Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOSNIE

Contre le dépeçage

· Inprecor n° 366, février 1993 · p. 14-17 · 3 643 mots

Ex-Yougoslavie Europe de l'Est

Face aux drames en cours en Bosnie-Herzégovine, il est nécessaire d'éclairer les lignes de force à l'œuvre en Bosnie-Herzégovine, ce qui permet d'avoir un fil conducteur pour l'ensemble de l'ex-Yougoslavie. Le sort de la Bosnie-Herzégovine se joue à Zagreb et à Belgrade. En effet, une Bosnie-Herzégovine multi-ethnique, où n'existe aucune majorité, où "tout est mélangé", ne peut vivre seule dans un contexte plus large où les conflits se perpétuent. Catherine SAMARY

La Bosnie-Herzégovine est menacée de dépeçage par un accord entre les pouvoirs nationalistes de Zagreb et Belgrade. Réciproquement, la nature des régimes de Croatie et de Serbie se joue aussi en Bosnie-Herzégovine.

Si on accepte une Bosnie-Herzégovine multi-ethnique, multi-culturelle, on scelle des garanties réciproques pour tenter de surmonter une logique de haine alimentée par des peurs bien réelles, nourries par le passé mais manipulées et exploitées par les pouvoirs nationalistes. L'existence même d'une Bosnie-Herzégovine exige la garantie de droits de citoyens et citoyennes et de droits pour les communautés. Si ces droits sont reconnus, cela aura des répercussions en Croatie et en Serbie. Car ils peuvent être utilisés pour contrecarrer les logiques grand-serbes et grand-croate — pour ne pas dire ici de purification ethnique — en Serbie comme en Croatie.

En bref, l'enjeu est de savoir si la défense des droits nationaux des diverses communautés de l'ex-Yougoslavie passe par la formation d'Etats-nations (ethniques) ou si une nouvelle union d'Etats souverains multi-ethniques et multi-culturels est nécessaire. L'ancienne Yougoslavie n'est plus. Son nom, repris par la Fédé-

BOSNIE

Non au dépeçage

EUROPE

"NETTOYAGE ETHNIQUE ". QUI - OU

CELA SONNE FAMILIER L'AVONS NOUS

A MON OREILLE DEJA

ENTENDU?

BOSNIE ration serbo-monténégrine se trouve disqualifié et insatisfaisant par rapport aux communautés non-slaves comme les Albanais. Tous les Etats issus de l'éclatement (y compris la Macédoine) doivent être reconnus. Mais ils recouvrent des peuples éclatés. Une confédération balkanique incluant au moins Serbie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine et Albanie (Bulgarie et Grèce ?) est la seule alternative à la « Grande Serbie », à la « Grande Croatie », à la « Grande Albanie » qui ne se construiraient que dans une guerre sans fin.

Le saucissonnage de Genève

Les propositions issues actuellement de la conférence de Genève sont ambiguës. Il y a le problème du texte, et il y a ce qui se passe sur le terrain. On est obligé de juger ces accords en fonction des deux, d'autant plus que la représentation internationale — par l'intermédiaire du britannique Owen et de l'américain Vance — négocie avec ceux qui ont pratiquement découpé le territoire de la Bosnie-Herzégovine, avant un découpage cartographique. L'application d'un tel accord est

