Le PC à des rééva
Nous reproduisons l'essentiel d'un long rappor les cadres du Parti communiste des Philippi organisation. Walden Bello, Philippin vivant a années, un rôle très important dans les acti constitution du Forum for Philippine Alternativ tiers monde, il est aussi directeur e
Developement I
DOCUN
A LA QUESTION de savoir si le mouvement national démocratique est
"en crise", la plupart des interviewés ont répondu par l'affirmative, tout en évaluant de façon différente la gravité de cette crise. Deux seulement des personnes interrogées n'ont pas répondu ainsi — l'une, après avoir réfléchi à haute voix pendant quelques minutes, et l'autre
Pour illustrer cet état de crise, plusieurs de mes interlocuteurs ont avancé les mêmes chiffres : il y a eu une réduction de 40 % des
"forces organisées" et une diminution similaire des territoires contrôlés par la NPA ces dernières années. Certains ont corrigé cette estimation en disant que ces deux dernières années, il y avait eu un rétablissement, notamment à Mindanao [une grande île au sud de l'archipel, ndlr], alors que d'autres
par une réponse vague.
expliquaient que les récentes reconquêtes territoriales étaient
* compensées par la perte de nouveaux ter-
16 novembre 1992 ritoires au profit des
Paul Petitjean forces armées gouvernementales. Ceci dit.
la plupart de ceux qui ont avancé des chiffres s'accordent pour juger que le nombre des forces organisées reste en deçà de ce qu'il était en 1985
Le mouvement est-il pour autant "marginalisé" ? Sur cette question les réponses se répartissent équita-
PINES
Pheure duations it préparé par Walden Bello sur la façon dont nes (PCP) perçoivent l'état de leur propre ux Etats-Unis, a joué, depuis de nombreuses vités de solidarité et, récemment, dans la es (FOPA). Auteur d'études importantes sur le xécutif de l'Institute for Food and
Policy (IFDP).
MENT blement entre le "oui" et le "non". Quant à savoir quelles sont les raisons de la crise, différents facteurs ont été mentionnés [...].
• L'un des facteurs clefs cités concerne l'efficacité des opérations de contre-guérilla.
Après l'arrivée de Cory Aquino au pouvoir, en 1986, les forces armées ont pu créer trois divisions supplémentaires, soit environ 30 bataillons, une mesure rendue possible par le dégagement d'unités qui étaient auparavant immobilisées à Manille pour assurer la garde de Marcos, pendant la dictature. Cela a permis aux militaires de saturer les zones ciblées et de les y maintenir pendant une longue période. [...] L'armée a ainsi disposé d'une réserve de troupes qui lui a permis d'intervenir sur plusieurs fronts à la fois.
Tel a été le cas dans le Centre-Luzon, à la fin des années 80, selon un ancien membre de la direction régionale [du PCP].
Sous la pression soutenue des militaires, la guérilla avait dû abandonner des bases-arrière établies de longue date, sans pouvoir y revenir. Privées de la protection de la guérilla, les organisations révolutionnaires de masse de ces zones ne pouvaient survivre qu'au prix de grandes difficultés, ce qui a conduit à une baisse marquée de l'activité politique et du moral révolutionnaire.
• Une autre raison invoquée par certaines des personnes interrogées concerne la militarisation inten-
GAUCHE se de la société, qui a entrainé la lassitude de la base paysanne face à la guerre. Selon un ancien cadre de haut-rang de la NPA, « les paysans sont sagaces. On ne peut pas attendre d'eux qu'ils continuent à se battre indéfiniment s'ils ne peuvent goûter au fruit de leur lutte — leur propre terre — que dans un avenir très lointain. Ils comparent les efforts consentis dans leur contribution révolutionnaire — ce qui peut aller jusqu'au recrutement de leurs enfants dans la NPA — avec cette promesse, vous pouvez donc comprendre pourquoi beaucoup peuvent revoir à la baisse leur engagement ».
