Suro communism Livio MAITAN
La période des vacances et les premières semaines de la rentrée ont été marquées en Italie par des polémiques sur des questions politiques et théoriques majeures dont les principaux protagonistes ont été les secrétaires du PSI et du PCI. C'est surtout la polémique sur le léninisme et la « troisième» voie qui a provoqué les débats les plus animés et les prises de positions les plus significatives.
Les thèses défendues durant ces débats méritent d'être analysées beaucoup plus sous l'angle de leur portée politique et de leur finalité tactique que sous celui de leur valeur théorique intrinsèque, pratiquement inexistante. Il ne faut donc pas oublier le contexte objectif, caractérisé par des tensions et des conflits sociaux qui restent très âpres et par un équilibre relatif des classes antagonistes, dont le rapport de forces n'a pas subi de changements qualitatifs, malgré l'usuque la politique d'unité nationale et d'austérité a impliqué aussi bien pour le Parti communiste que pour les organisations syndicales. C'est dans ce contexte qu'il faut situer, entre autres, le «nouveau» projet du Parti socialiste sous la direction de Craxi, qui mise sur un relancement du parti par un rapprochement au «socialisme euro-
Eurocommunisme
Leninisme, social-démocratie et eurocommunisme
Débats dans le mouvement ouvrier Itallen
Les partis « eurocommunistes» sont en position incontestablement plus difficile qu'il y a deux ans. Avant son congrès, prévu, comme celui du PCF, en 1979, le PCI, toujours audacieux, cherche à « innover»...
péen » et par une différenciation plus nette du PCI sur la base d'une critique faisant flèche de tout bois, à savoir combinant sans trop de scrupules des arguments traditionnels de droides arguments prétendument de gauche.
Quant aux politiciens et aux intellectuels bourgeois, ploitent ces polémiques pour exiger du PCI des «garanties» supplémentaires de fidélité à la
«démocratie» et des révisions de plus en plus poussées de son héritage idéologique. Ceux qui, tout en acceptant la politique d'unité nationale, veulent en limiter la portée, s'efforcent de démontrer que le PCI reste, malgré tout, un parti qualitativement différent des autres, qui ne saurait être admis au jeu de l«alternance » démocratique.
D'autres, plus conscients du rôle de stabilisateur que le PCI peut jouer même à long terme, multiplient les mises en demeure dans le but de le pousser à une intégration systématique et de lui enlever tout mordant idéologique tant soit peu révolutionnaire. « Il ne serait absolument pas utile qu'il se produise un renversement du processus en cours avec un retour du PCI au stalinisme ou au dogmatisme marxiste-léniniste» a déclaré récemment à New-York le responsable des rapports internationaux de la DC, Granelli.
LES THEORIES «NOUVELLES» DE CRAXI
Le premier round du débat sur le léninisme remonte au commencement d'août. Dans une entrevue au quotidien socialiste indépendant La Republica, Berlinguer déclare : «Si en parlant de léninisme (ou de marxisme-léninisme), on veut parler d'une sorte de manuel de règles doctrinaires conçues statiquement, d'un bloc de thèses figées dans des formules scolastiques qu'on devrait appliquer sans critique en toutes circonstances de temps et de lieu, on ne rendrait pas du tout justice à Lénine (ni à Marx)...Nous ne sommes pas léninistes dans ce sens ». Mais est-cè que quelqu'un est disposé à admettre son appartenance à une telle catégorie de «léninistes» ?
Après avoir affirmé que pour sa part il était favorable à reformuler l'article du statut du PCI qui parle de « marxisme-léninisme », Berlinguer poursuit en précisant qu'll considérait encore comme valable et vivante «la leçon que Lénine nous a donnée en élaborant une véritable théorie révolutionnaire, c'est-à-dire en dépassant l'orthodoxie' de l'évolutionnisme réformiste, en examinant le moment subjectif représenté par l'initiative autonome du parti, en combattant le positivisme, le matérialisme vulgaire, l'athéisme messiani-
que propre à la social-démocratie et en ouvrant, par contre, une brèche aux forces prolétariennes du renouveau et de la libération qui luttaient en Russie et dans le monde entier». En 1917 Lénine avait, d'ailleurs, envisagé la possibilité d'un passage pacifique au socialisme avec la présence de différents partis et il avait conçu le socialisme « comme la société qui devait réaliser la plénitude complète de la démocratie». Après avoir polémiqué avec le PSI, qui aurait tendance à apparaître « comme un point de reférence d'une aire néo-libérale, néo-social-démocrate et même ultragauche», il conclut en réaffirmant que le PCI est aussi bien contre la voie social-démocrate que contre la voie des pays du «socialisme réel» et considère possible et nécessaire une troisième voie, celle de la transition démocratique au socialisme (1).
