Après le vote sur les référendums du 18 avril, un nouveau gouvernement, présidé par l'ex-gouverneur de la Banque d'Italie, Carlo Azeglio Ciampi, a été formé en Italie. Il est soutenu par une majorité restreinte, composée des quatre partis gouvernementaux traditionnels (DC, PSI, PSDI, PLI), mais il bénéficie de l'abstention avec préjugé favorable du PRI, des Verts, du PDS (ex-PCI) et même de la Ligue du Nord. Ont voté contre, à gauche, Refondation communiste et, à l'extrême-droite, le MSI. La "Rete" (le réseau), qui considère le parlement illégitime, n'a pas participé au vote. En fait, il s'agit d'une sorte de gouvernement de solidarité nationale, avec une tonalité antiouvrière, qui pourrait marquer une transition vers des solutions conservatrices, voire réactionnaires plus solides. Franco TURIGLIATTO
'Italie n'échappe pas aux contradictions de cette phase de l'économique capitaliste ni à la récession internationale. Certes, la dévaluation de la lire d'environ 30 % par rapport aux monnaies fortes européennes, avec la sortie du SME, a rendu les produits italiens plus compétitifs et permis un développement considérable des exportations (de plus de 30 % vers les pays non européens et dans une mesure significative aussi vers les pays de la CEE). Mais cette augmentation des exportations n'a pas pu éviter une stagnation généralisée. Les prévisions indiquent pour 1993 une croissance du PNB de 0,3 % pour 0,9 % en 1992. La production industrielle a diminué de 4,5 % ces derniers mois par rapport à la même période de 1992 et on ne prévoit aucune amélioration pour l'avenir. Par ailleurs, si la dévaluation n'a pas relancé l'inflation, les raisons en sont assez claires.
ITALIE
Les salaires sont bloqués depuis le milieu de l'année dernière, à la suite de la suppression de l'échelle mobile et de la limitation drastique des contrats de travail complémentaires au niveau des entreprises,et leur croissance a été inférieure de 2 % au taux d'inflation, ce qui a entraîné une contraction de la consommation qui est à son tour un facteur de récession. Dans ce contexte, les données relatives à l'emploi restent très négatives : en 1992, 7 % des emplois ont été supprimés dans la grande industrie. Le taux de chômage avoisinerait les 11,2 % avec un pronostic de 11,6 % pour la seconde moitié de l'année.
Délitescence sociale
Nous avons ou nous aurons à court terme de 3 à 4 millions de chômeurs et chômeuses (les chiffres sont devenus assez. aléatoires car l'organisme officiel de statistiques a changé les critères de calcul pour "réduire" le nombre des chômeurs). Quant au chômage technique, il a augmenté de 45 % par rapport à l'année dernière.
Pauvreté, marginalisation, chômage menacent donc des couches de plus en plus larges de la population, en créant un climat d'incertitude et de malaise.
Du point de vue politique, le vote du 18 avril a représenté un succès incontestable pour la bourgeoisie (1) : la proposition de remplacer, en ce qui concerne le Sénat, le système électoral proportionnel par un système uninominal majoritaire a été acceptée à une majorité écrasante (82 %). La mystification, à laquelle s'est prêtée la quasi-totalité des dirigeants politiques, aidés par les médias, a consisté à faire croire que le changement du système électoral permettrait de résoudre tous les problèmes et en premier lieu de supprimer la corruption généralisée (2). Cette opération fait partie du projet de la bourgeoisie italienne de se doter d'un système politique qui garantisse un exécutif plus fort et autoritaire et un système de partis moins coûteux. C'est un projet visant à mettre fin au régime surgi à la fin de la guerre, qui a permis à l'opposition représentée par le PCI de conditionner les gouvernements en échange d'une gestion modérée de la lutte des masses. Il a commencé à se traduire dans la réalité, par ailleurs, dans la mesure où le mouvement ouvrier a subi ces dernières années de sérieuses défaites ;
1) Il y avait huit référendums, mais seulement deux ou trois avaient une importance politique. Le vote favorable à l'abrogation de la loi sur le financement des partis était donné d'avance. Avec une majorité relative de 55 %, a été supprimée également la loi sur les drogues dans les articles qui prévoient la prison et l'hospitalisation forcée des toxicomanes (c'était l'unique référendum à l'initiative de forces de gauche).
