Inprecor 1974–2004

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DOSSIER EUROPE

Divergences croissantes

· Inprecor n° 370, juin 1993 · p. 18 · 755 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

Économie mondiale Europe

Grâce à une série de dérogations qui ne font que repousser les échéances et qui ne touchent pas aux effets sociaux de l'Acte unique et du "grand marché", une majorité a été enfin de la campagne référendaire.

Victoire à la Pyrrhus pourtant car le référendum danois ne lève qu'une faible part des hypothèques qui menacent le traité européen. Comme nous l'avons souligné plusieurs fois dans ces pages, la nécessité objective de l'Union européenne pour les besoins du capital se heurte à deux grandes difficultés : la récession et la résistance sociale.

La première a été, pour le moment, plus rapide que les remèdes anti-crise que l'Union européenne était censée lui opposer. La seconde était inévitable face à la violence des attaques sociales que tous les gouvernements européens mènent pour retrouver, si on les en croit, les conditions de la croissance.

Les Danois ont donc majoritairement voté "oui" mais tout le monde voit bien que l'accord au sommet sur les critères de convergence est déjà un chiffon de papier. Le mouvement n'est en effet plus celui d'une convergence mais celui d'une divergence grandissante sur les niveux d'inflation, de déficit et de dette publics.

Dans le cadre du marché unique qui libère le mouvement des capitaux ces écarts entre les différentes économies ne peuvent que nourrir la spéculation monétaire et le réajustement des taux de change. Le Système monétaire européen, centre névralgique du projet unificateur, est lui-même entré en crise.

Pour y remédier, les gouvernements ont toujours la possibilité de planifier des attaques sociales de plus en plus fortes afin de réduire les dépenses sociales et d'améliorer la compétitivité. Mais le patronat lui-même comprend qu'à force de ponctionner le pouvoir d'achat des salariés on entretient la récession. Il faudrait tout faire en même temps : réduire les déficits publics tout en augmentant les capacités incitatives des Etats, augmenter le taux d'exploitation mais renforcer la demande solvable, réorganiser les entreprises mais ne pas augmenter le chômage !

Face à ce casse-tête, beaucoup ont finalement opté pour la simple rigueur budgétaire et monétaire. Mais il leur faut dès lors les capacités politiques et les rapports de forces que requiert la violence de tels "remèdes". Ce fut le pari du patronat allemand lorsqu'il a tenté de rompre l'accord sur la perspective de parité des salaires entre les nouveaux länders et le reste du pays. Jacob Moneta décrit ici les enjeux considérables des grèves allemandes qui répondirent à cette "rupture de contrat".

Mais c'est aussi la tentative que mène actuellement le gouvernement hollandais en s'attaquant, entre autres, aux acquis des jeunes et des étudiants. Pourtant, à chaque fois, il y a un bel écart entre le vœu et le résultat. Les résistances, en effet, s'avèrent d'autant plus violentes que les politiques contractuelles et sociales avait été présentées auparavant comme la clef de voûte du consensus entre les classes. Car voilà que ce sont les Etats et les organismes patronaux eux-mêmes qui mettent fin aux politiques de "paix sociale"!

L'autre difficulté pour la grande ambition européenne du capital tient à la fragilité politique des gouvernements ou des institutions. Sans même avoir à faire face à de fortes mobilisations syndicales, il est des politiques très difficiles à mener quand c'est l'appareil d'Etat lui-même qui entre en crise. Que l'on pense par exemple à l'Italie et peut-être demain à la Belgique. Franco Turigliatto décrit ici l'imbroglio politique qui accompagne la crise économique italienne.

Il n'y aura pas, sur le moyen terme, d'inversion de tendance. Les travailleurs subiront encore plus d'attaques qu'ils n'en esquiveront. Mais cette comptabilité ne donne aucune indication sur les capacités du système à dépasser, sur le long terme, ses contradictions actuelles. Il faut donc s'intéresser par ailleurs à des phénomènes politiques et sociaux dont les effets sont plus déterminants pour les rapports de forces entre les classes.

Il faut partir des résistances et des mobilisations telles qu'elles se déroulent aujourd'hui pour tracer des perspectives d'avenir, pour formuler des revendications nouvelles et s'inspirer de formes renouvellées de rebellion et d'intransigeance. L'interview de Tony Benn, que nous publions ici, rend compte à sa manière, de cette impérieuse nécessité de trouver les moyens d'une nouvelle solidarité et d'une alternative mobilisatrice à l'Europe de Maastricht. * e verdict avait été sans appel, après qu'une majorité de Danois ait voté contre le traité de Maastricht, le 2 juin 1992. Un bouc-émissaire était ainsi trouvé : tout ne ris-

•quait-il pas de basculer par leur faute ? Or voilà que "Tobstacle danois" n'existe plus.

Claude GABRIEL

----- photo credits and running heads -----

DANE

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