Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Pour un parti des travailleurs

Inprecor n° 379, avril 1994 · p. 30-31 · 1 353 mots

Afrique australe Brésil

Le «manifeste» de la Workers List

Party, lancé par WOSA, présente tout un ensemble de revendications sociales qui devraient en toute logique constituer l'un des aspects essentiels d'une rupture cohérente avec l'ancien système racial. C'est ainsi que le «manifeste» insiste sur le droit au travail, à la santé, à l'éducation et au logement. Il exige une redistribution de la terre et la fin de toutes les discriminations envers les femmes. Il fixe, selon l'analyse de

WOSA, les objectifs politiques généraux de candidats faisant campagne pour un parti des travailleurs.

Nous publions ici des extraits de ce «manifeste».

DOCUMENT a «liste pour un parti des travailleurs» participe aux élections pour promouvoir la formation d'un parti ouvrier de masse (Mass Workers' Parti,

MWP). Nous estimons que seul un tel parti peut faire progresser la cause des masses exploitées et opprimées d'Afrique du Sud. Nous ne croyons pas que les partis nationalistes, noirs ou blancs, puissent résoudre le chômage, les problèmes de logement ou de santé, l'analphabétisme et

Pour un parti des travailleurs

la misère qui touchent les pauvres, qu'ils soient urbains ou ruraux, ceux qui vivent dans les townships dominés par la violence, dans les quartiers de squats dans les villes ou dans les bidonvilles ruraux des bantoustans comme ceux qui vivent dans des conditions esclavagistes dans les fermes blanches. Ces partis n'y peuvent rien parce qu'ils acceptent la logique du système capitaliste. (...)

Economie et démocratie

L'alternative que nous opposons à l'économie de commandement antidémocratique qui existait en Union soviétique comme à la brutalité du marché capitaliste, fauteur d'inégalité, de chômage, de gâchis, de guerre et de dégradation de l'environnement, c'est la démocratie socialiste. Nous entendons par là un processus de planification démocratique, faisant appel à un plan central pour assurer la satisfaction des principaux besoins sociaux — tels l'emploi, le logement, l'éducation et l'alimentation — et permettant la décentralisation de la prise de décision dans les lieux de travail et de vie, de façon à ce que le contrôle de la classe ouvrière sur les moyens de production et de distribution acquière un contenu réel. Nous croyons à un socialisme construit de bas en haut. C'est là le sens réel du mot démocratie. La démocratie ne se résume pas à aller voter tous les cinq ans, une voix ça ne se mange pas.

La démocratie c'est le contrôle des fruits de notre travail, c'est également la possibilité de décider de ce qu'on produit et comment on le produit ou de la façon dont on vit. Il ne s'agit pas de la production et de la distribution au profit de quelques uns, mais de la production et de

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la distribution en vue de satisfaire les

Nous sommes pour la nationalisation, sans indemnisation et sous contrôle des travailleurs des grandes compagnies, des banques, des mines et de la terre. Les capitalistes ont déjà vécu à nos frais dans le luxe pendant toutes ces années. La petite entreprise ne sera pas touchée, mais nous veillerons à ce que les droits des travailleurs y soient respectés. Nous insistons également pour que les secteurs qui ont déjà été nationalisés, puis qui ont été privatisés ou sont en passe de l'être, comme les chemins de fer, l'électricité, la métallurgie etc., soient re-nationalisés sous contrôle des travailleurs. (...)

La terre à ceux qui la travaillent

La terre doit être redistribuée à ceux qui la travaillent et qui en vivent, en accord avec des principes acceptables de l'économie agricole et après consultation démocratique. Aucune parcelle de terre ne doit être utilisée à des fins d'exploitation et d'oppression. Les terres des propriétaires absentéistes et des forces armées doivent être confisquées et utilisées à des fins de production. (...)

Juger les criminels de l'apartheid

Nous sommes hostiles à toute idée d'amnistie générale et nous nous battrons pour que soient jugés ceux qui ont défendu le régime capitaliste de l'apartheid en torturant, emprisonnant, mutilant ou tuant les opposants au système.

Nous devons constituer le tribunal de Nuremberg de l'Afrique du Sud. Nous devons faire rendre des comptes à ceux qui sont impliqués dans la corruption d'Etat. Il ne s'agit pas de vengeance mais de faire en sorte que les responsables rendent des comptes, afin que de tels actes ne puissent se reproduire. Ceux qui ont commis de tels crimes ne doivent pas exercer de responsabilités publiques : on ne peut pas leur faire confiance. (...)

