du Parti travailliste a décidé à 2 contre 1 de supprimer la clause des 5 % « et toute restriction des salaires par quelque méthode que ce soit.»
Le contexte de ce vote a montré comment la bureaucratie travailliste avait été secouée de fond en comble par l'action des ouvriers de chez Ford. En dépit des menaces de démission du premier Ministre Callaghan et des typiques appels-bidon à l'« unité » lancés par les semblables du ministre d'Etat « de gauche » Michael Foot, les votes par blocs des grands syndicats impliqués centralement
Le premier ministre travailliste a subi un échec lors du dernier congrès de son parti. Seules des luttes déterminées de la classe ouvrière menées conjointement avec un combat interne au Labour et aux syndicats pourront empêcher les bureaucrates de politique d'austérité.
chez Ford, et le sentiment dominant chez les délégués de la base ont décidé de l'issue.
Immédiatement Callaghan a répondu de façon parfaitement insultante que la clause des 5% serait conservée et agrémentée de menaces de diminutions ultérieures des dépenses publiques et d'augmentation des impôts pesant sur la classe ouvrière.
Les bureaucrates syndicaux, effrayés par ce qu'ils ont fait, et manquant totalement d'une solution de rechange sérieuse, essaient maintenant de sauver la peau de Callaghan en s'arrangeant pour se rencontrer afin de mijoter plan d'austérité un
« plus acceptable ».
De plus, au lieu de lutter pour la destitution de Callaghan et de tous les partisans des 5% maximum de leurs postes de responsabilités, ou d'insister pour qu'un gouvernement travailliste mette en application les décisions de la Conférence, les dirigeants des
LE BLUFF DE CALLAGHAN DEMASQUE
La décision du Parti travailliste aura été un fameux coup pour Callaghan. Le 7 septembre, il a surpris tous les pontifes en déclarant qu'après tout il n'y aurait pas d'élections géné rales cet automne. Cet ajourne ment, néanmoins, était entièrement subordonné au succès de l'application d'un quatrième round de contrôle des salaires de la classe ouvrière. Les Ford devaient être le premier secteur ouvrier à être obligé d'avaler la clause des 5%, suivi par les travailleurs du secteur public, puis par tout le monde. Le base a dérangé tous ces plans soigneusement préparés. Aussitôt qu'ils ont entendu parler des offres dérisoires de la direction les ouvriers des usines militantes ont immédiatement posé leurs outils, et en 24 heures, 57 000 ouvriers étaient dehors et les 23 usines étaient toutes fermées.
Les syndicats revendiquent 20 livres de plus pour tous les secteurs par semaine et une heure de travail de moins par jour. De plus, ils demandent un salaire garanti par semaine, même en cas de chômage technique, comme cela se produit souvent. Des clauses concerant l'amélioration des retraites, la longueur des vacances, la prime de vacances et des demandes d'amélioration des salaires et des conditions des ouvriers postés et à la chaîne sont comprises dans les revendications.
Ces revendications atteignent 25 % d'augmentation. S'ils obtiennent totalement satisfaction, ils pourront juste compenser la baisse de leur niveau de vie depuis que la politique travailliste des salaires a été introduite au milieu de l'année 1975. Une victoire ouvrirait aussi une brèche par laquelle les autres ouvriers pourraient suivre - particulièrement les autres ouvriers de l'automobile et les travailleurs manuels mal payés du secteur public qui sont, les uns comme les autres, en train de soumettre des revendications.
La direction de Ford est visiblement en mesure de satisfaire les revendications syndicales. Ses profits de l'année dernière ont atteint la somme énorme de 300 millions - dépassant celle de 246,1 millions de livres de 1977, qui était déjà très bonne. De plus, la part de Ford dans le marché britannique aug-
Superficiellement, peut sembler que la direction de Ford a beaucoup à perdre. Les sanctions que le gouverement menace de prendre contre elle si elle cède - des commandes de départements gouverements pour 25 000 voitures -sont loin de constituer le plus important moyen de pression sur elle. Plutôt, la direction de Ford, tout comme d'autres gros capitalistes, considère le soutien au gouvernement comme une étape nécessaire pour diminuer encore plus le niveau de vie de la classe ouvrière, saper son moral et finalement mettre en déroute sa force organisée. C'est pour cela que les ouvriers de Ford combattent le gouverne ment - en dépit de la position d'autruche prise par la direction syndicale, qui insiste sur le fait que la bataille est uniquement dirigée contre la direction de Ford.
