Inprecor 1974–2004

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DOCUMENT

Du bon usage du français

Inprecor n° 375, décembre 1993 · p. 16-17 · 1 304 mots

France

La majorité des pays francophones est confrontée au problème des langues. La

Belgique comme le Canada, le

Cameroun comme Maurice.

Le problème n'est pas de même nature partout.

DOCUMENT n Afrique on parle souvent de

E

"métissage" des cultures.

dans la plupart des pays africains " francophones",

, le simple fait que les premières années de scolarisation se fassent en français est source de traumatisme psychologique que la majorité des jeunes traînent toutes leur vie.

Du bon usage du français

L'ampleur des échecs scolaires et la profondeur des discriminations professionnelles fondées sur l'usage du français prouvent qu'on n'a pas à faire à un processus vertueux mais tout simplement à une monstruosité.

Pour des raisons évidentes, la classe dirigeante et les couches favorisées de la classe moyenne n'ont aucun intérêt à changer cette état de situation Le système favorise leurs intérêts et le changement ne viendra pas "d'en haut" c'est à dire à partir des classes dirigeantes.

Dans ces pays l'usage du français comme langue officielle est incontestablement un élément de la reproduction des rapports sociaux inégalitaires.

Qui osera faire un constat des ravages culturels et psychologique que produit un enseignement en français pour des enfants qui utilisent toute une autre langue dans

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leur famille, dans la rue et entre eux ? Le rapport Renouvin mentionne qu'en Afrique "francophone" — où la majorité des gens communique par d'autres langues - 76% des effectifs scolaires reçoivent un enseignement directement en françaIs.

Comment prétendre que cet usage bien particulier du français est source de développement quand justement un grand nombre des pays qualifiés de francophones en Afrique sont parmi les plus sous développés de la planète.

Il ne peut y avoir de développement dans des pays où une majorité de la population est marginalisée par l'hégémonie d'une "langue officielle" qui n'est pas celle par laquelle les peuples s'organisent socialement dans leur milieu.

D'où la nécessité de se battre pour une autre politique des langues.

L'autre politique

L'usage d'une langue n'est pas seulement une question de "culture". C'est aussi fondamentalement un problème de démocratie. Sur ce plan il est impérieux que le combat soit mené pour :

- que toutes les langues parlées à Maurice soient reconnues et traitées sur un pied d'égalité ;

- qu'il n'y ait plus de discrimination contre la langue de communication des personnes dans leurs milieux respectifs et principalement le créole.

Refuser de reconnaître le créole comme langue "officielle" est aussi source de ségrégation, de domination et de marginalisation. Le maintien de l'anglais et du français comme seules langues "officielles" s'ajoute à toutes les autres formes de division sociale. Cela accentue le fossé qui existe entre la majorité des personnes et les groupes dirigeants.

Ce combat vise le reconnaissance de toute langue populaire utilisée par la masse des gens comme langue officielle.Nous avons parfaitement conscience que l'histoire nous a légué un besoin de plurilinguisme. Nous savons que les langues ont une histoire et qu'un langage aux étymologie complexe, et capable d'abstraction, a besoin de beaucoup de temps pour se construire. Nous ne sommes pas partisans d'un nationalisme linguistique qui ne correspondrait en fait qu'à des utopies régres-

Nous luttons donc pour un développement impérieux, radical et prolongé des langues de communication populaires sous différentes formes : au nom de la démocratie, comme nécessité au développement harmonieux des individus, mais aussi et surtout comme antidote au poison culturel de l'impérialisme et comme moyen pour faire avancer la lutte d'émancipation

De toutes les façons la recherche de l'universel ne passe certainement pas par la dictature du français ou de l'anglais. Elle passe, à l'inverse, par le développement de la capacité des êtres humains à parler plusieurs langues.