ARRE TONS D'Y PENSER

JE N'ARRIVE ÇA REVIENDRA

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PEUT - E TRE

REMETTRE plus que problématique. L'interview de F. Tujman, président de Croatie (1), montre bien l'interprétation qu'il a du projet d'accord : « Je ne considère pas la Bosnie comme une nation (...). Ce plan prévoit que la Bosnie demeure (sic) un Etat confédéral, formé de trois nations constitutives. Si la Yougoslavie n'a pas pu se maintenir en tant que fédération, comment penser que la Bosnie puisse se maintenir sur cette même base...». Tujman en revient tout à fait à l'idée de la "cantonalisation" en trois entités ethniques (le mot "nation" chez lui, comme chez Karadzic ou le pouvoir serbe, reflète la volonté de découper dans la Bosnie des Républiques avec droit de séparation). Les représentants croates sont satisfaits du projet, car il recoupe l'Herceg-Bosna qui est accolé à la Croatie. La concentration croate dans l'Herzégovine occidentale ne signifie pas pour autant un territoire homogène : il y a eu des conflits croissants avec les Musulmans, parfois des massacres. Cela s'est accompagné d'une purge dans le HDZ, parti de Tujman, en Bosnie, l'aile d'extrême droite paramilitaire évinçant les dirigeants les plus "bosniaques" comme Stjepan Krujic, qui également été écarté de la présidence collégiale. Les Croates du Parti du droit (ousta-

1) Le Figaro, 18 janvier 1992.

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chis) et leurs milices, qui voulaient une Bosnie-Herzégovine intégrale reliée à la Croatie, ont été mis au pas et absorbés, parce que Tujman a fait le choix d'un "profil modéré" et d'un partage de la Bosnie-Herzégovine avec Cosic et Milosevic.

Côté serbe, il y a une plus grande dispersion de la diaspora, y compris loin des frontières serbes ; d'où la politique de corridor "de survie" et le mécontentement vis-à-vis des propositions de provinces non reliées entre elles, faites à Genève.

Le texte proposé reste interprèté comme cantonalisation en trois entités. Par contre, l'idée de provinces multi-ethniques, d'une décentralisation des pouvoirs vers les localités, d'une présidence collégiale (avec représentants des trois communautés et droit de veto) est positive. Elle est d'ailleurs reprise de projets élaborés par Zravko Grebo, un intellectuel populaire à Sarajevo. Mais les trois communautés nationales (ou ethniques) n'avaient pas, dans son approche, des droits "territorialisés". Mais aujourd'hui, l'essentiel se juge aux rapports de forces,

L'hypocrisie grand-serbe

Le projet de "Grande Serbie" est défendu de la façon la plus "cohérente" par Seselj (2). Elle est aussi la "raison d'être" de Karadzic et des chefs extrémistes des Républiques autonomes serbes auto-proclamées en Croatie et en Bosnie-Herzégovine (demain en Macédoine ?). Elle est appuyée par des forces para-militaires et des mercenaires d'extrême-droite, avec une certaine popularité dans la diaspora serbe des régions les plus pauvres et paysannes.

Les responsabilités des pouvoirs de Belgrade et de l'armée (ex-yougoslave devenue serbe) sont évidentes, mais hypocrites : la Serbie n'a jamais été en guerre contre la Croatie ou la Bosnie-Herzégovine. L'intervention de l'armée ne s'est jamais faite contre le droit à l'autodétermination des Croates ou des Musulmans, mais pour ce qui est présenté comme le droit à l'autodétermination des Serbes : « Si les autres ne veulent plus de la Yougoslavie et se séparent, nous on se sépare également d'eux pour rester ensemble et former notre Etat, parce qu'on ne veut pas se retrouver minorité dans un Etat hostile ». C'était en gros la substance du Memorandum de l'Académie des Sciences serbe en 1986, qui a inspiré le programme de Milosevic (en y incluant le projet de réaffirmation de la souveraineté serbe sur la République au détriment des droits acquis par les provinces). On peut établir une filiation directe entre ce Memorandum et la "Grande Serbie" qui se découpe au couteau sur le

Le président Cosic (le réel inspirateur du Memorandum) a écrit qu'il était contre une "Grande Serbie" et pour la reconnaissance de l'identité et des droits des autres communautés (3). Son semi-soutien à Panic, de même que l'attitude de Milosevic à Genève, peuvent être interprètes comme de la poudre aux yeux pour gagner du temps et comme une "division du travail", mais il peut aussi s'agir de différenciations au sein d'une alliance conflictuelle nouée avec l'extrême-droite nationaliste. Il faut juger sur les actes : s'il y a dissociation vis-à-vis du projet de Grande Serbie et des seigneurs de guerre qui pratiquent la purification ethnique, il doit y avoir un arrêt de toute aide logistique envers l'armée serbe de Bosnie, conflit ouvert avec les groupes d'extrême droite et interdiction des formations paramilitaires. Milosevic et Cosic ont joué aux apprentis sorciers. Ils risquent d'être devenus les otages de l'extrême-droite qui s'est renforcée sous leur couverture.

