Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER BRÉSIL

Après la 8ème conférence

· Inprecor n° 375, décembre 1993 · p. 28-29 · 2 258 mots

Brésil

sime ; la PM est la principale menace à la sécurité publique dans cet Etat. Mais la solution ne réside pas dans l'intervention de l'armée dans l'Etat, contrairement à ce que préconise Jânio de Freitas lorsqu'il affirme que « si la police se place dans une situation de désobéissance civile, le gouverneur se doit de la rappeler à l'ordre. Et seule une force physique supérieure à celle de la police peut réaliser cela. C'est-à-dire l'armée dans le cas des PM » (3).

Il y a des raisons pratiques qui font que les choses ne peuvent se passer ainsi, comme le fait que l'armée n'est pas préparée à des tâches de maintien de la sécurité. Mais il y a aussi des raisons politiques : les secteurs les plus réactionnaires des classes dominantes commencent juste à comprendre que leurs possibilités dans le cadre institutionnel établi, avec comme horizon les présidentielles de 1994, sont de plus en plus réduites et que la rupture avec la légalité est la seule solution.

La menace d'un retour

La proposition d'une candidature militaire pour 1994 a déjà été faite. Dans ce contexte, stimuler un retour de l'armée comme "gardienne" de l'ordre interne sur la scène politique (parce que c'est de cela qu'il s'agit) est plus que téméraire. Une telle intervention dans les Etats pourrait également placer un Brizola, homme politique aujourd'hui complètement discrédité, dans le rôle de victime, lui fournissant un second souffle.

La réponse à tout cela doit être articulée dans un cadre démocratique, à travers l'intervention du ministère public, la mobilisation de la société civile et le démantèlement complet du crime organisé, en premier lieu dans la PM de Rio. Il ne faut pas sous estimer le danger que constitue l'escalade de la violence — qui ne peut pas être qualifiée de "désorganisée" ni considérée comme le produit de l'"incurie" — pour un projet démocratique et populaire. Elle alimente une recomposition du tissu social et une culture politique qui ne bénéficie qu'à la droite et qui sera utilisée contre la gauche et contre la démocratie. En Argentine, les escadrons de la mort de la dictature militaire ont débuté comme des groupes d'extermination des bandits dans les villes ouvrières, nous ne devons pas laisser le serpent sortir de l'œuf au Brésil. *

Septembre 1993

L'article qui suit est une première tentative de bilan de l'évolution du parti six mois après la 8 ème rencontre nationale des 11, 12 et 13 juin 1993. Carlos HENRIQUE ARABE

In peut partir des observations suivantes: • les principales résolutions de la direction nationale précisent, c'est évident pour la proposition de programme de gouvernement, sans ambiguité le sens général de ce qu'est la construction d'un gouvernement démocratique et populaire ;

• le profil de gauche, retrouvé dans les résolutions de la 8e rencontre, répond à une détérioration de la crise que traverse le pays et, est en partie responsable de la croissance de la popularité de la candidature Lula ;

• deux autres éléments contribuent à cette croissance : l'immobilisme du gouvernement Itamar (qui montre bien les limites de la politique économique préconisée par le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) et explique la fin de l'Etat de grâce du gouvernement de "centre-gauche") et les naufrages successifs des autres candidatures alternatives à la présidence (les scandales liés à la corruption atteignent largement le centre et la droite) (I) ;

• ces éléments positifs ne constituent néanmoins pas, pour l'heure, un levier suffisant pour enclencher une réanimation du mouvement de masse, bien qu'existent des signes que « quelque chose bouge ». Car d'une part le mouvement social est sur la défensive, au niveau économique, et d'autre part un grand retard a été pris dans la recomposition de ses directions, en particulier celle de la Centrale unique des travailleurs ;

• il y a un net contraste entre le renforcement de la candidature et la construction de candidatures majoritaires dans les Etats. Peu nombreux sont ceux où nous avons, pour l'instant, des candidats en position de force. Dans la majorité des Etats il faut un processus méthodique de choix de candidats et de recherche d'une politique

Après la 8ème rencontre

d'alliance qui soit cohérente aux niveaux des Etats et au plan national ;

D à côté des aspects positifs des décisions de la direction du parti après la 8 ème rencontre, la crise de fonctionnement et d'organisation matérielle du parti persiste et s'aggrave même par certains côtés, ce qui entraîne des blocages dans la mise en pratique des décisions du parti.

