contraintes : d'une part, les sommes seraient sans commune mesure avec le plan Marshall de 1948 et, de l'autre, l'ennemi commun à toutes les puissances capitalistes, l'Union soviétique, a disparu. L'incitation à s'entendre pour défendre les intérêts communs des capitalistes n'existe plus. Du coup, les divergences d'intérêts entre les différents capitalistes l'emportent, dans l'exacerbation de la concurrence internationale.
Nouveau partage du monde
La lutte pour un nouveau partage du monde, sur la base du déclin relatif de l'impérialisme américain, se met en place. L'Allemagne, de par son unification, et en construisant sa zone d'influence en Europe de l'Est, devient, comme le Japon, une des grandes puissances économiques et politiques, et veut accéder au leadership mondial. Pour ce faire, elle n'a plus besoin de l'appui de la France. Elle est, comme le Japon, candidate au Conseil de sécurité de l'ONU. Si ces deux puissances sont élues, ce sera la fin de la période politique ouverte à la suite de la Seconde Guerre mondiale : les vaincus deviendront des grandes puissances politiques.
L'échec de l'Uruguay Round ainsi que celui du groupe des Sept à définir une politique commune de relance révèlent la crise profonde de l'impérialisme. Une nouvelle économie dominante n'est pas encore née. *
Octobre 1993
AFRIQUE Pouvoir blanc Le 15 octobre 1993, le comité Nobel a décerné son prix pour la paix à Nelson Mandela et à Frederick De Klerk. Cette récompense reflète la satisfaction des principales puissances impérialistes à propos du cours des négociations et leur confiance dans le fait que les deux dirigeants vont continuer à faire les concessions et compromissions nécessaires pour permettre que les élections non-raciales du 27 avril 1994 viennent couronner le processus. Mark HARPER our la majorité noire, pour-
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tant, la nature des compromis passés dans ces négociations rendront les élections plus symboliques de la liberté que de nature à donner des pouvoirs réels pour transformer la société.
C'est peut-être parce que la conscience de cette réalité commence à se répandre que le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) a appelé à une grève générale pour la mi-novembre afin de s'opposer à certaines dispositions émanant des négociations.
La remise du prix Nobel a eu lieu la veille de l'adoption par le Parlement blanc de quatre lois permettant la mise sur pied d'un Conseil exécutif de transition (TEC), d'une commission électorale, d'une commission sur les médias et d'une autorité sur la radio et la télédiffusion, toutes trois indépendantes. Pour le Congrès national africain (ANC) et son président, c'était le signal que la transition post-apartheid était désormais irréversible, et immédiatement, Mandela a lancé un appel aux Nations-Unies pour la levée de toutes les sanctions non-nucléaires et militaires.
Les quatre lois précédentes prendront effets dès que la Constitution provisoire et la Charte des droits (1) auront été adoptées par les négociateurs et ratifiées par le Parlement. Pour l'instant, la réponse du mouvement de masse a été mitigée. Alors que la seule opposition conséquente à ces accords est venue de la droite dure, il n'y a
DU SUD quite at tin ?
STRIK
WILL BAC
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DESYRATERAL
BUKING
pas eu grand enthousiasme pour ce qui a été jusqu'à présent réalisé dans les négociations. Cela fait plus de trois ans qu'elles durent et, exception faite des cas de crise aigüe, les informations sur les discussions, les points d'accord ou sur les implications des accords ont été si rares que l'immense majorité en ignore tout.
Mauvais augure
David Welsh, un scientifique, politologue libéral de premier plan, et fervent défenseur du processus de négociation, affirme que « c'est une anomalie remarquable que les débats du Forum de négociation n'aient pas été publiés à la manière de ceux du Parlement. Des législations de première importance sont sur le point d'être adoptées précipitamment par le Parlement sans que l'opinion publique n'ait eu la possibilité de se pencher sur les lois et les principales questions en débat. Tout comme la Conférence pour une Afrique du Sud démocratique (CODESA), le Forum multipartite risque de devenir un club privé. Cela augure mal du style de gouvernement qui nous attend dans l'avenir. » (2)
Pour leur part, les populations opprimées savent ce qu'elles vivent continuelle-
1) Il s'agit d'une charte ayant valeur de fondement constitutionnel quant aux droits de la personne humaine sans discrimination, mais portant aussi sur le droit de propriété.
