Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE BRETAGNE

Valeurs morales et hypocrisie

· Inprecor n° 378, mars 1994 · p. 23-26 · 3 725 mots

Femmes Grande-Bretagne

politiciens font passer les voitures avant les enfants », a expliqué une syndicaliste du secteur de la santé lors d'un meeting de protestation contre des nouvelles autoroutes. Avec un taux de femmes salariées parmi les plus élevés du monde, la Suède a été, au cours des 20 dernières années, un cas-limite. Si l'on considère l'âge d'activité, de 27 à 45 ans, plus de 90 % des femmes sont actives — contre 95 % pour les hommes.

Des conquêtes menacées

En même temps, le taux de natalité est le deuxième en Europe, après celui de la République d'Irlande. La combinaison d'un fort taux d'activité sur le marché du travail et d'une natalité élevée n'a été possible que grâce à la croissance du travail partiel des femmes et aux prestations de l'Etat-providence.

Au cours des années 70 et 80, les femmes ont accru relativement leur indépendance économique vis-à-vis des hommes. En revanche, elles sont devenues dépendantes de l'Etat, et des décisions politiques prises hier à leur avantage, et aujourd'hui à leur désavantage. Après les dernières élections législatives, en 1991, le nombre des femmes au Parlement a chuté de 38 à 33 %, et les propositions et décisions politiques actuelles sont caractérisées par une ignorance des besoins des femmes.

Ainsi, beaucoup de femmes se détournent aujourd'hui de la politique traditionnelle et cherchent une alternative... un parti des femmes, par exemple.*

Stockholm, 30 janvier 1994

Les scandales sexuels ou liés à des affaires de corruptions, les démissions en série et les suicides — pas forcément dans cet ordre -ont ébranlé un gouvernement britannique de plus en plus faible et fait apparaître la campagne de "retour aux valeurs fondamentales" (Back to Basics) de John Major pour ce qu'elle est : un trompe-l'oeil hypocrite. Gill LEE

Yes derniers sondages indiquent que le Parti travailliste disposerait d'une avance de 24 points sur le Parti conservateur, ce qui, en termes électoraux, signifierait une défaite du gouvernement conservateur avec une perte de 160 des sièges au Parlement. La baisse du soutien accordé à ce parti par les classes moyennes du sud de l'Angleterre s'est conjuguée à une opposition croissante de la part de magazines pourtant réputés de droite, comme The Sunset Today.

C'est sous le titre « Pourris jusqu'à la moelle », qu'un éditorial de Today à la mi-janvier, affirmait que les conservateurs étaient en train de « sombrer dans un océan de scandales ». Ceci à propos de l'information selon laquelle le conseil de Westminster, à majorité conservatrice, avait truqué les élections en bradant des logements lui appartenant, alors qu'il y a des milliers de sans-logis à Londres. Et d'ajouter que le Premier ministre, John Major, est « dangereusement déphasé par rapport à la réalité [comme] il l'a montré par ses gesticulations embarrassées à propos du retour aux valeurs fondamentales... [et] le lancement cynique d'une croisade morale qui s'est retournée contre

La dimension des scandales financiers s'est depuis accrue. Le conseil de Westminster a probablement emprunté ses idées sur le logement au "navire amiral" des conseils municipaux des conserva-

Valeurs morales

et hypocrisie

0 0 • 0 teurs, celui de Wandsworth. Des parlementaires conservateurs — comme Theresa Gorman et Alan Duncan — sont soupçonnés d'avoir personnellement bénéficié de la vente des logements publics. A. Duncan a été contraint de démissionner sous le coup d'allégations faisant état d'une conduite "indécente". Le docteur Michael Dutt, impliqué dans le scandale dit "des maisons contre des voix" de Westminster, vient tout juste d'être retrouvé assassiné. Enfin, la Commission des comptes publiques, une instance parlementaire de surveillance des dépenses publiques, à majorité conservatrice, vient de publier le rapport le plus accablant de son existence. Il dresse un catalogue des malversations, des actes d'incompétence et de fraude — 26 affaires frauduleuses différentes — portant sur des millions de livres sterling.

