La nuit du 17 décembre 1992, le gouvernement Rabin déportait au Sud-Liban 417 Palestiniens accusés d'appartenir au mouvement Hamas, acronyme en arabe de Mouvement de la Résistance Islamique.
Croyant exécuter un coup de maître, Rabin a comblé d'aise ses prédécesseurs du Likoud au gouvernement, mais il s'est placé dans une situation extrêmement embarrassante, entreprenant une action dont la seule cohérence possible aurait été précisément l'option que le Likoud lui-même a toujours chérie sans jamais oser l'appliquer jusqu'au bout. C'est l'option d'une annexion des territoires occupés en 1967 passant par l'expulsion d'une majeure partie de leur population, dans le cadre d'un va-tout joué contre le reste de la "communauté internationale", y
Cette option n'est pas celle de Rabin et de son parti, partisans de la "solution négociée", débouchant sur un bantoustan palestinien avec la bénédiction des Etats-Unis et de leurs protégés arabes. Et c'est pourquoi lopération Rabin s'est avérée être une énorme bévue politique.
En outre, elle fait tout autant boomerang en ce qui concerne son objectif déclaré : l'affaiblissement et l'isolement de la mouvance intégriste palestinienne. Placé au premier plan de l'actualité par la bêtise de Rabin, Hamas se retrouve plus que jamais en position de revendiquer pour lui-même la légitimité de la lutte nationale palestinienne et de forcer l'OLP, à se solidariser avec lui.
C'est à ce mouvement intégriste palestinien qui a aujourd'hui le vent en poupe que le dossier qui suit est consacré. Par pure coincidence et à notre grande satisfaction, les trois voix de ce dossier sont féminines - un pied de nez, en quelque sorte, à tous les intégrismes religieux qui, même lorsqu'ils sont opprimes, restent oppresseurs envers les femmes.
Léa Tsemel, que nous avons interviewée, est avocate de la cause des Palestiniens opprimés par sa propre nation. Elle fait preuve depuis des années d'un courage exemplaire, le courage physique et moral d'une femme qui affronte avec opiniâtreté l'exaspération chauvine et sexiste que lui témoignent quotidiennement la société israélienne et son establishment politique et judiciaire.
Dalal Bizri est enseignante à l'Université libanaise, sociologue de formation, féministe de conviction et spécialiste de l'intégrisme islamique au sujet duquel elle a publié quantité d'articles de revues et de contributions. Nous avons supprimé une partie des références, par souci d'allègement. L'original, qui porte sur l'ensemble de la mouvance intégriste palestinienne, sera publié dans son intégralité dans le prochain numéro de la revue Al-Mitraga.
Manar Hassan est militante féministe palestinienne dans l'Etat d'Israël, fondatrice du mouvement Al-Fanar (voir document et interview dans Inprecor, n° 338 du 11 octobre 1992). Sa contribution est le texte d'une communication faite, en anglais, à une conférence féministe à Bologne (Italie), en septembre dernier. Nous en publions ici de larges extraits. — Salah JABER