2) Cape Times, 7 octobre 1993.
ment : la violence permanente, les privations et la dégradation rapide du tissu social dans les ghettos.
Ce que l'on sait moins, par contre, c'est que la prétendue Assemblée constituante qui verra le jour à l'issue des élections du 27 avril prochain, sera liée par 27 principes constitutionnels d'ores et déjà adoptés pendant les négociations. Toute décision que l'"Assemblée constituante" voudra prendre sera examinée par une cour constitutionnelle afin de s'assurer qu'elle ne contredit ni la lettre ni l'esprit de ces principes. Bien que cette cour constitutionnelle n'ait pas encore été mise sur pied, il est évident qu'elle sera composée en grande majorité de juges de l'ancienne cour suprême et de membres du barreau officiel. En d'autre termes, par des gens qui ne seront pas très sensibles aux besoins et intérêts des travailleurs noirs ou à ceux des pauvres de la campagne.
Pas le pouvoir de la majorité
La Constitution intérimaire qui sera en vigueur pendant la législature de l'"Assemblée constituante" et jusqu'à l'adoption d'une nouvelle constitution, impose une majorité importante pour que des décisions soient prises. Il est par conséquent probable que les petits partis vont se liguer afin de bloquer toute décision controversée que le parti majoritaire voudrait faire passer.
Cela signifie que la constitution qui a été négociée par le Forum multipartite, auquel personne n'a été élu, sera finalement adoptée, peut-être avec des changements mineurs, comme constitution définitive du pays.
Ainsi, l'instance de négociation aura dépouillé '"Assemblée constituante" de sa souveraineté.
en faisant une assemblée formelle privée de tout contenu réel.
Il a également été conclu qu'un gouvernement d'unité nationale sera au pouvoir pour au moins cinq ans ; tous les partis ayant obtenus au moins 5 % aux élections y seront représentés. Même si l'ANC et ses alliés remportaient ces élections haut la main, il pourraient rencontrer des obstacles considérables pour mener leur propre politique même lorsque celle-ci ne serait pas explicitement en contradiction avec les principes constitutionnels. En clair, le Parti national (NP), l'extrême-droite et le Parti de la liberté/Inkhata de Buthelezi pourront faire obstruction à tout programme social progressiste qu'un gouvernement de l'ANC voudrait mettre en des éléments de fédéralisme et de régionalisme. Au départ, les commentateurs ont
Monday
19 April
Come to the funeral service
09h00 FNB Stadium bien senti que la volonté du Parti national (NP) d'aboutir à un système fortement fédéral et régional était une tentative supplémentaire pour restreindre les pouvoir de l'Assemblée constituante et d'exercer dans cette forme un droit de veto. Pourtant, les dispositions sur les pouvoirs du gouvernement régional n'empiètent pas, en fin de compte, de façon exorbitante sur ceux du gouvernement central. Leurs prérogatives ne vont, en fait, pas beaucoup plus loin que celles des anciens Conseil provinciaux
La Constitution intérimaire contiendra prépondérant.
DAY OF MOURT TE
CHRIS
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Un manifestant lors de l'enterrement de Chris Hani, dirigeant de l'ANC assassiné le 10 avril 1993 blancs. Les secteurs où les gouvernements régionaux ont les pleins pouvoirs concernent plutôt des affaires mineures comme le tourisme, l'urbanisme, etc. Sur des questions comme le logement, l'éducation, l'agriculture et la police, le centre et les régions ont des pouvoirs concurrents, et là où il y aura conflit, l'avis du centre sera
Le danger que représente l'accord conclu sur la question des gouvernement régionaux, est la manière dont les frontières régionales coincideront avec les découpages et les ambitions
"ethniques". Pour l'instant, un découpage en neuf régions est en projet ; il s'agit du Western
Cape, du Northern Cape, de l'Eastern Cape, du Natal, de la région Pretoria-Witwatersrand-
Vereenigi (PWV), du Nord- ouest Transvaal, de l'Etat libre d'Orange, du Northern Transvaal et de l'Eastern Transvaal.