L'effet boomerang

Les scandales financiers auront sans doute un effet à plus long terme. Dans l'immédiat, la série d'accusations portant sur le comportement sexuel de membres du Parlement, a été plus traumatisante pour le gouvernement. Le ministre de l'Environnement, Tim Yeo, a été contraint de démissionner par la section locale de son parti pour avoir eu un enfant par suite d'une relation adultère avec son attachée parlementaire. La femme du ministre conservteur, par ailleurs comte de Caithness. s'est suicidée à la suite des rumeurs

Page 24

sur les problèmes de son couple. Le ministre des Transports, Steven Norris, a échappé de peu au limogeage après que des révélations eurent été faites sur la kyrielle de ses maîtresses. Et, pour finir par un morceau choisi de farce britannique, le parlementaire conservateur Bill Ashby a nié avoir eu une relation homosexuelle et a expliqué que, s'il avait partagé une chambre d'hôtel double avec un ami, c'est parce que «ça permettait de diviser le prix de moitié ». Sa femme n'a pas été convaincue et a diffusé l'histoire aux "tabloïds" qui s'en sont régalés.

Beaucoup d'électeurs seront d'accord avec le ministre de la Santé, Virginia Bottomley, pour dire que « les politiciens sont bien évidemment des êtres humains comme les autres ». Le fait qu'un député conservateur soit le père d'un enfant "naturel" a fait l'objet de la réprobation publique à cause de la campagne explicite de retour à l'ordre moral lancée par les conservateurs lors de leur dernier congrès en octobre 1993, dirigée en particulier contre les mères seules.

Le "retour aux valeurs fondamentales" était au début le signe de ralliement de la droite conservatrice. Des éléments très à droite dans le parti, comme le secrétaire, John Patten, sont depuis très loquaces dans la mise en garde contre la perte des repères morales, mais sa défaite à propos des accords de Maastricht a précipité la droite dans une campagne ouvertement moraliste. Dans la préparation du congrès d'octobre 1993, des ministres comme le secrétaire au Trésor, Michael Portillo, le secrétaire au Pays de Galles, John Redwood, ou le ministre des Affaires sociales, Peter Lilley, ont fait une série de discours contre "l'assistanat" et en faveur de l'attribution "plus sélective" des allocations. Selon eux, les problèmes de l'économie britannique devraient être traités par une baisse des impôts et un démantèlement de l'Etat-providence. Les mères isolées sont devenues la cible principale des conservateurs, qui dans de nombreuses interventions les ont accusées d'être la cause de la délinquance juvénile, de la baisse du niveau d'éducation et de vivre aux dépens de l'Etat-providence. En juillet 1994, John Redwood, lors d'une visite très remarquée dans la résidence de logements sociaux de St Mellon dans un quartier défavorisé de Cardiff, s'est déclaré choqué par le nombre de mères isolées qui semblaient heureuses de ne pas vivre avec un homme. Selon ses dire, à St Mellon, « les gens ont commencé à s'habituer à l'idée que les bébés naissent indépendamment du fait que deux adultes créent ensemble un cadre familial pour procurer de l'amour à leur enfant. C'est cela que [les conservateurs doivent] changer ». Lors du congrès, Michael Portillo a participé au concours de la palme de morale réactionnaire, en déclarant notamment : «Il est temps de revenir au langage franc et aux valeurs traditionnelles... La responsabilité de l'individu a été minée par un Etat qui en fait trop. » L'apogée de cette offensive idéologique de droite a été l'adresse de Peter Lilley au congrès, dans laquelle il a dressé un "petit catalogue" des fraudeurs, parmi lesquels « des jeunes femmes qui ne tombent enceintes que pour court-circuiter les listes d'attente pour l'attribution de logements sociaux ».

Société délitée

John Major a certainement signé son arrêt de mort politique lorsque, plutôt que de prendre ses distances avec les discours de droite de ses ministres, il a laissé entendre qu'ils les soutenait. « Nous sommes pour la responsabilité, pour la bienséance et le respect de l'ordre. Nous dans la voie des valeurs morales : une économie saine (non dépendante des subventions publiques), le libre-échange, l'enseignement traditionnel, le respect de la famille et de la loi », a-t-il affirmé au congrès.

Au milieu des scandales qui ont éclatés en janvier 1994, Major a essayé de faire croire que le "retour aux valeurs fondamentales" n'avait jamais concerné la morale personnelle mais plutôt « des questions politiques importantes pour tout le monde ». Et d'ajouter, en défense de Tim

Yeo, qu' « aucun de [ses] ministres n'a interprété la campagne "Back to Basics"

comme une attaque contre les mères isolées ».

Mais les dénégations de Major sont bien peu crédibles surtout lorsque dans la même semaine le gouvernement annonce son intention de supprimer la priorité accordée aux familles monoparentales pour l'accès au logement social, leur proposant d'aller dans des foyers, où « les problèmes de baby-sitting seraient réglés » pour citer la secrétaire à la Santé, Virginia Bottomley.