Craxi accepte le défi et répond une vingtaine de jours plus tard dans l'hebdomadaire L Espresso. L'idée principale de son article est que toute l'histoire du socialisme et du mouvement ouvrier est caractérisée par l'existence et l'opposition de « deux grands courants», à savoir les « étatistes, autoritaires et collectivistes» d'un côté, et les anti-étatistes, libertaires et non-collectivistes l'autre. Pour attaquer le premier courant et exalter le deuxième, dans lequel s'intègre le PSI, Craxi n'hésite pas à mobiliser pêle-mêle, non sans avoir recours à la méthode bien connue citations hors contexte, Proudhon, le jeune Trotsky, Ro-
Luxembourg, Plekhanov, Martov, Volodia Smimov, Isaac Deutscher, Carlo Rosselli, Noberto Bobbio, Milovan Gilas, Gilles Martinet et... les frères Cohn Bendit (nous nous excusons si nous avons oublié quelqu'un !). Le courant représenté par le communisme léniniste -auquel, d'après Craxi, le PCI reste lié - est «organiquement totalitaire » et ne peut qu'être combattu par le socialisme qui est « démocratique, laïc et pluraliste ». D'où la conclusion, explicitée dans les polémiques qui ont suivi la parution de l'article, selon laquelle le PCI peut être accepté comme partner dans un comme parti de gouvernement alternatif ni comme associé du PSI dans une alternative au régime existant. Enfin, contrairement à ce que prétend Berlinguer, il n'y a pas de troisième voie : les voies ne sont que deux, celles du communisme «totalitaire » et celle du socialisme « démocratique».
On comprend que de tels arguments aient été largement repris par la grande presse bourgeoise et la télévision. des personnages ou des partis, qui ne sont certainement pas des spécialistes en léninisme, ont participé au tapage en s'alignant derrière le secrétaire socialiste (qui a été, par contre, critiqué par certains membres connus de son parti - dont De
Get Achilli -, tandis que d'autres - Signorile et Lombardi -,appartenant à la gauché qui soutient Craxi, se sont limités à mettre quelques points sur les i).
Le PCI réagit avec prudence, en mettant l'accent sur le danger que de telles polémiques ne provoquent une rupture entre les deux partis ouvriers. Rinascita, hebdomadaire du parti, dénonce à juste titre la méthode employée par Craxi dans le choix de ses sources : «de tels procédés sont aptes à entraîner des commandos de paras, pas à faciliter le débat culturel, la confrontation des idées, démocratie politique et le pluralisme» (2). Ensuite, la revue intervient avec un éditorial titré : «Le léninisme, la démocratie, communisme italien», en soulignant, entre autres, que «depuis la fondation de notre parti, à tort ou à raison, des manifestations explicites ou implicites de désaccord et des affirmations d'autonomie marqué notre adhésion à la Ille Internationale» .
