économique pour Lula appelé à ce que cette dernière soit chassée du Chiapas, sont prêts à mettre en danger le processus de paix pour protéger leurs propres intérêts.»
L'idée que le gouvernement du PRI essaye sincèrement de réformer son système est un thème central de la propagande actuelle.
Camacho Solis est, pour l'instant, la cheville-ouvrière du PRI dans ces efforts. Il a affirmé au début des négociations : «Après avoir, dans un premier temps, étudié les propositions de l'EZLN, et après y avoir apporté une réponse générale, je pense que la clef d'une solution de paix au Chiapas réside dans de nouvelles réponses de la part de l'Etat. Des réponses pas seulement destinées à l'EZLN, mais à la société toute entière. Pour qu'il y ait une solution, il faut traiter de façon différente les indigènes de tout le pays et il faut un engagement pour la démocratie.»
Mais la «carotte» tendue par Solis à San Cristobal a d'ores et déjà été contrebalancée par le «bâton» brandis par Colosio, le candidat aujourd'hui défunt du PRI, à Mexico. Colosio avait alors déclaré à la presse que le Mexique d'aujourd'hui n'avait aucun besoin de changement.
En ce qui concerne les élections, l'EZLN n'a pas caché son mépris pour une institution qu'elle considère comme corrompue. Dans un appel à la solidarité adressé le 23 février au peuple mexicain, le sous-commandant Marcos a déclaré que l'EZLN faisait «appel à la société civile pour qu'elle [l' Jaide à assurer que les accords soient bien respectés par les deux parties. L'EZLN est disposée à donner une chance à la paix non pas parce qu'elle s'en sent obligée, ni même parce qu'elle le devrait à ses morts ou au gouvernement fédéral, mais parce que c'est une obligation vis-à-vis de la société civile. Voici pourquoi nous sommes assis à la table de négociation (...). Nous voulons vivre en paix, et connaître la démocratie, la liberté et la justice.
«Nous ne voulons d'aucun poste, ni d'un strapontin dans un Conseil municipal ou d'un poste de gouverneur, ni d'un titre de secrétaire d'Etat ou de président de la République. Alors pourquoi devrions-nous constituer un parti politique ? N'y en a-t-il pas déjà assez ? Combien y a-t-il de candidat à la présidence ? Neuf ? Faut-il que le dixième revête un masque (1) ?» *
27 mars 1994
1) Allusion à la tenue des combattants de l'EZLN.
BRESIL
La perspective d'une victoire de Lula à la prochaine élection présidentielle de novembre 1994, provoque d'importants débats* chez les économistes proches du Parti des travailleurs (PT). Il est clair que le succès d'un mandat présidentiel de Lula dépendra pour une grande part de la capacité de son gouvernement à enrayer la crise chronique dans laquelle s'est enlisé le pays depuis quinze ans. D'où l'intérêt crucial des réflexions et propositions qui permetttent d' avancer dans l'élaboration d'un programme économique à la fois viable et politiquement progressiste ; un programme réaliste et de gauche. Thomas MARTIN
Yes textes rassemblés dans un récent ouvrage consacré à «l'Alternative de gauche et la crise brésilienne» (1), notamment ceux de César Benjamim, José Marcio Camargo et Sérgio Goldenstein, constituent une contribution majeure à ce débat.
Il y a un accord entre ces auteurs pour rejeter les solutions néo-libérales d'insertion subordonnée dans l'économie mondiale, dont le récent exemple argentin montre que le succès nécessite l'appauvrissement et la marginalisation croissante des travailleurs, et dépend complètement de la fragile confiance des investisseurs internationaux. Comme l'écrit César Benjamim, «la rationalité bourgeoise ne parvient plus à articuler l'ensemble de la nation», et l' «l'alternative libérale n'a pas la capacité de structurer la société brésilienne». Le triomphe de la ligne néo-libérale au Brésil pourrait sans doute permettre de vaincre l'inflation et de relancer l'accumulation, mais au prix d'une accentuation insoutenable du fractionnement et de l'éclatement de la société. L'axe central
Vers un programme
d'une alternative progressiste doit donc être fondamentalement différent : Benjamim le résume par la formule «constituer un puissant marché intérieur de masse». Ou, comme le dit autrement le titre de la contribution de Camargo, «distribuer pour croître». Les auteurs montrent de façon convaincante qu'une politique keynésienne d'accroissement de la demande effective dispose, dans le cas brésilien, d'une marge considérable d'efficacité à court terme. Ils en identifient correctement certains des principaux blocages :
• la politique d'ajustement structurel
- et donc de compensation permanente des salaires et de la consommation interne — adoptée par les milieux dirigeants et appuyée par le FMI, pour payer le service de la dette ;
* Pour plus d'éclaircissements sur la génèse de ces débats, on pourra se reporter au dossier sur le Brésil publié dans Inprecor n° 375 de décembre 1993, avec notamment «Programme économique et socialisme» de João Machado et la traduction d'extraits des Lignes directrices pour un programme de gouvernement du PT, «Brésil, urgence !»