La décision de la conférence du Parti travailliste renforce les chances d'une victoire chez Ford, en particulier parce que cette action est celle qui a reçu le plus de publicité parmi celles menées par le mouvement ouvrier. Aussitôt, les dockers de Liverpool, près de l'importante usine Ford d'Halewood, ont décidé de boycotter tout produit
U in!
Manifestation de jeunes chômeurs à l'occasion d'un discours de Callaghan: de chez Ford. Ils ont été rapidement imités par les dockers de Southampton, de Hull et de Londres, ainsi que par le Syndicat national des marins. Actuellement, aucun produit de chez Ford n'est importé en/ou exporté de Grande Bretagne.
La direction du Syndicat national des employés du secteur public (NUPE - National Union of Public Employees) qui représente la majorité des travailleurs manuels du secteur public, a donné comme instruction à ses comités locaux et régionaux de se préparer à l'éventualité d'une grève pour appuyer la revendication du NUPE qui demande 60 livres de salaire minimum par semaine (540F) et la semaine de 35 heures - ce qui revient à une augmentation de 40%. Ces revendications seraient restées au stade de la démagogie de la part des dirigeants de gauche en déclin, s'il n'y avait pas eu l'action des ouvriers de Ford. Les dirigeants des mineurs ont également lancé des menaces. lieu de la déclencher en mars prochain, afin de la faire coïncider avec celle de chez Ford. Les travailleurs de British Leyland ont aussi fait du battage autour de leurs revendications.
Ces événements expriment clairement une plus grande confiance en soi de la part du mouvement ouvrier britannique. Ils montrent la possibilité réelle de renverser la tendance au recul de ces trois dernières années. Ils créent les meilleures conditions possibles pour lutter pour une solution de rechange socialiste à Callaghan et à l'aile droite et pour arrêter le mouvement vers la droite d'un certain nombre de syndicats, exprimé très clalrement par la victoire de l'aile droite dans le Syndicat unifié des ouvriers de l'industrie mécanique (AUEW - Amalgamated Union of Engineering Workers), le deuxième syndicat (dans l'industrie) par sa taille. Si la gauche pouvait saisir l'occasion, chasser les partisans de la clause des 5%, elle ferait mentir l'affirmation de Callaghan selon laquelle un combat constant pour les intérêts des travailleurs ne pourrait conduire qu'à un gouvernement conservateur UNE SOLUTION DE RECHANGE SOCIALISTE EST NECESSAIRE
En l'absence d'une solution socialiste crédible, ce potentiel peut s'effriter. La classe ouvriè re a certainement dû subir des reculs dans la période passée.
Mais sa force organisationnelle reste intacte. Les reculs ont été cause de l'échec de la gauche à trouver une politique de rechange à celle de Callaghan et à polariser la base des organisations de masse contre droite. La meilleure solution aurait consisté à faire cela dans le cadre du combat pour une action de front unique contre l'offensive gouvernement travailliste anti-classe ouvrière. Mais, en réalité, il n'y a pas eu de combat réel contre les trois premières phases des mesures d'austérité gouvernement. Bien que les pompiers soient entrés en lutte, les dirigeants de l'aile droite du TUC ont refusé de lancer une action unitaire de la classe pour les soutenir, et ceux de l'aile gauche ont refusé de s'organiser pour combattre cette trahison. Cela a bien marqué le blocage national des larges luttes de classe.
Néanmoins, étant donné le maintien de la force sous-jacente de la classe ouvrière, d'importantes luttes défensives ont été possibles, et les travailleurs sont même passés à l'offensive lors de luttes locales et sectorielles. Les exemples ont été nombreux pendant l'année dernière: la lutte des syndicats des techniciens des Postes et télécommunications pour les 35 heures, les revendications de parité des ouvriers des ateliers de Leyland et des usines de camions de les grèves des travailleurs sociaux pour des accords locaux, et un grand nombre de combats usine par usine pour lutter contre les accords bidons sur la productivité permis par la dernière série de lois sur les salaires. C'est de là que vient l'augmentation moyenne de 15% des salaires pendant la troisième phase, qui était censée limiter ces augmentations à 10%.
Néanmoins, toutes ces luttes sont restées sectorielles. Aucune perspective alternative à celle de Callaghan et Cie n'a été trouvée. Parce que ces combats sont demeurés isolés, il a été facile, pour les dirigeants syndicaux, de les dévoyer au premier signe d'un conflit ouvert avec la politique du gouvernement. La trahison des tech- lions de membres, a éte encore niciens des postes, par la décision du syndicat de s'en tenir à 37 heures et demie, malgré la défaite qu'ils avaient infligée à la direction des P et T, en est un exemple.