• Sans négliger l'impact de la militarisation, certains de mes interlocuteurs ont mis l'accent sur des carences internes, en particulier sur ce qu'ils considèrent être la "militarisation" de la stratégie de la gauche. Ils affirment que, jusqu'en 1990, la stratégie de la gauche était fortement orientée sur la conquête militaire du pouvoir. Partant du principe qu'il y avait une "vague révolutionnaire" à la fin des années 80, le PCP a concentré toutes les énergies du mouvement de libération sur le développement de la NPA, en augmentant la taille de ses unités au niveau du bataillon pour préparer la guerre de mouvements, et en acquérant de l'armement lourd, comme des mortiers, qui devait être décisif durant la période marquée par ce que la direction appelait la « contre-offensive stratégique ».
Une stratégie par trop militariste?
Cet accent mis sur le travail militaire a conduit [le PCP] à négliger le mouvement de masse de la paysannerie dans les zones rurales, à relativement minimiser l'importance du travail de front unique dans les zones urbaines, et à déployer peu d'énergie pour trouver de nouvelles formes d'intervention créatrices sur le terrain légal et électoral. Selon ces interlocuteurs, cette notion de contre-offensive stratégique n'a été abandonnée que depuis deux ans, en 1990.
• Selon d'autres, l'accent mis sur le travail militaire [...] renverrait à l'incapacité de la direction du mouvement à développer une stratégie appropriée à la nouvelle période
* Sous le titre, "The Philippine Progressive Mouvement Today. A Preliminary Report on the State of the Left", l'enquête de Walden Bello a été originalement publiée dans Philippines Alternatives, Vol.1, n° 2, septembre 1992.
Vu sa longueur, nous avons dû opérer quelques coupes. La version intégrale peut être commandée auprès de cette revue (PO Box 3366, Berkeley, CA 94703, USA). Les intertitres et les notes sont de la rédaction. Dans une première partie de ce rapport, Walden Bello présente les objectifs qu'il s'est assigné et les conditions de son enquête, durant laquelle il a interviewé une vingtaine de dirigeants ou d'anciens dirigeants nationaux ou régionaux du Parti communiste des Philippines (PCP), de la Nouvelle armée populaire (New People Army, NPA) ou du Front national démocratique (National Democratic Front, NDF), les trois organisations constituant ce que l'on appelle l'aile clandestine du mouvement national démocratique. Ce faisant, Bello cherche à évaluer l'état du mouvement révolutionnaire et progressiste philippin. Ce premier rapport ouverte par l'assassinat de Benigno Aquino, en 1983, et le soulèvement d'EDSA, en
1986 (1), qui aurait dû prendre en compte plusieurs développements importants, dont :
— le glissement d'une grande partie de la vie politique et du débat politique de la clandestinité au grand jour au fur et à mesure que les capacités de contrôle du régime s'effritaient ;
— le rôle clef exercé par les classes et les forces moyennes politisées dans le mouvement contre la dictature, qui nécessitait une tactique prudente de front unique et des moyens nouveaux, plus sophistiqués pour populariser le programme du NDF afin de s'adresser à ces nouvelles forces ;
— la vitalité durable de la tradition de démocratie électorale formelle comme source de légitimité politique, pas seulement auprès de la classe moyenne, mais aussi chez les paysans et les travailleurs.
Par rapport à ce dernier point, certaines des personnes interviewées ont l'impression que l'analyse orthodoxe du PCP est trop économiste ou réductrice, et n'accorde pas assez d'importance à la culture, à la conscience et aux valeurs.
Comme le disait l'un d'eux, ce n'est pas parce que les indicateurs économiques montrent que la situation va en s'aggravant que les gens interprètent la totalité de la situation comme allant de mal en pis. Les comportements politiques traditionnels restent prégnants, même au sein des masses organisées. Comme le signalait un des membres de la direction du NDF, nombre des zones contrôlées par la NPA, à Isabela et Cagayan, ont voté pour Eduardo Cojuangco et Imelda Marcos lors des récentes élections (2).
Toute analyse réductrice sera incapable d'expliquer ce phénomène, par contre, une analyse sensible de la force persistante des valeurs traditionnelles pourra comprendre que même un paysan politisé possède ce qu'il a appelé un « niveau de conscience différencié ». Ce dirigeant déplorait aussi le fait qu'Antonio Gramsci, qu'il considère comme le penseur marxiste ayant fait l'analyse la plus profonde du rôle de la culture dans la révolution, ne fasse pas encore partie de la liste des lectures indispensables pour les cadres du PCP. devrait-être suivi d'un autre, concernant les autres formations de la gauche philippine.
