des fondateurs du Parti socialiste des travailleurs des forces de gauche et dirige une nouvelle publication, Revoloutsia, qui tente de mettre en place un cadre de
Sergueï Klimovsky est un vieux militant de la gauche ukrainienne ; il est l'un travail commun pour toute la gauche révolutionnaire.
INPRECOR : Quel est le principal objectif des réformes économiques mises en œuvre par Kravtchouk et son gouvernement?
Sergueï KLIMOVSKY : A mon avis, il n'y a pas de différence de nature entre les réformes en Russie et celles réalisées en Ukraine. Pourtant, Kravtchouk ne va pas aussi vite qu'Eltsine, et il rencontre apparemment moins de résistance de la part de son opposition. On ne peut pas dire que la politique de Kravtchouk vise simplement la restauration du capitalisme ; c'est plutôt une tentative de maintenir les vieilles structures totalitaires dans les nouvelles conditions et de garder le contrôle des secteurs clefs de l'économie, tout en garantissant une certaine liberté aux entrepreneurs privés.
Jusqu'à présent, les privatisations ont été très lentes, bien que les choses changent. Mais il n'y a pas de capital "national" ukrainien qui pourrait participer à une privatisation massive des entreprises d'Etat. Kravtchouk compte sur un investissement occidental de grande ampleur, mais plutôt sous forme de crédits à l'Etat que pour les différentes entreprises. Il y aura sans doute des sociétés vendues au capital étranger, mais cela restera l'exception que ce soit du fait des besoins économiques aigus du pays ou à cause d'accords en coulisses entre les couches supérieures de la bureaucratie et les investisseurs de l'Ouest.
Comme en Pologne, des efforts sont faits pour prouver que les entreprises d'Etat sont incapables de faire face à la concurrence du secteur privé, et par là-même pour discréditer jusqu'au concept même de propriété d'Etat. Pourtant, les problèmes des entreprises d'Etat sont, dans une large mesure, le résultat de l'effondrement des liens économiques entre les républiques. Il est évident que l'intégration de l'Ukraine dans le marché capitaliste mondial passe par un changement structurel de son économie qui la relèguerait à une position secondaire.
• Comment se pose la question nationale en Ukraine, en lien avec de la réforme économique ?
Les réformes de marché de Gorbatchev, Eltsine et Kravtchouk ont été menées sous le drapeau d'un retour à l'ancien ordre, d'avant Octobre 1917 — tout en faisant référence aux expériences contemporaines de l'Ouest. Dans les réformes, il y a un certain retour aux "occidentalistes" du siècle dernier.
En Ukraine et dans les autres républiques non-russes, l'idéologie qui sous-tend la mise en œuvre des réformes se nourrit du nationalisme et de l'idée de renaissance nationale. La bureaucratie d'Etat et de l'ancien parti a, à quelques exceptions près, embrassé ces idées, et Kravtchouk est l'expression politique de cette couche.
Les élites qui basaient autrefois leur pouvoir sur des idées "communistes" utilisent maintenant l'histoire ukrainienne dans une version partiellement falsifiée afin de conserver leurs positions.
Le Roukh, qui, à l'origine, jouait le rôle d'un mouvement démocratique, a aula politique ukrainienne, bien qu'il reste la principale formation politique. On peut dire que le Roukh a suivi la trajectoire politique de Solidarnose en Pologne. Au départ, il y avait deux courants, l'un nationaliste et l'autre démocratique ; actuellement c'est le premier courant qui a pris le dessus.
Le Roukh, qui jusqu'au putsch d'août 1991, agissait en tant qu'opposition parlementaire s'est réaligné, sur Kravtchouk, ce dernier réussissant à transformer ce mouvement nationaliste en parti présidentiel.
• En quoi la faiblesse des mouvements populaires influe-t-elle sur la possibilité de construire une alternative socialiste indépendante de l'ancien appareil et des divers groupes anciennement communistes qui représentent aujourd'hui les principales formations de "gauche" ?
Dans la situation actuelle des développements politiques rapides sont peu probables. On assistera plutôt à des conflits de longue haleine entre républiques et en leur sein, entre les différentes tendances politiques représentant la bureaucratie et la bourgeoisie naissante. La détérioration de la situation économique engendrera inévitablement les conditions objectives pour des explosions sociales, mais, l'appareil d'Etat a une grande expérience pour désamorcer de telles explosions.
Pourtant, à mesure que l'idée de construire le capitalisme dans l'ancienne URSS se discrédite (et qu'elle dépend de la vitesse du processus de privatisation), d'une part, un mythe sur l'"âge d'or" de l'URSS va probablement se développer, tandis que, de l'autre, la recherche d'une alternative de gauche va recevoir une nouvelle impulsion.
Nous assisterons prochainement à des protestations de travailleurs, plus ou moins spontanées, mais dans la situation présente elles ne vont pas influencer de façon décisive la restructuration de la société. Ce qu'il faut faire c'est organiser ces explosions et faire en sorte que le peuple en soit l'acteur principal. Cela suppose une organisation d'un type nouveau, qui puisse unifier ces forces et utiliser leur potentiel.
• Y a-t-il une possibilité de collaboration entre les petits groupes d'extrême gauche et, par exemple, des secteurs du Parti socialiste d'Ukraine (PSU), le principal successeur de l'ancien Parti communiste ?
Le PSU s'occupe en priorité de rétablir les liens avec le Parti communiste interdit et de s'assurer des bases économiques et organisationnelles. C'est sa première démarche dans le cadre de la préparation des prochaines élections parlementaires. Après une période où des forces ouvertement nationalistes — ou du moins qui utilisent une phraséologie nationaliste — ont contrôlé le pouvoir, avec le PSU comme principal parti d'opposition, il est possible que ce dernier fasse un bon score lors des prochaines élections et même qu'il les remporte (1).
Pourtant, cela ne signifierait pas un changement qualitatif de la situation. Cela signifierait plutôt l'abandon d'une expression des plus extrêmes de l'idéologie nationaliste et la poursuite des réformes de Kravtchouk avec un "visage plus humain". *
Kiev, 9 décembre 1992 Propos recueillis par Poul Funder Larsen 1) Cette interview a été réalisée avant la récente victoire de l'ancien Parti communiste de Lituanie dirigé par Brazauskas — un développement qui ressemble beaucoup au scénario décrit par Klimovsky. Voir Inprecor n° 364 du 4 décembre 1992.