Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Pour une alternative économique

Inprecor n° 368, avril 1993 · p. 28-32 · 4 221 mots

Nicaragua

Ce document, dont nous présentons une version abrégée pour des raisons de place, a été élaboré par un groupe de camarades sandinistes et présenté à l'Assemblée sandiniste qui s'est tenue fin mars; il constitue une contribution à la discussion que le Front Sandiniste de libération nationale (FSLN) mène sur ce sujet. DOCUMENT

La transition entre le projet politique et socio-économique impulsé par la révolution et un autre projet de nature sociale opposée, a incontestablement commencé depuis la défaite électorale de février 1990.

Le gouvernement issu de ces élections met en œuvre une restructuration globale de la société dans un sens régressif. Cette transition a été conflictuelle, en dépit des efforts consentis pour stabiliser rapidement le nouveau régime.

Cette restructuration sociale, qui se traduit par l'adoption d'un modèle économique restrictif et exclusif, s'est donc heurtée à la résistance des forces motrices de la révolution, et à la saturation sociale provoquée par les résultats du modèle. La révolution a représenté un changement historique important. Elle a conféré un poids décisif aux travailleurs et aux petits et moyens producteurs dans la vie sociale, économique et politique. Ce nouveau modèle a heurté de plein fouet le cadre social qui s'était forgé dans la décennie révolutionnaire. En réduisant rapidement les espaces d'insertion de la grande majorité, il a dû affronter une résistance sociale de masse.

Il est fort douteux que ce modèle s'avère viable politiquement et socialement, ce qui s'explique si nous tenons compte du changement fondamental dans le rapport de force sociales du pays induit par la révolution. La réforme agraire de la période sandiniste, ainsi que celle qui a été impulsée d'en-bas par les milliers de démobilisés de la contra et de l'armée, équivalente à la précédente de par son

NICARAGUA ampleur, ont mis sur pied des formes de propriété de la terre et une structure sociale démocratique, qui ont confèré un poids décisif absolu à la petite et moyenne production à la campagne. Tous les autres secteurs ont appris à s'organiser au niveau social et politique et à lutter pour leurs intérêts propres. La lutte des travailleurs a empêché les somozistes de récupérer les entreprises et a permis l'accession à la propriété d'un important secteur d'entreprises qui avaient été privatisées.

Contre l'exclusion

Dans ce contexte, l'exclusion des secteurs majoritaires ne pourra qu'engendrer instabilité sociale et ingouvernabilité, et ne permettra pas d'asseoir les bases d'un effort productif de longue haleine.

Ce modèle peu viable est à l'origine d'une grave crise nationale, qui entraîne des processus de décomposition et de désintégration sociale.

Cette crise correspond à l'ampleur de la récession et de la déstructuration à laquelle ce modèle a soumis des secteurs étendus de l'appareil productif, particulièrement ceux où sont insérés les secteurs majoritaires de la société. Ce processus entraîne d'importants changements structurels, mais sa stratégie en matière de production s'avère négative. Au bout de trois ans, la production n'a toujours pas été redressée, les masses coupées du marché n'ont aucune possibilité d'insertion, et, plus largement, les financement étrangers tendent à se tarir.

Cette transition instable et conflictuelle n'obéit pas à un schéma préétabli. La bourgeoisie a marqué des points dans cette restructuration, mais elle n'est pas parvenue à occuper tous les espaces. Les forces populaires, quoiqu'affaiblies, pèsent encore de façon décisive. Pourtant, jusqu'à maintenant elles n'ont pas pu coordonner leur luttes et leurs propositions, et encore moins s'ériger en pôle alternatif face à ce modèle. Il subsiste une interrogation sur l'issue de la transition car aucune force n'est capable de proposer un débouché. Différentes issues sont possibles :

Des alliances subordonnant totalement les secteurs populaires au projet de restructuration de la bourgeoisie, combinées à la cooptation et une répression sélective, éventualité qui perpétuerait l'instabilité sociale

Mais on peut envisager aussi une recomposition d'intérêts et d'alliances qui offrent un débouché, dans une perspective d'insertion économique et politique des secteurs majoritaires.

