Notre collaborateur, Michel Warschawski, journaliste et militant du Matzpen (section israélienne de la quatrième internationale) a fait une tournée de meetings en France sur la situation en Palestine au lendemain des accords de Washington. Nous l'avons interrogé lors de son passage à Paris pour qu'il fasse avec nous le point sur la situation politique en Israël même et dans les Territoires occupés.
INPRECOR : Que se passe-t-il au sein de la société israélienne, tout du moins au sein de sa majorité, après la signature des accords?
Michel WARSCHAWSKI : On vit en Israël la nouvelle situation comme si elle avait toujours existé. Et c'est peut-être un des phénomènes les plus intéressants. Cet événement qui, somme toute, a une dimension historique, qui représente un tournant majeur, est accepté très largement et vécu par l'immense majorité de la population comme si c'était absolument normal. Les manifestations d'extrême droite qui ont eu lieu tout de suite après l'annonce et la signature des accords se sont calmées depuis. Les colons et les partis d'extrême droite sont en train de réévaluer la façon dont ils vont réagir, pour tenter d'empêcher la mise en place de cet accord, mais il y a un débat aussi parmi eux. Vu l'impopularité de leurs revendications, ils doivent ne pas se mettre en porte-à-faux et en opposition frontale avec le processus.
• Y a-t-il un risque de formation d'une sorte d'OAS dans ce milieu?
Non, il y a plutôt un risque d'actions directes de petits groupes isolés, mais qui peuvent faire très mal. Les services de sécurité israéliens sont sur le qui-vive. Ils n'excluent pas la possibilité pour de petits groupes, certains ayant des antennes assez hauts placées, par exemple, d'organiser une provocation sanglante dans un village
PALESTINE arabe. Et à partir de là, provoquer une dynamique de déstabilisation qui remettrait en question tout le processus. La grande majorité des colons et même le Goush Emounim ont annoncé et, je crois que c'est effectivement sa politique, qu'ils ne franchiraient pas une certaine limite, qu'il n'y aurait pas de sédition. Il y aura encore des manifestations. Comme le démantèlement de colonies n'est pas à l'ordre du jour, ils ont un problème pour mobiliser.
Ils se mobilisent sur les perspectives de ces accords. Ils disent qu'ils n'obéiront pas à la police palestinienne. Des problèmes sont en discussion dans les commissions bilatérales pour savoir quel type de liaisons établir entre les forces armées israéliennes, qui seront responsables des colons et des colonies, et les forces de police palestiniennes qui seront responsables du territoire, comment coordonner leurs actions.
• Peut-on dire qu'il y a déjà des germes de remise en cause de ce qui a été l'idéologie du sionisme pour une partie d'entre eux ?
Ce que signifie cet accord, pour Israël, pour la société israélienne, c'est pour la première fois, la reconnaissance d'un droit palestinien sur la terre de Palestine. Toute l'histoire du sionisme, c'est la négation de ce droit, la volonté d'effacer la Palestine de la terre d'Eretz Israël. Un livre d'Ilan Alevi a pour titre Sous Israël la Palestine ; l'accord, lui, ressort la Palestine de dessous Israël et lui confère une certaine place, une place qui est loin de faire justice aux Palestiniens, qui est même loin du minimum acceptable par les Palestiniens, mais qui légitime cette place de la Palestine à côté d'Israël et cela a une signification d'une très grande portée.
• En ce qui concerne le mouvement pacifiste, le mouvement antiguerre, de l'extérieur, on a quasiment l'impression d'une sorte de démobilisation après la signature des accords. Qu'en est-il de sa mobilisation et du contenu politique des revendications mises en avant face aux accords?
Il y a effectivement une très grande démobilisation, qui concerne non seulement le courant central du mouvement pacifiste israélien, La Paix maintenant, ceux qui en sont proches, mais aussi l'aile plus radicale qui a eu le sentiment que le gouvernement faisait son travail, qu'il mettait en place, non seulement au niveau des perspectives stratégiques mais même au niveau du quotidien, les revendications autour desquelles on devrait se mobiliser.