Au nom du "partage du pouvoir"
Les négociations se poursuivent sur les frontières et les pouvoirs des régions ; De Klerk a promis à Buthelezi qu'il ferait son possible pour arracher un maximum de pouvoirs et de décentralisation pour les gouvernements régionaux. Cela pourrait permettre à Buthelezi de revenir dans les négociations officielles et constituer un moyen de satisfaire la volonté de membres du cabinet De Klerk pour un lien plus étroit avec l'Inkhata. Les membres de la direction du NP ne maintiendront leur option en faveur du régionalisme que si l'Inkhata fait un geste en leur faveur au niveau électoral. Jusqu'à présent, en effet, De Klerk semblait prêt à sacrifier une partie de l'option fédérale sur l'autel du partage du pouvoir avec l'ANC.
De même que pour sa revendication d'Assemblée constituante, l'exigence initiale de l'ANC de gouvernement de transition a vu son contenu rapidement édulcoré. Le gouvernement intérimaire était censé remplacer le gouvernement du NP dans la période de préparation d'élections démocratiques. Bien que ses premières
3) Le parti Inkhata exerce un strict contrôle sur le bantoustan Kwazulu. Il s'agit d'une force conservatrice et réactionnaire qui permet à une couche dirigeante zoulou d'exploiter les avantages socio-économiques de l'apartheid.
tâches auraient consisté à « préparer le terrain », c'est-à-dire à permettre la libre activité politique et à veiller à ce qu'aucun parti ne soit privilégié en raison de son influence sur les médias, il s'agissait également de gouverner le pays pendant la période de transition. A sa place, le Comité exécutif de transition (TEC), alors qu'il préfigure le partage du pouvoir tel qu'il devrait avoir lieu après les élections, ne remplace pas l'actuel gouvernement du NP. Son rôle est limité pour l'essentiel au "contrôle" de ce gouvernement et ne il ne l'exercera que conjointement avec le cabinet réellement existant.
Le TEC sera composé d'un représentant de chaque parti ayant pris part au processus de négociation et qui acceptera de se soumettre à son autorité. Ainsi, le Congrès panafricaniste (PAC) bien qu'ayant participé activement aux négociations et étant favorable à la mise sur pied du TEC, ne sera pas représenté en son sein, ni dans aucune de ses sous-instances parce qu'il refuse encore de soumettre sa branche armée, l'Armée populaire de libération d'Azanie (APLA) au contrôle du sous-conseil à la Défense du TEC (4).
Pour que le TEC prenne des décisions, il faut 75 % de "pour". Or, trois de ses sept sous-comités — à la Défense, aux Renseignements et à la Loi et l'ordre — compteront huit membres et ne prendront de décisions qui si 80 % de leurs membres sont en accord. Cela signifie qu'il faut 6,4 membres pour adopter une décision. Le NP, qui y sera représenté avec au moins un membre aura donc virtuellement droit de veto dans ces sous-comités. Pour donner un exemple, dans le cas où De Klerk décrèterait l'Etat d'urgence, il faudrait 80 % des voix dans le sous-comité correspondant pour annuler cette décision.
Le TEC n'a donc rien à voir avec le gouvernement intérimaire que l'ANC appelait de ses vœux au début des négociations. Néanmoins il y aura un certain partage du pouvoir en son sein. Dans la plupart des cas, le gouvernement sera contraint de prendre des décisions à contre-cœur de peur de s'aliéner l'ANC ou d'autres partis. Avant même l'avènement du TEC, le gouvernement consulte déjà l'ANC sur de nombreuses décisions importantes et dans certains cas recherche même activement son soutien.
Le gouvernement a, par exemple, récemment déclaré certaines régions de l'East Rand, dans le Transvaal, zones de troubles et y a envoyé l'armée pour y faire cesser les violences. De Klerk a d'abord obtenu l'accord de Mandela avant d'entreprendre ces mesures. Ce n'est que lorsque ce dernier a essuyé le feu de la critique des militants de base des townships concernés
- qui ont été les cibles de la répression des Forces armées sud-africaines (SADF) — qu'il a pris ses distances avec le déploiement de l'armée. Un exemple encore plus récent et plus significatif d'initiative conjointe entre le gouvernement et l'ANC est celui d'une délégation incluant des membres du cabinet et des hautes sphères de l'ANC, qui a négocié le plan de rééchelonement de la dette publique et qui a formulé la demande de prêt au Fond monétaire international (FMI) — il s'agit d'un prêt de 850 millions de dollars destiné officiellement à combattre la faim, mais en réalité affecté au paiement de la dette.