2) Nous ne revenons pas sur le problème de la corruption et des scandales qui fait la une de la presse italienne depuis plus d'an et qui représente, un axe de fixation de la crise d'ensemble du régime (voir à ce propos l'article "Italienne, la crise?", Inprecor n° 368, avril 1993). Il suffit de rappeler ici que l'ancien PCI, maintenant PDS, apparait désormais comme étant impliqué dans les scandales beaucoup plus qu'on ne le pensait il y a quelques mois.
ses structures organisationnelle sont très affaiblies, les masses n'ont entrevu aucune alternative sociale ou politique réelle à l'hégémonie des classes dominantes. Le PDS y a fortement contribué en conférant dans des milieux de gauche une crédibilité au projet bourgeois de renouveau par le truchement d'un changement de la loi électorale.
La crise gouvernementale de fin avril a été écourtée par la décision du président de la République (qui agit de plus en plus d'une façon semi-bonapartiste) de rejeter la demande de l'opposition de gauche (PRC et Rete), qui considère qu'un parlement dont 300 membres environ sont incriminés n'a plus de légitimité, et que de nouvelles élections législatives s'imposent à court terme. Ciampi, un catholique laïc qui a toujours sévi dans les bureaux de la Banque d'Italie, exprime au mieux la nature de classe du nouveau gouvernement et la volonté de la bourgeoisie d'assumer plus directement, par l'intermédiaire d'hommes de confiance, la conduite politique du pays. La composition du gouvernement est également significative dans la mesure où elle combine continuité et "nouveauté" dans un prétendu tournant politique. Les partis de gouvernement traditionnels (DC, PSI, PDS et PLI) continuent de jouer un rôle fondamental : la DC, par exemple, conserve les ministères les plus importants, l'Intérieur, les Finances, les Affaires étrangères et l'Education nationale, etc. D'autres ministres sont des "techniciens", c'est-à-dire des experts qui devraient garantir une gestion politico-administrative correcte en dehors des intérêts et des pressions des partis. En d'autres termes, ils devraient contribuer à l'effort du gouvernement en vue d'échapper aux pressions sociales, au conditionnement de la lutte des classes (3). Tourbillon gouvernemental
Dans la mesure où il se veut innovateur, le gouvernement Ciampi compte non seulement sur le soutien actif de la Confédération patronale (Confindustria), mais aussi sur le consensus bienveillant des Verts et du PDS, inexorablement happés dans le tourbillon gouvernemental. Il faut préciser qu'au début le PDS avait même accepté que trois de ses membres deviennent ministres. Il ne les a retirés que face à la vague d'indignation populaire qui a suivi le vote majoritaire à la Chambre des députés contre l'incrimination de l'ancien secrétaire socialiste Craxi, devenu le symbole de la corruption des partis. Pour sa part, la Ligue Nord, après avoir tiré à boulets rouges sur le nouveau Premier ministre, a changé d'attitude à la dernière minute en s'abstenant. En effet, le programme économique libéral du gouvernement correspond au sien et, par ailleurs, Ciampi, en tant qu'ancien gouverneur de la Banque d'Italie, jouit de la confiance de l'électorat petit et moyen bourgeois de la Ligue qui, ayant réussi à ne pas payer les impôts, a pu investir son argent dans les
Changement dans la continuité
Le programme du nouveau gouvernement est en totale continuité avec celui du gouvernement Amato, qui, soutenu par la Confindustria et la Banque d'Italie, avalisé par la bureaucratie syndicale et n'étant pas réellement contesté par le PDS, avait pu infliger des coups durs au mouvement ouvrier, en supprimant, rappelons-le, l'échelle mobile, mettre en œuvre des réformes ultra-libérales en matière de santé, de retraites, etc, et amorcé une privatisation de l'industrie publique. Ainsi, le programme de Ciampi, chaleureux partisan du traité de Maastricht, est déjà tracé :
- Réaliser sur-le-champ une nouvelle manœuvre fiscale au détriment des travailleurs pour récupérer 13 000 milliards de lires:
- Avancer la loi de finances au mois de juillet alors qu'elle était initialement prévue pour l'automne, dans le but de poursuivre et d'accentuer une politique d'austérité rigoureuse et de réduire le déficit public et l'endettement (qui reste supérieur à 100 % du PNB) ;
- Poursuivre la suppression des prétendues rigidités structurelles du marché de l'emploi et de l'activité des entreprises, en d'autres termes avoir les mains libres pour licencier et déréguler complètement le marché de l'emploi ;
- Favoriser l'intervention massive des capitaux privés dans la santé et dans le système de retraites ;
- Passer au stade opérationnel des ventes de patrimoines et des entreprises publics.
