Somalie et en ex-Union Soviétique.
es bailleurs de fonds du Tiers
Monde ne s'intéressent guère au processus de collecte de la dette. Ils utilisent les accords de prêts liés à l'ajustement structurel pour mettre en œuvre une restructuration des économies nationales au nom d'une certaine logique économique et avec pour conséquence, la compression du niveau de vie dans plus de 80 pays.
Il s'agit d'une mondialisation de la misère qui est directement mise en œuvre par les politiques macro-économiques sous l'égide des institutions de Bretton
Woods et qui ont pour effet de comprimer le pouvoir d'achat interne, de réduire les coûts de main d'œuvre et de réorienter les économies nationales vers le marché des exportations. Les frontières sont éliminées, les pays et les économies nationales sont transformés en territoires ouverts au pillage, ouverts non seulement à des industries produisant à bon marché pour le marché mondial, mais aussi au déversement des surplus, le surplus agricole de l'Occident, par exemple.
Dans ce processus, on détruit systématiquement toute activité pour le marché interne et on réoriente les économies vers le marché mondial.
La dollarisation darité des prix
Les ajustements structurels depuis la fin de la décennie 80 ont pris une tournure nouvelle, en ce sens que le pron Brussel)
cessus d'ingéniérie économique dépasse maintenant toute imagination. Je vous donne quelques exemples, notamment en ce qui concerne les pays de l'ex-bloc communiste. En Moldavie, le FMI recomde la misère"
Professeur d'économie à l'université d'Ottawa, et collaborateur du Monde diplomatique. Il a étudié en particulier les politiques d'ajustement structurel appliquées au Pérou, en Inde, en mandait que les prestations de maternité qui se chiffraient, suite à la dévaluation, à 6 dollars par mois soient réduites à 3 dollars par mois. Je vous rappelle que le salaire minimum est aujourd'hui en Russie, de 6,5 dollars par mois, suite à une dégringolade de 86 % du pouvoir d'achat en l'espace d'un an. Les indices des prix ont été manipulés et il y a une dollarisation de la plupart des prix en ce sens que les prix se rapprochent de plus en plus du niveau mondial, alors que les salaires mensuels des plus larges couches de la population, varie entre 10 et 40 dollars par mois. Par conséquent, il s'agit d'un véritable génocide.
En Russie, les livres scolaires sont maintenant vendus à des marchands pour les exporter en Occident où ils serviront de papier à recyclage : tel est l'avenir réservé aux programmes d'éducation en ex-
Au Kenya, la BM vient de signer un accord sur le réajustement du secteur de l'éducation qui interdit (et c'est le cas dans la plupart des pays d'Afrique Sub-saharienne) d'augmenter le nombre d'enseignants qui sont formés dans les écoles nor-
Selon les accords signés par la Banque mondiale, le rapport enseignants/élèves doit augmenter de 35 à 42 dans les prochaines années. C'est quelque chose de délibérée, d'explicite : cela se trouve dans les accords de prêts.
En Inde, en 1991, le gouvernement a mis sur pied une politique économique sous les auspices du FMI. On estime qu'il y a eu, suite à ces mesures, une augmentation substantielle du prix des aliments ce qui, dans un pays comme l'Inde, a pour résultat, de pousser plusieurs centaines de millions de personnes dans la misère la plus extrême. En effet, en milieu rural notamment, plusieurs centaines de millions de personnes sont des travailleurs sans terre ou des petits agriculteurs. Pour eux, l'impact de ces mesures se fait ressentir directement. Une étude a démontré comment les mesures du FMI ont mené, dans les mois qui ont suivi leur application, à une montée de la famine. C'est une étude micro-économique qui démontre le processus au niveau de quelques communautés d'artisans mais ce processus se déroule sur l'ensemble du territoire indien.
L'organisation d'un génocide économique Au Viêt-nam, le gouvernement a mis sur pied une politique néo-libérale sans attendre nécessairement l'appui de l'Occident mais tout à fait dans la ligne du FMI. Un enseignant, avec un diplôme universitaire, gagne 4,75 dollars par mois, alors que, dans la logique des mesures préconisées par le gouvernement vietnamien, le prix du riz, qui est la principale exportation, devra rejoindre le niveau mondial.