La population serbe de Bosnie, si elle a voté en faveur d'un Karadzic, n'a pas entériné dans sa majorité un projet de "Grande Serbie". C'est une interprétation abusive. En fait, elle a voté contre le processus d'éclatement qui lui faisait peur. Dès lors, pour enlever toute légitimité à un Karadzic et mettre en lumière l'abus qu'il y a à utiliser des idées telles que l'autodétermination des Serbes en Bosnie, le contenu d'un accord devrait répondre aux exigences de garanties pour l'ensemble des communautés et des citoyens.

"Musulmans" ou

"Bosniaques"

La presse en France parle surtout d'une agression serbe. Je crois qu'il est plus juste de souligner l'entente qui se noue sur le dos des Musulmans — et des populations mixtes des villes — entre pouvoirs serbe et croate. Le mot "musulman" demande à être commenté : la propagande nationaliste serbe et croate (4) vise à répandre l'idée d'un danger d'une république bosniaque fondamentaliste. Ils veulent faire passer le dépeçage de la Bosnie-Herzégovine négocié entre Milosevic et Tujman d'une part, et d'autre part entre Radovan Karadzic, seigneur de la guerre de la "République autonome serbe autoproclamée de Bosnie" et Mate Boban, son compère "ennemi" , chef de l Herceg-Bosna où flotte le drapeau croate, chacun doté de leur milice et de leur grand arrière.

Les pouvoirs croates ont été les plus hypocrites : négociant en coulisse avec les nationalistes serbes et reconnaissant formellement la Bosnie-Herzégovine, voire proclamant un accord militaire avec A. Izetbegovic. A Sarajevo, les musulmans disent aujourd"hui : « Dieu nous garde de la protection de la FORPRONU et du HVO (croate) ». Ils dénoncent en privé — pas ouvertement encore, par peur des représailles sur leurs réfugiés en Croatie — les « deux démons qui dévorent l'un nôtre âme, l'autre nôtre corps »

Cela dit, ce qu'on recense comme Musulmans (5) recouvre une communauté slave, islamisée dans le passé lointain, majoritairement athée et laïque : les Croates oustachis les assimilaient à des Croates ; les Serbes nationalistes leur nient également toute réalité "nationale". Beaucoup de ces Musulmans (urbanisés et souvent de mariages mixtes) regrettent cette appellation et lui préfèrent celle de Bosniaque qui renvoie aussi à l'histoire longue de la Bosnie (dont l'Etat médiéval était doté d'une Eglise "hérétique" , ni catholique, ni orthodoxe). Les Serbes et les Croates qui vivent dans les villes bosniaques se disent eux aussi, sans doute à la différence des paysans, bosniaques.

L'armée bosniaque dans les villes, à Sarajevo et dans la région industrielle de Tuzla par exemple, reflète elle aussi cette réalité. Les victimes sont donc les Musulmans et les populations mixtes des villes, les deux étant en liaison car, pour des raisons historiques, les Musulmans se retrouvent principalement dans les villes. et bien qu'ils aient une majorité relative de 40 % de la population en Bosnie-Herzégovine, comme les villages sont relativement les plus homogènes et dominés par les forces d'extrême droite croates et serbes, la domination territoriale est en faveur de ces dernières. Ceci dit, dans les actions de "nettoyage", de nombreux villages ont été rasés et dans les "zones serbes" les Serbes qui résistent sont souvent les premières victimes du terrorisme des milices fascistes.

Terrorisme systématique

On n'assiste pas simplement à un conflit militaire, mais à une politique terroriste impliquant massacres, viols, tortures.