Pour le moment, l'action des travailleurs de Ford n'a pas brisé ce sectorialisme. Les dirisyndicaux prétendent que cette lutte est un cas spécial en raison des hauts profits de Ford. Cet argument est indubitablement le facteur essentiel de la détermination de la base. Le principal danger est que cela pourrait impliquer qu'en cas de bas profits - comme chez British Leyland - les vraient toucher qu'une augmentation proportionnelle. C'est en fait ce que les dirigeants syndicaux opposés à la clause des 5% veulent dire par « négociations collectives responsables». Mais ce qui est pire, c'est la couverture que cela donne aux dirigeants syndicaux dans leur échec à mettre au point une solution réellement altemative à celle de Callaghan. Seules des fanfaronnades répondent à l'accusation de Callaghan, prétendant que rompre les 5% maximum ruinera les chances électorales du Parti travailliste. On trouve le même silence face aux appels de Callaghan à «l'intérêt national», à sauver l'industrie automobile britannique, à éloigner les Japonais, etc. Ce feu roulant idéologique est opposé aux travailleurs de Ford et à ceux qui entreprennent des actions de solidarité.
La faillite absolue des réformistes de gauche a été révélée à tous par le débat de la conférence du Parti travailliste. Le plus « convaincant» aura été la rhétorique nationaliste de Cleve Jenkins, dirigeant de «gauche» de l'Association des personnels scientifique, technique et de gestion; « Nous avons besoin de salaires plus élevés pour augmenter la demande intérieure et introduire des contrôles sur les importations» fut sa seule ré ponse. Mais l'argumentation de Moss Evans, le dirigeant nouvellement élu du Syndicat des manœuvres et conducteurs d'engins, fort de près de deux milpire. Qualifié par la presse d'architecte principal de la défaite de la clause des 5%, il a néanmoins pris en considération la cause défendue par Callaghan. «Oui». a-t-il opiné, « le combat contre l'inflation (lire le contrôle des salaires) est vital, mais ce n'est pas la seule bataille. Nous devons aussi combattre ce fléau qu'est le chômage.» Après le vote, l'un après l'autre, les dirigeants syndicaux ont déclaré que la partie de la résolution les engageant à faire véritablement une « campagne contre» les restrictions sur les salaires ne devait pas être considérée comme sérieuse. Ils étaient tous en faveur de négociations collectives «responsables». Tous ont accueilli favorablement l'invitation de Callaghan à engager de nouvelles discussions pour essayer de concrétiser ce que «responsable » signifie réelleQUELLE REPONSE ?
En butte à la brutalité d'une firme multinationale impitoyable et à celle du gouverne ment travailliste lui-même, les ouvriers de chez Ford ne peuvent être assurés de la victoire que si le soutien du reste de la classe ouvrière leur est assuré. Des revendications unifiantes et concernant l'ensemble de la classe ouvrière sont essentielles. Ce que demandent les ouvriers de chez Ford est une bonne base pour démarrer.
L'augmentation des salaires de 20 livres par semaine, qui devrait compenser la baisse du niveau de vie, doit être reliée à la revendication d'a gmentation des salaires au fur et à mesure que l'inflation progresse. Ce type de demande est souvent appelé échelle mobile des salaires et relierait les revendications des ouvriers de chez Ford à celles mises en avant par ceux de l'usine British Leyland de Cowley. La revendication d'une heure de travail de moins par jour devrait être reliée à celle de l'embauche supplémentaire d'ouvriers afin de s'attaquer dès maintenant au problème du chômage. Ceci relierait les revendications des ouvriers de chez
Ford avec celles des travailleurs du secteur public et serait la vraie réponse aux productivisme si souvent mis en avant par la direction de chez Ford.
Les hauts profits de Ford sont un fait dont tous les ouvriers de chez Ford devraient s'emparer. Une telle situation montre clairement qui profite du contrôle des salaires : les patrons. Néanmoins, ce n'est pas à cause des hauts profits que les travailleurs doivent obtenir une augmentation. Quelle que soit la situation des profits, les ouvriers devraient recevoir des augmentations de salaires maintenant le niveau de vie au-dessus du taux d'inflation. Ceci, bien sûr, n'est réaliste que si cette idée est re•liée à l'objectif stratégique de retirer l'industrie automobile des mains des capitalistes et de la nationaliser sous contrôle ou-
Tant que l'industrie automobile sera reliée à la rationalité capitaliste de la maximisation du profit, les intérêts des ouvriers de l'automobile seront toujours menacés. C'est pourquoi les syndicats devraient mettre au point un plan économique national qui pourrait commencer à réorganiser l'économie dans les intérêts de la classe ouvrière et de ses alliés.
