Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER MEXIQUE

Unir ceux qui veulent la vérité

· Inprecor n° 377, février 1994 · p. 18 · 1 000 mots

Mexique

Ceux qui connaissent l'armée et la police mexicaines (beaucoup d'exilés politiques et des milliers de Mexicains peuvent en témoigner) savent que, quand elles le veulent, elles peuvent intervenir avec une efficacité zélée. La confrontation entre les déclarations citées et le soulèvement indigène oblige à se demander, par exemple, jusqu'à quel point le gouvernement a sous-estimé le caractère explosif de la situation de misère régnant dans le sud-est du pays. Où en est la situation de désespoir de milliers et de milliers de Mexicains, fatigués de la misère quotidienne et d'un système en putréfaction avancée et antidémocratique ? Force est de constater qu'aveuglés par une concentration de pouvoir inédite dans les main du président, Salinas de Gortari et sa cour de serviteurs ont sous-estimé comme ils l'ont toujours fait, l'irruption populaire qui menaçait.

L'irruption populaire

Dans ces conditions, le soulèvement armé de l'EZLN s'est mué en véritable tremblement de terre politique, qui secoue le régime au plus profond. Il s'agit littéralement d'une tornade, qui a touché sous la ligne de flottaison un système de parti-Etat qui aura du mal à s'en remettre. Comme l'ont signalé beaucoup de commentateurs, le Mexique n'est plus le même depuis de ler janvier 1994. Les conditions politiques y ont changé qualitativement depuis cette date.

La réalité a repris le devant de la scène politique, jetant une lumière crue sur la politique aveugle appliquée invariablement par les gouvernants mexicains, qui reçoit tant d'éloges d'organismes internationaux comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. De la tragédie que vivent les "damnés" du Mexique, ce quotidien étouffant, qui n'a rien à voir avec celui des 300 familles qui dominent le pays aux plans économique et politique, monte une sourde exigence de justice. Ces exclus ont besoin et envie de démocratie, de vivre dignement, d'être reconnus en tant qu'êtres humains, et il est évident que si on ne répond pas à leurs revendications, ils chercheront à faire justice eux-mêmes, comme de 1910 à 1917. *

12 janvier 1994

Le texte suivant est constitué d'extraits d'une déclaration de la direction de l'EZLN, qui en dit assez long sur la nature politique de cette organisation. DOCUMENT

A u peuple mexicain ; à

toutes les personnes et organisations civiles et politiques, démocratiques, honnêtes et indépendantes du Mexique ; aux peuples et aux gouvernements du monde. Frères.

La digne lutte des combattants de l'Armée zapatiste de libération nationale a reçu la sympathie de nombreuses personnes, organisations ou couches de la société civile tant mexicaine qu'internationale. C'est l'action honorable et décidée de ces forces progressistes qui a ouvert la possibilité d'une solution politique juste au conflit qui se déroule sous nos cieux. Ni la seule volonté politique de l'armée fédérale, ni les glorieuses actions militaires de nos combattants n'ont été aussi décisives pour faire évoluer le conflit de la sorte, que les différentes manifestations publiques, dans les rues, dans les montagnes ou sur les médias, des plus diverses des organisations et personnalités honnêtes et indépendantes qui composent ce que l'on appelle la société civile mexicaine.

Nous autres, les derniers des citoyens mexicains mais premiers des patriotes, sommes conscients depuis le début que nos problèmes, et ceux de notre nation toute entière, ne pourront être résolus qu'à travers un mouvement révolutionnaire national autour de trois revendications principales : celles de liberté, de démocratie et de justice.

Notre forme de lutte n'est pas la seule possible, peut-être n'est-elle même pas adéquate pour beaucoup. Il existe beaucoup d'autres formes de lutte très valables. Notre organisation n'est pas la seule existante, peut-être n'est elle même pas souhaitable pour certains. Il existe un grand nombres d'autres organisations honnêtes, progressistes et indépendantes de valeur. L'EZLN n'a jamais prétendu que sa forme de lutte était la seule légitime. De fait, c'est pour nous la seule qui restait possible. L'EZLN se félicite du développement de toute forme de lutte honnête et conséquente visant à nous faire tous avancer sur la voie de la liberté, de la démocratie et de la justice. L'EZLN n'a jamais prétendu que son organisation était la seule véritable organisation révolutionnaire sincère du Mexique ou du Chiapas.

En fait, nous nous sommes organisés ainsi parce que c'est la seule possibilité qu'on nous a laissé. Nous saluons le développement de toutes les organisations indépendantes et progressistes qui luttent pour la liberté , la démocratie et la justice pour la nation toute entière. Il y a et il y aura d'autres organisations révolutionnaires que la nôtre. Nous ne prétendons pas être l'avant-garde historique seule et unique et véritable. Nous ne prétendons pas rassembler tous les Mexicains honnêtes derrière notre drapeau zapatiste. Nous proposons notre drapeau, mais il y a des drapeaux plus vastes et plus puissants, sous lesquels nous pourrions tous nous retrouver. Celui d'un mouvement révolutionnaire national où prendrait place les plus diverses des tendances, les pensées les plus différentes, sous plusieurs formes de lutte, mais avec un seul objectif : la liberté, la démocratie et la justice.

L'EZLN appelle tous les Mexicains à hisser ce drapeau, pas celui de l'EZLN, pas celui de la lutte armée, mais celui du droit de tout être pensant (...) : la liberté, la démocratie et la justice. Sous ce drapeau flottera aussi notre bannière zapatiste (...).

La lutte pour la liberté, la démocratie et la justice n'est pas le monopole de l'EZLN, c'est la tâche de tous les Mexicains et de leurs organisations honnêtes, indépendantes et progressistes. Chacun sur son terrain, chacun avec ses formes de lutte, chacun avec son organisation et ses idées. Les pas de tous ceux qui avancent vers la vérité devront s'unir en un seul pas : celui qui mène à la liberté, la démocratie et la justice.

Notre lutte ne s'arrête pas et notre cri ne se taira pas après que nous ayons crié « ça suffit ! »le premier janvier 1994. Il reste beaucoup de chemin à faire, les démarches sont différentes mais l'objectif est le même (...).

Comité clandestin révolutionnaire indigène / Commandement général de l'EZLN, 20 janvier 1994

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