Par conséquent, vous avez là les éléments d'un génocide économique. C'est un génocide qui opère par le mécanisme prix/revenu, par le truchement de la politique macro-économique et qui, comparé aux grands génocides de l'histoire, a un impact sur plusieurs centaines de millions de personnes, simultanément dans plus de 80 pays du monde.
Il est clair que cet appauvrissement généralisé a des répercussions au niveau des rapports économiques globaux parce que, lorsque l'on comprime le pouvoir d'achat d'une façon systématique à l'échelle planétaire, on ne peut pas non plus s'attendre à ce qu'il y ait un développement des marchés.
Les répercussions se font sentir dans les pays développés, car cette gestion de la misère dans le Sud renforce la délocalisation, les fermetures, les restructurations en Europe occidentale et en Amérique du Nord. D'abord, les emplois sont transférés et ensuite, les pays qui sont maintenant soumis aux ajustements structurels ne produisent plus pour le marché interne, mais pour le marché international. D'où, une saturation des marchés internationaux, une baisse du prix des produits et une situation de déstructuration de certains marchés. C'est d'ailleurs lié à la crise dans les aciéries en Europe : l'Europe de l'Est et l'ex-URSS déversent leurs surplus parce qu'il n'y a plus d'investissements chez eux. Par conséquent cela crée une destructuration qui se répercute à tous les niveaux dans les sociétés occidentales. J'aimerais mentionner que, dans le processus de restructuration mondiale, il y a de moins au moins de rapport entre les prix d'une marchandise et les coûts de production. Si vous observez différents produits, vous constatez que les prix sont peut-être de 20 fois supérieurs aux coûts de production, que ce soient les coûts de production des pays pauvres ou de nos propres pays. A partir de cela, vous
Quel développement ?
avez la consolidation de l'économie rentière. On achète le café à 25 cents au producteur et on le revend à 20 dollars. Par conséquent, il y a des surplus, des profits énormes qui sont tirés de cette économie à bas salaires qui s'articulent maintenant à l'échelle planétaire. Ces profits sont ensuite recyclés essentiellement dans les secteurs de l'immobilier, dans les secteurs des biens de luxe, et on voit comment cette structure mène à une dualité de la consommation et à une dualité du niveau de vie aussi bien dans les pays du Nord que du Sud.
Dans le Sud, il s'agit d'une tutelle politique des bailleurs de fonds c'est une tutelle qui est étroitement dirigée par les institutions financières internationales. Les réformes économiques doivent être conformes à ce qui est dicté par le FMI et la BM.
Cependant il faut signaler que ni le FMI, ni la BM ne constituent un pouvoir politique en soi. Ce sont des bureaucraties internationales et je crois qu'il est bon voir, pour notre action de savoir, comment ces bureaucraties internationales de fonctionnaires, d'économistes, de technocrates, servent certains intérêts financiers qui entourent et donnent les directives au FMI.
Ainsi, le FMI n'agit jamais en son nom propre. Il y a évidemment le Club de Londres et le Club de Paris, il y a la classe politique du G7, il y a le Trésor américain. Vous avez donc, un engrenage d'acteurs qui influencent la direction des mesures adoptées par les institutions internationales et imposées aux pays pauvres.
Il faut mentionner également que, durant la dernière décennie, a pu également observer un autre phénomène qui, à mon sens, est très important. C'est la déformation des rapports sociaux aussi bien dans le Tiers Monde que dans les pays développés. Je veux dire que, de plus en plus, les milieux financiers sont inté-
Monde
grés au processus de blanchiment de l'argent, aux différents trafics illégaux et au crime organisé. Je ne veux pas dire que cela constitue l'élément dominant de l'appareil financier mais ce n'est pas un élément négligeable.
De plus en plus, il y a une déformation des rapports sociaux (on le note en Europe de l'Est et en Ex-URSS) et cette déformation est liée aux processus de paiement du service de la dette.
En ce moment, le FMI rend hommage à ce qu'il appelle le rapatriement des capitaux : l'argent sale, l'argent de la drogue déposé dans les banques suisses est recyclé vers les pays dont il provient et est acheminé maintenant vers les privatisations des entreprises de l'Etat. Par conséquent, ce recyclage d'argent sale servira d'une part, à renforcer les créanciers et d'autre part, à établir sur place les normes d'une nouvelle élite liée au blanchiment et liée au différents trafics. C'est une tendance qui est, à mon sens, très importante et nous devons l'avoir à l'oeil. *
Dette
du
Tiers