Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

«Europe oui, Maastricht non»

· Inprecor n° 380, mai 1994 · p. 25 · 697 mots

Allemagne Europe

Le 3ème congrès du Parti du Socialisme démocratique (PDS), issu du parti au pouvoir dans l'ex-RDA, s'est tenu à Berlin du 11 au 13 mars 1994 et a discuté et voté la plate-forme électorale pour les élections au Bundestag (Parlement allemand), qui auront lieu en octobre 1994 - l'élection des candidats incombant aux branches régionales du parti. Le Congrès a aussi adopté la plateforme électorale pour les élections européennes du 12 juin 1994 et désigné les candidats pour ces dernières élections. Manuel KELLNER

S ur la grande banderole der-

rière le présidium on pouvait lire : «congrès électoral 94 le changement commence avec l'opposition». Une main inconnue avait «amendé» cette sentence en graffiti avec le mot : «Résistance».

Ceci traduit les sentiments de la majorité de la «AG Junge Genossen» (le Groupe de travail des jeunes camarades) au sein du PDS (qui est ouverte aux non-membres du PDS). Ils et elles craignent que le PDS ne se transforme en «Parti établi». Le vice-président du parti, Wolfgang Gehrcke les a interpellés : «Mais où donc avons-nous changé nos positions de principes sous la pression du parlementarisme?» Il est vrais que sur bon nombre de questions politiques, le PDS a conservé une opposition intransigeante : contre toute activité de la Bundeswehr (armée) à l'étranger, contre le démantèlement du droit d'asile, contre la criminalisation de l'avortement etc. Le sentiment des jeunes camarades est fondé, car si les positions programmatiques du PDS ont généralement un profil de gauche, le discours du membre le plus connu, Gregor Gysi (président du groupe parlementaire du PDS à Bonn) dans son «manifeste d'Ingoldstadt» - document qui cherche à montrer des solutions «à l'intérieur du système», dont il porte l'entière responsabilité mais qui est large-

ALLEMAGNE ment identifié au PDS dans les médias est déjà plus «droitier».

L'autre opposition, qui s'est articulé pendant les débats, celle de la «plateforme communiste» était très défensive et peu attirante. Elle articule un radicalisme anti-système verbalement «révolutionnaire» avec des propositions concrètes minimalistes, tout cela agrémenté de nostalgie des bons vieux PC d'autrefois.

Un sujet passionnel

Dans le passé, sur le thème de l'Europe , il y avait des débats passionnés : une minorité s'opposait à toute référence positive à l'Union européenne et même à l'Europe, avec l'argument, qu'il s'agissait d'un projet impérialiste des patrons et des banques, ses structures politiques ne permettant aucune influence réelle d'en bas ou même des députés. Ce débat a été dépassé lors de ce congrès.

Le consensus programmatique du PDS peut être résumé de la façon suivante : «Europe oui, Europe de Maastricht non». La lutte contre le déficit démocratique flagrant des institutions de l'Union européenne, la lutte contre la «forteresse Europe», la solidarité avec les migrants et les fugitifs du Sud et de l'Est, la résistance aux politiques d'austérité, de démantèlement des acquis sociaux, d'attaques réactionnaires contre les femmes, la lutte pour le plein emploi par la réduction du temps de travail sans perte de salaire (ce dernier point ayant donné lieu à un débat controversé) et par des programmes publiques créants des postes de travail. Le programme du PDS pour les élections européennes contient un grand nombre de revendications progressistes correctes.

Il y avait quand même un débat très intéressant sur la formulation de la perspective de politique générale du parti pour l'Europe. Dans la version soumise au congrès, il était encore revendiqué une Europe gouverné avec la large participation des citoyennes et citoyens, une Europe multiculturelle, écologique, empreinte de justice sociale, pacifique et non-raciste qui garantisse à tous le droit de vivre, de travailler et d'être logé. Ce n'était déjà pas peu dire, mais ne suffisait pas à la majorité des délégués. A quelques voix près, ils votèrent que cette Europe, où nous vivrons et produirons autrement, doit aussi être une Europe du socialisme démocratique.

A part le contenu du programme électoral, les candidats présentés renvoient aussi des «signaux» politiques très diversifiés. En tête de liste, il y a Hans Modrow, dernier président du SED (parti au pouvoir en RDA), «poursuivi» hypocritement par la justice et les médias bourgeois pour soutient à la fraude électorale en ex- RDA. Pas très à gauche, très «réaliste», ce dernier

Une erreur sur cette page ?