Concilier l'inconciliable

La campagne Back to

Basics n'était pas seulement une farce dans laquelle les attaques contre les mères isolées et les pères absentéistes se sont enlisées dans la perception qu'avait l'opinion publique que

« les ministres ont l'air d'avoir d'avantage d'enfants issus de nids d'amours clandestines que les papes au Moyen Age» pour citer le Guardian. Cette campagne était une tentative désespérée d'éluder les problèmes fondamentaux liés au déclin historique de la Grande-Bretagne en tant que puissance impérialiste, et à une crise économique qui a été aggravée par la politique du gouvernement conservateur. Elle visait aussi à fournir une base idéologique à toute une série de mesures prises pour réduire l'Etat-providence et promouvoir la famille traditionnelle.

La campagne "Back to Basics" représente aussi une tentative des conservateurs de concilier l'inconciliable. Bien avant que

Major n'ait pris la direction du parti, les conservateurs n'ont cessé de chercher une politique familiale leur permettant de mettre leur rhétorique traditionnelle en accord avec leur confiance grandissante dans l'idéologie du "tout-marché". Parti des valeurs traditionnelles, les conservateurs, au gouvernement pendant 14 ans, se sont montrés incapables de combattre la criminalité endémique, la crise économique et l'érosion de la famille tradition-

Page 25

nelle. Le nombre des familles monoparentales a doublé de 1976 à 1991, passant de 10 à 19 % du total des familles. Moins d'un foyer britannique sur quatre est aujourd'hui conforme à l'image traditionnelle du couple marié avec enfants. "Back to Basics" était une tentative malheureuse et maladroite des conservateurs pour résoudre un dilemme qu'ils ont eux mêmes crée.

Les modifications de la société britannique causées par les politiques monétaristes ont laissé l'économie dans un état de « faillite technique », pour reprendre les mots d'un parlementaire de la gauche du Parti travailliste, Ken Livingstone, et ont induit une modification de l'emploi qui a sapé les valeurs familiales traditionnelles, que les conservateurs prétendent défendre et que beaucoup défendent farouchement dans leurs circonscriptions. L'expansion du secteur des services consécutive à la Seconde Guerre mondiale - dont les femme constituent une composante clef en matière de force de travail — et l'érosion de l'infrastructure industrielle britannique - où travaillaient la plupart des hommes — ont fait qu'aujourd'hui, les femmes représentent 49 % de la population active. Depuis 1970, 90 % des nouveaux emplois créés en Grande-Bretagne ont été occupés par des femmes. Le nombre des femmes actives dépasse celui de leurs homologues masculins dans onze régions du pays. Le taux de chômage masculin est de 14,1 %, soit le taux le plus élevé depuis les années 30. Par contre, seulement 5,6 % des femmes actives sont des chômeuses, mais plus de la moitié des travailleuses occupent des emplois à temps partiel, souvent très mal payés.

L'entrée des femmes sur le marché du travail et le taux de chômage masculin très élevé affectent la famille traditionnelle. Des documentaires télévisés ont récemment montré que beaucoup de jeunes femmes des régions à fort taux de chômage, comme les vallées minières au pays de Galles, les "villes de l'acier" dans le nord de l'Angleterre ou le quartier de St Mellon, ne voient pas l'intérêt que de jeunes hommes vivent avec elles et leurs enfants. Les mères seules sont aujourd'hui une composante "normale" de la société et représentent un cinquième des foyers. De plus en plus de gens admettent que les mères isolées s'occupent correctement de leurs enfants et que la famille traditionnelle ne pas être tout simplement "recollée", comme le montre la réponse faite par un officier de police aux propos de John Redwood : « Nous passons le plus clair de notre temps à régler des scènes de ménage — en neutralisant des pères violents. L'idée de contraindre les pères absents à revenir est irréalisable. »

Dérégulation

Mais la crise de la famille traditionnelle pendant la gestion conservatrice, en lien avec l'indépendance économique accrue des femmes, a suscité de l'anxiété jusque chez les représentants les plus éclairés de la classe dirigeante, qui ont peur d'une crise sociale, dont ils voient l'esquisse dans la hausse de la criminalité. Avant même la vague de l'hystérie conservatrice contre les mères seules, on pouvait lire dans un journal aussi libéral que l'Observer que « la triste vérité [est] que les enfants élevés par un seul parent ont plus de chance d'être pauvres, d'être en situation d'échec scolaire, de se droguer ou de s'adonner à la boisson et de finir en prison. » Il est vrai que les famille monoparentales sont pauvres. Près de 42 % des mères seules ont un revenu hebdomadaire brut de 100 livres sterling (environ 850 francs français), contre 4 % des couples mariés. Le manque de crèches fait qu'il est très difficile aux mères de travailler.