Malgré ce programme ouvertement pro-capitaliste, les trois organisations syndicales majoritaires (CGIL, CISL, UIL) ont appuyé le gouvernement, en participant avec enthousiasme à la privatisation du système de retraites.
Les travailleurs et les travailleuses doivent faire face à des attaques frontales : les sible de remettre en cause, pèsent lourd en termes économiques et sociaux. Le chômage engendre le découragement et la démoralisation. Les oppositions syndicales de classe ne se sont pas renforcées ni organisationnellement ni politiquement. Elles n'apparaissent pas comme des directions alternatives crédibles et n'ont pas retrouvé une capacité d'initiative capable de relancer le mouvement de masse.
La manifestation du 27 février ne pouvait à elle seule amorcer la reprise de la résistance ouvrière (4). Pour leur part, les trois confédérations — qui étaient favorables au référendum pour la suppression de la proportionnelle — ont appelé le 2 avril à une grève "générale" symbolique de quatre heures, dont la plate-forme n'avait aucun contenu revendicatif et était en fait conçue comme un instrument d'appui au gouvernement ! Les oppositions syndicales, tant internes qu'externes aux Confédérations, n'ont pas réussi à déjouer cette manœuvre bureaucratique, à élaborer une autre plateforme de lutte, ni à impulser une initiative mobilisatrice dans la durée.
Il est vrai que dans plusieurs régions, des luttes très dures se sont développées en défense des emplois : des mineurs de Sulcis en Sardaigne aux travailleurs d'Alenia, un grand groupe industriel de production d'armement et d'électronique de Naples et de Turin, ces luttes ont eu le soutien des populations du Sud. Mais elles sont restées isolées, sans aucune forme de coordination. Il n'est guère étonnant que, dans ces conditions, elles ne soient restées que des témoignages désespérés et se soient généralement conclues par des accords très défavorables, voire des défaites.
Des affrontements durs se préparent maintenant dans le grand groupe sidérurgique ILVA, auquel la CE impose des restructurations drastiques, ainsi que chez Alfa Romeo à Milan. Le projet de Fiat, qui avait absorbé il y a quelques années cette usine par une vente au rabais (à ce sujet les travailleurs du Cobas Alfa Romeo ont demandé à la justice d'enquêter), consiste à fermer cet établissement qui est connu pour ses grandes potentialités techniques de même que pour la combativité de sa classe ouvrière et de son avant-garde.
Les trois centrales syndicales sont entraînées depuis longtemps dans une dynamique d'intégration en profondeur au sein des mécanismes du système et de l'Etat bourgeois et ont complètement inté-
3) Le dirigeant de lopposition de la CGIL a écrit : « C'est un gouvernement qui est un reflet du pouvoir. (...) Le nouveau groupe aux affaires pour la bourgeoisie, par le biais des institutions, et une intelligentsia qui en a assumé le paradigme, c'est-à-dire le primat de l'entreprise capitaliste. de la compétitivité et du marché. (...) Les intérêts des classes dirigeantes ont été camouflés par le paravent de la technicité. Ainsi, les membres du gouvernement peuvent se sentir toujours moins représentants et toujours plus dirigeants ».