Le combat pour cette politique alternative fait partie de la lutte pour construire une autre direction du mouvement ouvrier, capable de mettre en avant des revendications de lutte de classe et hostile aux appels à la collaboration de classes, à l'intérêt national... etc. Cela signifie d'abord un combat sérieux pour relever tous les partisans de la clause des 5% de leurs postes de confiance et de responsabilité dans le mouvement travailliste - à commencer par la destitution de Callaghan comme dirigeant travailliste. pourparlers avec le gouvernement sur une nouvelle politique d'austérité ! Il faut appliquer la de la conférence travailliste !
AUTO-ORGANISATION DEMOCRATIQUE
Les ouvriers de chez Ford sont maintenant dans une situation extrêmement favorable. Leur action, la sympathie et la solidarité qu'elle a suscitées, ont mis la victoire à leur portée. Mais ils doivent maintenant faire face à de nouveaux dangers. La direction de la grève est entre les mains des permanents et de. ceux qui les suivent. Il n'y a pas eu d'assemblées générales; on a découragé les piquets de grève massifs; aucun comité de grève n'a été élu. Cela laisse la porte ouverte aux bureaucrates, pour permettre des accélérations massives des cadences et le renforcement de la discipline dans le travail en échange d'une augmentation légèrement supérieure à 5%. La direction Ford met aussi au centre de ses exigences une discipline plus stricte des travailleurs impliquant des sanctions pour retard,
Tous les messages de solidari ?
té soivent être envoyés à : Ford? (UK) Workers Combine Committee, 25 Dearmer House, London SW 2, Angleterre.
•••. absentéisme, etc. Pour la base, la simple possibilité de combattre ces exigences nécessite que la grève soit retirée des mains du Comité national unifié de négociations (National Negociating Committee), comité national de grève révocable devrait être élu par une conférence nationale des délégués d'atelier, eux-mêmes révocables. L'engagement maximum de base devrait être encouragé par des assemblées générales réguliè res, des piquets de grève massifs, l'organisation d'équipes volantes qui assureraient la liaison avec les travailleurs des docks et des aéroports, et amèneraient d'autres secteurs ouvriers à entreprendre des actions de solidarité. Si les choses restent comme elles sont, les ouvriers de chez Ford resteront isolés et deviendront la proie de la presse capitaliste, de la télévision, qui jouent le jeu du soi-disant « intérêt national» et sont libres de faire la chasse aux sorcières des militants les plus actifs.
Les leçons de la grève des ouvriers de chez Ford de 1971 doivent être gardées à l'esprit. Le manque de contrôle sur les négociateurs a conduit trahison après neuf semaines de grève , en dépit de la lutte toujours aussi militante de la base. Les travailleurs ont alors été liés à un accord leur interdisant de faire grève pendant deux ans, et dont les modalités étaient très en deçà de leurs revendications originelles. Les assemblées générales traditionnelles, où les ouvriers discutaient collectivement sur ce qu'il convenait de faire et s'il était possible d'obtenir plus, et où ceux qui étaient opposés à l'accord exposaient leurs arguments pour le rejeter, avaient été remplacées par un vote par postal, ce qui n'avait jamais eu lieu jusque là.
La grève de 1971 sombra en tant que « grande grève - chacun chez soi». Comme un ouvrier l'a dit à l'époque : « Après neuf semaines de grève, tu lis quelque-chose dans le journal. Tu peux peut-être aller voir les copains. Tu te balades dans l'usine. Quelques affiches disent : "Pas de bulletins de vote, un vote à main levée !. Personne à qui parler. Tu te dis Ah merde et finalement tu remplis ton bulletin.»
Il y a une autre leçon à tirer de la grève de 1971. Dans ce conflit, la direction de Ford a fait un bon usage du caractère multinational de ses activités. Le travail a été transféré à des usines en Allemagne et au Canada. De plus, le président du Syndicat unifié des travailleurs de l'automobile des Etats-Unis a été envoyé en Grande-Bretagne pour contribuer à faire admettre l'accord par la base. Henry Ford II a proféré ses menaces habituelles de cesser les activités de sa firme en GrandeBretagne si les travailleurs ne se montraient pas « raisonnables». Des actions de solidarité de la part des ouvriers de chez Ford en Europe et en Amérique du Nord - qui ont déjà été promises par les dirigeants syndicaux au sommet - pourraient engendrer cette fois-ci de tels mou-