S i les émeutes n'ont été le fait
que d'une petite minorité des 43 % d'opposants à Maastricht, elles donnent pourtant un aperçu significatif de la société danoise d'aujourd'hui — où de plus en plus de gens sont marginalisés et exclus de toute représentation politique. Le chômage n'a cessé d'augmenter et on estime qu'il touchera plus de 350 000 personnes à la fin de l'année 1993. Il ne fait aucun doute que cette partie déshéritée de la population constitue l'essentiel de l'opposition à "leur" traité de Maastricht et à la Communauté européenne (CE) également. La colère a explosé car, dans l'esprit de beaucoup de gens, ce référendum était le même que celui de l'année dernière et n'a été organisé que parce que les politiciens n'acceptaient pas le premier résultat.
Statistiquement, 7 % des votants seraient passés du "non" au "oui". La plupart des gens ne croyaient pas le sommet d'Edimbourg de décembre 1992, ait accordé des concessions substantielles au Danemark, comme l'affirmaient les forces politiques dominantes. De toute façon, une majorité de "oui" était attendue cette fois. Seulement 50 000 voix avaient assuré la surprenante majorité de "non" en juin 1992. Le seul facteur politique nouveau est que tous les grands partis politiques — à l'exception du Parti progressiste d'extrême droite qui est resté ferme sur sa position de rejet — ont concocté un "compromis national", proclamant que le second référendum était différent du premier.
Le même référendum ?
Est-ce qu'Edimbourg a changé quoi que ce soit ? Cette question a été au centre du débat, faisant passer le contenu et la signification de l'Union européenne au second plan, surtout en comparaison avec l'année dernière
Une des principales conditions de l'opération de "compromis national" était la participation du Parti socialiste populaire (SF), une des principales composantes de la campagne du non de l'année passée, mais qui a fait campagne cette année pour un « oui totalement différent » ainsi qu'y appelaient ses affiches. Le désir — et la pression - de figurer dans le sérail des « partis politiques responsables », pour avoir de l'influence et éventuellement participer à un gouvernement d'avenir dirigé par la social-démocratie, est ce qui a pesé le plus sur le SF. Pourtant, cette orientation droitière s'est avérée être un fiasco.
Le gouvernement bourgeois avait démissionné en janvier 1993 après que la Cour suprême ait conclu que le Premier
Maastricht lors du référendum du 18 mai 1993. Pourtant, avant même la proclamation officielle des résultats, la sainte alliance du "oui", composée éclaté dans le centre de Copenhague — une des rares circonscriptions où
MARK
En maniant la carotte et le baton, l'establishment politique danois est parvenu à obtenir une majorité de 57 % en faveur du traité de de sept partis politiques, a explosé. Au même moment des émeutes ont le non a été largement majoritaire. La police a tiré sur une foule de plusieurs centaines de jeunes et a blessé onze personnes au cours des affrontements les plus violents des dix dernières années.
Age SKOVRIND ministre avait transmis de fausses informations au Parlement et le ministre de la Justice supprimé le droit au regroupement familial des demandeurs d'asile. Le Parti social-démocrate a formé un nouveau gouvernement avec trois petits partis bourgeois — mais sans le SF!
Lors de son congrès de mai, ce parti a opéré un tournant à gauche, appelant maintenant à un gouvernement sans partis bourgeois et menaçant de voter contre le gouvernement au Parlement. Mais sa consigne pour le référendum sur Maastricht n'a pas été modifiée. Le tournant de la direction du parti n'a été suivi que par
20 % de son électorat et une opposition s'est manifestée chez les militants. Trois des quinze députés du parti ont voté contre. L'organisation de jeunesse s'est prononcée pour le non — malgré les recommandations de la direction — et quelques militants de SF ont quitté ce parti en signe de protestation. Pourtant, lors du congrès, seulement 15 % des délégués ont voté contre la résolution politique, et les principaux porte-paroles de l'opposition ont réitéré leur intention de rester dans le parti. Cette opposition n'a, en fait, pas de perspective globale alternative.
Les sociaux-démocrates au pouvoir
Les votes "non" sont issus de tous les horizons politiques. Le votant "non" moyen est une femme, de moins de 50 ans, habitant Copenhague et n'ayant pas fait d'études supérieures. Numériquement, ce sont les électeurs sociaux-démocrates qui pèsent le plus dans ce vote. Parmi ces derniers, l'opposition à la CE a toujours constitué un point de clivage dans le parti, tout particulièrement dans les syndicats. L'opposition à Maastricht est donc portée par une tendance de gauche, même si cette tendance est beaucoup moins manifeste qu'auparavant. Contrairement à l'année passée, le Parti social démocrate (SD) est parvenu à convaincre une majorité de son électorat de voter oui (60 % environ). Ses électeurs ont été rassurés par l'espoir d'être représentés par un gouvernement "à eux" auprès de la CE. De plus, cette année, le SD a mené une vraie campagne, alors qu'en 1992, il était déchiré par une bataille interne pour la désignation d'un nouveau président.
Un des arguments principaux des sociaux-démocrates était que le Marché unique avait besoin de régulation politique, particulièrement en ce qui concerne l'environnement et la protection sociale. Le nouveau gouvernement a annoncé une réforme fiscale, qui devait être présentée le lendemain du référendum. De concert avec les patrons et des dirigeants syndicaux, le gouvernement a laissé clairement entendre, à plusieurs reprises, que l'économie irait mieux après une vote positif en faveur de Maastricht.
