L'édition 1993 du sommet de la francophonie s'est tenu à l'ile Maurice. Le Parti militant des travailleurs (1) avait programme une conférence publique pour protester contre la venue à Maurice de dictateurs parfois sanguinaires et néanmoins amis de la France et de représentants d'un Etat français qui venait juste de prendre une série de mesures racistes et discriminatoires à l'encontre des immigrés sur son territoire. Les autorités mauricienne ont décidé d'interdire la manifestation qui devait avoir lieu le 17 octobre sous le prétexte qu'une telle initiative « embarrasserait des invités tout en couvrant de ridicule la République de Maurice ». La conférence s'est donc tenue avec 150 participants Les deux textes suivants sont des extraits des principales contributions du PMT au débat sur la francophonie et la question des langues à Maurice. DOCUMENT quoi sert un sommet de la
A
tion n'est pas inutile. Personne, cependant n'ose la poser. On nous dit que peuples qui parlent le français. On nous dit que le sommet traitera de la coopération entre pays francophones.
Le grand maître des cérémonies est l'Etat Français. On a déjà justifié son rôle par l'argument culturel et par le fait que c'est lui qui finance la tenue du sommet. Ce rôle que l'on donne à l'Etat français vient légitimer une histoire qui est, pour l'essentiel celle du colonialisme français. Ce qui est encore plus inacceptable c'est qu'il affirme, sur le plan international, la soumission d'un certain nombre d'Etat du tiers monde à l'impérialisme français à tra-
FRANCOPHONIE vers la francophonie. Il faut aussi dénoncer certains des dirigeants du Tiers Monde "francophone" quand il font passer l'Etat français pour ce qu'il n'est pas : un Etat vertueux qui dispense le savoir universel dans le seul but de promouvoir le développement, la démocratie et le bonheur des peuples qui sont " sous sa protection ". Le PMT dénonce l'Etat français pour ce qu'il est : un Etat colonisateur et impérialiste.
Plusieurs dictatears seront présents ou représentés à la grande fête". Faut-il les acceuillir à bras ouverts ou les dénoncer ? Surtout ceux d'entre eux (Eyadema, Mobutu, Biya, entre autres) qui se maintiennent au pouvoir par la répression et la dictature, dans certains cas sous la protection militaire française. L'Etat français a-t-il changé ?
A bien des égard le sommet de la francophonie ressemble à celui de l'OCAM (2) de 1973. Faut-il que l'histoire se répète et que nous accueillions encore des émules de Bokassa ou de Amin Dada ?
Le PMT dénonce tous les dictateurs qui sont présents ou qui se sont faits représenter. Il est évident que le sommet justifiera des dépenses somptueuses sans aucune relation avec le développement des pays du Tiers Monde conviés à la "grande fête". Pendant la tenue du sommet on essayera de faire oublier la situation qui règne dans plusieurs pays. Pouvons nous par notre silence, permettre que les grands dîners et les feux d'artifices de la francophonie cachent la misère qui sévit dans le Tiers monde — dans les pays "francophones" d'Afrique en particulier ?
Ramener le débat à l'histoire du colonialisme français provoquera la réaction de certains francophones. Qu'il soit ainsi. Mais qu'il ne viennent pas nous dire que "c'est du passé ". La politique française est autant réactionnaire qu'elle l'était dans le passé.
La fête francophone n'est pas suffisante pour nous faire oublier que c'est en France comme dans les autres grandes puissances industrielles - que se forge le "nouvel ordre mondial", construit sur la pauvreté, les inégalités sociales grandissantes et les plans d'ajustements structurels de la Banque mondiale et du Fond monétaire international.
C'est aussi à Paris que s'orchestrent aujourd'hui des politiques répressives et racistes contre les immigrés du TiersMonde. C'est toujours à Paris qu'ont été établies des politiques plus que conciliatrices envers les dictateurs au Togo, au Zaire et au Cameroun. C'est là-bas que s'était codécidée la guerre contre l'Irak.
1) Il s'agit de l'Organisation communautaire africaine et malgache, ancêtre des structures franco-africaine fort coloniale dans les années 60 et 70.
2) Le Parti militant des travailleurs (Pati militant travayer, PMT) est une organisation de la gauche révolutionnaire mauricienne.