A Maurice plusieurs langues sont parlées et enseignées. Il s'agit, entre autres, de l'anglais, du français, du hindi, des langues chinoises, de l'ourdou et du tamoul. Le Bhojpuri et le créole ne sont cependant pas enseignés dans les écoles de l'Etat, bien que ces langues soient parlées par l'ensemble de la population.

Herve Masson écrit, dans le Militant du 25 novembre 1971, qu' « au lieu de lutter comme des forcenés pour nous imposer le français, les officiels de l'ambassade avaient mieux à faire : nous aider techniquement à établir les structures et la grammaire à partir de quoi le créole prendrait son essor définitif (...) la politique adoptée par l'ambassade a jusqu'à pré-

Mais un grand pas a été fait concernant la langue créolegrace le contribution de certains linguistes et d'organisations de

Sans la France.

Il s'y a aucune raison d'ailleurs de rechercher l'aide de la France pour compléter le travail commencé. Il serait d'ailleurs contre le développement de la langue créole que la France s'en mèle.

Certaines organisations ont commencé sur le plan international à œuvrer pour le créole soit utilisé comme un instrument scientifique de communication et d'analyse ; pour qu'il soit au niveau international comme un instrument de développement économique et social. Elles sont malheureusement de plus en plus influencées par l'Etat Français à travers les institutions financières de la francophonie.

Un Etat qui a fait du français la "langue de la république", qui maintient "ses DOM créolophones" (Martinique, Guadeloupe, Guyane Française et la Réunion) sous son joug et qui veut imposer la langue française comme la langue dominante dans les pays dits " francophone", ne peut raisonnablement pas promouvoir la langue créole.

La stratégie de lutte du PMT part du principe que la lutte sur le plan des langues est un combat politique indissociable des

De notre point de vue, la question des langues ( et de la culture ) ne peut être résolue qu'à travers un combat contre les formes d'aliénations du système capitaliste et la domination impérialiste. Au PMT nous intégrons la lutte sur le plan des langues à la lutte globale pour le renversement du système capitaliste et nous pensons qu'il faut la poursuivre dans ce cadre stratégique précis.

Un constat s'impose : depuis ces 20 dernières années un gros travail de conscientisation et de recherche a été fait. Un point a été établi entre les pays où on parle le créole (sous ses différents variétés) la question des langues est discutée aujourd'hui ouvertement et elle est au centre des luttes d'émancipation. Il est évident que le travail scientifique doit continuer et que la lutte pour les réformes doit aussi continuer, surtout sur le plan idéologique. La tenue du sommet de la francophonie nous donne l'occasion d'exprimer notre position:

Partant du principe que l'équation entre une nation, une langue et une culture, est dépassée (de même que toute idée visant à établir que chaque langue est porteuse d'une culture unique), nous abordons cette lutte sur une base qui rejette toute opposition, en soi, entre les langues.

Notre combat d'ailleurs nous oppose à tous ceux qui croient pouvoir imposer une langue ou une autre à Maurice. La société que nous voulons aider à construire est fondamentalement une société polyglotte.

Ceci ayant été pris en considération, il est pour le PMT évident que pour ce faire,

- contre l'intervention directe ou indirecte de toute puissance impérialiste ou hégémonique ayant comme objectif l'imposition d'une langue spécifique. Dans notre région il est incontestable que l'Etat Français est la puissance dominante dans le cadre d'une division du monde entre puissances impérialistes et qu'il impose le français pour des raisons liées aux contradictions entre ces mêmes puissances impérialistes ;

- Contre toute manipulation de la question des langues pour maintenir une société divisée sur une base de race, de communauté ou de castes. Cette politique a jusqu'ici été maintenu par tous les régimes de droite qui ont dirigé le pays.

- pour la reconnaissance du créole, ce troisième front de lutte étant indissociable

Elle est indispensable pour l'unité de la classe ouvrière et des masses opprimés. Elle est incontournable si on vise réellement à libérer la classe ouvrière de toutes

Port louis, 1er octobre 1993

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