1) En 1983, le dirigeant de l'opposition à Marcos, Benigno Aquino, était assassiné par la dictature. A partir de ce moment, les manifestations de masse contre le régime se sont multipliées dans les grands centres urbains. La crise politique a culminé en février 1986, à l'occasion des élections présidentielles, avec une rébellion militaire et un soulèvement pacifique de masse connu sous le nom de l'une des principales avenues de la capitale où se trouvent des casemes : EDSA (Epifanio de Los Santos Avenue).
2) Isabela et Cagayan sont deux provinces du Nord de Luzon où la guérilla communiste est implantée de longue date, mais où les "clans" politiques liés à l'ancienne dictature sont aussi très puissants. Eduardo Cojuangco était l'un des principaux hommes d'affaires du régime Marcos, Imelda étant la veuve du dictateur. Tous deux étaient candidats aux présidentielles lors des élections de mai 1992. Voir aussi Inprecor n° 359 du 25 septembre 1992.
• [...] L'écroulement du "socialisme" en Europe de l'Est et en Union soviétique : néanmoins, la plupart des personnes interviewées précisaient que la faillite du socialisme réel avait moins d'impact dans la base du parti et du NDF, que chez leurs dirigeants.
Une personne qui avait discuté de la crise du "socialisme" avec de nombreux cadres intermédiaires estimait pourtant que celle-ci avait eu un impact important sur eux. Leur attitude, disait-il, pourrait être résumée de la façon suivante : « Pourquoi nous battrions-nous pour le socialisme si, à la fin, les gens nous jettent dehors ? » Une combinaison de la crise interne et de la crise internationale du socialisme expliquait, à son avis, l'abandon des activités clandestines organisées de la part de beaucoup de cadres intermédiaires du PCP.
• Une dernière raison expliquant la crise de la gauche est ce que certains appellent les « blessures auto-infligées », faisant référence aux "campagnes anti-DPA" à Mindanao, de septembre 1985 à mars 1986, et au Sud-Tagalog [une région du Sud de l'ile de Luzon] en 1988 (3). Alors qu'en 1988 et 1989, la direction du PCP considérait encore ces deux "campagnes" comme justifiées, tout en déplorant leurs "excès", en 1990, elle les caractérisait comme une "folie" qui avait balayé ses organisations, sans que rien ne les justifie. [...] A Mindanao, plusieurs centaines de cadres auraient été exécutés lors de ces tentatives de piéger les agents de l'armée dont on craignait qu'ils n'aient infiltré les structures du NDF, de la NPA et du PCP. A Mindanao les estimations du nombre de victimes de cette campagne vont de 900, pour les plus importantes, à 600. Plusieurs rapports estiment le nombre d'exécutions dans le Sud Tagalog à moins de 100, je me baserai donc sur une estimation totale des pertes de l'ordre de 700 personnes.
Les purges
Le mot "folie" est, a mon avis justifié, pour une autre raison : alors que dans d'autres mouvements révolutionnaires, des purges similaires à une si grande échelle ont eu lieu après la prise du pouvoir, aux Philippines, elles ont eu lieu avant, un phénomène rare dans l'histoire révolutionnaire. On a presque l'impression que le mouvement de libération tentait de s'éliminer lui-même ; non seulement des vies précieuses ont été perdues à Mindanao et au Sud-Tagalog, mais des centaines de cadres expérimentés ont été éliminés, pour la formation desquels le parti avait consacré beaucoup de ressources et de temps. Les gens qui ont été assassinés étaient des éléments indispensables à la colonne vertébrale du mouvement révolutionnaire, et il n'est pas surprenant que le mouvement national-démocratique à Mindanao ait subi de graves revers en 1986
Pourquoi de telles purges massives ?
Les réponses qui m'ont été données reflettent une large palette d'explications, dont les plus importantes sont les suivantes.