Les semailles du "miracle économique" de Thatcher se sont maintenant développées en herbes folles de la décrépitude économique, alors qu'il devient de plus en plus évident que les problèmes économiques de la Grande-Bretagne se posent sur le long terme ; ils sont structurels et liés au choix fondamental fait dans les années Thatcher de procéder à un rafistolage bâclé plutôt que d'investir à long terme dans le tissus industriel. Les problèmes économiques sont intimement liés à ceux de la famille traditionnelle : l'absence d'investissements dans l'industrie, la dégradation des conditions de travail, l'utilisation accrue des femmes comme force de travail flexible bon marché et les attaques lancées contre le secteur public et l'Etat-providence se sont conjuguées pour produire une crise non seulement économique mais touchant la société dans son ensemble.

"Impératif financier"

Pourtant, les conservateurs considèrent que détruire l'Etat-providence et faire en sorte que ses fonctions soient assumées à l'intérieur de la famille, par les femmes en particulier, est un "impératif financier" Les dépenses pour la sécurité sociale s'élèvent à elles seules à 12,3 % du produit national brut (PNB) et ont augmenté de 700 % depuis 1950. L'attaque brutale des conservateurs contre le secteur public en général et contre l'Etat-providence en particulier vise la classe ouvrière dans son ensemble, mais surtout les femmes.

Celles-ci constituent la majorité des travailleurs du secteur public, leurs emplois et conditions de travail se sont sont donc dégradés au fur et à mesure des réductions budgétaires. Les licenciements, les privatisations et la rentabilisation des services de santé ou des services sociaux locaux ont eu pour résultat une forte augmentation de la productivité. Les salaires dans les maternités ont, par exemple, été diminués pour éviter les licenciements. Les femmes en sont les premières victimes en tant qu'usagers principales des services publics.

La réalisation de l'égalité "formelle" entre hommes et femmes figurant dans la loi impliquait socialisation par l'Etat des tâches domestiques — entre autres la prise en charge des vieux, des malades et des jeunes. Les réductions budgétaires dans la santé et les services sociaux ont entraîné une "reprivatisation" de ces tâches au sein de la famille : des hôpitaux psychiatriques et des hôpitaux de long séjour ont été fermés et 6,8 millions de Britanniques ont aujourd'hui la charge d'un parent ou d'un ami. On estime que 17 % des femmes prennent soin de quelqu'un ; l'économie que réalise ainsi l'Etat s'élèverait à 24 milliards de livres. L'infrastructure en crèches de la Grande-Bretagne est parmi les plus pauvres d'Europe, le congé de maternité n'est pas un droit universel, les retraites n'ont été égalisées pour les femmes qu'au prix de l'élévation de l'âge du départ à 65 ans et la commission des revenus qui protégeait des millions de travailleurs percevant un petit salaire a été abolie.

Au nom des enfants...

"Back to Basics" était une justification idéologique pour plus de dérégulation et de démantèlement de l'Etat-providence : les individus devaient prendre leurs propres responsabilités ; les attaques contres les mères seules et les pères irresponsables montrent que cette campagne n'était pas une nouveauté et que ses thèmes étaient déjà présents dans la loi de défense de l'enfance (Child Support Act, CSA) adoptée en avril 1993.

Au moment où il a été introduite, le CSA semblait faire le lien entre les deux objectifs des conservateurs (réduire les dépenses sociales et renforcer idéologiquement la famille traditionnelle). Le CSA exige des femmes qui perçoivent l'allocation pour les mères seules (Income Support) qu'elles réclament une pension alimentaire aux pères absents, ceci indépen-

1) Cette incapacité du Parti travailliste à donner une consigne de vote à ses députés a abouti à l'adoption d'une position de "compromis" sur l'âge de 18 ans, qui dénie toujours aux gays l'égalité avec les hétérosexuels pour lesquels l'âge de consentement est de 16 ans.

Page 26

damment de la volonté de la mère, afin de permettre au Trésor public de récupérer l'argent. Les mères qui refusent de donner le nom du père perdent 20 % de leur allocation pendant les 6 premiers mois, puis 10 % par la suite.

Les féministes qui ont mené campagne contre le CSA ont invoqué les dangers accrus pour les femmes du fait de leurs ex-partenaires et ont expliqué que cette loi impliquerait des batailles juridiques renouvelées pour les mères lesbiennes. Elles ajoutaient que le CSA est implicitement raciste : la moitié des familles caribéennes noires sont dirigées par des mères seules. Les hommes d'origines africaine, asiatique ou caribéenne — qui, à cause du racisme, sont plus susceptibles d'être chômeurs, d'aller en prison ou d'avoir un bas salaire — seraient plus vulnérables aux dispositions. du CSA ; et le "manquement aux responsabilités paternelles" pourrait être le prétexte à de nouvelles expulsions.