De ces observations résulte un tableau contrasté, qui combine des avancées et la persistance de problèmes, et qui montre que rien n'est "automatique". Vue l'ampleur des questions qui se posent à nous, on peut difficilement considérer que la dynamique politique soit définitivement consolidée en notre faveur. Ceci ne veut pas dire qu'il faut nier que les conditions sont meilleures pour affronter les problèmes clé de la construction du parti si on compare à ce qu'elles étaient avant la 8 ème rencontre. Toutefois nous sommes dans l'obligation de comprendre et d'agir à temps sur les facteurs qui peuvent transformer la situation globale en notre faveur, en empêchant ou en réduisant la capacité de réaction de la bourgeoisie — qui va peut-être tarder, mais qui ne manquera pas de se produire.

On peut facilement se faire des illusions sur la situation politique actuelle au Brésil. Les facteurs qui renforcent l'image du PT et la candidature Lula, quoiqu'importants et en grande partie résultant des initiatives politiques du parti, ne sont pas associés à une reprise de l'activité politique et syndicale des masses ni à une dynamique de soutien social au renforcement de la polarisation politique autour des présidentielles. Depuis la 8 ème rencontre, le PT s'est avéré capable d'articuler des positions plus offensives en matière de campagne "dans le cadre des institutions", de se démarquer dans l'opposition

1) Le PSDB est un parti qui contrairement à son nom n'est pas lié au mouvement démocratique et populaire et se situe entre la social-démocratie et le libéralisme traditionnel.

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au gouvernement Itamar (dominé aujourd'hui par le PSDB et en voie de décomposition avancée), et de s'affronter à l'épuration des innombrables cas de corruption qui viennent d'éclater. Le parti n'a pas été aussi efficace dans ses interventions pour la réorganisation des mouvements sociaux mêmes s'il est conscientde l'importance stratégique du mouvement de masse en faveur des réformes structurelles, tant pour permettre la victoire de Lula que pour exercer le pouvoir

Lors de la 8 ème rencontre, la CUT a été reconnue comme un élément clé pour donner une impulsion à ce mouvement et a mandaté la nouvelle direction du parti pour élaborer une ligne politique pour intervenir dans la crise de la centrale et pour unifier les militants et dirigeants syndicalistes du PT.

Le 5 ème congrès de la CUT aura lieu en juin 1994. Les débats ne font que commencer mais restent limités au cadre des positionnements du dernier congrès — qui n'exprime, plus la réalité de la centrale aujourd'hui. La création d'une structure d'intervention du parti et le rassemblement d'un are de forces syndicales autour des résolutions de la 8 ème rencontre seront décisifs pour permettre une large recomposition afin de renouer avec le syndicalisme combatif et de permettre un rôle actif de la centrale dans la construction de la campagne et du gouvernement Lula.

Un secteur important, le mouvement des travailleurs ruraux, a néanmoins maintenu un haut niveau d'organisation et d'activité, y compris par des occupations de terre impliquant des milliers de familles. Il faut aussi reconnaître le processus de coordination en cours des mouve*ments populaires urbains qui ont récemment fondé leur centre national. Ces signes témoignent de possibilités importantes, mais à des rythmes inégaux et on est loin de leur unification. Ils réaffirment, par ailleurs, l'urgence d'une action du parti pour accélérer les recompositions et offrir un socle pour l'unification du mouvement social pour relever le défi de la construction du gouvernement démocratique et populaire.

La candidature Lula

La définition par la direction nationale des lignes directrices pour un programme de gouvernement s'est faite selon les grandes lignes de la résolution adoptée par la 8 ème rencontre. Le document s'ouvre par un chapeau affirmant que « les propositions ébauchées dans ces lignes directrices visent à la réalisation de transformations démocratiques et antimonopolistes — contre les grands propriétaires terriens et anti-impérialistes — qui s'insèrent dans une stratégie à long terme de recherche d'alternative au capitalisme. Elles incarnent (...) une révolution démocratique qui changera radicalement les bases du pouvoir (...), la première priorité des réformes démocratiques et populaires consistera à démocratiser radicalement l'Etat et la société. Cette démocratisation suppose la construction d'un nouveau modèle de développement, centré sur la distribution des richesses... »

Ces lignes directrices constituent une première phase positive dans l'élaboration du programme de gouvernement, elles ont réussi à maintenir une certaine cohésion entre, d'une part, un processus de discussion qui implique toutes les instances du parti, des personnalités et des cercles d'intellectuels et, de l'autre, les résolutions de la 8 ème rencontre. En même temps, les initiatives de la campagne à proprement parler ont contribué à donner un profil de gauche à notre candidature. Les caravanes qui ont sillonné les régions les plus pauvres du pays, l'accent porté sur la lutte contre l'exclusion et la faim laquelle s'articule avec la croissance de l'Action citoyens contre la faim, ce qui en a fait un thème de préoccupation national et l'a identifiée à Lula, renforce une orientation généralement positive et en total contraste avec celle qui prévalait avant la rencontre et qui était marquée par les pressions d'un certain secteur du parti pour que Lula affiche un profil de centre gauche.