Glissons sur une façon d'écrire l'histoire qui n'a rien à envier à la méthode désinvolte de Craxi que Rinascita condamne. Ce n'est pas la première fois, et l'on peut parier que ce ne sera pas la dernière, que des scribes du PCI veulent nous faire croire que Togliatti n'a jamais été stalinien ou que le PCI n'a jamais entendu parler de troi sième période ou de social-fascisme. Ce qui nous intéresse surtout ici, c'est que l'éditorial confirme la conception de la troisième voie et explique que «l'adhésion à la méthode démocratique est un point commun aux deux courants les plus importants du socialisme européen». Ce point commun, ne pourrait-il pas aider à esquisser une «troisième voie» ? Quant aux formes concrètes éventuelles de cette troisième voie, nous restons sur notre faim. L'auteur de l'article, Badaloni, nous explique que «les tâches politiques qui se posent à la classe ouvrière dans une phase de transition peuvent être résumées dans un projet de réduction progressive des fonctions sociales des vieilles classes dominantes (ce qui ne signifie pas diminution de leur volonté de commandement); capable de produire une contraction de leur nécessité et utilité sociale». Au delà des expression délibérément nébuleuses, c'est le graplus vulgaire qui nous est présenté. Rien d'original par ailleurs : la social-démocratie elle aussi a contribué plusieurs fois à des évolutions du rapport de forces en faveur des classes exploitées dans le cadre de la société capitaliste. Le PCI veut faire - et a déjà fait de longues années durant - exactement
Notons, en passant, que des intellectuels, avec qui le PCI aime dialoguer, se sont placés ouvertement du côté de Craxi. C'est le cas, par exemple, de l'intellectuel de «l'aire socialiste» Bobbio qui a écrit que la troisième voie n'existe pas et que, si l'on n'accepte pas la voie de l'URSS et du « socialisme réel», il n'y a pas d'autre choix que celui de la social-démocratie «qui fait ce qu'elle peut... dans les limites de la méthode démocratique qu'elle vouloir appliquer» (La Stampa, 3 septembre). C'est sur le même terrain que s'est placé Lucio Colletti qui, question d'âge à veut gagner le titre de «nouveau philosophe italien». Après s'être débarrassé du fardeau du matérialisme, théorie de la valeur et d'autres bagatelles, il affirme maintenant
qu'il ne faut pas chercher une troisième voie et il fait l'éloge de la «gauche européenne» qui, contrairement à la gauche italienne, a compris depuis longtemps que le système le plus praticable est celui de la dite économie mixte, à savoir d'une économie à deux secteurs, public et privé, tenus ensemble par des formes de programmation économique. Pas de bavardages, - conclut-il-sur la nécessité de « sortir au dehors» du système ! (3). TOURNANT A GAUCHE DE BERLINGUER
Cela a été un choix tactiquement habile de la part de Berlinguer que d'intervenir dans le débat par un discours prononcé devant des centaines de milliers de personnes. Il a pu ainsi démontrer qu'il est prêt à affronter même les sujets les plus délicats devant les masses et en même temps combiner le débat théorique et historique avec la définition ou la redéfinition des nécessités et des perspectives politiques à court terme.
Berlinguer est de toute évidence très cultés que son parti connaît depuis un certain temps, de l'usure qu'il subit, des dangers qui découlent aussi bien de la fin des illusions dans le modèle soviétique que de la situation des PC de l'Europe capitaliste. C'est pourquoi il a beaucoup insisté sur l'identité du parti en esquissant en même temps une attitude moins souple face au gouvernement Andreotti et à la Démocratie chrétienne.
s'est préoccupé, d'abord, de réaffirmer la légitimité historique de la fondation des partis communistes et de la rupture avec la social-démocratie. Entre les PC et les partis socio-démocrates - a-t-il y a une différence essentielle : alors que le choix de la voie démocratique n'implique pas de la part des communistes une renonciation « au contenu anticapitaliste de leur lutte politique et de leur bataille idéologique, le donné commun à toutes les social-démocraties reste la renonciation à lutter pour sortir du capitalisme et pour transformer dans un sens socialiste les bases de la société ».
L'argument n'est pas nouveau : Togliatti l'avait souvent utilisé lors des débats qui ont suivi le XXe Congrès du PC de l'Union soviétique. Il s'agit, en tout cas, d'un argument doublement faux: 1. parce que les partis socio-déclassiques n'avaient pas, sur le papier, renoncé «sortir du capitalisme», mais ils avaient expliqué qu'il était possible et nécessaire de le faire par voie démocratique et parlementaire, par des « approximations successives» (dans un langage cher à Berlinguer, on pourrait conquête progressive d'« éléments socialisme» dans le cadre du régime exis2. parce que les proclamations idéologiques ne suffisent absolument pas à garantir que le PCI ne s'intègre pas, lui aussi, dans une logique de rationalisation réformiste système, d'autant plus que le « passage au socialisme» est envisagé pour un avenir indéterminé, malgré les affirmations sur l'urgence de trouver des solutions aux problèmes dramatiques posés par la crise globale du capitalisme.