Toujours au pouvoir
Il y a eu par contre deux autres exemples récents où le gouvernement a ignoré l'opposition de l'ANC et d'autres secteurs du mouvement populaire et a fait du "passage en force". Le gouvernement a contré une décision du Forum économique national (NEC) demandant que l'augmentation de 7 % du prix du pétrole soit repoussée à décembre, et ré-examinée (5). Pourtant, malgré la menace d'une action de masse, le gouvernement a imposé cette hausse immédiate. Il a ensuite unilatéralement signé un contrat pour la production de téléphone sans fil ; et ce malgré l'opposition véhémente de l'ANC et du COSATU qui voulaient que la question du téléphone sans fil rattachée au débat du TEC
Une autre démonstration de l'autorité maintenue du gouvernement du NP a été la décision de faire un raid sur une maison à Umtata dans le Transkei, censée être une cache de l'APLA, attaque qui s'est soldée en fait par la mort de deux enfants et de
Les négociations se poursuivent malgré le retrait des partis de droite ; l'Inkhata a claqué la porte en juin 1993, pour protester contre la façon dont la date du 27 avril a été retenue pour les élections. Le Parti conservateur (CP) et le Front populaire afrikaner — une structure regroupant des organisations d'extrême droite nent également plus part aux négociations de Kempton Park. La sortie des négociations des gouvernements des bantoustans du Bophutatswana et du Ciskei a permis la naissance d'une nouvelle alliance à droite, appelée "Alliance de la liberté", qui rassemble tous ces partis et groupes de pres-
Etant donnée la volonté commune du gouvernement et de l'ANC d'obtenir un soutien large pour un règlement négocié et d'éviter la crise de légitimité après les élections, les propositions élaborées par les négociateurs de Kempton Park sont discutées pied-à-pied avec l'Alliance de la liberté. Il semble que ce double processus de discussion devient la règle : les négociations continuent à Kempton Park et des consultations bilatérales ont lieu avec l'Alliance.
Tandis que De Klerk s'évertue à faire revenir l'Inkhata de Buthelezi dans les négociations, l'existence de l'Alliance de la liberté en dehors du processus, et qui menace de déclencher la guerre civile, s'avère un levier très efficace pour arracher des concessions supplémentaires à l'ANC.
La violence toujours
La guerre de basse intensité continue à . prélever son tribut quotidien de 18 morts en moyenne. En août 1993, 350 personnes ont été tuées rien que dans la petite région constituée des townships de Katlehong, Thokoza et Vosloorus dans le Transvaal. Alors que l'épicentre des violences est aujourd'hui localisé dans l'East Rand, elles n'ont pas pour autant diminué au Natal, où le nombre de victimes est resté pratiquement constant depuis 1990.
Des changements ont pourtant eu lieu parmi les responsables de ces violences. Il est évident que le gouvernement du NP avait mis en place une stratégie de guerre de basse intensité pour affaiblir le mouvement de masse, mais il semble aujourd'hui qu'il a joué les apprentis sorciers : les forces d'extrême droite basées dans l'appareil de sécurité semblent poursuivre cette stratégie de façon plus ou moins indépendante.
Le NP et l'ANC ont tous deux compris que les investissements étrangers et le reprise économique resteraient limités tant que la violence restera à ce niveau et font des efforts désespérés pour l'enrayer.
Mandela a récemment affirmé, devant le Congrès sur le Développement économique mondial, que ce haut niveau des violences dissuaderait les investisseurs et que, pour l'ANC, la première priorité serait de tout faire pour contenir les troubles. Ceci passe par le soutien aux opérations de sécurité menées dans les townships de l'East Rand et par une coopération avec les forces de sécurité. Or ironiquement, la police et l'armée dirigent leur intervention contre la base sociale du mouvement populaire, contre les unités d'autodéfense et les bastions de l'ANC, notamment.
Le niveau de violence, qui préfigure
4) Le PAC est une scission de l'ANC de la fin des années 50. Il a connu une certaine croissance dans la dernière période en usant d'une rhétorique radicale contre les négociations. Il est, en réalité, trés divisé sur la question.
5) Le NEC a été mis sur pied par le gouvernement et les syndicats afin de négocier la restructuration et la politique économique post-apartheid.
des possibilités de guerre civile plus intense, a exercé une pression sur l'ANC pour qu'il fasse d'avantage de compromis favorables à l'establishment blanc. Parmi ceux-là, on compte l'accord qui stipule que tous les fonctionnaires garderont leur poste après les élections générales d'avril 1993.