Je pense que c'est une attitude très dangereuse qui, en fait, donne à Rabin et à son gouvernement un crédit qui ne leur revient pas. Il ne fait pas de doute maintenant que ce gouvernement va prendre des mesures qui dépasseront les limites étroites de l'accord d'Oslo, on le voit avec la libération des prisonniers politiques qui semble être à l'ordre du jour, et qui va prochainement donner des résultats tangibles,
on le sent au niveau du rythme des négociations : les Israéliens, pour une fois, sont ceux qui poussent à aller plus vite et les Palestiniens ont certains problèmes "logistiques" pour mettre en place les structures aptes à prendre le contrôle de l'administration dans les Territoires occupés, pour commencer à Gaza et à Jéricho. Mais de là à faire confiance à Rabin, la marge est grande et il ne faut pas tomber dans ce piège.
C'est la raison pour laquelle nous essayons, avec d'autres, de mettre en avant un ensemble de revendications et de garde-fous autour desquels il faut remobiliser une partie substantielle du Mouvement de la paix. Rabin réagit aux pressions extérieures, et nous avons la chance de pouvoir faire pression ; pour l'instant, les pressions de la droite sont beaucoup moins substantielles que ce que certains craignaient, mais je pense qu'ils vont se remettre, et dès ce moment là, ils pèseront d'un poids réel sur les décisions, les rythmes, sur la capacité du gouvernement d'aller de l'avant, dans la réalisation de l'accord qu'il a lui-même signé.
• Quel est le climat dans les
Territoires occupés après les accords ? Y a-t-il mobilisation ou démobilisation, illusion ou désillusion ? Comment réagissent les différents groupes ?
Comment se prépare concrètement l'arrivée de la direction de
POLP?
D'une façon générale, une majorité de la population se prépare à une nouvelle situation, organise sa vie en fonction d'un cadre nouveau, avec plus de liberté et plus d'indépendance, avec un certain pouvoir autonome mais sans euphorie. Les gens sont très conscients à la fois des limites de l'accord — on est encore très loin de l'indépendance —, et des problèmes qui vont se poser ; conscients que l'occupation va continuer. Ils ont des réserves sur l'image que l'on commence à avoir de ce que sera le futur pouvoir palestinien. Il y a une bataille pour le pouvoir, qui est bien plus une bataille entre clans, entre individus, qu'entre des conceptions et des straté-
Et le fait qu'au centre de ce pouvoir on mette les forces de police et que l'on parle de police quand on dit pouvoir, nouvelle administration ou autonomie, fait froid dans le dos de nombreux Palestiniens, et pas nécessairement des militants de l'opposition.
• L'opposition aux accords se manifeste peu pour l'instant...
Oui, elle connaît un certain désarroi. Elle s'oppose aux accords d'Oslo, qu'elle considère comme un recul, mais, à mon avis, elle n'a pas encore réussi à développer une stratégie alternative, qui puisse traduire cette opposition en termes de mobilisation. Elle délaisse le terrain des luttes, qui est partiellement occupé par le Fatah lui-même. Le Fatah a été à la tête des manifestations pour la libération des prisonniers politiques, en coopération étroite et très réussie avec l'aile radicale des forces de la paix israéliennes. Je pense que l'opposition aurait dû être, si ce n'est à l'origine de ces manifestations, du moins y participer à égalité avec le Fatah et avec nous. L'opposition laïque en est encore à organiser des meetings pour dénoncer les accords, avec une assez faible participa-
Quant à l'opposition islamiste, et au Hamas en particulier, elle est profondément divisée, le cheikh Yassine, le chef incontesté du Hamas, dirigeant politique et spirituel dans les Territoires occupés, actuellement en prison et dont Yasser Arafat a exigé la libération immédiate, vient d'envoyer une lettre à Arafat, citée par la presse il y a quelques jours, caractérisée par les proches d'Arafat de très modérée.