1) 1994, Idéias para una alternativa de esquerda à crise brasileira, E.Sader ed, Relume Dumarà, Rio De Janeiro 1993.
• la financiarisation incroyable de l'économie (2), permise par l'existence d'une garantie d'indéxation intégrale (3) que le système de la «correction monétaire» offre aux capitaux et à leurs revenus ;
• la «casse» (sucateamento) c'est-àdire la destruction des structures de l'Etat et de l'industrie, prise entre la charge écrasante de la dette intérieure et l'effondrement des recettes fiscales dû en grande part au développement de la fraude (l' «informalisation» des transactions).
Réforme des relations financières extérieures, réforme financière interne, réforme fiscale : aucune reformulation d'un projet économique pour la société brésilienne ne pourra contourner ces trois problèmes clés. De nombreuses propositions stimulantes sont avancées, pour contribuer à la solution de ces problèmes et assurer une relance de la consommation intérieure : Camargo insiste très justement sur l'importance d'une réforme agraire qui touche fortement les grandes propriétés inexplotées, et attire l'attention sur la nécessité de prix agricoles suffisamment élevés pour inciter à l'accroissement de la production, il fait une proposition originale pour stimuler l'élévation des qualifications de la main-d'œuvre (verser une allocation aux parents qui envoient leurs enfants à l'école). Goldenstein propose une analyse fine du processus inflationniste brésilien, et de ses effets sur le comportement microéconomique des agents, qui contribuent par là même à le reproduire. Je voudrais ici me limiter à quelques remarques complémentaires, basées sur l'expérience d'un économiste qui connaît un peu la société brésilienne et a accompagné (d'assez près) la déroute du projet de la gauche française après son arrivée au pouvoir en 1981, et concernant trois questions : les relations financières extérieures, la technologie, l'offre de produits.
La question externe
Goldenstein estime que «la contrainte extérieure qui a pesé sur l'économie brésilienne au cours de la décennie antérieure n'existe plus», et que l'excédent commercial est structurel, «pouvant être maintenu même en période de forte croissance». Cet optimisme ne l'amène heureusement pas à se désintéresser de la dette extérieure, pour laquelle il propose un traitement assez détaillé et intéressant. Mais son pronostic risque d'amener des erreurs de jugement dommageables. Certes, au cours des années 80, les importations de marchandises n'ont guère varié, parvenant lentement à 23 milliards de dollars en 1991, alors que les exportations s'envolaient à plus de 30 milliards. Mais hormis la brève reprise de 1986 (plan Cruzado), la conjoncture est restée désespérément plate dans cette décennie. Il semble difficile d'en conclure qu'un cycle de croissance soutenue du marché intérieur ne provoquera aucune croissance des importations. De même, des débouchés intérieurs accrus détourneront inévitablement une par des produits destinés auparavant à l'exportation - et c'est une bonne chose.
Mais le volume des exportations ne pourra pas être maintenu. Il faut donc s'attendre à une réduction, voire à une inversion du solde commercial. Rien ne sert d'ailleurs de se réjouir du fait que le Brésil est redevenu importateur de capitaux au début des années 90 : si la «confiance» des investisseurs internationaux est ébranlée — et elle le sera inévitablement si l'on touche par exemple à la correction monétaire ou si l'on réduit les taux d'intérêts réels ridiculement élevés qui prédominent aujourd'hui — les flux de capitaux tendront eux aussi à s'inverser. II ne sera donc pas possible de financer un éventuel déficit commercial par des entrées de capitaux.
En effet, il faut bien voir que la situation financière actuellement satisfaisante du Brésil (qui doit quand même encore 116 milliards de dollars) résulte de dix années d'ajustement structurel intense, et qu'elle ne résistera probablement pas à une inversion des priorités de la politique économique. Il faudrait réaliser des simulations économétriques sur une plus longue période (par exemple 1970-1992) pour évaluer plus précisément ce phénomène.
