Inprecor 1974–2004

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ITALIE

Un régime en décomposition

· Inprecor n° 378, mars 1994 · p. 14-17 · 3 268 mots

Italie Syndicalisme

Les 27 et 28 mars, des élections législatives auront lieu en Italie. Pour la première fois un nouveau système électoral sera appliqué: seuls 25% des députés seront élus à la proportionnelle alors que tous les autres le seront au scrutin uninominal à un seul tour. Franco TURIGLIATTO

T rois blocs sont en train de se

dessiner : 1' "Alliance des progressistes", qui regroupe tous les partis de gauche et les formations démocratiques bourgeoises (1) ; un centre modéré, représenté par ce qui reste de l'ancienne Démocratie chrétienne (DC), qui s'est transformée en Parti populaire italien (PPI) et par le regroupement appelé "Pacte pour l'Italie" ', sous la direction de l'ancien démocrate-chrétien Mario Segni ; trois formations de droite, voire d'extrème droite, c'est-à-dire les néofascistes du mouvement social italien (MSI), qui a donné naissance sous la direction de Giancarlo Fini à l'Alliance nationale, la Ligue du Nord, dirigée par Umberto Bossi et hégémonique dans les régions septentrionales du pays, enfin le regroupement Forza italia lancé par le puissant entrepreneur Silvio Berlusconi, qui contrôle tout un empire de médias, fondé grâce à ses liens très étroits avec des chefs de l'ancien régime, dont le "socialiste" Bettino Craxi, a nourrit son l'ambition de jouer le rôle du sauveur suprême d'un pays bouleversé par une crise très profonde.

Recomposition des forces patronales

Ce sont les impératifs du marché et de la concurrence internationale qui ont poussé la bourgeoisie italienne à déclencher une attaque tous azimuts contre les travailleurs, allant des réductions de salaires aux licenciements en passant par le démantellement des acquis sociaux. Une forte dévaluation de la monnaie nationale a permis à une industrie en crise de souffler grâce à un essor spectaculaire des

ITALIE exportations, mais en revanche n'a pas été suffisante pour relancer plus généralement l'économie à cause de la réduction de la consommation intérieure provoquée par les mesures d'austérité. Ainsi, l'année 1993 s'est soldée par une stagnation du PNB et des lourdes pertes ont été enregistrées par toute une série de grandes industries dont FIAT et Olivetti. En fait, les entreprises privées ne sont pas moins endettées que l'Etat. Par ailleurs, elles ont souvent essuyé des échecs dans leurs projets d'expansion et de concentration au niveau européen. L'exemple de FIAT est significatif en la matière : le groupe turinois a perdu des parts de marché aussi bien en Italie que dans la l'Union européenne et a été obligé d'augmenter son capital en s'associant à des instituts immobiliers, à des compagnies d'assurance et à des banques dont la puissante Deutsche Bank, ce qui a impliqué, entre autres, une limitation du pouvoir de la famille Agnelli.

Il est difficile de deviner qui sortira vainqueur des affrontements qui se produisent entre ces potentats économiques. Au sein du gouvernement Ciampi lui-même, des conflits ont éclaté entre des lobbies financiers à propos de la privatisation du très important patrimoine industriel et bancaire de l'Etat, c'est-à-dire d'opérations d'envergure, qui auront un impact sur l'évolution du rapport de forces dans le camp bourgeois.

Les affrontements sur le terrain économique s'entrelacent aux conflits politiques entre élites anciennes et élites nouvelles — ou recyclées pour les besoins de la cause—, tout cela sur fond d'innombrables scandales et d'incriminations spectaculaires, qui ont impliqué les services secrets, des ministres de l'intérieur et le président de la République lui-même.

La chute de la DC

Pour comprendre cette crise de direction de la bourgeoisie italienne, il est utile de rappeler quel a été le rôle de la DC dans le régime politique instauré après la Seconde Guerre mondiale.