Cette garantie de l'emploi s'appliquera dans tous les secteurs, même dans les appareils gouvernementaux du Transkei, du Bophuthatswana, du Venda et du Ciskei et dans autres bantoustans. C'est sans doute pour atténuer la colère du mouvement de masse qu'une politique de "discrimination positive" doit être mise en place pour assurer que d'avantage de Noirs soient intégrés à la fonction publique. Il a été aussi conclu qu'une clause interdisant la "vendetta" contre les fonctionnaires serait inscrite dans la Constitution intéri-
Cet accord a pour origine un document intitulé Sunset Clauses, signé par le président de Parti communiste d'Afrique du Sud (SACP), Joe Slovo, et qui affirmait que l'ANC et le SACP doivent être préparés à passer des compromis substantiels avec le régime pour éviter une guerre civile ouverte.
Vers la grève générale ?
L'encre de l'accord sur cette affaire des fonctionnaires avait à peine eu le temps de sécher que le nouveau comité exécutif central du COSATU planifiait une grève générale le 15 novembre 1993 afin de s'opposer à cette clause ainsi qu'à un aspect de la Charte des droits qui autoriserait les patrons à lockouter les travailleurs. Cette décision a pris l'ANC et le SACP totalement par surprise à un moment où ils étaient partie prenante des accords et donc opposés à l'action du COSATU. Une réunion hâtivement convoquée entre les directions de ces trois organisations n'a rien réglé du différend. Quoi qu'il en soit, Trevor Manuel, dirigeant du département économique de l'ANC a mis en garde contre le fait que la grève prévue serait aussi désastreuse que le raid militaire à Umtata, pour attirer les investisseurs étrangers en Afrique du Sud.
Nous ne répéterons pas ici les analyses sur le rapport de force en Afrique du Sud (4). Il suffit de rappeler que la chute des régimes bureaucratiques en Europe de l'Est et l'épuisement du soulèvement de 1984-87 se sont combinés pour produire une perspective négative et même défaitiste parmi les dirigeants de l'ANC et du SACP, vision dans laquelle un compromis historique avec le régime nationaliste blanc — où l'appareil d'Etat restera au main des afrikaners conservateurs et le pouvoir économique dans celles des monopoles — est considéré comme inévitable. Beaucoup de ceux qui, à gauche, ont suivi la situation politique en Afrique du Sud, étaient très optimistes quant à la possibilité de solutions radicales au conflit.
Même au plus fort de la répression sous Pieter Botha, les mouvements de solidarité internationaux étaient galvanisés par l'ampleur, la combativité et la rhétorique socialiste de la résistance ouvrière. Il en est tout autrement aujourd'hui. Alors que la date désignée pour des élections non-raciales et démocratiques approche, les perspectives politiques exprimées dans le mouvement populaire sont dominées par la croyance qu'il n'y a pas d'alternative au capitalisme. La volonté de réformer le capitalisme sud-africain et de partager le pouvoir avec la classe dominante blanche est devenue une position dominante à gauche. Congrès "extraordinaire"
Cela n'aura jamais été aussi évident qu'au cours du dernier congrès extraordinaire du COSATU, tenu du 10 au 12 septembre 1993. Ce congrès devait déterminer la position électorale du COSATU et élaborer un programme de "reconstruction". A la différence des précédents congrès du COSATU, qui ont connu des débats vigoureux, celui-ci a été soigneusement organisé pour renvoyer l'image d'un maximum d'unité.
Le congrès a élu 20 personnes sur les listes de l'ANC pour l'Assemblée nationale et pour les Parlements régionaux. La majeure partie des débats ont porté sur cet aspect du programme.
L'ANC a d'ores et déjà promis que les membres désignés par le COSATU figureraient dans les premiers 51 % de ses listes aux élections nationales et régionales, leur garantissant ainsi pratiquement une place au Parlement. La liste comprend entre autres des gens comme Jay Naidoo, ancien secrétaire général du COSATU, Moses Mayekiso, secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de la métallurgie (NUMSA), Alec Erwin, responsable de la formation du NUMSA, John Copelyn, secrétaire général du Syndicat des travailleurs du textile et de la confection (SACTWU) et Marcel Golding, assistant du secrétaire général du Syndicat des mineurs (NUM) (5).