Toutefois, il est important du point de vue politique que Berlinguer ait éprouvé le besoin de revendiquer l'identité du parti par rapport à la social-démocrade déclarer avec force qu'il n'était pas disposé à faire des concessions sur le terrain de certains principes de base et à procéder à des « reniements historiques». Il est non moins important qu'au moment où il répétait qu'il fallait choisir une troisième celle de la social-démocratie et du «socialisme réel », il faisait, pour ainsi dire, un choix de camp en ce qui concerne l'Union soviétique, en se refusant à mettre sur le même plan, historiquement, l'expérience de la social-démocratie et celle de la d'Octobre et de l'URSS. Dans la dernière partie de son discours le secrétaire du PCI a durci un peu son attitude face au gouvernement et à la DC : il faut que des décisions concrètes soient prises, que la DC clarifie son attitude, que «le fardeau de l'assainissement et de la rénovation ne soit pas supporté uniquement classe ouvrière dans l'immobilité de tout le reste de la société». En même temps, il a lancé un cri d'alarme : le problème se pose, d'une façon plus aigüe, du sort « d'énormes masses de jeu-
Get de femmes, de populations de communes, agricoles et de montagnes dans leur ensemble, de sous-prolétaires et de déshérités de toutes sortes dans chaque ville de notre pays... Le danger existe que des parties importantes de ces masses et de ces aires sociales d'opérations réactionnaires, qu'après avoir vécu des expériences frustrantes de rébellion pure et simple». Ce que Berlinguer semble ignorer est qu'un tel risque s'est accru sensiblement justement à cause de la politique de son parti.
Les mises au point du discours de Gênes n'ont en aucune façon impliqué un tournant du PCI. Le PCI non seulement continue à soutenir le gouvernement Andreotti, mais il s'effor-
ce en même temps de présenter sous un jour favorable le bilan de ce gouvernement. Dans le débat de ces dernières semaines sur la plateforme pour la rénovation des contrats, notamment celui des métallos, le PCI et son courant syndical se sont battus pour limiter à l'extrême les revendications salariales et pour vider de son contenu toute revendication concernant la réduction des heures de travail. Mais justement parce qu'il est décidé à poursuivre sa politique et à maintenir sa stratégie de compromis historique, s'il veut sauvegarder l'homogénéité ses militants, être en condition de les mobiliser effectivement et ne pas courir le risque d'un rétrécissement de son influence électorale, le PCI a besoin de réaffirmer ses raisons d'être, son identité, et de valoriser tout ce qui peut apparaître comme un élément de force spécifique de sa stratégie politique. LES RENCONTRES DE PARIS, MOSCOU ET BELGRADE
C'est dans une telle perspective qu'il faut situer aussi le voyage que Berlinguer a fait récemment en France, en URSS et en Yougoslavie (de même que les voyages projetés à des échéances rapprochées).
Les dirigeants du PCI sont convaincus que leur stratégie, pour apparaître crédible, doit avoir une dimension européenne. D'où leurs élaborations sur la nécessité de transformer le Marché commun, sur l'utilisation des organismes communautaures, etc.; d'où leur effort pour la formation d'un bloc de partis dits eurocommunistes. Or, au moment où les problèmes du continent vont se poser devant les larges masses à l'occasion des élections au Parlement européen, les PC risquent de mettre à nu une faiblesse sérieuse. Non seulement ils auront beaucoup moins de suffrages que la social-démocratie, mais ils se présenteront profondément divisés. En effet, à une réunion récente, quatre positions se sont exprimées : celle du PCI pour la participation active au Marché commun et aux élections, et en faveur de l'élargissement de la CEE à la Grèce, à l'Espagne et au Portugal; celle du PCF, qui participe aux élections, mais qui est opposé à l'élargissement; celle du PC anglais qui est pour le retrait de la Grande-Bretagne de la CEE; celle du PC irlandais qui est pour le boycott des élections. Il n'y a pas de quoi se féliciter. Berlinguer veut limiter les dé-
Men cherchant un accord minimum avec le PCF. A en juger par le communiqué final sur sa visite à Paris, la base de l'ac-
DANS NOS
PRECEDENTS NUMEROS no 32: appel du fils de Boukharine pour la réhabilitation de son père et une longue interd'Hugo Blanco après succès électoral des révolutionnaires au Pérou(6 juillet).
