Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

« La parole aux ouvriers »

· Inprecor n° 361, 23 octobre 1992 · p. 12-13 · 2 190 mots

Italie Syndicalisme

rassemblait 12 000 personnes à Rome prétendant « promouvoir le renouveau

« La parole aux ouvrie

Les transports et l'industrie ont été fortemen quatre heures du 13 octobre 1992 qui a été suivie l travailleurs, malgré les manœuvres des directions syndicales (1).

Trois jours avant, le 10 octobre, le leader démocrate-chrétien Mario Segni, dans une nouvelle tentative des classes possédantes pour enrayer la crise, de la classe politique ».

Sergio D'AMIA

L'IMPORTANCE des mobilisations a surpris, surtout parce qu'elle suivait une période de défaites, et que la classe ouvrière semblait profondément affaiblie par la réduction de l'emploi, le chômage technique et la fermeture de nombreuses usines. Elle semblait désormais incapable de réagir face aux perspectives encore plus sombres qui la menacaient à l'automne — des centaines de milliers de licenciements prévus dans tous les secteurs, et notamment dans les bastions ouvriers du Nord.

Ce malaise s'était aussi exprimé dans les résultats électoraux désastreux du Parti démocratique de gauche (PDS, ancien Parti communiste), les 5 et 6 avril 1992 — les voix perdues n'ont été récupérées ni par les bons résultats du Parti de la refondation communiste (PRC) ni par la percée des listes de contestation prétendument "apolitiques", notamment celles de la Ligue Nord.

Cette paralysie avait été délibérément attisée par les syndicats eux-mêmes qui, afin de reprendre leur contrôle sur la classe ouvrière, avaient petit à petit vidé de tout contenu les outils qui renforçaient l'autonomie organisationnelle et la capacité de lutte des travailleurs : les fédérations unitaires catégorielles et les conseils d'usine. Les fédérations unitaires catégorielles ont été ainsi privées de toute capacité de négociation, celle-ci reposant désormais dans les mains des centrales — la Confédération générale du travail (CGIL), la Confédération des syndicats libres (CISL) et l'Union ita-

ITALIE par la grève gén pugo millions d lienne du travail (UIL), qui peuvent ainsi gérer les contrats nationaux dans le cadre d'une « compatibilité avec les exigences de l'économie nationale », en dépit des protestations de la base.

Les conseils d'usine ont été ainsi privés de toute capacité de négociation et un nouveau système d'élection a été instauré qui gomme complètement leur caractéristique initiale de représentants directs des salariés sur la base du principe que « tous sont éligibles ». Ce principe a été remplacé par un mécanisme électoral assurant à priori la majorité aux représentants de la bureaucratie syndicale (par exemple chez Alfa-Lancia d'Arese, près de Milan, une usine de 12 000 travailleurs, le représentant de l'UIL n'a été "élu" que grâce à un seul vote, le sien). Dans beaucoup d'autres cas, le conseil n'a pas été réélu depuis des années ou bien il n'existe que sur le papier, remplacé, dans les faits, par l'exécutif, composé de travailleurs qui, depuis longtemps, ne sont plus à la produc-

Le problème de la représentation est devenu fondamental et se situe au centre de différentes initiatives revendiquant l'élection des commissions d'entreprise (Commissioni interne) [le système des délégués syndicaux existant avant la création des conseils d'usine, à l'automne 1969, ndlr]. Malgré le sabotage de la direction syndicale, l'élection a été imposée chez Alfa : plus de 2 000 travailleurs y ont participé en élisant leurs représentants dans le cadre d'un Comité de base de l'entreprise (Cobas Alfa).

La méfiance à l'égard des organisations syndicales est devenue de plus en plus claire : constitution de syndicats autonomes catégoriels ; détachement de noyaux combatifs des confédérations syndicales pour créer des comités de base à l'instar des Cobas de l'enseignement ou de ceux des chemins de fer ; scission d'un secteur de la CISL qui fondait un nouveau syndicat des métallurgistes (la Fédération des travailleurs métallurgistes unis - FLMU) ; constitution de structures analogues dans la Fonction publique (Représentations syndicales de base - RdB).

Dans la CGIL, la création d'une opposition de gauche, Essere sindacato (Etre un syndicat), sous la direction de Fausto Bertinotti, a reçu le soutien de plus de 200 000 travailleurs. Ceux-ci la perçoivent comme la dernière chance pour donner un sens à leur présence dans ce qui était censé être un syndicat de classe.