Responsabilité des dirigeants

Nous sommes pour que les membres du Parlement ne soient pas payés plus qu'un travailleur qualifié ; ils doivent être révocables et ne devraient pas avoir d'intérêts dans les affaires. (...)

Pour une Assemblée constituante

Nous exigeons une Assemblée Constituante, qui ne soit pas liée par des principes constitutionnels antidémocratiques ou des compromis comme le Sunset Clause (1), ni par le respect de la propriété privée ou la protection des fonctionnaires de l'apartheid. Seules les associations de masse peuvent organiser des élections libres et justes pour une véritable Assemblée constituante. Nous rejetons l'idée d'un «gouvernement d'unité nationale» qui inclut les racistes. (...)

Un gouvernement des travailleurs

Une véritable Assemblée constituante ne saurait être qu'un tremplin pour un gouvernement des travailleurs sous contrôle des organisations de masse. Nous voulons bâtir un parti ouvrier de masse dont l'une des tâches sera de contribuer à l'établissement de comités d'action des travailleurs dans les usines, les townships, les villages etc. Ces comités incarneront le début du pouvoir des travailleurs. (...)

Autodéfense et paix

Le capitalisme, avec son cortège de chômage, de souffrances et de divisions, est à la racine de la violence. Pour obtenir une paix durable, il faut en finir avec le capitalisme. Nous sommes pour la paix mais nous ne pouvons pas permettre que des attaques continuent contre nous alors que nous restons sans défense. Nous défendons le droit des opprimés à l'autodéfense par tous les moyens nécessaires. Par conséquent nous sommes pour la constitution de comités d'autodéfense démocratiquement contrôlés et redevable devant leurs mandataires, sur les lieux de travail, dans les trains ou dans les quartiers. Le changement de nom de l'armée, de Forces de défense sud-africaine (SADF) en Forces de défense nationales (NDF), ainsi que l'absorption de MK et de l'APLA dans les SADF ne remet pas en cause la nécessité de l'autodéfense et des milices ouvrières (2).(...)

Culture

Le capitalisme de l'apartheid a étouffé l'énergie créatrice de notre peuple. Cette dernière ne pourra se réaliser que dans une société où les besoins fondamentaux des êtres humains sont satisfaits. Une culture fondée sur le profit déshumanise non seulement les travailleurs mais aussi les membres des autres classes sociales.

Nous pensons que les artistes et les travailleurs de la culture ont un rôle vital à jouer dans notre société. Ils doivent être encouragés et soutenus financièrement. L'Etat doit subventionner les groupes artistiques dans les quartiers et les usines. Ces subventions ne doivent pas être utilisées pour contrôler l'expression indépendante des artistes : une culture démocratique ne peut pas être imposée d'en-haut.

La liberté d'expression doit être une pratique fondamentale dans un nouvel Etat. Ceci suppose immédiatement le libre accès aux organes d'information officiels, l'abolition du comité de la censure (Publications Control Board), l'indépendance des médias publics vis-à-vis des partis politiques et la subvention par l'Etat des radios associatives.(...)

La liberté de pratiquer n'importe quelle religion doit être garantie.

L'instauration de deux langues officielles (l'anglais et l'afrikaans, ndlr.) a été utilisée pour empêcher les gens de contrôler leur propre vie. Toutes les langues sud-africaines doivent être reconnues et doivent recevoir un statut égal. La langue parlée par la majorité de la population dans une région particulière doit y être utilisée comme langue de communication. * Pour toute solidarité financière avec la campagne politique de WOSA adresser les fonds à : WOSA. Nedbank, 100 Main Street. Johannesburg 2001. Afrique du Sud.

Account Number : 1979-318-433.

1) Texte de Joe Slovo, secrétaire général du SACP, où ce dernier déclare qu'il faut faire des concessions parce que les masses ne peuvent plus l'emporter.

2) MK est l'acronyme de Umkhonto mwe Siswe (le Fer de lance de la nation) nom de la branche armée de l'ANC. L'Armée populaire de libération de l'Azanie (APLA) est pour sa part la branche militaire du PAC.

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