• Ceux qui ont eu la charge des campagnes de sécurité interne ont outrepassé ou
• Le mouvement n'était pas bien préparé à mettre en œuvre une campagne sur la sécurité interne parce que les méthodes pour rendre la justice n'avaient pas été institutionnalisées. Les structures du parti qui ont mené l'enquête sur les infiltrations soupçonnées, ont été les mêmes que celles qui ont arrêté les suspects, qui les ont interrogés, jugés et enfin exécutés. Cela violait les principes judiciaires selon lesquels ces différentes tâches auraient dû être accomplies par des personnes différentes afin d'en garantir
• Selon certains de mes interlocuteurs, ces explications sont incomplètes et les causes réelles sont plus profondes, localisées dans la militarisation de la stratégie. Selon cette analyse, le désir d'une victoire militaire rapide a créé une frustration terrible lorsque les plans de la NPA ont été mis en échec par l'armée. Des rapports selon lesquels des cadres de la NPA ont été abattus dans le dos lors de combats ont été l'étincelle qui a transformé ces frustrations en une recherche fébrile de saboteurs infiltrés, qui est devenue incontrôlable.
C'est un dirigeant très influent du PCP qui a fait sienne l'analyse selon laquelle la "ligne insurrectionnelle" était la cause fondamentale des purges. Il affirme, ce faisant, qu'elles n'auraient pas eu lieu si le mouvement avait continué à mettre l'accent sur le type d'organisation politique méticuleuse des masses qu'exige la stratégie classique de "guerre populaire prolongée". Le problème que pose cette analyse est que, si on peut dire que le mouvement à Mindanao a suivi une ligne insurrectionnelle, il n'en est pas de même dans le Sud-Tagalog, où fut appliquée la stratégie classique de "guerre populaire prolongée". Pourtant, la campagne anti-DPA du Sud-Tagalog a eu la même dynamique paranoïaque qu'à Mindanao.
Il est probable qu'un élément d'explication clef soit le phénomène décrit par bon nombre de mes interlocuteurs sous le terme de paranoïa collective. Je tendais à ne pas en tenir compte jusqu'au moment où j'ai commencé à entendre les descriptions très parlantes [de ce qui s'y était passé] de la part de personnes ayant vécu ces purges, en tant que victimes ou que bourreaux. Il semble bien que la paranoïa ait acquis sa propre dynamique, à Mindanao, après des rapports concernants des cas de mort suspectes au combat de commandants de la NPA.
Le cerele vicieux de la paranoïa
Dans cette ambiance paranoïaque, il est difficile de ne blâmer que les dirigeants du
PCP, alors qu'à certaines périodes la direction elle-même semblait entrainée par cette dynamique qui emportait la base. Bien sûr, les membres des directions régionales du Sud Tagalog et de Mindanao portent une grande part de responsabilité, non seulement pour avoir déclenché la campagne, mais pour n'avoir pas su lui porter un coup d'arrêt décisif lorsqu'elle a échappé à tout contrôle. Pour illustrer la complexité de la situation, l'un de mes interlocuteurs m'a expliqué que si, au moment le plus fort de la campagne du Sud-Tagalog, des individus, membres des directions nationale ou régionales s'y étaient opposés ils risquaient fort d'être eux-mêmes arrêtés par les comités de campagne et jetés derrière les barreaux, si ce n'est pire. Un dirigeant du NDF m'a effectivement affirmé qu'il n'a pas pu intervenir, essentiellement de peur d'être catalogué comme un DPA et de perdre la vie — dans une telle situation, son statut et son prestige n'auraient pas pesé
Pour donner une idée de la dimension paranoïaque, laissez-moi vous raconter l'histoire de Teresa (un pseudonyme), une jeune militante qui a été impliquée dans un comité
3) "DPA" est le sigle pour les "Deep Penetration Agents", les agents de l'armée infiltrés en profondeur dans les rangs des organisations révolutionnaires. Sur les purges sanglantes de la seconde moitié des années 80, voir également Paul Petitjean, "Contre-insurrection, terreur et démocratie", Inprecor n° 298 du 27 novembre 1989.
