Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

Les vieux démons

· Inprecor n° 361, 23 octobre 1992 · p. 10-11 · 1 352 mots

Allemagne Europe de l'Est Syndicalisme

Pour le deuxième anniversaire de l'unification, le chancelier Kohl était accueilli par une grande fête à Schwerin, alors que les comités pour l'égalité — crées par le Parti du socialisme démocratique (PDS) — ne rassemblaient que 2 000 personnes dans une contre-manifestation, désertée, à la dernière minute, par l'union locale de la Confédération allemande des syndicats (DGB). La contre-offensive promise contre les attaques des droits sociaux à l'Ouest et contre la désindustrialisation à l'Est n'a pas lieu (1). Pas plus que la contre-offensive contre la vague raciste (voir Inprecor n° 358 du 11 septembre 1992). Angela KLEIN

DES deux côtés de l'Elbe, les gens se sentent aujourd'hui menacés. Le développement de deux Etats allemands, après la guerre, avait donné lieu à un relatif bien-être des deux côtés du Mur. A l'Est, la population avait le sentiment de s'être délivrée du poids du passé fasciste et d'appartenir à une nouvelle et meilleure Allemagne. A l'Ouest, on se battait pour l'American way of life ; le mot d'ordre officiel était : « Démocratie occidentale importée et refus du monstre communiste. » Avec l'unification, ces deux identités se sont effondrées sans qu'une nouvelle perspective économique ait pu mobiliser les énergies communes. La majorité du mouvement ouvrier, influencée par l'anticommunisme, a payé le prix fort pour avoir cru que, malgré tout, on vivait mieux à l'Ouest — cela l'a affaibli politiquement et socialement.

La gauche, elle, n'était pas du tout pré-

1) Voir Inprecorn° 352 et 353 des 8 mai et 22 mai 1992

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parée à la nouvelle situation. La concentration extraordinaire de facteurs de crise et de violence à l'Est n'a été comprise ni à gauche ni à droite.

Les habitants de l'ancienne République démocratique allemande (RDA) n'avaient pas l'habitude de co-exister avec des étrangers — il n'y en avait que 100 000 à l'Est ; la plupart dans des ghettos bien approvisionnés.

La pauvreté en Allemagne de l'Est n'est pas encore très répandue (voir l'article en p. 8), mais la situation sociale des gens ne se limite pas au niveau des salaires, ni à la sécurité de l'emploi. Elle concerne aussi la structure sociale, dans laquelle les gens trouvent ou ne trouvent pas leur place et dans laquelle ils agissent comme des êtres sociaux et remplissent une tâche ou, au contraire, dont ils se sentent exclus, et se vivent comme des êtres inutiles, isolés ou aliénés.

Contrairement à la société capitaliste, celle de RDA avait toujours organisé le bien-être social — pas seulement dans le sens de l'embrigadement et de l'organisation de l'irresponsabilité. Avec l'unification, toutes ses structures ont été détruites plus brutalement que dans les autres pays d Europe de l'Est. Les gens de RDA ont été dépossédés de mille façons différentes.

La fin d'un mythe

L'avenir de la majorité des habitants de l'Est est désormais sombre — les bases de leur existence économique et industrielle ont été détruites. De nombreuses institutions, nées autrefois à l'Est dans un esprit de solidarité — les clubs de jeunes, les associations de locataires, les centres de vacances, les clubs sportifs, etc. - ont été rayées de la carte, du jour au lendemain; elles rendaient aucune ressume Tout cela est fon la vie plus aisée dans les grandes cités ouvrières, alors qu'à l'Ouést des quarter. similaires devenaient des fo sociaux.

En fait, les Allemands raient obtenir à la fois la liber de biens de consommation vant leur bien-être social, été le cas.

Maintenant, au contraire: est la course contre la montre pour obtenir le privilège d'un travail sûr. C'est le règne di pour soi ». La concurrence l'arrivée des migrants de pas pauvres — des Tziganes de Roumanic et de Yougoslavie, des juifs d'Union soviétique, des Polonais, etc.

L'actuelle montée du racisme n'est pas aussi importante à l'Ouest qu'à l'Est — on n'a pas assisté aux mêmes violences ni aux mêmes applaudissements de la foule complices. Les appareils de l'Etat, des partis, ou des syndicats survivent mieux à l'Ouest ; ils reposent depuis des années sur une politique de consensus qui n'a pas existé à l'Est. Le racisme à l'Ouest, comme dans d'autres pays européens, est le réflexe d'une partie de la société contre l'appauvrissement qui s'aggrave depuis les années 70 (et donc une lutte pour la redistribution des richesses).

