que l'initiative politique serait reprise par les partis politiques traditionnels et même d'une réponse unifiée face à la situation que ne manquerait pas de créer
L'éclatement des non"
Après le référendum sur la ratification du Traité de Maastricht, le
2 juin 1992 (voir Inprecor n° 355 du 19 juin 1992), il semblait inévitable le gouvernement danois. La campagne contre Maastricht avait rassemblé des gens sur le non — mais pas autour d'une alternative générale commune, ni le référendum.
Age SKOVRIND
Si le résultat du référendum danois s'explique aussi par un certain rejet du gouvernement en place, ce dernier n'a jamais été réellement remis en question. La social-démocratie traditionnelle a demandé la tenue de nouvelles élections sans en faire un enjeu central.
Au Parlement, le non n'est représenté que par le Parti socialiste du peuple (Socialistisk Folskpartei, SF, réformiste de gauche)
qui détient 15 sièges, et par le Parti du progrès d'extrême droite, avec 12 sièges (1).
Le gouvernement a lancé un appel à l'unité et à la collaboration de tous les partis pour trouver une issue aussi favorable que possible à « la situation extrêmement difficile qu'affrontera le Danemark lors des prochaines négociations avec la Communauté économique (CE) ». Le Parti du progrès lui a répondu en campant plutôt fermement sur le non, et en expliquant — avec une ligne étroitement nationaliste — qu'il n'y a rien à négocier ; le SF semble plus enclin à une interprétation "positive" des raisons qui ont favorisé le non — interprétation qui devrait, en fait, légitimer à terme un nouvel accord entre le Danemark et la CE.
Une telle position est étroitement conditionnée par le jeu politique intérieur et par l'éventualité de la formation d'un nouveau gouvernement conduit par la social-démocratie à l'issue des prochaines élections. SF s'efforce donc de préserver une certaine influence, voire une participation, dans un tel gouvernement — cela lui impose un cours modéré.
DANEMARK
Cependant, l'aboutissement à un accord entre ce pays et la CE qui, d'un côté, serait soutenu par le SF et, qui, de l'autre, plairait à la bureaucratie de la CE, semble fort peu probable. Le SF sera surtout gêné par les dispositions de l'Union économique et monétaire — un de ses principaux arguments contre le Traité. D'ailleurs, un compromis entre le SF et le gouvernement, qui devrait se faire dans les mois qui viennent, aura probablement beaucoup de difficultés à être concrétisé dans les négociations avec les tenants de la ligne dure pro-CE.
Les raisons d'un divorce
En ce qui concerne les formations extraparlementaires, le Mouvement populaire contre la CE (2) a éclaté lors de sa conférence nationale de septembre 1992. Trois de ses quatre députés européens ont rejoint le nouveau Mouvement de juin, suivis par la plupart de ses porte-parole connus. Dans le Mouvement populaire, il reste donc de nombreux militants de terrain, plusieurs groupes d'extrême gauche (surtout staliniens) et le noyau dur des nationalistes.
Il faut signaler que ni le Mouvement populaire ni aucun autre groupe de la campagne pour le non ne sont des mouvements de masse. On y trouve un nombre relativement peu important de militants. A ce niveau, la situation est très différente de 1972 — et de celle qui semble maintenant se dessiner en Suède ou en Norvège.
L'éclatement du Mouvement populaire s'explique par plusieurs facteurs, dont les rivalités personnelles et la gestion financière du mouvement ; mais cette division couve depuis plusieurs années — elle était claire avant même le référendum. Les dirigeants nationaux du Mouvement avaient déjà lancé Danemark 92, qui est devenu le Mouvement de juin après le référendum. Contrairement au Mouvement populaire, Danemark 92 ne se déterminait pas contre la CE en tant que telle. Il ne s'opposait qu'au Traité de Maastricht ; il s'était consciemment constitué comme un mouvement large. Néanmoins, si la lutte contre l'Union était centrale lors de sa création, on assiste désormais à un changement d'orientation réel de la part de ce mouvement qui accepte les institutions de la CE et qui développe, en matière de politique intérieure, une ligne "réaliste"
Durant l'été 1992, tous les gouvernements étaient dans l'attente du résultat du référendum français. Mais depuis, la situation générale ne s'est guère clarifiée ; au contraire, de nouveaux problèmes surgissent en Grande-Bretagne, par exemple, concernant la ratification du Traité. Ce n'est que dans les dernières semaines que le gouvernement de Copenhague a officiellement entamé une discussion sur le "problème danois" avec ses homologues de la CE.
Le Mouvement de juin a demandé à participer aux discussions avec les autres partis politiques mais, jusqu'à présent, le gouvernement s'y est refusé. Le Mouvement souligne que le Traité de Maastricht est mort et que la condition préalable à tout nouvel accord entre le Danemark et la CE est l'ouverture de celle-ci aux autres pays qui demanderaient leur adhésion.
Il est fort probable qu'un nouveau référendum sera organisé en 1993, ce qui peut relancer les discussions et les campagnes. Mais, entre temps, le gouvernement danois aura du mal à parvenir à un compromis qui soit à la fois soutenu par la majorité parlementaire, accepté par la CE et qui puisse être approuvé dans une consultation référendaire. Ce ne sera pas une tâche facile ! *
Copenhague, 9 octobre 1992
1) Le Parlement danois a 175 sièges — plus deux supplémentaires attribués au Groenland et deux autres aux lles Feroe
2) Le Mouvement populaire contre la CE fut crée en 1972, avant le référendum sur l'intégration du Danemark à la CE. Il obtint quatre des 16 sièges danois aux dernières élections européennes.