Cette politique terroriste vise à séparer ce qui était imbriqué dans cette Bosnie-

2) Dirigeant du Parti radical serbe qui a obtenu 30 % aux demières élections.

3) La Yougoslavie et la question serbe, ed. L'Age d'Homme, 1992.

4) Le Figaro, 18 janvier 1992.

5) Avec majuscule pour distinguer de "musulman" qui désigne l'appartenance religieuse.

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Herzégovine, sur le plan territorial, comme sur celui des familles ou des réseaux d'amitié. Lorsque l'on veut faire une Serbie ou une Croatie qui nie cette imbrication, il faut faire peur, faire fuir les gens par une combinaison de massacres, d'agressions et de terrorismes divers. La discussion sur une intervention militaire est ouverte. Tout d'abord, on fait face à des processus de fascisation qui ne se limitent pas à la Serbie ou aux forces serbes en Bosnie : ils se développent aussi dans le camp croate. En face, ne se lèvent pas un mouvement de gauche, des organisations se revendiquant d'un mouvement ouvrier que l'on pourrait qualifier de partisans, pour faire analogie avec la seconde guerre mondiale, et qui pourraient avoir un soutien - toujours pour rester dans l'analogie — de brigades internationales. Mais nous ne sommes plus dans une situation comparable à l'Espagne ou à la seconde guerre mondiale.

Quelle intervention ?

Dès que l'on parle d'intervention, deux questions se posent : pour quoi faire et par qui ? On ne peut pas restersur une position strictement pacifiste et renvoyer tout le monde dos à dos. De plus, il y a des développements graves de la politique de "Grande Serbie" qu'il faut bloquer. Car cela peut éclater avec une violence redoublée demain au Kosovo et rebondir ailleurs, en Macédoine. Mais derrière le terme "d'intervention extérieure", il y a plusieurs réalités. Une intervention extérieure existe déjà par la présence des troupes de l'ONU. Ces dernières sont accueillies souvent avec beaucoup de critiques en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Pour de mauvaises raisons, parce que certains sur le terrain ne veulent "résoudre" les questions de nationalités et de territoires que par la force, que ce soit en Croatie ou en Bosnie-Herzégovine. Pour de bonnes raisons, car si l'ONU est présente après que le processus de purification ethnique soit accompli, elle entérine la situation. La neutralité dans ce cas-là couvre une inégalité de rapports de forces militaires en faveur des Serbes. Ce qui est aussi inacceptable.

Simultanément, les forces de l'ONU, qui protègent les convois humanitaires, permettent aux gens de Sarajevo de manger. Les Bosniaques revendiquent que d'autres couloirs humanitaires soient mis en place en Bosnie-Herzégovine, entre autres à l'est où beaucoup de réfugiés risquent de mourir de faim et de froid. Cela doit être pris en compte pour se faire une opinion sur la présence des forces de l'ONU. Il faut être contre une intervention impérialiste qui échapperait à une logique de règlement politique des conflits par les intéressés et, si elle avait pour cible le pouvoir serbe, ne ferait que renforcer le natio-

Une aide militaire et logistique, une intervention extérieure limitée, contre l'artillerie lourde qui entoure Sarajevo ou d'autres villes ferait courir le risque d'un engrenage militaire et de la mise en place d'une politique ne correspondant pas aux intérêts des populations concernées mais à ceux des Etats-Unis ou de l'Europe des

Il faut prendre la question militaire à partir du fil conducteur politique suivant : pour une Bosnie-Herzégovine multi-ethnique, contre son dépeçage.

BOSNIE La résistance bosniaque qui se bat dans les villes, formée en grande partie de ces populations mixtes, des musulmans, doit recevoir un soutien. Elle est encore une réalité mais elle risque de dépérir si elle n'est pas soutenue et avec elle risque de disparaître la possibilité d'une Bosnie-Herzégovine multi-ethnique et culturelle. Dans l'armée bosniaque, cette résistance trouve sa concrétisation.