Guerre qui n'avait rien à voir avec la défence de la démocratie comme chacun a pu le constater depuis. Nous nous devons de mentionner que ce sont les troupes françaises qui quadrillent la région, que l'Etat français fait la pluie et le beau temps aux Comores et maintient la Réunion à l'état de colonie avec son lot de misère et de chômage. Que c'est aussi l'impérialisme français qui, en collusion avec les capitalistes sud-africains cherche à "réorganiser" notre région et à mettre en valeur ses investissements. Que contre les lois et l'opinion internationale, l'Etat français maintient son contrôle sur Mayotte et Tromelin..
La situation en France Pour beaucoup d'intellectuels français la "bataille de la francophonie" parait se réduire à une défense de la langue française... en France. Nous aussi nous combattons ceux qui pensent qu'un peuple doit se faire dérober sa culture et sa langue par l'entremise des mécanismes économiques dominants.
Si les intellectuels français pensent que le français est en crise sous la pression d'autres langues internationales, libre à eux de défendre de manière aussi progressiste qu'ils le peuvent, la culture de leur pays. Il faut pour cela qu'ils respectent la culture des peuples du Tiers-monde et celles des immigrés et travailleurs installés en France.
Quel est le bien-fondé de l'introduction récente dans la Constitution française d'une clause faisant du français « la langue de la république ». Cela veut-il dire que les jeunes immigrés n'auront jamais le droit d'accéder à la scolarisation par le bilinguisme ? Le problème est infiniment plus grave dès qu'on sort de l'hexagone français, que ce soit en Afrique, dans les colonies françaises ou dans des pays comme le nôtre.
Ecartons immédiatement une mauvaise polémique. Nous sommes pour une société où les cultures se croisent et se mélangent. Et nous sommes en faveur d'un monde où l'on communique plus aisément grâce à la connaissance de plusieurs langues. A l'époque où se développe à nouveau les pires préjugés nationalistes, éthniques ou communalistes ce n'est pas nous, internationalistes convaincus, qu'il faut accuser d'obscurantisme.
Ce que nous condamnons, c'est l'obsession de l'hégémonie linguistique et culturelle entant qu'instrument d'une hégémonie économique.
Nous avons pris connaissance du Rapport Renouvin établi par le Conseil Economique et social de l'Etat français. Ecrit en mars 1989, ce document sur la francophonie s'intitule L'utilité économique et commerciale de la langue française.
Parmi les préoccupations exposées dans ce document officiel figure notament le développement de ce que l'on appelle exemple les marchés de traduction. les médias comme Radio-télévision française d'outremer ou Radio France Internationale, les commerce des programmes de télévision, l'édition de livres, etc.
Il y a aussi ce que le rapport dénomme "Les enjeux commerciaux de la terminologie" c'est d'ailleurs sans complexe qu'il y est exposé qu' une « stratégie commerciale tournée vers le monde extérieur a donc tout avantage à intégrer ses projets et ses techniques de vente dans une analyse aussi précise que possible des structures sociales des mentalités et de la culture du pays visé, sans oublier que les mots et la langue qui seront employés pour la communication expriment une mémoire historique, évoquent des mythes, font naître des images, réveillent des nostalgies et suscitent des désirs qui peuvent exercer une influence importante sur la décision d'achat d'un objet ou la conclusion d'un marché. »
Le texte poursuit plus loin par « la négociation commerciale est, elle aussi, une inflation ritualisée, de façon différente selon les pays. Si elles ne sont pas toujours déterminantes, le affinités linguistiques rendent cette négociation plus directe et plus facile et présentent l'avantage d'inscrire des biens dans un référent culturel commun. »
Cette perversion de l'échange culturel aboutit aussi aux pires formes d'oppression. Les dégâts en Afrique noire de cette pression francophone sont assez facilement perceptibles : retard ou absence de transcription des langues locales, absence ou mépris pour la scolarisation des langues locales, usage de français comme mesureétalon de la réussite sociale possible, maintien d'une communauté française dans les rouages politiques, industriels et universitaires, dépendance commerciale et technologique imposée par l'usage de la langue etc... La vanité de la culture française est toutefois un trait caractéristique de la politique parisienne : les intellectuels qui veulent défendre, en France, l'usage du français dans les pays tiers.
Il n'empêche que tout ce beau monde se livre à une étrange concurrence, prouvant par la même que leur propre culture est devenue une marchandise sur le marché capitaliste. Chaque ambassade est chargée de gagner des parts du marché culturel.
Port Louis 1er octobre