Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE BRETAGNE

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· Inprecor n° 369, mai 1993 · p. 17 · 1 009 mots

Syndicalisme

Des centaines de milliers de mineurs et de travailleurs des transports se sont mis en grève pour une journée les 2 et 16 avril derniers. Les grèves, appelées conjointement par l'Union nationale des mineurs (NUM) et l'Union des transports maritimes, ferroviaires et routiers (RMT) s'en prenaient aux plans de privatisation. Phil HEARSE

Yes travailleurs londoniens des autobus du Transport and General Workers Union (TGWU), qui avaient organisé de leur côté une série de journées de grève contre les plans de privatisation et de dérégulation de la régie londonienne, se sont joints au mouvement le 16 avril. La vague de grèves recouvre aussi des luttes locales, très dures, (la grève contre les licenciements à l'usine Timex de Dundee en Ecosse et celle menée par les femmes asiatiques de l'usine de matériel électrique Burnsalls de Birmingham).

Elles sont l'aboutissement de la grogne croissante suite à la décision d'octobre dernier de fermer la majorité des mines de charbon encore en activité, de licencier 30 000 mineurs et de privatiser les puits restants et de la campagne de novembre, qui avait vu la mobilisation de 200 000 personnes.

Les grèves des mineurs et des travailleurs des transports sont des faits inédits dans l'histoire des luttes en Grande-Bretagne. Pour la première fois depuis la grève de 1984-85, des syndicats s'engagent dans des grèves nationales contre les pertes d'emplois et la croissance du chômage plutôt que sur les questions salariales. Mais ce regain de mobilisation, qui survient après la baisse de l'activité gréviste en 1991-92, reste fragile en raison de la situation précaire des mineurs, malgré leur campagne de masse, de l'effet dissuasif du chômage et de la pression des lois antisyndicales.

La lutte des mineurs est entrée dans une phase difficile car le ministre responsable des fermetures de puits, Michael

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Heseltine, a présenté en mars un nouveau plan, soutenu par les anciens opposants parmi les députés conservateurs. En réduisant le nombre de puits à fermer sur le champ à douze, et en offrant aux autres un délai, la majorité de ces derniers pouvaient accepter son compromis - qui entraînera en fait la fermeture des 31 mines dans quelques années.

Phase critique

La menace d'une défaite parlementaire sur la question s'éloigne donc, et privés de cette arme, les mineurs devraient recourir à des tactiques plus militantes, ou assister à la fermeture des puits. Un recul du NUM aurait des effets négatifs sur l'éventualité d'une riposte contre le gouverne-

Selon les lois anti-syndicales, les syndicat se doivent d'appeler à la grève sur des questions relatives à leur propre secteur d'activité : ainsi, les travailleurs du rail se sont mis en grève sur la question des licenciements imposés et le recours aux contrats de travail sur le réseau du rail, deux conséquences des plans de privatisation. C'est la grève des travailleurs du rail qui a eu le plus d'impact dans l'opinion et a fait la une des médias, alors que celle des mineurs était reléguée aux entrefilets. Lorsque les stocks de charbon s'amoncèlent, qui remarque que les mineurs ont

Tout en se préparant à casser la lutte des mineurs en fermant des puits, le gouvernement est aussi derrière les tentatives désespérées de passer un compromis avec le syndicat des travailleurs du rail. Si les deux évènements survenaient, l'aspect incisif de la lutte en serait émoussé.

En outre, la riposte aux tentatives gouvernementales de limiter à 1,5 % les augmentations salariales des fonctionnaires, qui concernent 5 millions de travailleurs au plan local ou national, se fait toujours attendre. Les dirigeants syndicaux, les "nouveaux-réalistes" de l'aile droite jouent avec les craintes de leurs adhérents de perdre leur emploi pour différer une action pour les salaires. Car, étant donné le faible montant des allocations de chômage et les dettes personnelles élevées, un licenciement est une catastrophe qui peut entraîner la perte du domicile. C'est d'abord le chômage de masse qui a mis au pas les

Mais le gouvernement devra affronter l'été prochain le défi du syndicat des pompiers, traditionnellement l'un des plus à gauche. A la suite de la première grève nationale des pompiers en 1976, qui avait semé la panique dans le gouvernement, on leur avait concédé une grille salariale, qui a effectivement servi de base à leur paie. En voulant supprimer cette grille, le gouvernement aura à faire face à une résistance opiniâtre.

D'autre part, le principal syndicat d'enseignants a décidé de boycotter les épreuves nationales imposées au écoliers de 14 ans. Ce boycott révèle l'opposition massive à la philosophie réactionnaire de l'éducation qui sous-tend le programme gouvernemental en la matière et se traduit par des tests obligatoires à sept, douze et quatorze ans.

Le gouvernement de Major est plus faible que celui de Thatcher qui n'avait jamais eu de majorité inférieure à 100 ; Major ne dispose que d'une majorité de 20 voix, le rendant vulnérable aux soubresauts dans le Parti conservateur.

Cependant, il existe des signes de stabilisation ponctuelle de la crise qui a éclaté avec la chute de la livre sterling, la révolte des mineurs et la radicalisation de l'opposition au sein du Parti conservateur à Maastricht. Il y a des signes de reprise industrielle ; une faible reprise économique ne résoudra pas le chômage, mais peut renforcer le gouvernement et ses supporters des classes moyennes et rendre confiance aux milieux d'affaires. Une succession de manœuvres parlementaires ont rejeté les opposants à Maastricht sur la défensive. Il semble acquis maintenant que, si le Danemark vote oui au prochain référendum, le Parlement ratifiera le traité.

Si le gouvernement surmonte temporairement sa crise, les travailleurs affrontent eux, une nouvelle menace : une législation en préparation interdisant les grèves de fonctionnaires. Ce n'est pas la force du gouvernement, mais le rapport de forces dans le mouvement ouvrier qui empêche que le gouvernement Major ne soit mis en échec. Fruit des quinze dernières années de luttes, et des défaites syndicales, ce courant ne sera pas inversé par une vague de grèves concernant un demi-million de travailleurs. Le mouvement ouvrier aura du mal à récupérer, mais les premiers indices sont déjà visibles.

Londres, 18 avril 1993

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