Le convoi ouvrier pour la Bosnie, organisé à l'initiative d'une série de groupes révolutionnaires britanniques dans lesquels les militants de la Quatrième Internationale ont joué un rôle moteur, a remporté un franc succès. Les quatorze camions, dont dix en provenance de Grande-Bretagne, deux de Suède et deux d'Italie, sont arrivés à Jesenice, en Slovénie, et ont déjà commencé à distribuer l'aide aux réfugiés bosniaques en Croatie.
Le convoi a reçu le soutien des syndicats slovènes et soixante personnes l’accompagnent à ce jour, dont des militants britanniques, suédois, danois, belges et italiens de la Quatrième Internationale. La campagne du Convoi ouvrier pour la Bosnie défend le droit à l’existence d’une Bosnie multi-ethnique et apporte un message de solidarité au peuple bosniaque.
Le convoi a eu un retentissement important en Grande-Bretagne et dans le reste de l’Europe. Il est arrivé en France après un tour de la Grande-Bretagne qui a été couronné de succès — et qui a culminé par une visite au congrès de la centrale syndicale britannique, le Trade Union Congress (TUC), le 9 septembre 1993.
Le convoi s’est alors scindé en deux de façon à traverser davantage de pays, mais malgré cela il n’a pas été possible de répondre aux demandes provenant de toute l’Europe. Les organisateurs avaient même envisagé de renoncer à passer dans certaines villes de l’itinéraire prévu tant les camions étaient pleins et l’emploi du temps chargé. Mais cela a pu être évité grâce à l’enthousiasme rencontré localement. À Brescia, en Italie, l’ensemble de la gauche s’est unie autour de la campagne, y compris le Parti de la gauche démocratique (PDS, ex-communiste) et une cinquantaine de syndicats, et a organisé ses propres camions pour qu’ils accompagnent le convoi.
Le moral était haut et, à mesure que le convoi traversait l’Europe, les équipes se sont mieux organisées et ont été plus soudées. Jusqu’à présent la campagne a permis de recueillir 70 000 livres sterling (soit 602 000 francs français) en liquide et de l’aide en nature pour plusieurs dizaines de milliers de livres. Le convoi avait accepté d’acheminer 2 000 tonnes de biens collectés par l’Aide islamique de Grande-Bretagne, à condition qu’ils soient distribués à toutes les composantes de la population de Tuzla — Musulmans, Serbes et Croates.
À Paris, le Parti communiste a accordé à cette campagne un stand gratuit à la fête de l’Humanité (son imposant rassemblement annuel). La Confédération générale du travail (CGT) a autorisé une collecte directe lors de son congrès, ce qui est sans précédent. Le maire de Montreuil, en banlieue parisienne, a offert un hangar permanent pour stocker l’aide.
Des négociations sont en cours pour mettre sur pied un entrepôt similaire à Berlin. Les membres du Convoi ouvrier pour la Bosnie ont même établi un bureau permanent à Jesenice ; il y aura de plus un entrepôt, une permanence et un compte en banque de façon à ce que les groupes de solidarité des pays lointains puissent envoyer de l’argent. Étant données les réactions positives qu’ils ont suscitées, certains camions du convoi traverseront directement la Slovénie et devront revenir pour collecter de l’aide supplémentaire.
Renforts scandinaves
Le 15 septembre 1993, le convoi a été rejoint à Berlin par deux semi-remorques venus de Scandinavie. Ces deux véhicules ont parcouru la Suède et le Danemark et se sont adressés au syndicat équivalent du TUC au Danemark avant de partir pour Berlin. L’équivalent de 70 000 francs a été récolté au Danemark, et en Suède, le convoi a recueilli 90 000 francs en plus des dons en nature.
À Courtrai, en Belgique, la portion « septentrionale » du convoi a tenu une conférence de presse très médiatisée et a même eu droit aux honneurs de la télévision. En Hongrie, le Syndicat national des mineurs et le Parti socialiste ont accepté de soutenir l’initiative et une série d’initiatives ont été organisées pour cette semaine. Le trajet du convoi a inclu les villes de Lille, Liège, Courtrai, Anvers, Oberhausen, Hambourg, Cologne, Berlin, Vienne, Graz, Paris, Charleroi, Nancy, Strasbourg, Bâle, Genève et Brescia.
Au même moment, la Solidarité irlandaise avec la Bosnie a organisé un soutien au convoi. Les postiers irlandais ont réussi à faire diffuser l’information par la Poste et des membres du Syndicat national des journalistes (NUJ, syndicat qui organise les journalistes en Grande-Bretagne et en Irlande) ont convaincu la Radio-télévision d’État irlandaise de ne plus désigner la Bosnie comme un État islamique et de parler de Bosnie « multi-ethnique ».
Internationalisme des travailleurs
Politiquement, la campagne a eu une signification énorme. La coopération du Parti communiste français, le soutien du parti socialiste hongrois et du PDS à Brescia pour un convoi qui ne se contentait pas d’apporter de l’aide matérielle mais qui était porteur d’un message de soutien à « l’État multi-ethnique de Bosnie » et de solidarité avec ses habitants, est une percée remarquable pour une campagne lancée par des petits groupes politiques britanniques.
Ce qui donne toute sa signification à ce convoi, c’est qu’il est une tentative consciente de reconstruire l’internationalisme des travailleurs. Des discussions ont actuellement lieu pour transformer l’initiative du Convoi ouvrier pour la Bosnie en cadre de travail permanent de la solidarité internationale.
Une conférence internationale se tiendra à Manchester les 30 et 31 octobre 1993. La seconde journée se tiendra un meeting international de soutien au Convoi ouvrier. En tous cas, l’initiative de solidarité se poursuivra tant que durera la guerre en ex-Yougoslavie.
Londres, le 24 septembre 1993