chargé de la campagne anti-DPA dans l'une des régions du Mindanao. Au début, elle avait été recrutée essentiellement pour prendre les minutes de la procédure. Au fur et à mesure, elle est devenue juge, la direction du comité la consultant régulièrement sur la culpabilité ou l'innocence des gens arrêtés, qu'en général elle connaissait. A ce stade, elle a dit qu'elle déclarait ces individus coupables à la fois parce qu'elle les croyait coupables et parce qu'elle sentait que le comité de campagne voulait qu'elle les déclare coupables, et qu'elle n'avait pas les moyens de faire autrement craignant pour sa propre sécurité. Très vite, on lui a demandé de prendre part à des séances de torture pendant des interrogatoires, elle s'y est aussi sentie obligée de crainte que le doigt de l'accusation ne soit pointé sur elle. La paranoïa est devenue un état normal, le nombre des victimes a augmenté et Teresa s'est résignée à en devenir une elle même. La campagne avait, en fait, échappé au contrôle de tout le monde alors que tout le monde se sentait obligé de l'alimenter, et il n'est pas surprenant qu'elle se soit terminée, comme la terreur pendant la Révolution française, par l'exécution du membre du parti le plus impliqué dans cette affaire — le dirigeant du comité de campagne lui-même.
A Mindanao, la paranoïa a régné et, à l'instar de la Révolution française, a consumé d'abord Danton, puis Saint-Just et enfin, Robespierre lui-même (4). Ce parallèle est important car, contrairement à la propagande réactionnaire, ce ne sont pas seulement les mouvements de masse marxistes qui sont susceptibles de s'auto-infliger de tels bains de sang, mais probablement tout mouvement de masse, qu'il soit marxiste, nationaliste, bourgeois ou fasciste.
Les mouvements progressistes doivent non seulement institutionnaliser des lignes directrices pour dispenser la justice, mais — et c'est tout aussi important - des lignes directrices pour la recherche scientifique et la compréhension des phénomènes politiques. Surtout, [il leur faut] institutionnaliser des lignes directrices pour préserver le bon sens — ce bon sens qui nous assurerait que ce serait accorder [aux militaires] des pouvoirs surhumains que de croire que l'armée gouvernementale ait pu infiltrer, pendant tant d'années, des centaines de personnes dans un mouvement révolutionnaire sans se trahir, et en se comportant quotidiennement comme d'honnêtes révolutionnaires, au point d'abuser même leurs femmes, leurs enfants et leurs amis les plus proches !
Ces garde-fous sont particulièrement importants au regard des résultats des deux campagnes anti-DPA : à Mindanao, cinq personnes seulement ont été reconnues comme étant probablement des agents de l'ennemi, la culpabilité de trois d'entre elles seulement ne faisait pas l'ombre d'un doute. En d'autres termes, pour éliminer cinq agents de l'AFP, 600 vies ont été sacrifiées. Ceci n'est pas seulement criminel et tragique ; c'est insensé à un point choquant. C'est sans doute l'une des pires campagnes de sécurité intérieure qui ait
BANTE été menée dans l'histoire des mouvements révolutionnaires du monde entier ! Ceci dit, il faut signaler que, sauf peutêtre dans le cas de
Manille-Rizal (où il y a eu beaucoup d'arrestations et d'interrogatoires, bien que peu d'exécutions aient eu lieu), la campagne anti-DPA ne s'est pas étendue à d'autres régions ; et dans beaucoup de cas, comme au Luzon central, c'est parce que la direction régionale est intervenue [...] pour empêcher la paranoïa de se développer en ouvrant la discussion sur la base du bon sens.
Des conceptions instrumentalistes
Cependant, l'explication par la paranoïa ne satisfait pas d'autres personnes interrogées. Un important dirigeant du NDF, pensait que l'explication, en dernière analyse, pourrait reposer sur le concept marxiste de
"justice de classe". Selon lui, le marxisme ne possède pas de concept achevé du droit individuel ; autrement dit, les individus ont des droits uniquement en vertu de leur appartenance à la bonne classe, ou à défaut, au fait qu'ils defendent la ligne politique correcte. Par conséquent, si quelqu'un est soupçonné, ou reconnu coupable, d'être un ennemi de classe, il n'a pas un droit intrinsèque à la vie, à la liberté ou au respect ; son devenir dépend uniquement des besoins tactiques du mouvement. On pourra donc relâcher des soldats prisonniers pour des raisons de propagande, et, en même temps, exécuter des cadres du PCP jugés comme agents
DPA. De fait, cette situation paradoxale s'est produite durant la purge du Sud-Tagalog de 1988.