La question des alliances au niveau national est conditionnée par le programme, ce qui, virtuellement, écarte toute possibilité d'alliance nationale avec le PSDB et nous ramène à nos partenaires de 1989.

Le dynamisme de la candidature Lula ne trouve pas de répondants dans des candidatures majoritaires fortes aux gouvernements des Etats. Rares sont ceux dans lesquels le parti est parvenu à structurer des candidatures et des alliances selon des perspectives correctes — c'est tout de même le cas de la candidature d'Olivio Dutra dans le Rio Grande do Sul, qui a de fortes chances de l'emporter (2). Dans des Etats décisifs comme São Paulo, el Minas Gerais et Rio de Janeiro, le parti a les moyens de mettre sur pied des campagnes fortes ; mais au niveau national, la situation ne va pas dans ce sens. Il y a des Etats importants où il n'y a aucune candidature et d'autres où les personnalités les plus représentatives ne sont pas encore disposées à faire acte de candidature. Enfin, dans d'autres Etats, sont menés des discussions pour des alliances qui ne garantissent pas le soutien à Lula - dans les cas où le candidat de l'alliance ne serait pas au PT, là où des secteurs du parti défendent des alliance avec le PSDB ou le Parti démocratique travailliste (3).

Le terrain qui a causé le plus de difficulté dans la dernière période a été celui du fonctionnement du parti. La tendance à l'aggravation de la crise organisationnelle ne s'est pas inversée suite à la 8 ème rencontre. Il n'y a pas de lien automatique entre la récupération d'un profil plus affirmé à gauche et la reconstruction organique de la capacité dirigeante du parti.

En fait, cette question nécessite pour être résolue davantage qu'une simple majorité autour de grandes questions politiques. Il fallait une majorité possédant une compréhension commune des tâches stratégiques, des compromis et de la cohésion nécessaire à l'établissement d'un projet de direction du parti ; une condition qui n'est pas encore réunie.

Comme l'affirme la résolution de la 8 ème rencontre « pour diriger la campagne Lula et l'action du parti dans les années à venir, le PT a besoin d'un nouveau noyau dirigeant ». La création d'un tel noyau a été entamée avec la formation de l'Option de gauche (le regroupement majoritaire lors de cette rencontre) et les relations qui ont été établies avec les autres secteurs qui s'identifiaient à la résolution (4). Donner corps à ce projet passe d'abord par une consolidation de l'Option de gauche, en particulier en adoptant des réponses communes aux problèmes organisationnels du parti. Il y a ensuite d'autres question.clé comme la bataille pour une nouvelle direction dans la CUT et la préparation de la prochaine rencontre du parti, en avril 1994, pour adopter le programme de gouvernement.

Les relations avec les autres secteurs pouvant s'intégrer de façon permanente à une nouvelle majorité sont également décisives. Une des qualités de l'option de gauche a été de pouvoir passer des alliances tant avec des secteurs issus de l'ancienne majorité (et qui se reconnaissaient dans les résolutions de la 8 ème rencontre) qu'avec des courants de la gauche du parti (et qui ont souvent des difficultés à être majoritaires sur leurs positions). Le développement de ces relations a contribué à renforcer la direction du parti.

São Paulo, 25 novembre 1993

2) Olivio Dutra est militant du PT à Porto Alegre, la capitale du Rio Grande do Sul, et a été dirigeant de l'équipe municipale de la ville de 1989 à 1993. Pour en savoir plus, voir "Radical, pas sectaire", Inprecorn° 367 de mars 1993.

3) Le PDT est l'organisation héritière de la tradition populiste brésilienne, et qui est aujourd'hui fortement "social-démocratisante"

4) Pour plus de détails sur le rapport de forces de la 8ème rencontre et l'Option de gauche, voir Alfonso Moro. "Une conférence historique" et José Correa, "Une option de gauche", dans Inprecorn° 371 de juillet 1993.

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