Autant dire que le combat sandiniste n'est pas achevé. Il faut relever le défi de conduire la lutte de notre peuple dans de nouvelles conditions. La tâche fondamentale consiste à remettre sur pied la force sociale et les alliances offrant un débouché aux secteurs majoritaires. Il ne suffit pas de dénoncer le modèle gouvernemental. En partant de la nécessité stratégique de regrouper des forces sociales et politiques, il faut proposer une stratégie de production orientée différemment au plan économique ; celle-ci devra relancer la production, consolider et développer la production agricole, la petite et moyenne production à la campagne et à la ville, et les différentes formes de propriété en vigueur dans

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les secteurs populaires. Il faut réhabiliter leur production et procéder à des réformes qui les rendent compétitifs sur les marchés locaux et étrangers.

Si la période actuelle est celle de la démocratie conventionnelle et du marché, on peut au moins étendre la démocratie et réguler le marché, de façon à empêcher l'exclusion massive et structurelle des secteurs populaires. On ne peut capituler face à ce cadre restrictif, marginalisateur et exclusif, ni le sacraliser. Le marché n'est qu'une forme d'organisation des relations sociales de production, de circulation et de distribution sociale entre les hommes et les classes. Il est régulé et fonctionne d'une façon spécifique, dépendante de sa configuration concrète et du cadre social, politique et institutionnel de chaque pays. Nous devons faire des propositions assez larges pour inclure le maximum de secteurs. Cela suppose de redéfinir la concertation, pour déterminer démocratiquement la stratégie de développement national, d'institutionnaliser la participation des secteurs économiques et sociaux à l'élaboration de la voie à suivre.

Les objectifs de base

La récession qui frappe l'économie nicaraguayenne, et le flou qui entoure la propriété des moyens de production de base conduisent, en dépit de la relative stabilité sur le front des prix, à une érosion continue et croissante de la base matérielle de la société, à une décomposition permanente et une désagrégation de son tissu social. Face à la désintégration chaotique de l'économie et de la société, nous devons proposer une stratégie nationale, permettant de dépasser cette situation.

Nos propositions cherchent à changer le cours de la politique actuelle, à contenir la crise et offrir une base socio-économique plus large (démocratisation) au modèle de développement :

1) en freinant, par un processus sélectif de relance et de redressement, la décomposition de l'économie et en fournissant une base de soutien matériel minimale à la société.

2) en créant de façon graduelle et sélective les conditions qui éventuellement, une fois accompli le redressement, permettront d'emprunter une voie de développement équitable socialement et sain.

3) en insistant sur la création d'emplois en tant qu'élément clé permettant une insertion productive de la population dans la société, et lui ouvrant la possibilité, par l'accès aux services sociaux, de satisfaire ses besoins minimaux.

4) Tout cela suppose de consolider et de développer le potentiel productif de ces secteurs, tel que celui des petits et moyens producteurs, pour le marché interne ou l'exportation, qui sont, de par leur poids objectif dans l'économie, le plus à même de permettre une mie, créer des emplois et relancer graduellement la croissance, impliquent de cibler les potentiels de production essentiels pour la société, tant dans le cadre de la production destinée à * l'exportation que de celle destinée au marché local. Cette démarche vaut aussi pour le potentiel agricole.

Le tissu productif sera exploré dans deux sens de façon à déterminer les produits spécifiques dont la production peut être augmentée en accord avec les critères mentionnés plus haut, et les acteurs économiques (petits et moyens producteurs, la surface possédée par les travailleurs, le capital local, le capital étranger, etc) qui ont les capacités et la volonté de développer leurs atouts. Cette façon d'aborder la stratégie productive permettra que les stimulants agissent sur les produits et les acteurs socio-économiques qui ont des possibilités de redressement évidentes.

• Dans la situation du Nicaragua, les petits et moyens producteurs — et leurs formes d'association — seront sûrement les principaux acteurs économiques. Une fois stabilisée la propriété de leurs moyens de production, ils seront les détenteurs des plus grandes capacités de production. C'est leur densité et leur poids objectif au sein de la matrice de production, et non une simple définition a priori, qui en fait les acteurs principaux de notre stratégie. il ne d'agit pas pour autant d'exclure les autres acteurs économiques pouvant contribuer au redressement, et éventuellement à la croissance. La stratégie de production

La relance sélective de la production, visera à réaliser les accords de la première phase de la Concertation qui mentionnent qu' « un des objectifs centraux du Programme économique sera la relance de la production dans les secteurs priorisés. Le gouvernement doit trouver les fonds nécessaires à la reprise » (1).