Mais le bien-être, le ciment le plus important de la société ouest-allemande de l'après-guerre, a aussi été mis à mal par l'unification. On a assisté au transfert de 150 milliards de deutschmarks (DM) vers l'Est que les attaques planifiées contre les acquis sociaux de l'Ouest et la dérégulation des salaires ne parviennent pas à payer. Mais ces attaques signifient déjà la disparition de la caractéristique principale de la République fédérale, la paix sociale et le bien-être relatifs.

Le soutien de l'extrême droite ne repose pas, à l'Ouest comme à l'Est, sur ceux qui sont le plus touchés par la crise, mais sur ceux qui craignent de perdre leur relatif bien-être.

Retour à la «normale"

On peut trouver des facteurs de crise similaires dans les autres sociétés de l'Est et de l'Ouest. Mais, dans l'ancienne RDA, la crise économique est plus aiguë.

Depuis quelques mois, les étrangers assistent à la reprise de violences fascistes qui rappellent un chapitre noir de l'histoire allemande. Pendant ces dernières semaines, on a dénombré 2 500 agressions racistes et une dizaine de morts.

A Dresde, comme dans d'autres villes de l'Est, des centaines de nazis ont pu défiler derrière le drapeau de guerre du Reich etde vieux symboles nazis, sans tencontrer ment intant, mais da polide orte de telles estations sans

Face à e re réaction vernement 4 et prononcer limitation du droit d'asile. Après, i

Ice de droite et de gauche et treindre les dront-de manifest con drastique maire chrétien de appelle à une mabre 1992, contr contre vient après commémorant la construction des missiles V2 par le Reich pendant la guerre. Parallèlement, une grande coalition s'est formée au Parlement pour demander l'abolition du droit d'asile.

Le gouvernement allemand tolère les pogroms, surtout à l'Est - on peut même parler de complicité entre les autorités et les néofascistes, ces derniers permettant de canaliser la frustration sociale sans mettre en cause l'Etat. La gauche est dans une situation lamentable, elle ne peut donc organiser qu'une riposte éclatée ; le climat politique vire ainsi violemment à droite.

Selon les sondages, un tiers de la jeunesse serait d'accord avec le mot d'ordre « L Allemagne aux Allemands. Etrangers dehors ! », et un nombre croissant de lycéens approuverait la violence raciste.

Une atmosphère xénophobe se développe aussi dans les entreprises. D'après certaines estimations, en cas d'élections législatives, les Republikaner dépasseraient 5 % des voix - avec la Deutsche Volk Union (DVU, autre formation néofasciste), ils atteindraient le score des Verts.

Ni le Parti sociale-démocrate (SPD), ni les syndicats n'opposent de véritable résistance à cette évolution. Le SPD a capitulé face à l'épouvantail des prétendus millions de réfugiés qui envahiraient l'Allemagne dans les années à venir ; il s'adapte à l'opinion publique qui pense qu'on ne peut plus préserver le droit d'asile dans sa forme actuelle. Le syndicat de la métallurgie, l'IG-Metall, et celui des médias ont réclamé le maintien de l'article constitutionnel sur le droit d'asile — mais, par ailleurs, l'IG-Metall ne fait pas grand chose contre le racisme.

Le 11 novembre 1992, une manifestation contre la capitulation du SPD est prévue, soutenue par une coordination de gauche large. Elle pourrait peut-être déboucher sur une coordination nationale antiraciste.

Ceux qui veulent effacer le passé, les "¿ Stévisionnistes" et faire croire que l'Allevenya un pays "normal" ont en poupe. Grâce à la réunification, la bourgeoisie allemande clai-

Mestriompherdu capitalisme sur le et aussi un point final à la móndiale, elle tourne la r6 de!' Allemagne et celle de la culpabilit

L' ujourd'hui est différente de os 30 ; ses propres intépuer un rôle moteur dans egration européenne. Une des la bourgeoisie était en aumatisme hitlérien et sur la scène mondiale es responsabilités ». Les

Jences raci 4 gênent donc beaucoup - l'économie allemande est tournée vers l'exportation ; les pogroms nuisent son à image et à ses affaires. *

Cologne, 19 octobre 1992

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