Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DETTE DU TIERS-MONDE

Quel développement ?

· Inprecor n° 377, février 1994 · p. 28-30 · 1 466 mots

Japon et Corée

Chargé d'études à l'IRES(l'Institut de recherches économiques et sociales). II a publié plusieurs articles sur l'économie mexicaine. Il est le co-auteur de L'Industrie française ( La découverte, 1990) et de Les destins du Tiers Monde (CIRCA,

1993) 'interviendrai sur trois points: d'abord, dénoncer une certaine erreur de perspective quant aux performances réalisées par un certain nombre de pays du Tiers Monde qui sont un peu montées en épingle. Ensuite, on peut examiner pourquoi le modèle mis en place de fait par les ajusteurs, ne conduit pas au développement des pays endettés. Enfin, on pourra esquisser les grands points d'un programme alternatif par rapport à ces situations.

En ce qui concerne le premier point, il est très important d'étudier l'exemple qui est souvent donné comme voie de sortie possible du sous-développement, à savoir la Corée.

La Corée, un modèle non-reproductible Pour plusieurs raisons, ce modèle n'est pas reproductible. Et, en particulier, la voie qui a été choisie pour la Corée a consisté pratiquement sur tous les points, à faire exactement l'inverse de ce que recommandent la BM et le FMI aux pays qui sont censés s'ajuster et démarrer sur une nouvelle base, sur un nouveau type de développement. Par exemple, la manière dont le Mexique s'intègre dans le cadre du Traité nord-américain, est point par point l'inverse absolu du modèle coréen.

Quand on regarde le modèle imposé par les différentes institutions qui gèrent l'ajustement structurel, plusieurs choses sont frappantes. Notamment, le fait qui a déjà été signalé à propos de l'Afrique, à savoir que, dans tous les pays, sans tenir compte des réalités sociales, économiques, etc, ce sont toujours les mêmes recettes qui sont mises en avant d'une manière doctrinaire. Ces recettes sont maintenant employées de la même manière dans les pays d'Europe de l'Est et démontrent donc

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une vision superficielle des formations

En même temps, ce qu'il faut voir, c'est qu'il y a des aspects contradictoires dans le Tiers Monde. Il y a un certain nombre de pays qui, ces deux ou trois dernières années, ont eu des taux de croissance relativement importants. Ils sont tout le temps cités comme exemples, mais il faut se rendre compte que dans ces pays, la différence est devenue énorme entre le chiffre de la croissance et la réalité du développement. C'est-à-dire que c'est de plus en plus un modèle excluant, qui laisse à l'écart des fruits de cette croissance, l'énorme majorité de la population. Cela, même la Banque mondiale le reconnaît, par exemple, dans un rapport qui vient de sortir sur le bilan de la décennie de la dette en Amérique latine. Il y a une petite conclusion, au détour d'une phrase, qui consiste à dire que

"peut-être la manière dont on répartit les fruits de la croissance est plus importante que la croissance elle-même".

C'est peut-être là l'aspect fondamental dans les modèles mis en place par le FMI et la

BM, par les gouvernements locaux : quatre grands points sur lesquels va forcément butter la grande majorité de ces pays.

La première idée qui est toute simple, qui est quasiment de l'arithmétique, c'est que pratiquement tous ces pays centrent leur orientation économique sur la priorité aux exportations potentielles, c'est-à-dire, les achats des pays riches qui, soit dit en passant, sont plutôt en ralentissement pour le moment.

Il n'y a pas de place pour tout le monde: voilà la conclusion à laquelle on arrive assez simplement. Il faudrait un taux de croissance des achats des pays riches absolument inimaginable et hors de portée, pour que les exportations de l'ensemble des pays du Tiers Monde en viennent à constituer constituent un moteur suffisant pour les sortir du sous- développement.

Tous perdants?

D'une certaine manière. c'est exactement la même contradiction à laquelle conduisent les politiques d'ajustement libérales dans les pays riches, à savoir que chaque pays a cassé sa demande intérieure en espérant vendre aux autres. Maintenant, tout le monde fait cela en même temps et il ne faut pas être un économiste très compétent pour comprendre que tout le monde y perd au bout du compte. son, tous les pays du Tiers Monde ne peuvent gagner dans ce jeu-là. ristique, la deuxième contradiction, c'est que les pays sont constamment mis en concurrence dans ce modèle. L'exemple le plus frappant, c'est peut-être celui de Nike qui a été analysé récemment dans une revue en France. Il faut savoir que Nike a quitté (parce qu'il fonctionne à la sous-traitance) la Malaisie et les Philippines.Ils trouvaient en effet que les salaires y étaient devenus trop élevés, donc, il s'est déplacé en Chine. très forte et va exercer une pression constante pour le maintien des bas salaires et non pas un développement où l'investissement, la croissance enclenche une progression des salaires et donc, une progression du marché intérieur. le pays dans la reconduction des bas salaires.Et c'est le troisième aspect. sement très important des inégalités dans le volet social. Là aussi, le rapport de la BM sur l'Amérique latine cite des chiffres très clairs.