La DC avait pu sélectionner une vaste gamme de cadres liés aux centres économiques et capables de traduire en termes politiques les intérêts de la bourgeoisie. Ainsi, des hommes appartenant à ce parti, ou désignés par lui, ont dirigé les grandes entreprises et les banques du secteur étatique. C'étaient également des hommes de la DC qui contrôlaient les appareils répressifs de l'Etat et qui géraient les rapports avec l'OTAN et l'allié nord-américain. Parallèlement, sur le terrain parlementaire

1) L'Alliance des progressistes, est composée du PDS, du Parti de refondation communiste (PRC), de la Rete (Réseau), dirigée par le maire de Palerme Orlando, des Verts, de l'Alliance démocratique, organisation qui serait soutenue par des entrepreneurs "progressistes", des Chrétiens sociaux et deux secteurs de ce qui reste du PSI après la rupture avec Craxi et les siens.

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et institutionnel, la DC avait créé un réseau d'alliés et de satellites politiques associés à la gestion du pouvoir et avait établi avec la Parti communiste italien (PCI), un compromis de longue haleine qui s'est avéré avantageux pour les équilibres du pouvoir bourgeois.

Par son contrôle sur les leviers économiques et politiques et sur les ressources gérées par l'Etat-providence, elle a réussi à organiser dans les différentes couches sociales un système assez sophistiqué et étendu de consensus et de clientélisme. Elle s'est assurée une plus grande cohésion sociale et une légitimité idéologique grâce à ses rapports privilégiés avec l'Eglise catholique et à sa structure organisationelle complexe. Il ne faut pas sous-estimer, par ailleurs, le fait qu'elle a exploité aussi à son avantage des liens avec des hommes de la mafia et de la camorra dans des régions du Sud. Ainsi, l'ensemble de ces instruments, et sa présence un peu partout dans la société lui ont permis d'exercer, en dernière analyse dans l'intérêt de la bourgeoisie, une hégémonie non seulement politique, mais aussi sociale et culturelle. Il faut ajouter que tout cela a été possible dans la mesure où le Parti communiste italien (PCI), largement hégémonique dans la classe ouvrière et dans d'autres couches populaires, a accepté le cadre du système, en s'opposant à toute dynamique anticapitaliste des mouvements de masses, notamment au lendemain de la guerre et après 1968. Certes, le système clientéliste a coûté assez cher aux patrons italiens, mais, somme toute, il a été longtemps payant pour le système dans son ensemble (2).

La crise da la DC s'est traduite d'abord par sa rupture avec de larges couches de la petite et de la moyenne bourgeoisie du Nord, frappées à leur tour par la crise économique nationale et européenne et effrayées par la perspective de perdre leurs privilèges, ensuite elle a été nourrie par l'usure progressive de l' Etat-providence, à la suite de la contraction des ressources financières, puis aggravée par la remontée au Sud du MSI, qui a joué le rôle d'un catalyseur d'une contestation réactionnaire. Finalement, cette crise a été enormément accelérée par l'intervention de la magistrature dans les affaires de pots-de-vin, et qui a joué le rôle de détonateur dans l'éclatement du régime politique.

"Tangentopoli"

Sur ce qu'on appelle couramment en Italie «Tangentopoli » (littéralement, la "ville des pots-de vin") quelques précisions nous semblent nécessaires. Il ne s'agit pas tellement d'un phénomène, aussi étendu soit-il, de corruption politique, mais d'une donnée politique et sociale beaucoup plus profonde. Tangentopoli a été le moyen par lequel la bourgeoisie et ses partis se sont efforcés de "normaliser" la société italienne après la grande vague de luttes des années 1970 et de surmonter la crise économique 1982-85. C'est un sytème de pouvoir avec des objectifs bien précis qu'on a voulu instaurer.