- Résolution définitive du problème de la propriété

Il faut avant tout régler définitivement la question de la propriété afin de stabiliser et développer le potentiel productif des différents secteurs de propriété qui coexistent dans l'économie Le redressement de la production suppose la stabilisation de la propriété, comme pré condition à la sécurité nécessaire à l'appropriation des moyens de production indispensable pour mener plus avant le processus économique. L'absence de consolidation des formes de propriété empêche les relations commerciales et financières et crée une incertitude génératrice d'obstacles.

- Respect de toutes les formes de propriété

En termes de stratégie, nous souscrivons entièrement au principe sensé de la première phase de la Concertation : « On concèdera aux formes de propriété en vigueur au Nicaragua, en conformité avec la Constitution politique, les garanties nécessaires pour atteindre leur participation totale et entière à l'effort commun de croissance de la production, de reconstruction du pays, et de développement national et le progrès social ». Toutes les formes de propriété (privée, associative, mixte, publique) seront respectées.

Rôle actif, sélectif et concerté de l'intervention publique

L'intervention de l'Etat aura pour cadre une économie où les mécanismes de marché sont fondamentaux. Mais cette économie est largement détériorée, avec ses tendances renforcées à la concentration

1) Les accords de concertation ont été signés en octobre 1991, le gouvernement avait pu imposer des privatisations qui remettaient en cause des acquis importants de la révolution, notamment la nationalisation du système financier et du crédit et le monopole de l'Etat sur le commerce extérieur.

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des revenus et du patrimoine, avec une majorité écrasante des citoyens condamnés à vivre dans une misère intolérable, et elle ne propose que très peu d'espaces d'insertion sociale et productive, et encore strictement dans le cadre traditionnel du marché, avec des distorsions et des mécanismes institutionnels qui orientent les ressources essentielles vers les activités commerciales liée à l'importation de biens de consommation, plutôt que vers une recomposition de la production.

Il faut donc ajouter aux mécanismes du marché une intervention sélective et concertée de l'Etat, concomitante avec l'action organisée et l'initiative propre des secteurs sociaux et productifs, afin de coordonner des efforts de relance et de redressement, de créer des mécanismes institutionnels orientant les maigres ressources en fonction des priorités, protègeant provisoirement les secteurs dotés de fortes possibilités de développement productif effectifs à moyen terme, leur permettant de disposer de ces ressources, et des moyens qui leur permettront de consolider et de développer leurs potentialités d'accumulation.

Programme concerté pour le redressement de la production

L'appréciation des possibilités de relance part de l'estimation concrète des produits et des acteurs économiques.

Il faudra concentrer les efforts de relance sur des activités qui remplissent partiellement ou totalement les critères suivants : avoir la possibilité immédiate de redresser le niveau de production, peser de façon décisive dans la satisfaction de la demande locale ou étrangère, être à même de créer de l'épargne et des devises, de la valeur supplémentaire (emplois et recettes), ou directement, ou par leur effet d'entraînement sur d'autres secteurs (pressions de demande intersectorielles).

— Il faudra viser en premier lieu, la croissance de la production destinée à l'exportation, élément clé pour colmater une des brèches principales portant atteinte aux possibilités de répondre aux conditions minimales de reproduction sociale : l'important décalage entre les niveaux d'exportation actuels et les besoins de l'importation. Cela exigera d'établir de façon concertée avec les producteurs et les travailleurs de tous les secteurs de propriété, des programmes de production dans les secteurs qui travaillent pour l'exportation avec des capacités d'expansion immédiate et significative, particulièrement ceux qui remplissent les critères énoncés.

Malgré la crise des cultures traditionnelles exportées, le redressement de l'agriculture et de l'élevage destinés à l'exportation reposera essentiellement au début sur des exportations traditionnelles, et d'autres produits, en profitant des occasions existantes sans avoir besoin de faire de grands investissements.