Pour exactement le même type de raiPar conséquent, la deuxième caractéproblèmes. La volatilité des capitaux est devenue business. C'est un cercle très vicieux qui installe Ce modèle est caractérisé par un creuQuatrième aspect très grave également qui découle des caractéristiques de ce modèle, c'est qu'il est incompatible avec un régime démocratique ou parlementaire à l'occidentale. Parce que l'Etat n'a pas de substrat, pas cette légitimité qu'il pouvait trouver dans une progression relativement homogène du niveau de vie des gens. Par définition, ce modèle est associé à un régime d'Etat fort (voir l'Amérique Latine ou les pays de l'Europe de l'Est).

Maintenant, quelques esquisses de points programmatiques qui essayent de dessiner une alternative par rapport à ces

D'abord, il y a la dette qui pèse de manière évidente, considérable, je ne vais pas y revenir.

Il y a ensuite un point absolument fondamental, en particulier en ce qui concerne l'Afrique, et dont on ne parle pas suffisamment. C'est le problème du cours des matières premières qui a chuté et a entraîné dans cette chute, toute une série d'économies qui étaient orientées, centrées sur l'exportation des matières premières. De ce côté-là, il faut trouver quelque chose pour stabiliser les cours des matières premières.

Troisième point : à ce modèle centré sur l'exportation, s'associe un modèle de destruction de l'économie agraire, paysanne, traditionnelle, d'où, la perte de l'autosubsistance d'un certain nombre de pays. C'est donc un point clef de tout programme alternatif : stabiliser, donner les moyens d'existence à une économie paysanne qui, par ailleurs, est probablement un moyen très important de ralentir l'explosion démographique.

Par exemple, le Brésil pose le problème de la réforme agraire ; le

Mexique où cette réforme a eu lieu, pose le maintien de la lutte contre la destruction de l'économie paysanne, destruction qui est associée au modèle d'ouverture sur l'extérieur et à la priorité donnée à l'agro-

Pour un autocentrage raisonné

Quatrième point. Il faut modifier complètement la répartition des revenus de manière à réactiver le marché intérieur.

Une caractéristique de ces pays, est le rétrécissement de l'Etat et en particulier, le fait que dans ces pays, les riches ne payent pour ainsi dire pas d'impôts par rapport à des normes européennes. C'est-à-dire

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qu'ils gagnent autant qu'en Europe mais ne payent pratiquement pas d'impôts. Donc, il y a une absolue nécessité de prélever les ressources et de les redistribuer vers des augmentations de salaires et vers la reconstitution des budgets sociaux qui ont été décapités par la politique d'ajustement structurel.

Enfin, dernier point, le plus important et le plus difficile à mettre en œuvre : quelque chose est absolument caractéristique dans l'économie mondiale, c'est l'idée de développement proprement dit. C'est un développement inégal et combiné, c'est-à-dire, un développement qui ne concerne pas tout le monde, un développement qui met en rapport des économies qui ont des niveaux de productivité, de développement très différents. Les mettre en rapport, débouche sur l'éviction de ceux qui ne savent pas s'aligner. Les pays du Tiers Monde eux-mêmes doivent définir un mode d'insertion dans l'économie mondiale qui ne soit pas un mode d'exclusion, ni un mode d'alignement impossible à tenir face aux normes technologiques définies par le centre.

Il leur faut donc définir un auto-centrage raisonné, c'est-à-dire pas le repli sur l'autarcie, mais un mode d'articulation qui tienne compte de la réalité. Oublier cette réalité, oublier ces différences de niveau de productivité, conduit à des catastrophes.

Tous ces points-là doivent être discutés à la fois dans les pays du Sud et dans les pays du Nord. Il se trouve que c'est en gros le programme du Parti des travailleurs au Brésil. Ils seront ainsi portés d'une manière beaucoup moins abstraite que dans ce rapide exposé. *

Dette

du

Tiers

Monde

Nécessaire solidarité entre les peuples samedi 4 décembre 1993 de 13h00 à minuit à la V.U.B. (Vrije Universiteit van Brussel)

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