4) Le manifestation du 27 février avait été organisée par le Mouvement des conseils et avait eu un succès retentissant. Le PRC y avait largement contribué.
riorisé l'idéologie capitaliste du marché.
La liquidation des acquis ouvriers se fait au nom de l'exigence d'augmenter la productivité des entreprises italiennes face à la concurrence étrangère. En même temps, l'arrogance des bureaucrates envers les travailleurs n'a cessé d'augmenter : toutes les décisions sont imposées d'en haut, au mépris de toute démocratie syndicale.
Les syndicats en crise
La CISL et l'UIL ont connu et connaissent moins de contradictions. En revanche, la CGIL a eu plus de mal à gérer cette politique. Elle a une tradition différente de lutte de classes, sa base est plus active et militante et l'opposition en son sein dispose d'une audience réelle chez les travailleurs.
C'est pourquoi ses dirigeants doivent manœuvrer davantage, prendre parfois des initiatives, attribuer aux autres centrales la responsabilité de leurs capitulations (il ne faut pas rompre l'unité). En dernière analyse, elle se trouve aujourd'hui au milieu du gué : en s'étant présentée pendant des années comme l'expression du syndicalisme de classe, elle paie plus que les autres centrales son renoncement au conflit social et à la défense des intérêts des travailleurs et le déclin des luttes qui en résulte.
Elle doit, par ailleurs, faire face à une offensive, lancée par le secrétaire général de la
CISL, D'Antoni, qui a proposé de former un syndicat unique, d'orientation modérée, qui devienne une véritable institution du régime, en rompant définitivement avec toute approche de lutte de classe et en remplaçant tout rapport démocratique avec les travailleurs (le syndicat des conseils) par une délégation de pouvoirs totale à un groupe dirigeant où l'appareil de la CISL serait hégémonique.
La UIL, dirigée par Larizza, propose une autre version de cette conception du syndicat-institution : un syndicat qui soit le soutien du regroupement progressiste démocratique qui devrait voir le jour et qui opère comme un lobby interne visant à assurer ses militants des sièges parlementaires et des responsabilités politiques. La direction de la CGIL ne peut et ne veut pas opposer à ces propositions l'idée celle d'un nouveau départ pour le syndicalisme combatif, lutte de classes. Elle doit défendre les intérêts de son appareil, mais la dynamique de la situation politique la pousse a s inscrire dans le projet de syndicat unique de D'Antoni et Larizza, même s'il est difficile de prévoir les échéances de cette opération qui s'esquisse.
Essere Sindacato, l'opposition interne à la CGIL, n'a pas su construire depuis l'automne une politique adaptée aux difficultés de la période politique et sociale. Son initiative alternative décline. Elle n'a pas eu la force, ni, dans sa majorité, voulu se tourner directement vers les masses ouvrières en passant outre les appareils, et en rompant si nécessaire, la discipline de la Confédération. A l'intérieur, quelques uns de ses secteurs ont choisi d'autolimiter les initiatives, dans l'espoir, vain au
Ven
Sériest
demeurant, de construire une nouvelle majorité avec des morceaux de l'appareil au sommet en rapport avec le PDS.
En ce qui concerne le Mouvement des conseils, qui a été à l'initiative de quelques mobilisations importantes et en particulier de la manifestation du 27 février, il faut souligner qu'il s'agit d'un phénomène totalement différent de ce qui s'est passé dans les années 70 et au début des années 80. Le Mouvement des conseils d'aujourd'hui est avant tout un secteur syndical, composé à 90 % de militants de la CGIL et s'identifiant dans une large mesure avec Essere sindacato. Il est très rare que le sigle unitaire CGIL-CISL-UII reflète une réalité de masse et d'auto-organisation comparable à celle d'il y a une dizaine d'années, pour ne pas remonter plus loin. Dans la plupart des cas, les conseils n'ont pas été réélus depuis des années et les rouages électoraux sont tels qu'ils garantissent une représentation artificielle de représentants des appareils.