Selon la rumeur, le Hamas serait divisé entre un courant pragmatique, prêt à négocier sa place dans la nouvelle structure qui se prépare, à participer aux élections et prêt à ne pas s'opposer à la mise en place de l'administration autonome palestinienne, et une aile dure, représentée par le porte-parole des déportés du Hamas dans le Sud-Liban, le docteur Rantissi, qui veut faire échouer les accords et "punir les
• En termes administratifs, on sait que l'arrivée de l'administration de l'OLP posera d'énormes problèmes. Etant donné l'aspect bureaucratique et corrompu du mini-appareil d'Etat qu'est l'OLP, comment se déroule le recrutement ?
J'ai été présent quelques jours dans les centres de recrutement de la police à Jérusalem et dans la région de Betléem du Fatah, mais pas dans les centres de l'OLP ou des centres nationaux palestiniens. Je dirais, et c'est un euphémisme, que ce n'était pas l'élite intellectuelle et politique que l'on retrouvait là-bas. Si les responsables du recrutement étaient d'anciens prisonniers politiques ayant gagné leurs galons dans la lutte contre l'occupation, on ne pouvait pas en dire autant de leurs adjoints, et surtout de ceux qui venaient de se mobiliser. Certains y vont dans l'espoir d'avoir du travail, d'autres pour chercher un certain pouvoir. Je pense que la course au pouvoir est au moins aussi forte que la soif d'indépendance et de liberté.
On rencontre cela partout ; ainsi, au sein du mouvement femmes, est venue de Tunis la demande de la mise en place des bases d'un ministère ou d'un commissariat à la question des femmes. Loin de discuter d'un document de travail, d'un projet de loi ou d'un projet du statut de la femme dans l'autonomie palestinienne, on assiste depuis, selon les dires de certaines camarades de ce mouvement, à une bataille violente pour savoir qui représentera le mouvement dans les structures d'Etat ou paraétatiques palestiniennes.
• Quelles tâches peut-on envisager pour les forces anti-impérialistes progressistes sur l'ensemble de la région ? Y a-til des revendications concrètes à avancer ?
Je crois fermement que la situation créée, et les situations qui vont se créer suite à la mise en place de cet accord, vont ouvrir des espaces nouveaux au niveau de l'activité politique en matière de mobilisation populaire et d'expressions populaires dans le cadre de l'autonomie à Gaza et du processus de mise en place de l'administration autonome palestinienne en Cisjor-
L'armée israélienne se retire du quotidien palestinien, les lois et les décrets militaires qui ont interdit toute forme d'organisation, toute forme d'expression politique, sociale et culturelle, toute forme de manifestations, toute forme de débats politiques publics, vont disparaître. On peut dire : oui, mais il y aura une police palestinienne, qui va restaurer le même ordre. Je n'en suis pas certain, cela aussi sera le fruit d'une bataille, et si on délaisse le terrain, les chances démocratiques seront plus res-
Rien n'est joué, ce que l'armée d'Israël ne pouvait plus se permettre, ou, en tout cas, avait du mal à appliquer, je ne vois pas comment Arafat pourrait le faire facilement. Les organisations syndicales, les mouvements de femmes, les partis politiques ont devant eux un espace, qui leur permet de mobiliser la population pour, d'une part exiger davantage que ce qui est écrit dans le texte des accords, pour déborder l'accord au niveau des droits acquis, et de l'autre, au niveau de l'objectif ultime qu'est l'indépendance, marquer de leur sceau le type d'Etat et de société que cet accord va engendrer.
On a pas le droit de dire que tout est joué — c'est faux politiquement mais c'est
aussi une mauvaise lecture de la réalité →, rien n'est joué, il y a un rapport de forces dont un des éléments est la création de ces espaces de "liberté" qui, s'ils sont bien exploités, peuvent précisément changer le rapport de force, l'améliorer ; je ne dis pas le bouleverser, mais en tous les cas l'améliorer.
Alors pour être concret, rien n'empêche dès aujourd'hui les confédérations syndicales d'organiser des congrès, des réunions, il ne faut pas attendre l'autonomie pour cela. Et si la confédération syndicale liée au Fatah ne veut pas le faire, je suis certain que les autres confédérations pourront le faire pour mettre en place une charte de défense des travailleurs, par exemple.