Depuis que la loi est en vigueur, la principale opposition est venue des hommes concernés et de leur seconde famille. Cela reflète partiellement la faiblesse du mouvement de libération de femmes, mais également les injustices flagrantes subies par les hommes touchés par la loi. Les revenus de nombre d'entre eux ont été réduit au niveau d'allocations lorsque leur salaire a été saisi par l'Agence pour payer la pension alimentaire. Les décisions de justice précédentes sont systématiquement ignorées, ainsi certains hommes ayant obtenu des "séparations à l'amiable" avec leur anciennes partenaires — par lesquelles ils abandonnent leur part de la maison pour ne pas avoir à payer de pension — ont maintenant perdu leur maison mais doivent toujours payer une pension de 200 livres par semaine.

La loi a provoqué un grand nombre de suicides, dont deux à Sheffield en moins d'une semaine. Dans un cas, un père divorcé et ses deux jeunes enfants ont été retrouvés asphyxiés au monoxyde de carbone dans leur voiture tandis que, dans l'autre, la voiture a été incendiée avec l'homme et ses enfants à l'intérieur. Parmi les erreurs dont est responsable l'Agence, on compte une lettre demandant de l'argent envoyée à un homme de 93 ans pour un enfant dont le père est un jeune homonyme, et celle d'un homme qui a pu débouter les exigences de l'Agence parce que son médecin a prouvé qu'il avait été stérilisé bien avant que l'enfant en question ne soit né.

Faible résistance

Bien que le CSA ait soulevé une vague de protestations, très peu a été fait pour organiser une véritable opposition. Comme pour bien d'autres mesures conservatrices, la Parti travailliste n'a pas su offrir une alternative cohérente. Il s'est contenté de critiquer le travail de l'Agence sans s'engager réellement à la combattre. C'est d'ailleurs le signe d'une retraite plus importante du Parti travailliste sur la question familiale : « La gauche a depuis trop longtemps laissé la question de la famille devenir la chasse gardée de la droite »,

*ECONOMY MODEL (NON - SLEEP) affirmait Harriet Harman, secrétaire au Trésor du cabinet fantôme. Sa collègue Marjorie Mowlem a déclaré lors de la session de 1993 de la conférence des femmes du Parti travailliste qu'il fallait avoir une politique exerçant un plus fort attrait sur les familles. La direction du parti a refusé de répondre aux appels des militants des droits des lesbiennes et des gays et de donner pour consigne aux parlementaires travaillistes de voter un amendement proposant d'abaisser l'âge du consentement" à 16 ans pour l'homosexualité masculine (1).

L'incapacité du Parti travailliste à constituer une opposition sur la question de la famille renvoit à son inaptitude à s'opposer à la politique économique conservatrice et aux désaccords en son sein sur la politique sociale. Il y a un consensus grandissant entre conservateurs et travaillistes sur la nécessité de limiter les dépenses sociales. Le dirigeant travailliste

John Smith et son chancelier "fantôme"

Gordon Brown ont refusé de prendre des engagements fermes au nom du parti sur le budget social, arguant du fait qu'il devra dépendre de ce que le pays pourra assumer. La gauche travailliste, préoccupée de ce que les "modernisateurs" gagnent du terrain à l'intérieur du parti sur la question de la réduction des dépenses sociales, a lancé une "campagne pour la défense de l'Etat-providence". Ken Livingstone a réaffirmé qu'un gouvernement travailliste devrait engager une politique de dépenses sociales accrues et d'imposition lourde des

40 % les plus riches de la population. Il prévoit de plus que « le Parti travailliste sera contraint d'être beaucoup plus radical au gouvernement que dans l'opposition. »

La campagne "Back to Basics

" préfigure l'étape suivante de l'implosion qui menace les conservateurs, mais qui doit encore être exploitée par le Parti travailliste et la classe ouvrière. Si en 1993 le nombre de journées de travail perdus pour cause de grève a été particulièrement bas pour la seconde année consécutive, la forte augmentation des impôts et l'annonce du gel des salaires des fonctionnaires pour trois ans, combinés avec la crise ouverte des conservateurs, pourraient pousser les gens à l'action. Une solide alliance entre la classe ouvrière et les opprimés devra être mise sur pied pour lutter en défense de l'Etat-providence et contre la campagne "Back to

Basics", il faudra en outre que les intérêts des femmes femmes soient mis sur le devant de la scène. *

Londres, 7 février 1994

Une erreur sur cette page ?