Si l'Italie garde un fort taux de syndicalisation, cela est dû seulement au renouvellement automatique des adhésions, à la fonction de "service social" assurée par les syndicats dans plusieurs domaines et même aux "privilèges" qui en découlent alors que les centrales deviennent de plus en plus des outils de la collaboration de classe — la corruption révélée par Fausto Bertinotti a provoqué l'indignation des bureaucrates mais n'a guère surpris les travailleurs.

Chronique d'une trahison

Lorsque, le 10 décembre 1991, les directions de la CGIL-CISL-UIL signèrent, avec le gouvernement et la Confindustria (le syndicat des patrons), un accord prévoyant la fin du mécanisme "actuel" de l'échelle mobile des salaires, par une formulation ambiguë qui laissait planer des doutes sur le paiement du dernier indice du mois de mai, l'opposition à la base s'exprima par des assemblées et des grèves contre la ratification de l'accord et pour la défense du mécanisme d'indexation.

Ensuite, lorsque le 31 juillet, à la veille de la fermeture des usines, Trentin et les autres dirigeants ont signé un accord encore plus grave - prévoyant la suppression pure et simple de l'échelle mobile des salaires, sans aucune autre forme d'indexation, la fin de toute forme de négociation catégorielle et promettant la "paix sociale" pour une période de deux ans — la rupture est devenue radicale et violente et les protestations ont repris dès la réouverture des usines.

La première manifestation organisée à Rome par le PRC, le 12 septembre, a prouvé la disponibilité à la lutte et son succès (plus de 100 000 personnes) a agi comme un détonateur. Chez Alfa, la protestation a pris la forme d'une grève organisée par le Cobas et d'autres délégués à laquelle ont participé la moitié des travailleurs de l'entreprise.

Ensuite, le gouvernement adoptait, le 17 septembre, sous la pression de la crise monétaire et de l'énorme dette accumulée

1) voir Inprecor n° 359 et 360 du 25 septembre et du 9 octobre 1992.

Page 13

(de l'ordre de 2 millions de milliards de lires), un plan économique pour réduire le déficit public de 93 000 milliards de lires — il avait déjà tenté un coup similaire pour récupérer 43 000 milliards de lires, le 19 juillet. Par une série de décrets-lois, ce plan remet en cause les principaux acquis de l'Etat-Providence : fin de tous les mécanismes d'indexation des salaires et des retraites ; prolongation de l'âge de la retraite à 65 ans pour les hommes et à 60 ans pour les femmes ; réduction des pensions avec l'introduction d'un indice basé sur toute la durée du travail effectué (jusqu'à présent l'indice de base était celui des cinq dernières années travaillées, forcement plus élevé) ; fin de la gratuité des soins de santé (sauf dans les hôpitaux) ; suppression de tout remboursement concernant les retenues sur les revenus des salariés opérés grâce au dit fiscal-drag ; nouvelle taxe sur la propriété des habitations et suppression de la législation concernant les loyers ; début de privatisation de toute une série de services essentiels, ce qui aura des conséquences sur les prix (et sur leur caractère social). En 1993, l'ensemble de ces mesures entraînera pour chaque famille ouvrière disposant de deux salaires une hausse des coûts et des taxes d'au moins 4 millions de lires (deux mois de salaire).

Manœuvres et scandales

La réponse des travailleurs a été de taille. Même les usines qui avaient subi les plus grandes défaites sont entrées en grève ; les étudiants, et parfois même les travailleurs indépendants, ont massivement participé aux manifestations ouvrières. Seules les organisations syndicales minoritaires (FLMU et RdB) ne comprenaient pas la dynamique en cours et ne participaient pas aux grèves par crainte d'une « récupération par le syndicalisme confédéral ».

Les centrales syndicales ont essayé d'empêcher la grève générale ou, lorsque cela s'est avéré impossible, de la réduire à quatre heures et d'en exclure la Fonction publique. Les tentatives de provocation des syndicats et de la police, qui ont déployé des services d'ordre militarisés et déployé des centaines d'agents déguisés en manifestants, comme à Rome le 2 octobre, n'ont pas enrayé le mouvement.

La manœuvre du gouvernement apparaît pour ce qu'elle est : un coup très fort contre les salariés qui ne s'attaque pas aux véritables causes de la dette publique — l'évasion fiscale de 240 000 milliards de lires (avec une augmentation de 40 000 milliards par an) ; le transfert aux rentes, grâce à des taux d'intérêt élevés, des "bons de la dette publique" (ce qui mettra cette année 10 % du produit intérieur brut — PIB — dans les poches des investisseurs) ; le gaspillage dans la gestion étatique et publique, et la corruption.