- no 33:, numéro spécial Dixiè me anniversaire de l'invasion en Tchécoslovaquie (20 juillet). : 40e anniversaire de la IVe Internationale; la crise en Indochine; la politique extérieure de Cuba (21 septembre). no 35: Iran : la crise du régime, : Nous appelons les tradiscours de Hugo Blanco à Tacna (5 octobre). - no 36 : Moyen-Orient : de Camp
David à Beyrouth; Iran : le dévemouvement de dictature du Shah; France : depuis la défaite électorale de la gauche; contre le Plan Barre III ! contre l'austérité !; Grande-Bretagne : Callaghan et Ford contre la classe ouvrière; Vietnam : trois ans après la vicquelques problèmes de la vietnamienne; Femcréation de socialiste des femmes au Japon;
Document : le deuxième tome des œuvres de Trotsky est paru - la déclaration des quatre du 26
••••••• cord résiderait dans un effort de concentration de la propaélectorale sur des axes communs et dans l'organisation d'initiatives communes deux partis, dont on n'a pas encore précisé les termes.
A Moscou, Berlinguer pouvait esquisser un marchandage suffisamment concret. Le PCI ne peut faire abstraction de l'existence de l'URSS, facteur majeur dans le jeu politique mondial. L'Etat-guide et le «modèle » du socialisme appartiennent désormais à un âge révolu. Mais la réalité de l'URSS reste et les dirigeants du PCI -le discours de Gênes l'a indiqué encore une fois - considèrent que, sur le plan historico-stratégique, non seulement la Révolution d'Octobre, mais aussi ce qui reste de cette révolution représente, somme toute, élément de force et non de faiblesse pour les PC tels qu'ils sont. D'où l'intérêt d'établir un modus vivendi qui, après le disde Gênes, pouvait être discuté avec plus d'aisance. Le fait que Moscou ait confirmé qu'elle ne remettra pas en question le cadre des rapports entre partis communistes fixé à la Conférence de Berlin de 1976 et qu'elle approuve la stratégie d'ensemble du PCI, indique que des progrès ont été faits dans
Finalement, le voyage de Belgrade a permis de mettre en évidence un autre volet de l'approche des problèmes du mouvement communiste international par le PCI. Le PCI réaffirme qu'il est prêt à maintenir des rapports amicaux avec tous les l'URSS». Pour le PCI. d'ailleurs, le voyage de Hua Kuo-feng en Europe a été «positif» (Corriere della sera, 10 octobre). DIFFICULTES ET CONTRADICTIONS DE L'EUROCOMMUNISME
Par rapport à il y a deux ans, les partis de l'eurocommunisme se trouvent incontestablement dans une situation plus difficile. A l'époque, ils pouvaient se présenter comme une alternative
crédible à court terme pour de très larges secteurs des masses, dans des pays décisifs. En Italie, le PCI avait élargi davantage son influence et remporté des succès électoraux retentissants. En France, la victoire de l'Union de la gauche semblait tout à fait possible, voire très probable : le PCF pouvait espérer y jouer un rôle important en confirmant sa position hégémonique dans la classe ouvrière. En Espagne, le PCE récupérait sa légalité dans une atmosphère d'euphorie et espérer légitimement acquérir un poids décisif dans le prolétariat et les autres masses exploitées. Aujourd'hui le PCI subit une usure évidente et est incapable de combiner sa prostratégie avec la politique modérée du gouverement Andreotti, qui s'efforce de surmonter la crise économique aux frais exclusifs de la classe ouvrière. Le PCF paie beaucoup plus que le PS le prix de la défaite électorale de l'Union de la gauche, perd du terrain chaque jour y compris dans la classe ouvrière et s'est condamné pour l'instant à un repli sectaire. Le PCE est apparu considérablement plus faible que le PSOE sur le terrain électoral et il n'a pas gagné beaucoup de prestige par son soutien chaleureux au Pacte de la Moncloa. En outre, comme nous l'avons déjà mentionné, des divergences importantes ont surgi entre les partis eurocommunistes sur des problemes importants, comme l'extension de la Communauté européenne. Des échanges polémiques très vifs ont eu lieu, notamment, entre le PCF et • le
Il est possible que certaines difficultés conjoncturelles soient surmontées et qu'une certaine homogénéisation se précise en matière de formulations idéologiques générales (par exemple, en ce qui concerne le dépassement de la formule « marxisme-léninisme »). Les prochains congrès du PCI et du PCF, prévus pour 1979, fouriront, d'autre part, des éléments d'appréciation supplémentaires et pourront marquer une nouche du «renouveau» des PC, à savoir de leur adaptation aux conditions nationales et internationales nouvelles dans lesquelles ils opèrent.