J'ai longuement réfléchi à cette explication, car il me semblait que c'était la cause principale de ces événements. Actuellement, je pense, qu'alors que la cause essentielle est l'absence d'institutionnalisation d'un système de justice et d'évaluation scientifique qui
POUR LA PAIX
AH AHAH!.. POUR
PAIX ETERNELLE a permis que la paranoïa se répande sans entrave, une conception tactique des individus — une tendance à juger leur valeur principalement en fonction du fait qu'ils favorisent ou, au contraire, entravent les objectifs politiques de classe de la gauche — a également joué un rôle.
Cette conception instrumentaliste des gens est une tendance qui affecte particulièrement les militants de tradition marxiste-léniniste, ce qui les rend plus vulnérables, durant les périodes de paranoïa, au plus fort du combat révolutionnaire, au choix de solutions expéditives dont l'élimination physique d'ennemis réels ou imaginaires. En temps normal, la combinaison d'une vision tactique des gens, de la ferveur idéologique, de la jeunesse et des fusils comportent déjà un danger potentiel. Si on y ajoute la paranoïa sociale, la situation peut devenir incontrôlable, comme cela a été le cas à Mindanao et au Sud-Tagalog.
Sans mettre principalement l'accent sur le concept de justice de classe pour expliquer les purges, je n'en suis pas moins totalement d'accord avec les recommandations de ce dirigeant du NDF, pour qui les militants du PCP et du NDF doivent intégrer le fait que les individus ont des droits innés à la vie, à la liberté, au respect et à d'autres valeurs liées à leur condition d'être humain, et que les droits individuels ne dérivent pas de l'appartenance de classe ou de l'idéologie
4) En fait Robespierre et Saint-Just, de même que 102 autres robespierristes, ont été exécutés dans la même "charrette", du 28 au 31 juillet 1794 après le coup d'Etat du 9 thermidor (27 juillet 1794), ndir.
politique. Cette personne se sent, soit dit en passant, particulièrement coupable de n'être pas intervenue pour enrayer le processus, craignant pour sa propre vie. Il m'a dit que son intervention aurait pu permettre de sauver des vies, mais il n'a pas pu faire ce qui aurait pu être l'acte le plus important de sa vie parce qu'il avait peur des conséquences s'il avait osé défier le « pouvoir du consensus collectif ». Mais, pour paraphraser Kierkegaard, il n'y a pas eu que peur et tremblement. Il y a aussi eu des exemples de courage, comme ce membre du comité central qui a affirmé, dès le tout début, que les exécutions du Sud Tagalog étaient erronées et à persisté dans cette conviction alors même qu'il était menacé par le doigt accusateur. Et il y a eu des cadres qui ont accepté leur sort tout en continuant à proclamer leur loyauté envers la révolution philippine, jusqu'au moment de leur exécution.
Les effets pervers de l'auto-épuration
Mais, demanderez-vous, pourquoi me suis-je appesanti sur cet épisode honteux du mouvement révolutionnaire philippin?
Tout d'abord parce qu'il a contribué de façon significative à faire reculer le mouvement. Il est certain qu'à Mindanao, le principal facteur qui a permis le renversement du rapport de forces au milieu et à la fin des années 80 a été la campagne anti-DPA. Pas seulement à cause des pertes humaines, mais aussi parce que pratiquement tout travail politique urbain et à la campagne a été interrompu pendant des mois alors que le mouvement se repliait sur lui-même durant la période critique de septembre 1985 à mars 1986, alors que le régime Marcos s'effondrait et que l'administration Aquino se consolidait.
Ensuite, pour faire la lumière sur ces événements tumultueux qui ont eu un impact paralysant sur le moral de centaines, voire de milliers de personnes et qui ont contribué, directement ou indirectement, à les conduire à démissionner ou à se cacher.