Pour demander que les deux milliards, voire plus, qui ont été confisqués par le pouvoir israélien sur les salaires pour une sécurité sociale dont les Palestiniens n'ont jamais bénéficié, soit rendus pour être réinvestis dans la seule chose que les Palestiniens feraient bien de copier sur les Israéliens : la sécurité sociale. C'est un programme clair, autour duquel on peut facilement mobiliser. C'est très concret : chaque travailleur a payé une somme d'argent et tout cet argent existe, il a été comptabilisé par une organisation israélienne, Kav Laoved, qui défend les travailleurs palestiniens et qui a réussi à démontrer combien d'argent a été tout bonnement volé aux Palestiniens, auxquels il revient de droit.
La délégation palestinienne, au lieu de jouer les mendiants aujourd'hui à Paris, hier à Bruxelles, avant-hier à New York, doit demander cet argent. Voilà une revendication que les syndicats peuvent mettre en avant, et en disant qu'ils savent ce qu'ils en feront : construire l'infrastructure d'une sécurité sociale palestinienne.
Pourquoi ne pas penser, cela n'a absolument rien d'utopique, c'est concret, c'est réel, c'est faisable demain, à un congrès des femmes palestiniennes, organisé par l'ensemble des fédérations de femmes palestiniennes et, si les femmes du Fatah ne veulent pas le faire, sans elles. Cela serait très populaire au sein des centaines, des milliers de femmes qui se retrouvent derrière la centrale du Fatah pour ouvrir un débat national sur le statut de la femme dans l'autonomie palestinienne. Est-ce une bataille perdue d'avance ? Certainement pas.
• Beaucoup de gens craignent la collaboration qui devra exister entre Israël et l'OLP pour contrôler les sommes d'argent qui vont arriver, et pour gérer les rapports entre la police palestinienne et l'armée israélienne. Existe-t-il, là aussi, des revendications précises que les organisations de gauche peuvent mettre en avant?
Le contrôle des questions économiques sera le plus difficile. En revanche, il sera plus simple de contrôler le type de démocratie à mettre en place. Après 25 ans d'occupation, une charte sur les droits de l'homme dans les Territoires occupés, voilà quelque chose qui parle à n'importe quel homme ou femme des Territoires. Il n'y a pas si longtemps encore, Fayçal Husseini disait : le premier acte, le premier décret que nous publierons concernera les droits de l'homme, pas la police. Cela a été un peu oublié depuis. Ceci doit être repris en charge par les organisations populaires, par les organisations des droits de l'homme dans lesTerritoires occupés, qui ont eu une activité très courageuse pendant l'occupation ; il n'y a aucune raison pour qu'elles baissent les bras maintenant.
Mettre en place des structures d'administration locale, ce qui est beaucoup plus facile qu'au niveau national, exiger qu'elles aient leur mot à dire, qu'elles soient à la base de l'autonomie palestinienne, ou au moins négocier leur place dans l'administration palestinienne, c'est quelque chose de concret, facilement réalisable dès demain, car il a existé des comités populaires, des réseaux, et il reste des cadres, une mémoire, une expérience accumulée. Pourquoi ne pas les revitaliser maintenant et les intégrer au processus de formation d'une autonomie palestinienne, en disant, voilà, nous avions le début d'une autonomie palestinienne, — au début de l'Intifada, nous parlions de territoires autonomes, de territoires libérés, où les Palestiniens s'auto-administraient —, nous l'avons déjà fait, cela a été réprimé par l'armée israélienne, remettons en place des structures qui étaient populaires, relativement démocratiques, qui étaient larges, qui étaient le fruit d'un front uni des différentes forces politiques et sociales dans la communauté.
Au niveau économique, au moins en ce qui concerne les services sociaux, il faudra mener une série de luttes pour exiger de l'OLP et des futures sources de financement, entre autres la Communauté européenne, de financer les réseaux de cliniques existant, qui ont été mis en place dans le cadre de la résistance contre l'occupation, à travers une mobilisation populaire, par des groupes volontaires, par des ONG, et qui sont l'infrastructure possible d'une médecine populaire de qualité qui, dans un sens, a fait ses preuves.