Si cela est vrai, alors la contrainte extérieure va très rapidement reprendre toute son importance. Le débat dans la gauche brésilienne risque alors de ressembler un peu à celui qui a traversé la gauche française en 1982-83 : devant l'ampleur du déficit extérieur provoqué par une relance de la consommation intérieure, les uns proposaient une «pause», c'est-à-dire une politique d'austérité destinée à attendre la reprise de la croissance mondiale, alors que d'autres affirmaient la nécessité de poursuivre l'application du programme, en sortant du système monétaire européen (dévaluation du franc), en instaurant un strict contrôle des mouvements de capitaux et en opérant une déconnexion des taux d'intérêt internes par rapport aux taux internationaux (à l'époque absurdement élevés).
Les partisans de la «pause» l'ayant emporté, la «France socialiste» s'est engagée pour longtemps dans une politique néo-libérale de restriction de la demande intérieure, de désinflation compétitive et d'ultra-libéralisation financière, qui amène aujourd'hui à un taux de chômage de près de 12 % et à un large discrédit du Parti socialiste.
Le«nouveau paradigme technologique» est une référence fréquente dans les préoccupations de la gauche brésilienne. On trouve le souci, légitime, de refuser la marginalisation scientifique et technique, et d'accéder aux bienfaits de l'électronique et des gains de productivité. Il n'y a pas de raison a priori d'accepter la subordination technologique, et de se condamner à n'utiliser que des équipements sales, bruyants, aliénants et polluants. Cependant cette préoccupation légitime néglige deux éléments importants quand elle fait de la modernisation technologique un objectif prioritaire. La question technologique
D'abord, le «nouveau paradigme technologique» ne se caractérise pas par des gains de productivité particulièrement élevés. C'est là une question très complexe et controversée, mais toutes les études internationales montrent non pas une accélération, mais un ralentissement des gains de productivité dans les pays industrialisés au cours des années 80 par rapport aux décennies antérieures. En réalité, il semble que la modernisation technologique soit indispensable à la compétitivité non pas grâce à ses niveaux de productivité, mais par la flexibilité qu'elle autorise dans l'usage du capital. Cette flexibilité («économie de variété», et non d'échelle) est elle-même rendue nécessaire par la nature de la concurrence, très intense sur des marchés très instables. Ce changement dans les formes de la concurrence renvoie lui-même à la stagnation globale et à la différenciation croissante des marchés, et en ultime instance au mode de croissance inégalitaire et segmentée qui caractérise le capitalisme contemporain. D'ailleurs de nombreuses études montrent que le «nouveau paradigme technologique» doit, pour s'appliquer, avoir largement éliminé les formes traditionnelles d'organisation du mouvement ouvrier et les contre-pouvoirs dont disposaient les travailleurs dans les ateliers, pour les asservir au nouveau culte de la «qualité totale». Il y a alors un paradoxe à vouloir en même temps instaurer
2) C'est le gonflement excessif des marchés financiers, lié, au Brésil au refinancement permanent de l'Etat (pour combler son déficit opérationnel et payer le service de la dette interne) auprés des agents privés (entreprises, rentiers, spéculateurs).
3) II s'agit du mécanisme de la «correction monétaire» qui garantit aux épargnants et détenteurs de capitaux que la valeur de leur patrimoine suivra automatiquement l'inflation (et recevra en plus des intérêts réels généralement très élevés). On parle de «double monnaie», l'une, celle des riches, est indexée au jour le jour sur les marchés financiers, l'autre, celle de 90 % de la population, les salariés ou travailleurs informels qui n'ont pas de compte en banque, se dévalorise au rythme de l'inflation (30 à 50 % par mois).
un régime de croissance basé sur la consommation de masse et adopter un paradigme techno-organisationnel qui n'est devenu dominant qu'en raison de l'épuisement de ce régime de croissance dans les pays développés.
Ensuite, l'investissement humain et financier nécessairepour rattraper la «frontière technologique» ou assurer l'autosuffisance en informatique ou en électronique paraît, dans le cas brésilien, complètement disproportionnée par rapport aux ressources disponibles et aux priorités sociales.