La manifestation du 27 février avait fourni une nouvelle occasion de construire et radicaliser les conseils sur les lieux de travail. Mais ces possibilités n'ont pas été exploitées jusqu'ici. En plus des difficultés objectives terribles, un autre obstacle réside dans les orientations majoritaires de la coordination nationale des conseils. Il s'agit d'orientations qui visent essentiellement à influencer la politique du groupe dirigeant de la
CGIL, dans la vieille optique, vouée à l'échec, d'instrument de pression sur les sommets, et qui, en fait, subissent lourdement le conditionnement de l'appareil syndical "de gauche" de la Confédération. Ainsi, les mêmes gens qui avaient voulu limiter l'initiative de
Essere Sindacato, n'ont pas du tout cherché à développer les potentialités du mouvement des conseils.
Hors des centrales
En ce qui concerne les secteurs extérieurs aux syndicats traditionnels, il existe deux sortes d'attitudes :
d'abord, certains, comme la
FLMU, issue d'une scission des métallurgistes de la
CISL, et la Rappresentanze di Base (RDB), ont dénoncé le caractère réactionnaire de la politique des CISL-CGIL-
UIL, mais sont restés en dehors du mouvement de l'automne en désertant même par la suite les mobilisations de masse et en contribuant ainsi au déclin du mouvement.
Ensuite, les COBAS des secteurs industriels, surtout ceux des deux grandes entreprises milanaises Alfa Romeo et
Ansaldo et celui d'Alfa Romeo de Pomigliano (près de Naples) ont donné naissance à une structure nationale, Sindacato
Lavoratori Autoorganizati (SLA) qui ne se profile pas comme un véritable syndicat, mais comme une structure de coordination et surtout de promotion de l'auto-organisation des travailleurs, préalable à la création d'un nouveau syndicat de classe et de
masse. Le SLA a un enracinement réel dans certains cas, mais reste une force minoritaire. Ce secteur syndical a été à la tête des initiatives de l'automne, a participé à toutes les mobilisations, y compris celles appelées par la bureaucratie, et a recherché en général, l'unité d'action avec les autres oppositions syndicales. Il n'a toutefois pas pu intégrer le mouvement des conseils car ceux-ci, selon leur orientation majoritaire, n'ont pas voulu les admettre, préférant s'en tenir au schéma étroit CGIL-CSIL-UIL, alors que celles-ci ne représentent plus l'ensemble des travailleurs.
Référendums et résistance ouvrière
Le PRC, le Mouvement des conseils et les oppositions syndicales cherchent à relancer le mouvement social par le recueil de signatures pour l'abrogation des trois lois de l'ancien gouvernement Amato : la contre-réforme sur les retraites, celle sur la santé, la loi sur la liquidation du patrimoine public de l'environnement. Un quatrième référendum concerne l'article 19 du Statut des travailleurs — adopté au début des années 1970 — qui a trait à la représentation syndicale dans les entreprises et qui confère aux appareils CGIL, CISL et UlL le monopole de la représentation, en empêchant, en fait, les travailleurs de prendre part activement aux décisions qui
La CISL, l'UIL et la majorité de la CGIL sont contre ce référendum, même si certains secteurs d'appareils de la CGIL sont favorables à un soutien timoré. Sur ce terrain, des divergences sont apparues entre les conseils et le COBAS. Les conseils recueillent les signatures sur deux formules, l'une qui prévoit l'abolition pure et simple du monopole des appareils bureaucratiges, l'autre qui n'en modifie que la forme. Les Cobas et le SLA recueillent les signatures en soutien de la première formule.
Parallèlement, la direction de la CGIL recueille des signatures pour un projet de loi d'initiative populaire portant sur la représentation syndicale, qui corrige certaines normes sans toucher pour autant à l'essentiel. La situation est donc bien confuse, et il est difficile de prévoir quel en sera l'aboutissement. Les exigences du mouvement de masse et les préoccupations politiques des cadres syndicaux les plus conscients peuvent être résumées en quelques points. C'est sur ce terrain qu'on vérifiera s'il est possible de riposter au défi du gouvernement Ciampi :
1) La capacité des avant-gardes et des travailleurs des entreprises en lutte pour la défense de l'emploi à ne pas rester isolés, de se lier aux autres, de pouvoir recourir aussi à des formes de luttes plus dures, comme l'occupation d'entreprises, de construire une solidarité plus large entre les travailleurs et dans la société.