La tension monte entre le COSATU et l'ANC au fur et à mesure que des tentatives sont faites de revenir sur l'intégration des personnes nommées par le COSATU dans la première moitié des listes de l'ANC. Aussi difficile qu'ait été leur nomination, le COSATU n'a trouvé aucun moyen de rendre ces dirigeants nommés par lui sur les listes de l'ANC comptables auprès du syndicat pour leurs futurs actes politiques. Ils opéreront sous le mandat de l'ANC et le COSATU ne pourra pas exiger de compte quant à leur attitude parlementaire.
A ce même congrès, Sam Shilowa a été élu en remplacement de Jay Naidoo au poste de secrétaire général de la Confédé ration. Il en était vice-secrétaire général depuis le congrès de 1991. Il est considéré comme un dirigeant ouvrier qui a grimpé les échelons de l'appareil ; il est également membre du Comité central du SACP et est considéré comme un fidèle de la ligne générale du parti.
Comprenant les pressions auxquelles va être soumis le gouvernement élu, les travailleurs du COSATU veulent imposer à l'ANC à un programme social et économique en échange de leur soutien électoral, d'où l'idée d'un "Accord pour la reconstruction" (la reconstruction économique du pays). Pourtant, lorsqu'on parcourt la dernière version du projet, qui a été présentée pour la première fois aux délégués à leur arrivée au congrès, on ne trouve pas trace d'une clause qui ne soit déjà dans le programme politique de l'ANC. Comme le signalait le South African Labour Bulletin, « le COSATU essaye apparemment de lier l'ANC au programme politique... de l'ANC » (6). Le passage de positions fermement classistes à des positions où il semble n'y avoir aucune alternative à l'engagement de la Confédération à la reconstruction du capitalisme post-apartheid, est matérialisée crûment dans ce document. Et ce glissement reflète l'évolution analogue subie par l'ANC et le
Dans la dernière version, il est, par exemple, dit que « le stabilité macro-économique est vitale pour le succès de notre programme. Pour cette raison fondamentale, des politiques fiscale et monétaire cohérentes, strictes et efficaces seront la pierre angulaire de notre programme de reconstruction et de développement. » Une version précédente affirmait qu'un « accord implique également des devoirs, des obligations et peut-être des compro-
6) Voir notamment le dossier sur l'Afrique du Sud dans Inprecor n° 359 du 25 septembre 1992 et Siro Petruzella "La négociation face à la rue", dans Inprecor n° 369 de mai 1993
7) Moses Mayekiso et Alec Erwin, tous deux du syndicat de la métallurgie et de l'automobile, ont été pendant les années 80 parmi les principaux acteurs de la gauche syndicale, socialiste et indépendante. John Copelyn appartenait aussi à ce courant avant de passer très vite sur des positions tavorables a la coresponsabilité dans les entreprises Enfin, Marcel Golding a également été pendant un temps dans le syndicat des mineurs, un élément de cette gauche syndicale rétive aux positions de l'ANC et du SACP
8) Roger Etkind et Suzanna Harvey, "Reconstruction Accord the Workers Cease Fire", SALB n°
mis, tant de la part du mouvement syndical que de l'ANC, basés sur les réalités ; nous sommes confrontés à... de probables baisses de salaire ». La dernière version votée appelle à « une réorientation des dépenses du gouvernement tenant compte des contraintes existantes ». On a aussi l'impression que les rédacteurs se sont totalement convertis aux politiques économiques monétaristes dominantes dans les rangs de la classe dirigeante.
Convertis au libéralisme
Le document abandonne d'ailleurs des positions politiques bien établies du COSATU telle que la nationalisation des secteurs dominants de l'économie. La forte inflexion à gauche du congrès du NUMSA, en juillet 1993, où le syndicat a adopté des résolutions appelant à des nationalisations sans indemnité, à la fin de l'alliance avec l'ANC après les élections du 27 avril et à la formation d'un Parti des travailleurs, n'a reçu aucun écho dans celui du COSATU. La quatrième version du Programme de reconstruction et de développement a été adoptée par le congrès comme base de travail avec certains passages à retravailler.