En d'autres termes, un pacte a été réalisé entre les grands entrepreneurs, d'un côté, et la DC, le PSI et les autres partis gouvernementaux, de l'autre, dans le but d'opérer un transfert gigantesque de richesse des travailleurs vers le patronat par le truchement de l'Etat. Cela a été obtenu par toute une série de mesures : suppression de l'échelle mobile des salaires, prise en charge par l'Etat de coûts sociaux importants, concession d'aides sans conditions aux entreprises pour leurs investissements, commandes de l'Etat pour des travaux publics pharaoniques et inutiles; de véritables cadeaux faits par l'Etat à des particuliers (par exemple, la vente à bas prix d'Alfa Romeo à Fiat et l'achat des actions de Montedison) et finalement acceptation d'un déficit budgétaire croissant dont ont profité les riches qui prêtaient de l'argent à l'Etat à des taux très favorables. Les "garants" publics de ces opérations obtenaient pour leur "médiation" récompensée par des pots-de vin avec des pourcentages bien établis. En même temps, le pouvoir fermait ses yeux sur l'évasion fiscale de la part de larges couches de la petite et moyenne bourgeoisie, qui représentaient une base sociale essentielle de ce régime de corruption.

La fin du cycle spéculatif des années 1980 provoqua une crise de ce système : les marges économiques se rétrécissaient et la bourgeoisie italienne ne pouvait plus se permettre des mécanismes de pouvoir si coûteux. Il n'y a pas de doute que l'un des problèmes actuels de la grande bourgeoisie est celui de faire payer également la crise à des couches de la petite et moyenne bourgeoisie. En fait, l'introduction d'un impôt modeste et fort discutable—ce qu'on appelle la minimum tax —a mis hors du marché des dizaines de milliers de petits et moyens commerçants, des petits entrepreneurs et des artisans. Ce sont ces couches qui craignent non sans fondement leur propre prolétarisation et se rangent sous les drapeaux de la Ligue du nord.

Désagrégation sociale

Lorsque nous disons que la bourgeoisie doit à nouveau se doter d'une direction politique adéquate, nous n'ignorons pas qu'elle dispose tout de même encore d'une politique anti-ouvrière agressive que le pouvoir exécutif actuel s'efforce déjà de concrétiser. Les gouvernements Amato et Ciampi, soutenus directement par la Confédération patronale de l'industrie et par les bureaucraties syndicales, avec le consensus du Parti démocratique de la gauche (PDS), ont durement frappé les ouvriers et plus généralement les salariés. En l'espace de deux ans, 800 000 emplois ont été supprimés. En 1993, pour la première fois depuis la guerre, les salaires ont diminué et la consommation a baissé Chaque mois des couches populaires s'enfoncent dans la pauvreté. La loi de finances, adoptée à la fin de l'année 1993 avec l'approbation du PDS lui-même, a poursuivi l'œuvre de destruction des acquis sociaux. La contre-réforme en matière de santé et de retraites et le projet de privatisation de l'école, qui se combinent aux licenciements dans l'industrie et aux processus de restructuration de la fonction publique, désarticulent la solidarité sociale, les potentialités d'action syndicale et la conscience démocratique, (c'est-à-dire la compréhension de l'importance des droits démocratiques).

C'est sous cet angle, et non seulement sous l'angle des effets économiques immédiats, qu'il faut mesurer les conséquences de la politique gouvernementale En effet, dans ce contexte, des pulsions élémentaires réactionnaires surgissent et des tendances favorables à l'instauration de gouvernements "efficaces" du type autoritaire se développent. Voilà l'origine des succès de la Ligue du Nord et des néofascistes, en d'autres termes, d'une regression vers la droite, qui pourrait s'accentuer, dans le cadre de très graves convulsions politiques et sociales éventuelles, indépendamment des formes politiques spécifiques qu'une telle tendance pourrait prendre au niveau du pouvoir.

C'est dans ce même contexte que se pose le problème de l'unité du pays et des visées séparatistes de la Ligue du Nord. Les déchirements du pays sont déterminés, en dernière instance, par la dynamique de l'unificaton européenne, aussi bien que par les mesures néolibérales gouvernementales . C'est bien cela qui remet en question les formes traditionnelles du marché capitaliste et de la nation. La Ligue — qui, par ailleurs, se veut européenne et partisane du néolibéralisme, et qui s'est implantée non seulement dans des fractions de la

2) Cette omniprésence de la DC dans la vie italienne a eu comme symbole Giulio Andreotti, presque toujours membre du gouvernement et à plusieurs reprises président du conseil des ministres, aujourd'hui inculpé, entre autres, à cause des rapports qu'il aurait entretenus avec des patrons de la mafia.