dès maintenant il est clair qu'en particulier le PCI, qui a été l'initiateur du « cours nouveau » à partir de 1956 et est apparu comme le principal inspirateur de l'eurocommunisme, est marqué par des contradictions qui, en gros, peuvent être synthétisées comme suit : - l'autonomie par rapport à
'URSS et la critique adressée à sa direction ont assuré des avantages tactiques conjoncrels, mais en même temps impliquent le danger que s'estompe l'identité du parti par rapport à la social-démocra- labandon du «modèle» du
«socialisme réel» permet de ne pas assumer la responsabilité des crimes et des fautes de la bureaucratie soviétique, mais en même temps il comporte un affaiblissement de perspective stratégique dans la mesure où le parti ne peut plus faire référence à exemple concret et se limite à avancer des hypothèses, le plus souvent assez vagues et fumeuses, qui, de surcroît, s'approchent des conceptions social-démocrates traditionnelles, dans la mesure où elles se précisent;
•l'intégration de plus en plus poussée dans les institutions de la démocratie bourgeoise et dans l'appareil d'Etat au sens strict fluence du parti dans tous les domaines et lui permet de peser davantage dans le jeu politique « normal»; mais cela entame sérieusement sa capacité d'apparaître une alternative crédible aux masses les plus frappées par la stagnation économique et par la crise prolongée du système; son attitude face gouverement Andreotti et 9 sa politique d'austérité peut qu'accroître cette diffivelle étape dans la longue mar- - la force d'attraction du projet eurocommuniste du PCI réside aussi dans l'esquisse d'une alternative au niveau européen. Mais au fur et à mesure que leur intégration dans le système s'accentue en allant jusqu'à partager, d'une façon directe ou indirecte, des responsabilités de gouvernement, les PC subissent le conditionnement des nécessités spécifiques de leurs propres bourgeoisies et, de même que les partis socio-démocrates, ont tendance a se dilférencier entre eux en rapport aux différenciations des bourgeoisies « nationales» ou de secteurs de ces bourgeoisies.
Il est donc facile de prévoir que dans les mois et les années qui viennent, il y aura pas mal de polémiques dans le mouve ment ouvrier et dans le PCI, sur le léninisme, la « troisième voie» et d'autres sujets...
23 octobre 1978 1) Berlinguer a dit aussi dans son enpour la démocratie comme une lutte que le prolétariat aussi devait mener jusqu'au bout, mais qui restait, en tout cas, dans le cadre d'une lutte pour parachever la révolution bourdémocratie (les libertés dites qui furent au commencement une conquête y compris de la bourgeoisie) est une valeur historique qui, comme l'expérience historique le démontre, est universelle et nente.» Il est évident que Berlinguer, qui ne pose plus le problème de la destruction de l'Etat bourgeois, oublie en même temps la entre la seule lutte pour les droits démocratiques et la lutte pour la construction d'une démocitie soviétique, qualitativement démocratie bourgeoise, même la plus 2) Nous citons un passage d'un article de Spriano, qui a démontré en détail à quel point Craxi avait utilisé la méthode de la falsification par des citations retirées de leur contexte. 3) Colletti a pourtant raison de faire de l'ironie sur le mot «fuoriuscita» (sortie au dehors) qui est utilisé maintenant très largement en Italie (ce sont Tes gens du « Manifesto» qui peuvent revendiquer à ce propos les droits d'auteurs). Il s'agit d'une formule dont le but est justement d'estomper ou d'éliminer le problème du saut qualitatif, de la rupture révolutionnaire.