Dans l'OLP, dans le corps médical palestinien, des gens voudraient aller tout de suite à la privatisation, ou remplacer les réseaux de santé populaire par une médecine d'Etat sur la base des hopitaux de l'administration militaire, qui sont en pleine déliquescence, qui sont incapables de répondre aux besoins. On peut envisager une mobilisation du corps médical ou d'une partie du corps médical et des usagers pour défendre leurs cliniques et pour obtenir des budgets, une répartition plus logique, plus juste, plus rationnelle, au lieu que cela conduise à la création de nouvelles cliniques privées. Ce peut être une
Ce ne sont pas les sujets qui manquent, tout reste à faire et tout peut être fait. Mais il s'agit d'une décision que les organisations de masse, les ONG et les formations politiques, qui ont un programme politique allant au-delà du poste de police, doivent prendre. Il faut développer une stratégie centrée autour de ce type de mobilisations.
• Comment réagissent les
Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne ? Sont-ils davantage coupés des Palestiniens des Territoires occupés ou, au contraire, plus proches?
Ils ont réagi par des manifestations relativement massives, en comparaison au creux de la vague dans laquelle on se trouve ; par d'importantes manifestations de soutien, voire même d'enthousiasme pour les accords. Pour eux aussi, c'était la première fois qu'ils pouvaient brandir le drapeau palestinien, librement, en Israël même. Il est clair que Gaza et Jéricho, ou même l'autonomie palestinienne, n'ont que peu d'impact sur leur situation, c'est quelque chose d'assez extérieur pour l'instant.
S'il s'agissait d'une souveraineté palestinienne, cela donnerait un pôle de référence à leur identité nationale, d'une façon ou d'une autre. Mais le fait que les Palestiniens de Gaza, voire même de Cisjordanie, s'auto-administrent ne les concerne que de très loin.
• Parce qu'ils ont un statut supérieur?
Non, parce qu'ils ont un statut très différent.
• Quels sont les dangers de rupture avec le reste de la communauté palestinienne, ceux qui sont en dehors de Gaza et
Jéricho. Comment empêcher l'abandon, la division, la coupure?
Depuis quinze ans, le rêve israélien, surtout le rêve travailliste, était de couper la question palestinienne dans les territoires occupés du problème national palestinien en général, et d'atomiser la question nationale palestinienne. C'est la raison essentielle du refus de reconnaître l'OLP ; les gouvernements israéliens ont refusé de reconnaître l'OLP, parce que cela revenait à reconnaître la totalité de la question palestinienne en tant que question nationale. Avec des problèmes spécifiques partout, mais comme un problème national, un mouvement national, et une solution nationale. En échange, et c'était le cadre défini par Madrid, Israël était prêt à négocier avec une représentation, même authentique, même nationale des Palestiniens des Territoires occupés.
Il existe deux lectures possibles de la reconnaissance de l'OLP par Israël. Soit Israël a dû se soumettre au fait qu'il est impossible de résoudre le problème des Palestiniens des Territoires occupés hors du cadre général de l'OLP, hors d'une prise en charge de cette question par la direction palestinienne, ce qui représenterait une grande victoire. Soit Israël a finalement obtenu ce qu'elle voulait de l'OLP, en la transformant de mouvement national palestinien en direction des territoires occupés, et telle est la lecture des dissidents du Fatah aujourd'hui et des dissidents de l'OLP, y compris les proches, les fondateurs du Fatah, Hani El Hassan et Khaled El Hassan ou Mahmoud Derwish, ou l'ancien ambassadeur de l'OLP à Beyrouth, Shafik El Hout.
D'après eux, après le compromis d'Oslo, l'OLP ne représente plus tous les Palestiniens mais seulement les Territoires occupés. Auquel cas, il s'agirait d'un immense recul. Pour les Palestiniens de l'extérieur, cela représenterait un danger réel de "kurdisation" de la question palestinienne, le démantèlement d'une question nationale en multiples questions locales : le problème des Palestiniens du Liban, ceux de Jordanie, etc.
Je ne crois pas que tout est joué, mais il y a un danger réel ; cela peut avoir une signification d'une dimension historique parce que pour les Palestiniens de la diaspora, la majorité du peuple palestinien, cela représenterait une régression extraordinaire. * Propos recueillis par Raphaël Duffleaux