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petite et de la moyenne bourgeoisie, mais aussi dans des couches populaires— accentue et cristallise ces divisions. Le véritable problème ne réside donc pas dans l'unité abstraite du pays ni dans la défense d'institutions discréditées, mais plus concrètement dans le maintien de l'unité de la classe ouvrière et du lien de celle-ci avec ses alliés, dans le but de contrecarrer les tendances centrifuges et d'éviter de très dangereuses concurences entre les pauvres.

Les forces antagonistes

Dans le cadre d'une telle situation subsistent, malgré tout, des éléments positifs sur lesquels on peut miser pour relancer la lutte avec des chances de succès.

Tout d'abord, il y a des secteurs sociaux, minoritaires à l'heure actuelle, conscients du danger de détérioration extrême de la vie politique et sociale du pays, qui veulent riposter et commencent à se mobiliser. La manifestation du 25 septembre 1993 contre la politique du gouvernement, pour les 35 heures et la démocratie dans les entreprises, l'a confirmé : les très nombreux participants — plus de cent mille— représentaient des secteurs importants de travailleurs luttant pour défendre leur emploi, des secteurs prêts à se mobiliser avec des objectifs plus généraux, des étudiants et des cercles de jeunes, des structures de base syndicales et sociales, des femmes conscientes que le prix de la crise sera payé avant tout par elles, des militants de différentes formations politiques qui comprennent l'enjeu historique des affrontements qui se préparent.

Pour définir ces forces, le nouveau secrétaire du Parti de la Refondation communiste (PRC), Fausto Bertinotti, a utilisé l'expression "reliquats actifs", c'est-à-dire des forces qui ont survécu aux attaques violentes de l'adversaire et sont disposées à reprendre l'initiative. En ce qui concerne d'autres secteurs, la frontière n'est pas bien tracée entre ceux qui risquent soit de plonger dans la passivité ou dans le désespoir soit de glisser vers des orientations proches de celles de la Ligue du Nord soit, encore de réagir par la lutte à condition qu'il existe des projets alternatifs clairs.

Tout au long de l'automne dernier, de nombreuses luttes se sont développées dans les entreprises pour la défense de l'emploi. Des travailleurs ont fait preuve de leur volonté de se mobiliser, en dépit de leur isolement et de l'absence d'une initiative d'ensemble. Les résultats ont été assez modestes et précaires, mais parfois les patrons ont dû faire, du moins en partie, marche arrière.

Pour leur part, les jeunes se sont mobilisés massivement en novembre et en décembre contre des mesures de privatisation des écoles et contre la réduction du nombre des enseignants et des classes, la mobilisation a été significative, même si elle n'a pas permis la réalisation des objectifs et même si la recomposition d'une avant-garde étudiante cohérente reste encore fragile.

3) Dans son rapport au congrès du PRC Lucio Magri a souligné que la Ligue du Nord et le MSI «ont obtenu des voix non pas en adoptant des positions modérées, mais au contraire en s'appuyant sur les réactions les plus outrancières et les plus troubles de rejet du parlementarisme et des partis en tant que tels, sur les valeurs de l'individualisme, de la compétition, de la force, dans une version tout à fait irrationelles, cela dans le but de souder un nouveau bloc social interclassiste, par le truchement d'anciens mythes réactionnaires aussi bien que de mythes nouveaux prônant la séparation ethnique. (...) Grâce à cela ils ont gagné des suffrages non seulement chez des électeurs modérés, mais aussi dans des quartiers populaires et parmi les jeunes. Il ne s'agit donc pas d'une poussée à droite de caractère assez générale, mais de l'émergence d'une droite réactionnaire de masse, objectivement subversive».

4) La manifestation avait été organisée par le PRC, les Verts, la Rete, des structures syndicales oppositionnelles (conseils, Cobas, Essere sindacato) et des regroupements de jeunes. Le PDS a réfusé d'y participer et les centrales syndicales s'y sont retrouvés hostiles.