Des résolutions ont été adoptées sur la violence, les négociations constitutionnelles, la restructuration économique, les impôts et la construction de l'unité de la classe ouvrière. En ce qui concerne ce dernier point, il a été proposé la tenue d'un « sommet des travailleurs » qui réunisse, avant avril 1994 le COSATU, le National council of TU et les syndicats indépendants (9) ainsi qu'une « conférence de la gauche », en juin 1994, avec les organisations ouvrières "de masse". Ceci amende une résolution du congrès de 1991 qui appelait à une « conférence sur le socialisme ». Southscan, le bulletin hebdomadaire du Southern African Affairs interprète cette nouvelle version de la résolution comme une tentative d'exclure « nombre d'organisations révolutionnaires relativement petites comme l'organisation d'extrême gauche WOSA entre autres formations trotskistes. » (10).
Les compromissions et les glissements à droite ne se sont pas produits sans résistance et l'opposition grossit à la base du mouvement de masse, même si elle n'est pas encore coordonnée ni cohérente. Le congrès du NUMSA de cette année représente une affirmation claire de l'opposition de la base à l'abandon des positions de classe radicales. Comment cela va se traduire dans les mois qui viennent n'est pas encore clair alors qu'il y a déjà des exemples de structures syndicales qui essayent d'adoucir ou d'infléchir les positions de ce congrès du NUMSA.
L'exaspération dont témoigne l'appel du COSATU à la grève générale pour le 15 novembre 1993, pour s'opposer aux compromissions faites dans le Forum des négociations est une autre indication du malaise croissant que cause le règlement qui est négocié à Kempton Park. Exaspération et combativité
Un autre témoignage de la combativité maintenue du mouvement de masse est fourni par la grève de solidarité avec certains des leurs qui ont été licenciés, que mènent des centaines de policiers noirs, hommes et femmes, et que dirige le Syndicat de la police et des prisons pour les droits civiques (POPCRU).
Des organisations de femmes rurales ont menacé de boycotter les élections si est acceptée la motion de la Coalition des femmes du Western Cape (11) appelant à l'exclusion pour deux ans des femmes de la campagne de la Charte des droits. En vertu de la Charte des droits, qui est en train d'être débattue, les femmes d'ascendance « blanche, métisse et indienne » se voient accordé l'égalité tandis que les femmes africaines qui tombent sous le coup du droit coutumier en sont exclues.
En clair, la majorité des femmes de la campagne seraient exclues de la Charte des droits sur l'égalité. Bien sûr, beaucoup de chefs traditionnels s'acharnent à vouloir empècher que les droits démocratiques soient étendus aux femmes africaines ; ils craignent que cela n'interfère avec le système de chefferie héréditaire et les droits fonciers ce qui, de fil en aiguille, menacerait la domination sociale des hommes.
Le mécontentement à propos du processus de négociation est également exprimé par l'exigence d'une action positive pour africaniser les structures de direction de l'ANC. Comme le disait un militant de l'ANC, « il est exaspérant qu'alors que nous revendiquons la discrimination positive dans la police sud-africaine, nous ne l'ayons pas encore pratiquée dans nos rang ». C'est le siège, pendant dix jours. des bureaux de l'ANC dans le sud du Natal par 27 cadres de MK (ancienne branche armée de l'ANC) qui traduit le mieux le désenchantement provoqué par la situation politique. Ils protestaient contre la façon dont ils ont été laissés pour compte, sans perspective d'emploi ni assistance financière de l'ANC et sans possibilité d'implication dans les débats sur la restructuration de l'armée
Les exemples de ce genre abondent. Pour les militants radicaux, qu'ils soient dans l'ANC, le SACP ou dans des organisations indépendantes, il s'agit de trouver un moyen de se lier à ces dynamiques, d'œuvrer à la coordination de leurs efforts et de construire des courants à la base des organisations de masse afin de contester la pensée réformiste dominante. Il est peu probable que nous soyons prêts à temps pour intervenir de façon coordonnée pour ces élections mais cela se fera sans doute pour des batailles à venir.
Le Cap, 25 octobre 1993
9) Le NACTU est une autre confédération syndicale beaucoup plus petite que le COSATU et dont les syndicats sont souvent dominés par le PAC.
10) L'Organisation des travailleurs pour une action socialiste (WOSA), est une organisation socialiste révolutionnaire. Southscan, Vol. 8, n° 34, 17 septembre 1993
11) Il s'agit de la structure régionale de la Coalition nationale des femmes, dont la direction comprend des membres de l'ANC et d'autres organisations progressistes.