Il faudra accorder une attention particulière aux biens et services qui leur sont périphériques et complémentaires. Cela implique d'élaborer des programmes concertés sur les surfaces, rendements, crédits et investissements dans ce domaine. Il s'agit d'avancer graduellement, une fois que la relance est acquise, vers une structure productive polyvalente et intégrée, les deux se soutenant mutuellement, afin de développer des avantages comparatifs dynamiques et nos exportations, sans relâcher l'attention portée au marché local.

Cette proposition de relance sélective combine de manière équilibrée les potentialités de croissance relevées sur le front des biens exportables, et celles qui sont liées au marché local. Le redressement sélectif de la production pour le marché local, permettra, en termes d'équilibre offre-demande, de répondre à la demande qui surgira de l'expansion initiale des emplois et des revenus, résultant à leur tour du redressement de la production exportable, comme celle dérivée d'autres éléments de la demande finale, de même que le programme d'investissements, et la relance des chaînes productives intersectorielles. Cela suppose d'établir de façon concertée avec les producteurs et les travailleurs de tous les secteurs de propriété, des programmes de production, également à moyen terme, dans les secteurs destinés au marché local dotés d'une capacité d'expansion immédiate et correspondant aux critères définis.

Cette stratégie (et pas seulement la politique agricole) vise l'auto-suffisance et la sécurité alimentaires. Elle aura une traduction au niveau des critères du redressement de la production liée au marché local. Le modèle pour lequel nous luttons ouvrira des espaces réels au développement de la production alimentaire dans le secteur extensif agricole. Il faut tabler sur la viabilité économique de la production agricole d'aliments et donc, impulser des programmes de production concertés qui visent :

— l'auto-suffisance alimentaire pour le pays, laquelle ne signifierait pas seulement la possibilité de substituer efficacement des importations d'aliments et éventuellement de créer des excédents exportables, mais aussi, comme partie prenante d'une conception qui priorise la consommation de base, créerait les conditions d'offre pour soutenir et éventuellement élever les niveaux d'alimentation populaire.

- l'augmentation des revenus de la paysannerie par le biais de son insertion dans la production, comme condition indispensable pour avancer vers une forme de distribution plus équitable du revenu et la démocratisation intégrale de l'économie.

- la création d'emplois productifs à la campagne, pour freiner l'exode rural.

En partant du redressement sélectif de la production pour le marché local, on mettra en œuvre une politique réduisant l'importation de biens de consommation et visant à la substitution de certains d'entre eux par la production locale. Compte tenu de la réduction sensible des importations de biens superflus, il faudra introduire deux éléments importants : les devises ainsi libérées pourraient permettre une augmentation des subsides destinées à promouvoir la relance de la production priorisée, l'infrastructure qui lui est liée et les services sociaux de base. Non seulement on libère des devises, mais on réoriente la demande vers l'intérieur, en démultipliant les possibilités d'atteindre un niveau plus élevé de redressement économique. Le rôle des investissements publics

Il est acquis que la demande induite par le redressement de la production destinée à l'exportation, sera insuffisante pour réactiver la production destinée au marché interne. Il est donc indispensable de compléter cet effort par un programme d'investissements publics. Ceux-ci peuvent entraîner une expansion significative de l'emploi et du marché local. Ce pro-

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gramme devra s'orienter, en priorité, vers le renforcement de l'infrastructure liée aux potentialités de croissance identifiées. Ce programme compte sur un financement extérieur adéquat. Sa principale difficulté provient des carences du système d'assurance des fonds locaux pour financer les coûts locaux des programmes.

Ceci exige d'abandonner au moins en partie la règle qui veut que, en plus de la composante importée, la composante des coûts locaux du programme d'investissements soit financée à 100 % par des ressources extérieures, ou sur la base d'une réduction du budget. Si on veut obtenir que le programme d'investissements devienne l'axe d'une modeste croissance du marché interne, passant par la relance de la demande et l'activité économique, cela serait contre-productif.

La possibilité d'une relance (sélective) de la production pour le marché local, implique de protéger ce dernier. Etant donnée la fragilité et la détérioration de la structure productive nicaraguayenne, dûe à dix ans de guerre et de blocus, et son caractère obsolète, l'ouverture aux importations se fera en douceur. Il faut donner des délais, les producteurs nationaux doivent pouvoir compter sur les ressources et un soutien pour rivaliser. Il ne s'agit pas de revenir pour autant à un protectionnisme frileux. Le niveau de production doit évoluer pour stimuler graduellement l'efficacité. Cette protection doit se doubler d'un processus d'apprentissage et d'assimilation technologique qui encourage le producteur national à augmenter sa compétitivité.