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Finalement, fin décembre et début janvier une nouvelle crise a éclaté chez FIAT. La direction de l'entreprise veut exclure 15 000 travailleurs en l'espace de deux ans, fermer Alfa Romeo à Milan, et réduire à l'avenir d'une façon drastique le puissant établissement Mirafiori à Turin. Pour la première fois, la liste des licenciers inclut de nombreux employés, c'est-à-dire des gens qui, dans le passé, s'étaient rangés trop souvent du côté des patrons. Après une première phase difficile, au cours de laquelle seuls les travailleurs de chez Alfa Romeo à Milan et de chez Sevel près de Naples semblaient prêts à lutter, fin janvier les ouvriers de FIAT à Turin se sont mobilisés massivement eux aussi et les employés ont participé aux manifestations à leurs côté. Les travailleurs demandent la redistribution de la production dans tous les établissements, la réduction des heures de travail, des contrats de solidarité permettant à tous de rester dans l'entreprise avec une perte de salaire limitée. Au niveau de la ville plus généralement, la confiance, dont jouissait traditionnellement la direction de l'entreprise, a été entamée. C'est un moment très délicat surtout en tenant compte du fait que, depuis toujours, ce qui se passe à Turin est un baromètre de la lutte de classes dans le pays tout entier.

En conclusion, des phénomènes importants sont en train de se produire, mais il s'agit encore de tendances embryonnaires, notamment parce que le processus de reconstruction d'un syndicat démocratique «lutte de classes» ne s'est pas encore développé et que l'hypothèque des groupes dirigeants syndicaux qui acceptent pleinement la logique du système capitaliste pèse toujours sur les luttes (voir Inprecor, n.370).

Perspectives politiques

L'interprétation des résultats des élections municipales, qui se sont déroulées fin novembre et début décembre dans diverses villes, pose une série de problèmes. En fait, les alliances de gauche ou de centre-gauche ont gagné contre la Ligue et le MSI dans les grandes villes, où le tissu organisationnel du mouvement ouvrier, de même qu'une sensibilité démocratique plus forte, subsistent. Mais elles ont été battues dans de nombreuses villes petites et moyennes. En outre, la gauche a le plus souvent perdu des voix, même si elle a progressé en pourcentage à la suite de l'augmentation des abstentions, alors que la Ligue et les néofascistes ont obtenu des voix supplémentaires.

En tout cas, en partant de ces résultats, le PDS a lancé une forte offensive politique visant à présenter comme crédible la perspective d'un gouvernement "progresbaser sur une alliance avec les secteurs dits "démocratiques" du capital, poursuivre le prétendu redressement économique et budgétaire entrepris par le gouvernement Ciampi. Occhetto, secrétaire national du PDS a multiplié les déclarations pour rassurer les financiers italiens et internationaux de même que le quartier général de l'OTAN et la Maison-Blanche elle-même.

Il est vrai que la crise des formations politiques bourgeoises et les difficultés auxquelles elles se heurtent dans leur recomposition peuvent aboutir à une situation où la gauche aurait la possibilité d'accéder au gouvernement. Mais ni le rapport de forces réel au niveau social ni le rapport de forces au sein de la gauche et les orientations qui y prédominent à l'heure actuelle n'autorisent l'hypothèse d'un gouverement capable de faire face aux problèmes très graves qui se posent, aux travailleurs. Même si le front progressiste gagnait les élections —hypothèse, par ailleurs, improbable— un gouvernement issu de cette victoire, dans le contexte actuel, ne représenterait qu'une solution éphémère et risquerait d'être assez rapidement balayé par des contradictions explosives au niveau économique et social. Le chemin serait ainsi déblayé pour une victoire beaucoup plus substantielle de la droite.

Il est illusoire de projeter aujourd'hui des solutions purement électorales et institutionnelles de la crise. Le point de départ ne peut être que la reconstruction du tissu organisationnel du mouvement de masse ddans le vif des conflits sociaux, de la recomposition de la conscience de classe et de l'unité des travailleurs à tous les niveaux. C'est-à-dire une bataille d'opposition de longue haleine permettant de changer radicalement le rapport de forces actuel. En d'autrtes termes, la création d'un bloc social anticapitaliste est la condition nécessaire pour toute perspective de gouvernement qui n'aboutisse pas à des défaites du type de celles essuyées, par exemple, par la gauche française.*

Rome, 6 février 1994

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