La réforme fiscale présentée par le gouvernement a été durement critiquée par les deux partis d'opposition bourgeoise, notamment par les libéraux dirigé par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Uffe Ellemann Jensen, qui s'est carrément présenté comme le prochain Premier ministre. Le "compromis national" entre l'opposition bourgeoise et la coalition gouvernementale a éclaté immédiatement après le référendum.
La participation du Danemark à la CE va rester au centre des préoccupations politiques danoises. Jusqu'aux aux élections européennes de 1994, la plupart des débats de cette année vont être relancés. Lors des précédentes élections, en 1989, le Mouvement populaire contre la CE (MEP) avait remporté 4 des 16 sièges du Danemark. Bien que le vote du 18 mai ait révélé la faiblesse du contrôle des partis politiques traditionnels sur leur électorat quand il s'agit de la CE, il sera très difficile pour les mouvements contre la CE de retrouver ces quatre sièges.
Le MEP a connu une scission en 1992, trois de ses quatre députés européens le quittant pour rejoindre le Mouvement de juin, la principale formation anti-CE jusqu'au référendum du 18 mai 1993 — en principe, la différence entre les deux organisations est que le Mouvement de juin s'oppose au traité de Maastricht seulement et pas à la CE en tant que telle.
Ensuite - et cela fait aussi partie des raisons de la scission —, il est de plus en plus difficile d'unifier les opposants à la
CE sur la seule base du refus, étant donné que l'intégration européenne continue et que la CE s'avère être de plus en plus un élément constitutif de la réalité politique.
Enfin, bien que la Mouvement populaire ait été mis sur la touche lors de ce référendum, il est le seul à pouvoir participer aux prochaines élections européennes. Ce droit est conditionné par l'obtention de 60 000 signatures en moins d'un an, ou par la représentation au parlement danois. Le Mouvement de juin a commencé à recueillir des signatures, mais il est peu probable qu'il parvienne à 60 000, car sa campagne, essentiellement médiatique, n'a pas eu de véritable assise de masse. Il revendique 3 500 membres. Ainsi, tout dépendra d'une éventuelle démarche unitaire pour les prochaines élections européennes.
Pour ce qui est de Enhedslisten — une alliance rouge-verte qui réunit plusieurs forces politiques incluant le Parti socialiste de gauche (VS), le Parti communiste (DKP), le Parti socialiste des travailleurs (SAP, section danoise de la Quatrième internationale) et beaucoup de socialistes qui ne sont organisés dans aucun parti politique —, il sera impossible de rassembler 60 000 signatures. La seule éventualité serait coopérer avec les mouvements du non, ce qui poserait des problèmes politiques.
Les arguments des principaux mouvements du non se sont affinés depuis l'année dernière, en partie grâce à l'impact réel du référendum danois sur le reste de l'Europe. A l'époque, l'argument était que le Danemark pourrait être exempté de certaines obligations et permettre aux autres pays d'aller de l'avant.
Nouveaux référendums ?
Cette fois, c'était que le vote danois pouvait donner un coup d'arrêt à la construction de Maastricht et que de nouveaux débats devraient alors définir l'avenir de la collaboration européenne. L'Europe de Maastricht était accusée d'être fermée aux autres pays européens, d'être antidémocratique, centralisée et bureaucratique. Mais aucune alternative claire ne pouvait être avancée.
Il est possible aussi que le Danemark soit le théâtre d'un nouveau référendum dès 1997. Le traité de Maastricht envisage une conférence intergouvernementale en 1996 pour redéfinir l'avenir de la communauté. Beaucoup de débats ont tourné autour des prétendues exemptions accordées au Danemark par le sommet d'Edimbourg, parmi lesquelles le droit de rester en dehors de la politique de défense commune et la troisième phase de l'Union économique et monétaire. Pourtant, ces droits existaient déjà dans le traité de Maastricht. Ce qui est nouveau, c'est que les partis politiques se sont engagés à ce que, si une majorité parlementaire en venait à souhaiter la participation du Danemark à l'Union, ce choix soit approuvé par référendum.
Ainsi, si l'intégration européenne se poursuit sans gros problème, et s'il y a des pressions de la Communauté et de l'establishment pour aller dans ce sens, il y aurait un ou plusieurs référendums au Danemark dans les prochaines années. Ce qui est intéressant, parce que les prétendues exemptions d'Edimbourg ont été déterminantes pour convaincre les gens de
Un défi pour la gauche
Cette dernière campagne a permis à Enhedslisten de se faire mieux connaître, en tant que principale formation à la gauche de SF. Le soutien à cette alliance rouge-verte a augmenté dans les récents sondages d'opinions, certains indiquant plus de 2 % d'avis favorables, ce qui est indispensable pour avoir une représenta-
Enhedslisten a essayé de faire une campagne internationaliste dirigée principalement vers l'électorat des partis ouvriers : une importante rencontre internationale a été organisée à Copenhague les 23 et 23 avril 1993 (1) et un journal de campagne a été imprimé à 200 000 exemplaires, soulignant le besoin d'une alternative internationaliste à l'union de Maastricht. Cependant, notre campagne a été affectée par le fait que l'attention générale ait été détournée sur les exemptions possibles contenues dans les accords d'Edim-
Quoi qu'il en soit, l'alliance rouge-verte s'est renforcée, elle a augmenté son audience et ses chances d'avoir des députés lors des prochaines élections législatives, qui se dérouleront tenues en 1994. *
Copenhague, 21 mai 1993
1) Pour un compte rendu succinct de cette réunion, voir Inprecor 369 de mai 1993.