En particulier, on devra développer un programme de réhabilitation de la petite industrie, qui peut, moyennant des investissements comparativement moindres, créer plus d'emplois et de produits.

Pendant la période de redressement, cette protection garantira que l'augmentation de la demande globale se traduise par une relance réelle de la production domestique, en évitant que l'effet démultiplicateur de cette croissance ne filtre à l'étranger, par une augmentation des importations.

Le secteur industriel

A court terme, la dynamique industrielle proviendra de la relance de la production destinée à l'exportation, le programme d'investissements publics et les possibilités de substitution d'importations de produits industriels simples. Il faut s'attendre à une augmentation des créations d'emplois et des revenus et à la relance des chaînes inter-sectorielles et inter-industrielles.

LA

A court et moyen terme, les perspectives de développement industriel tablent sur une statégie visant surtout à industrialiser le secteur de l'agriculture et des ressources naturelles, et à constituer des chaînes de production intégrées, à caractère polyvalent. D'autres éléments indispensables concourrent à consolider et développer le potentiel de la petite et moyenne production :

Le maintien de la banque d'Etat en tant que banque de développement, principalement orientée vers la petite et moyenne production, puisque le secteur bancaire privé, de par ses critères de fonctionnement, ne peut prétendre jouer ce rôle.

Le maintien d'Enabas comme instrument effectif d'approvisionnement et de stockage, de stabilisation des prix des céréales de base. Il n'y aura pas d'alternative pour des millers de paysans si Enabas ne reçoit pas les crédits nécessaires pour stocker une partie de la moisson au moment de la récolte, en pratiquant des prix accessibles aux paysans. En d'autres termes, il s'agit d'élaborer et de faire fonctionner les mécanismes institutionnels à même d'orienter les devises et le crédit, les ressources rares et essentielles, vers les secteurs priorisés.

Il sera essentiel de soutenir les actions menées par les producteurs, qu'ils travaillent pour l'exportation ou le marché local, pour obtenir des financements et des facilités de commercialisation.

Il faudra déployer des efforts rendant l'investissement dans les ressources humaines (éducation et santé) compatible avec les besoins stratégiques. La recherche et la coopération scientifique et technique devront résoudre les problèmes concrets liés à l'augmentation de la productivité des chaînes agro-industrielles. La politique sociale aura pour objectif d'assurer l'accès aux services sociaux de base, notamment la santé, l'éducation, et de combattre la pauvreté par l'insertion dans la production.

Il faut élaborer des stratégies suffisamment institutionnalisées pour permettre la participation populaire la plus large à la détermination, l'orientation et la gestion de accorder de l'importance à la prévention sanitaire, sans que cela entraîne un abandon de la couverture des services de soins et continuer l'alphabétisation et l'éducation des adultes, en liant cette dernière aux besoins de la formation requise dans la stratégie de production.

Un autre axe résidera dans la promotion des investissements étrangers, complémentaires de cette stratégie. L'investissement étranger doit permettre l'association entre producteurs de différents niveaux, pour compléter les besoins en capitaux, de même que dans la sphère technologique et les liens avec l'extérieur.

Axes macro-économiques internes et coopération

Le succès de la relance sera assuré si l'on crée un cadre macro-économique interne consistant. Pour cela, la politique tiendra compte des critères suivants :

— maintenir les déséquilibres macroéconomiques dans des proportions compatibles avec le début de la relance, en restreignant les apports étrangers et les devises (qui garantiront pourtant au minimum les importations indispensables), et en maintenant une certaine stabilité des

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prix.

Cela signifie que la relance doit se maintenir dans un cadre acceptable du point de vue macro-économique. Des déséquilibres macro-économiques à un niveau intolérable empêcheraient toute possibilité de redressement. La diminution sensible du coût de l'importation de biens superflus permettra une augmentation des subsides destinés à la promotion et la relance de la production, l'infrastructure liée aux secteurs prioritaires et les services sociaux de base.