Il y a des courants politiques différents au sein de la population bosniaque. Tout le monde espérait une intervention extérieure, mais avec des logiques différentes. Aujourd'hui on entend dans les milieux gouvernementaux un appel à une intervention américaine contre Milosevic. A gauche, on demanderait plutôt une aide logistique limitée (des armes, aider à désenclaver les villes), surtout pas d'armées étrangères sur le territoire (et l'on espère que viendra vite le moment où l'ONU partira, même si on ne dit pas qu'elle doit partir tout de suite). Les tensions et l'aigreur envers l'ONU sont importants. Outre les remarques fréquentes sur le trafic qui règne notamment dans un Sarajevo assiégé où tout manque, il y a à la fois les problèmes dit humanitaires et la défense - les deux étant souvent liés : « Si on avait suffisamment d'armes, on n'aurait pas besoin de convois » dit-on dans les milieux proches de la défense bosniaque.

La résistance multi-ethnique à Tuzla

On y insiste beaucoup sur l'affaire de Tuzla, cette ville industrielle où les partis nationalistes ont été minoritaires et dont la composition ethnique est similaire à la moyenne nationale (6). La résistance bosniaque "mixte" s'y est organisée avec l'appui de la municipalité (et les armes de la Défense territoriale qui avaient été gardées). La ville rayonne sur une région ouvrière d'un million d'habitants. L'armée est dirigée par un officier croate très "bosniaque"

qui refuse le drapeau du HVO croate. Elle contrôle l'aéroport qui dispose d'une double piste et de bonnes conditions • • d'accès. Il est possible d'établir à partir de Tuzla un couloir humanitaire qui aiderait les villes assiégées de la région. L'ONU refuse : elle n'aurait pas l'accord des forces extrêmistes serbes...

Il est important d'aller à Tuzla, de la jumeler avec des villes ouvrières, d'insister sur la nécessité d'ouvrir l'aéroport pour l'aide humanitaire.Il faut donc formuler une demande d'aide militaire à cette force multi-ethnique bosniaque dans la perspective politique mentionnée.

La revendication de levée de l'embargo sur la Bosnie-Herzégovine formulée de façon générale est dangereuse, car les armes ont des chances de tomber entre les mains des groupes paramilitaires croates de Bosnie qui revendiquent l'alliance militaire avec le pouvoir bosniaque tout en trahissant la cause bosniaque. Des armes à destination des bosniaques sont actuellement bloquées à Split. La levée de l'embargo doit être subordonnée à une

6) 45 % de Musulmans, 33 % de serbes et 20 % de Croates.

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aide ciblée vers la résistance bosniaque, vers l'armée bosniaque, pour libérer les villes mixtes.

Quant aux camps, il faut exiger la transparence sur leur existence, leur ouverture, la libération des prisonniers et la mise en place de tribunaux pour juger les crimes de guerre et les viols. Il ne faut pas que les criminels pensent pouvoir continuer à agir en toute impunité. Les exactions des milices, où des forces fascistes, des criminels psychopathes disposent d'un rôle important, devraient clairement tomber sous le coups de ces tribunaux. Ceci permettrait d'ailleurs de contraindre le gouvernement de Belgrade ou de Zagreb de se dissocier de ces actions, ce qui, même si leurs déclarations étaient d'ordre diplomatique, faciliterait la dénonciation visant à mettre fin à ces crimes. Une option politique appuyée par les ONG, par des missions officielles peut aboutir à concrétiser ces objectifs.

Stopper les criminels de guerre

Les analogies faites par certains entre Hitler et Milosevic sont fausses et contre-productives. La force de la condamnation des crimes et des viols sera d'autant plus grande qu'elle portera sur le fait lui-même et non pas sur des "quantités" invoquées qui, le jour où elles se voient démenties, sont utilisées pour réduire la gravité des exactions ; celles-ci doivent être dénoncées dans tous les camps, même si une dissymétrie existe entre les Serbes et les Croates.