Il faut savoir que les cérémonies du Ve centenaire de la "Découverte" de l'Amérique, en Italie, ont coûté 7 000 milliards de lires, l'organisation de la coupe du monde de football 10 000 milliards, etc. De plus, lors de l'annonce des mesures, un décret était approuvé qui rembourse les entreprises de leurs versements effectués dans les fonds des retraites et à la sécurité sociale.

Les nouveaux décrets ouvrent de nouveaux domaines au profit : les réformes prévues en matière de santé, de retraites, de fiscalité, de budgets des communes et de régime de la rente foncière, etc. (notamment dans les villes) impliquent le transfert au marché privé de secteurs produisant potentiellement des chiffres d'affaires énormes (plus de 400 000 milliards rien que pour les soins médicaux privés et les assurances).

Le gouvernement cherche aussi à briser toute capacité de résistance et de négociation des travailleurs, à supprimer toute participation démocratique, à renforcer l'autorité de l'Etat et à affaiblir toute forme de contrôle — y compris au niveau parlementaire.

La classe dirigeante qui exige de tels sacrifices n'a plus aucune crédibilité ; elle est éclaboussée, notamment dans le Nord. par une série de scandales sans précédent — une centaine de personnalités, liées aux partis de la majorité gouvernementale, sont en prison, dont des collaborateurs de ministres actuels, des maires de grandes villes, des patrons de grandes entreprises (liées y compris au groupe FIAT), des présidents d'entreprises publiques, des présidents de régions, etc. Huit députés ont été interpellés.

Les syndicats essayent de minimiser la portée de ces événements. Forcés par la pression populaire à prendre quelques initiatives de réponse, ils ne semblent vouloir s'attaquer qu'aux problèmes qui touchent directement les travailleurs : l'échelle mobile, les retraites, la sécurité sociale, etc. La plate-forme de la CGIL se borne à indiquer des outils pour contrôler et réduire la petite évasion fiscale (commerçants et professions libérales), mais sans faire face aux principaux fauteurs. Pour le reste, comme la presse et le gouvernement, les syndicats essaient de rompre tout lien de solidarité entre les salariés du public et ceux du privé en excluant Jes premiers le la grève générale.

Want resp Nes de l- officacité vilèg lent (en matiè oraires) contre nties metites. le l'acc Dont de Suptu qui hute les directions

Is intérêts des travaie

ITALIE

La grande majorité des travailleurs se rend désormais compte que le sabotage des manifestations par les directions syndicales les empêche de rassembler la force capable de faire échouer les projets du gouvernement. Les manifestations ouvrières imposantes de ces semaines, de même que la disponibilité à des initiatives qui dépassent les limites imposées par les directions syndicales, montrent la nécessité et l'urgence d'une nouvelle direction.

L'inévitable rupture

Le secteur syndical qui voudrait assumer ce rôle devra rompre avec les directions bureaucratisées et, pour récupérer l'initiative et établir un rapport efficace avec la base, se proposer de reconstruire la force du syndicat en s'appuyant sur la représentation directe des travailleurs, c'est-à-dire sur des critères de représentativité démocratiques, avec des modes d'éligibilité et de révocabilité. Il faut, pour cela, supprimer l'article 19 du statut des travailleurs qui confère à la CGIL, CISL et UIL le monopole de la représentation des salariés sans aucune consultation.

Certains secteurs de la gauche de la CGIL et une partie de Essere sindacato ont compris la nature et la profondeur de la rupture qui s'est opérée entre les directions syndicales et la masse des travailleurs et l'urgence, dans la situation actuelle, de rompre avec l'appareil conservateur des syndicats.

La nécessité de mettre à l'ordre du jour la question d'un nouveau syndicat démocratique de masse a été analysée par une partie importante de Essere sindacato et aussi par un grand nombre de travailleurs qui s'étaient déjà organisés de façon autonome en dehors des confédérations syndicales - le Cobas d'Alfa Lancia s'est déjà orienté dans cette direction.

Ce débat a été entamé et reste ouvert au sein du PRC et de Essere sindacato. Nombreux, même parmi les dirigeants, sont conscients des enjeux. Les obstacles et les incompréhensions viennent plutôt d'une couche de cadres syndicaux intermédiaires (y compris des militants de Essere sindacato) qui se sont adaptés aux pratiques habituelles de la gauche syndicale italienne, habituée à organiser les mobilisations de base dans le but d'exercer une pression sur les directions bureaucratiques et de les pousser plus à gauche, sur des positions plus intransigeantes, mais elle ne s'est jamais rosé le problème d'organiser une stratégie et

The direction oternative. Milan, le 18 o

Une erreur sur cette page ?