La question de l'offre
César Benjamim évoque fort judicieusement la nécessité «d'étudier attentivement l'impact (de la croissance du marché interne) sur le système productif, et d'adopter des politiques actives pour débloquer les goulots d'étranglement dans l'offre des produits les plus importants». En effet, une des leçons majeurs du plan Cruzado a été l'incapacité du système productif brésilien à répondre rapidement à une augmentation importante de la demande populaire. Les pressions inflationnistes qui résultent d'un tel déséquilibre, la frustration des travailleurs dépossédés de leurs gains réels peuvent rapidement déstabiliser une politique économique qui n'aurait pas anticipé ces difficultés. Rien ne sert de revaloriser rapidement le salaire minimum si l'offre de lait, de pain, de viande, de vêtement, de téléviseurs, de médicaments, de ciment, ne suit pas.
Bien sûr, attendre que l'offre augmente pour améliorer le pouvoir d'achat serait une absurdité encore plus grande. Il faut donc définir à quel rythme peut croître la demande de façon que l'offre ait le temps de s'adapter, en réagissant à la fois aux simulations du marché et aux anticipations permises par l'adoption d'une politique économique. Un tel calcul nécessite une connaissance préalable des fonctions de consommation des ménages bénéficiaires des hausses de pouvoir d'achat, de l'effet d'entraînement sur les autres secteurs d'une hausse de la demande dans un secteur donné, des capacités de production inutilisées secteur par secteur, et des délais d'ajustement de l'offre à la demande dans chaque secteur (temps d'opérationnalisation des décisions d'investissement).
Il existe peut-être une bonne manière d'obtenir à la fois les informations techniquement nécessaires et une mobilisation et une responsabilisation populaire large sur ces questions : il s'agirait de lancer une grande enquête nationale, articulée au niveau des Etats et des municipalités, pour recenser les besoins prioritaires et les capacités effectivement disponibles. Prise en charge par les syndicats, les comités de quartiers, les associations, les communautés de base, avec l'appui des services officiels de contrôle, d'administration, de santé, d'éducation, cette enquête pourrait concerner quelques domaines prioritaires (alimentation, logement, santé, éducation, culture) dans lesquels la remontée des besoins locaux permettrait la définition d'objectifs régionaux et nationaux. Pourquoi ne pas faire revivre dans l'imaginaire populaire l'idée d'un «Plano de Metas» qui serait cette fois démocratiquement élaboré (4) ? Pourquoi d'ailleurs s'interdire de financer directement des associations ou des coopératives de production dans les domaines désignés, au lieu de se fier uniquement à l'initiative privée ?
Les atouts du PT
Plus généralement, il me semble que la force du PT tient à sa capacité toujours renouvelée (jusqu'à présent) à répondre de façon claire et cohérente, de manière indépendante, aux grandes questions que se pose la société brésilienne. C'est cette capacité de réponse qu'il faudrait systématiquement développer par la pratique du débat démocratique et ouvert sur toutes les questions stratégiques. La mobilisation des experts peut jouer un rôle important pour renforcer celle des travailleurs et s'opposer, idéologiquement et scientifiquement, à la mobilisation des élites possédantes.
Politis. Lor
larevue
changer
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Iroué, Pensatier, Potikace las arctives te Mescu * Byracd la trail se te
Cardenas: Où va le Mexique?
N'imaginons pas que les puissants intérêts que la politique d'un gouvernement Lula va nécessairement léser vont rester silencieux : une fraction probablement de la presse et des médias va tenter de discréditer systématiquement les initiatives prises. Pouvoir s'appuyer sur des données objectives pour justifier des décisions est alors une nécessité politique : par exemple, un rapport officiel détaillé sur la structure de la fiscalité brésilienne, les taux de prélèvement selon le type de revenu (du travail, du capital, des bénéfices des sociétés, les plus-values...), ferait ressortir de telles injustices qu'il pourrait contribuer à la bataille politique pour la réforme fiscale ; de même un rapport sur la distribution des revenus, ou sur les fuites de capitaux, «audit de la dette» etc. Il peut être très utile de créer rapidement des commissions officielles, formées d'experts reconnus et indépendants, ayant accès à toutes les données administratives et fiscales en préservant bien sûr leur anonymat, et qui produiraient périodiquement des évaluations de la situation dans leur domaine. Le PT a réussi à disposer d'un large soutien dans les couches intellectuelles salariées, il doit en utiliser toutes les potentialités. *
Paris, 24 septembre 1993
4) référence au plan de développement de la fraction populiste de la classe dirigeante brésilienne. Publicité Chez votre marchand de journaux
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