On est gênés par la nécessité de dénoncer ce qu'est la réalité actuelle de l'ONU et des forces qui la contrôlent, et la nécessité d'une force d'intervention qui ne soit pas l'instrument des Etats. Il y a un débat à mener et des formulations "transitoires" à trouver relayant les exigences des pays du tiers-monde envers l'ONU, contre son Conseil de Sécurité, pour une transparence et un contrôle de ses mandats sur des questions concrètes.

Il y a beaucoup à faire sur les questions du militaire et du politique (l'aide à la défense bosniaque, les pressions sur la question des camps et du Tribunal international contre les crimes de guerre et crimes contre l'humanité (dont le viol), etc. On ne pourra rien faire sans se lier aux gens et organisations dans les Républiques. Un objectif de tout collectif doit être de faire de tels voyages, en liant politique et humanitaire : je suis allée à Sarajevo pour le nouvel an avec un groupe de 15 Français. C'était organisé par le collectif de Montpellier de l'Assemblée européenne des

Ristorante News

Serbie citoyens (AEC). Nous avions plusieurs objectifs - outre le fait d'être tout simplement avec "eux" pour ce réveillon dans une ville où tout manque, parce qu'elle est assiégée, mais où les étrangers peuvent rentrer pour apporter de l'aide ; il s'agissait aussi, en liaison avec le Centre de Paix, d'établir un bureau permanent équipé pour faciliter les liens et voyages d'organisations contre la guerre (7). Des rencontres et des débats ont eu lieu avec les représentants des Eglises, les journalistes de la presse et des radios indépendantes, les responsables politiques, ceux de la municipalité, les services scolaires et hospitaliers, les artistes, les services s'occupant des réfugiés, etc. Chacun, selon sa profession peut imaginer une aide à court et à long terme. Pour les réfugiés, il faut à la fois demander l'élargissement de l'accueil dans nos pays et le faire, sans exclusive, et sans opération superficielle ou médiatique, en comprenant les traumatismes de cette guerre, en aidant au regroupement des familles et amis, en aidant au retour. Mme Omersoftic (8) insiste sur leur volonté prioritaire de rétablir le contact (et le recensement) de tous leurs concitoyens pour aider au dialogue et inciter au retour. Il y a une inquiétude sur la situation des réfugiés en Croatie (peur qu'il y ait des pressions religieuses aussi bien islamistes que catholiques ; peur qu'il y ait incitation à émigrer plutôt qu'à retourner en Bosnie, histoire de modifier la composition ethnique du pays ; peur de la fuite des cerveaux vers l'occident).

Le mouvement antiguerre en Serbie

J'insiste aussi sur les liens avec les

Wald Order

Restaurant "Au nouvel ordre mondial" mouvements civiques en Serbie, l'aide à la presse indépendante là-bas, les organisations qui s'occupent des réfugiés, des organisations de femmes. Pour limiter les opérations d'intox nationalistes, il est important de multiplier les sources d'informations et les liens dans toutes les nationalités. Je signale notamment en liaison avec le mouvement anti-guerre en Serbie, un nouveau groupe de travail mis en place à Belgrade avec lequel il faut se lier : The Humanitarian Law Fund (9), qui se fixe pour objectif de recenser les crimes et les violations des droits des citoyens et des minorités dans la guerre sur le territoire de l'ex-Yougoslavie. Il travaille à partir d'une analyse de la presse (Belgrade et Zagreb) et des témoignages.

Les jeunes ont eux aussi un travail spécifique à faire en direction du mouvement étudiant de Belgrade qui s'est mobilisé pour la candidature de Panic, dans l'esprit d'une candidature contre la guerre, contre la Grande Serbie. *

Le 17 janvier 1993

7) AEC Montpellier. Tel : 67 60 84 05. AEC Paris. Tel : 43 79 09 23. Fax : 43 79 32 02.

8 Responsable aux réfugiés auprès du gouvernement bosniaque.

9) Fonds pour le droit humanitaire, présidé par Natacha Kandic. 11 000. Beograd, Terazije 6/III

Tel : (3811) 658 430, Fax : (38 11) 646 341.

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