Protéger le niveau d'activité économique, les capacités de production, et le niveau de vie, dans des circonstances qui exigent d'optimiser le financement externe, suppose d'appliquer des mesures qui canalisent de façon sélective le crédit et l'essentiel des ressources extérieures disponibles, à travers les mécanismes institutionnels adéquats, vers le financement du redressement et la réhabilitation sélective de l'appareil productif et des secteurs sociaux.

Etant donné la pénurie de devises, il faut instituer un contrôle du change qui évite des fuites brutales et injustifiées de devises, et garantisse le paiement des exportations et l'attribution sélective des ressources extérieures au redressement de la production et aux services sociaux.

Austérité fiscale stricte

L'Etat doit participer à cette politique en pratiquant une stricte austérité fiscale, en supprimant les frais en biens importés ou en biens exportables, qui ne sont pas essentiels à l'amélioration des services sociaux de base, principalement la santé et l'éducation. Dans ce sens, il s'agira de réduire les coûts de façon sélective, surtout ceux qui passent par une distribution de devises, sans pour autant affecter les emplois et d'activité interne. Il s'agit d'une "austérité alternative" aux concepts néo-libéraux visant à réduire tous les coûts sans exception.

On établira une plus grande progressivité dans l'imposition, en taxant surtout les dépenses non productives et en soutenant le réinvestissement. La stratégie alternative propose pour atteindre ces objectifs :

- de réduire l'évasion fiscale, en appliquant complètement les sanctions légales pertinentes et en obligeant les contribuables à s'acquitter de leurs obligations. La réalisation des objectifs de l'Etat, selon cette stratégie, conduit à discuter de la nécessité d'une réforme. Le schéma actuel d'imposition dépend en grande partie des impôts indirects, qui retombent sur la majorité de la population disposant des revenus les plus bas, donnera lieu à une réforme qui renforcera l'imposition directe et son caractère progressif, c'est-à-dire celui qui frappe surtout les tranches de revenus les plus élevés et la grande propriété, surtout celle des grands producteurs absentéistes.

Redistribuer par l'impôt consommation de biens et de services superflus suppose d'élever les taxes à l'importation et de fixer des surtaxes à la consommation. guer les besoins de base des niveaux de consommation qui dépassent ce niveau, de manière à augmenter progressivement les demandes non essentielles. Les politiques sélectives, en ce qui concerne les services sociaux, devront néanmoins assurer l'accès gratuit pour les secteurs de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, tel qu'il est défini par les critères des organismes internationaux compétents. garantisse à la fois la récupération des ressources internes, de s'acquitter du service internes.

— L'augmentation des impôts sur la

— Les services publics devront distinl'épargne interne.

— Mettre en place une politique qui de la dette et de financer la relance de la production. Pour que les possibilités d'élargir l'investissement public avec des fonds étrangers soient réelles, il faudra s'assurer d'une contrepartie en fonds

- Etant donnée la nature de la stratégie, il est indispensable de rendre compatible la politique de coopération avec ses objectifs et moyens. Cela signifie qu'il faut réorienter la coopération extérieure :

En premier lieu, il faut convaincre la communauté des bailleurs de la nécessité de pratiquer au Nicaragua une politique économique active et sélective, visant la relance. On n'évitera pas une restructuration économique, mais il faut comrendre que c'est seulement à travers une reconversion et une transformation productive graduelle et sélective, que l'on pourra atteindre à longue échéance, une fois obtenue un certain niveau de redressement économique, une stabilisation sociale effective.

Payer la dette ?

En second lieu, il est important de compter sur des ressources et de s'acquitter du remboursement de la dette extérieure, de façon à ce que le pays puisse compter sur les ressources extérieures pour avancer dans la stratégie proposée. Il est évident que c'est seulement de façon graduelle, même soutenue, qu'on pourra élever le niveau d'exportation pour colmater la brèche.

Pendant ce temps, l'apport de ressources extérieures, la réduction sensible de la dette et son service réduit au minimum, évitent l'effondrement non seulement de la stratégie proposée, mais aussi de l'économie dans son ensemble.

En troisième lieu, on doit réorienter la coopération étrangère vers les priorités qui signifient de déployer les potentiels de production. Finalement, tout en respectant les sources de financement de l'effort de longue haleine en vue d'une croissance équitable, on doit insister sur le fait que les crédits extérieurs doivent être un complément et non un substitut à

*

Managua, mars 1993.

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