[...] Rendre publique la vérité sur Mindanao et le Sud-Tagalog ne serait pas uniquement un pas important pour que la direction du PCP retrouve la confiance des cadres de son organisation. Ce serait aussi la meilleure arme contre les distorsions que les AFP et la droite ont répandues sur les purges, dont un bon nombre ont été reprises dans des journaux réactionnaires comme le Wall Street Journal.
D'autre part, c'est en analysant ce qui s'est passé, que l'on peut s'assurer que cela ne se produira jamais plus, au grand jamais. Des vies ont été éteintes dans leur prime jeunesse et personne ne pourra les ressusciter. On peut dire que cela a été un crime contre l'humanité. Mais c'est un crime qui doit être replacé dans le contexte d'une guerre civile où l'autre camp - les forces armées des Philippines — s'est rendu coupable de violations encore plus graves, dont le massacre aveugle de non-combattants, comme à Lupao et à Mendiola.
Enfin, je m'appesantis sur cet épisode parce que la volonté du PCP de faire face à ses responsabilités et de reconnaître ses fautes devrait nous donner l'espoir qu'il a un avenir au sein du mouvement progressiste philippin. Dans ce contexte, laissez-moi ajouter que le PCP a fait des efforts pour indemniser les proches des victimes, et que l'ensemble de la direction de Mindanao a proposé de démissionner et de se soumettre à des mesures disciplinaires, bien que ces
PEACE Le nouveau président, Fidel Ramos dernières mesures n'aient pu être appliquées, aujourd'hui encore, faute de cadres pour les remplacer. Bien que ces actions ne puissent pas rendre les vies perdues, elles ne sont pas moins significatives.
[...] Il faut souligner que la rénovation du Parti communiste est importante non seulement pour le mouvement national démocratique, mais aussi pour le mouvement progressiste dans son ensemble du fait de la place centrale du PCP. En fait, ce n'est plus tant la compétition qui marque, aujourd'hui, l'attitude des autres courants vis-à-vis du PCP que leur soucis pour son avenir.
Comme l'affirmait un dirigeant de Bisig (5), « Nous avons tous intérêt à ce que le PCP et le mouvement national démocratique ne se désintègrent pas, parce que cela nous affaiblirait tous. Quelles que soient nos divergences avec celui-ci, nous avons tous intérêt au renouveau du mouvement national démocratique. »
ONG et organisations politiques
Avant de conclure, je voudrais présenter un point de vue différent avancé par d'autres personnes que j'ai interrogées. Il ne faut pas se préoccuper du futur du PCP et du NDF, argumentent-elles, car ils ont déjà rempli leur fonction historique. Ces mouvements auraient formé de nombreux militants avec une conscience politique qui sont aujourd'hui les piliers d'organisations non gouvernementales (ONG) et d'organisations populaires, que celles-ci restent dans le cadre du mouvement national démocratique ou non. Dans cette optique, les ONG remplacent les organisations politiques traditionnelles de la gauche comme colonne vertébrale du "nouveau mouvement"
Je suis en désaccord avec cette analyse Les organisations non gouvernementales et populaires, aussi actives soient-elles, ne peuvent pas remplir le rôle joué par les partis de gauche, qui doivent articuler une vision et une stratégie conscientes pour le changement. Le rôle des ONG et des organisations populaires est d'articuler les besoins sectoriels et communautaires, pas de servir de substituts multiples à un mouvement cohérent comme le mouvement national démocratique. Les ONG et les partis politiques sont complémentaires, et si les uns essayent de remplir le rôle des autres, cela conduirait plutôt à un déclin de l'efficacité de tous.
En conclusion, même si le PCP et le NDF sont en crise, les problèmes de notre peuple sont si importants que, quoi qu'il arrive, un mouvement progressiste puissant émergera de nouveau pour jouer un rôle de premier plan dans la politique des Philippines. Le PCP et le NDF auront-ils une place centrale dans ce mouvement ? La réponse réside dans la volonté de ces organisations de reconnaître l'ampleur de leur crise actuelle et de prendre courageusement les mesures nécessaires pour se renouveler. Dès maintenant. *
Philippines Alternatives Septembre 1992
5) BISIG est une organisation socialiste militante indépendante.