2) Une relance de l'initiative de Essere sindacato pour favoriser d'abord la coordination des travailleurs qui luttent aujoud'hui, pour renforcer l'opposition au sein de la CGIL et pour construire en parallèle les liens et l'unité d'action avec le syndicalisme autonome. C'est sur le terrain de la construction d'une plate-forme de lutte avec tous ceux et toutes celles qui sont disposés à agir pour reconstruire la résistance sur les lieux de travail qu'on doit mesurer aussi l'activité du Mouvement des conseils, en se donnant pour objectif leur réactivation des conseils et en refusant les conditionnements par les appareils.
Relancer l'unité d'action
3) Dans ce cadre d'une relance de l'unité d'action de l'opposition lutte de classe et de la coordination des luttes, on pourra avancer l'idée et impulser des initiatives pour une lutte généralisée en défense de l'emploi et pour la réduction du temps de travail sans perte de salaire. En Italie, la dernière réduction du temps de travail remonte à 1970. Depuis lors, la productivité industrielle a augmenté de 1,8 % par an en provoquant une augmentation massive croissante de chômage. Simultanément, il faut avancer l'exigence d'une augmentation forfaitaire des salaires qui compense la suppression de l'échelle
4) Les oppositions syndicales doivent riposter au projet conservateur de "syndicat unique". Défendre la CGIL en tant que rempart du syndicalisme lutte de classe ne relève pas seulement de l'utopie, mais n'est pas crédible du tout. La bataille à l'intérieur de la CGIL doit être menée jusqu'au bout. Mais ce n'est pas suffisant.
Le risque est grand qu'une fois la direction de la CGIL happée par le tourbillon conservateur, il n'y ait pas les forces capables de proposer un programme alternatif et que l'opposition de gauche soit réduite à un rôle marginal voire à construire un syndicat minoritaire.
Le développement de l'unité des oppositions et leurs initiatives unitaires sont des outils pour préparer les conditions sociales de lutte et les conditions politiques préalables à la formation d'un groupe dirigeant alternatif assez consistant, qui, au moment où éclatera la crise syndicale, puisse impulser la réalisation d'une large Constituante démocratique, organisée en partant de la base, avec des racines de masse, et capable de d'opposer au syndicalisme de sommet de D'Antoni.
Le passage à un système politique moins démocratique et la situation de crise du mouvement ouvrier et syndical posent des problèmes énormes à un parti comme le PRC. Jusqu'ici, celui-ci a surtout été (et il a su le faire même avec résolution et cohérence) le parti de la résistance sociale et politique, réaffirmant la nécessité prise dans son sens générique — de reconstruire une force communiste.
Aujourd'hui il est appelé à donner une portée concrète au nom qu'il s'est donné, par l'élaboration d'une stratégie anticapitaliste, et à passer de la résistance à la capacité de reconstruire des pans du mouvement de masse et du mouvement ouvrier, de discuter et d'élaborer une ligne politique et stratégique à la hauteur de la situation. C'est l'enjeu du débat prépratoire pour son prochain congrès qui devrait se tenir en automne.
Rome, le 16 mai 1993 ERRATUM uelques erreurs se sont involontairement glissées dans l'article de Winfried Wolf, "Une crise faite maison" du dossier économique du numéro 368 d'Inprecor.
A la page 21, (la fin de Porsche ?), à la place de « Porsche traverse une crise et ne finira pas l'année comme producteur indépendant » il fallait lire « ne finira probablement pas l'année, du moins en tant que producteur indépendant ». Page
22, à la place de « Cela représente 10 % du PNB », il fallait lire « La dette publique allemande atteindrait dans ce cas
100 % ». Dans le paragraphe "La tentation du cavalier seul", pages 22-23, après « Kartte a ouvert un bureau de conseiller économique », la mention « à
Moscou » a été omise. Enfin, Daniel
Godevert ("se battre les yeux ouverts", page 23), n'est pas « président de Volkswagen » mais membre de la direction. *
La rédaction