est néanmoins l'idole du parti. A la deuxième place, on trouve Yvonne Kaufmann, vice-présidente du parti et observatrice à Strasbourg. Figurent également sur la liste : Guiseppina Paglia (à la 5ème place), italienne, membre de Rifundazione communista ainsi que des intellectuels sans-parti de l'Ouest, comme Susanne Schunter-Kleemann de Brême, féministe spécialisée dans les questions sociales, des intellectuels «martyrs» licenciés de leurs fonction à l'Est tel l'ex-recteur de l'université Humboldt, Heinrich Fink, ou encore Leo Mayer (en Sème position), délégué d'entreprise chez Siemens et membre du DKP (le reste du petit PC ouest-allemand resté plus «traditionaliste» que le PDS).
Une présence utile
Il faut tenir compte aussi, que le PDS (par décision de sa direction en mars 1994) exige de ses éventuels élus au Parlement européen (comme au Bundestag), un comportement convenable, même d'après des critères révolutionnaires. Ils doivent donner une partie importante de ce qu'ils gagnent comme parlementaires au parti pour des projets liés au travail politique. Ils doivent également promettre de renoncer à leur mandat, s'ils quittent le groupe parlementaire auquel appartient le PDS.
Ajoutons que, jusqu'à nouvel ordre, le travail parlementaire du PDS à Bonn à été et reste utile à la lutte des opprimés. Ainsi, la plupart des révolutionnaires en Allemagne ont développé une ligne de soutien électoral critique au PDS et ont même parfois présenté des candidats sur sa «liste ouverte» pour les élections au Bundestag.
Il serait donc positif que le PDS dépasse la barre des 5 % et parvienne à faire rentrer quelques candidats au Parlement de Strasbourg, qui seront certainement et de loin les plus à gauche des 99 Allemands qui vont y siéger. Les éventuels parlementaires européens des gauches radicales et révolutionnaires des autres pays d'Europe pourront certainement collaborer de façon constructive avec ceux du PDS sur de nombreux points. Il s'agira de tisser des liens. Mais ces liens doivent aussi être le lieu d'un débat contradictoire, car le PDS, tout en étant réformiste de gauche, n'en reste pas moins un parti réformiste qui n'a pas la perspective de rupture radicale avec les Etats bourgeois en place. Et ceci se traduira inévitablement par des conséquences politiques concrètes dès qu'il y a de grands événements mettant cette question tant soi peu à l'ordre du jour. *
Cologne, 25 avril 1994 Inprecor n° 380 - mai 1994
Les élections européennes du 12 juin prochain auront lieu dans le cadre de la crise économique, politique et sociale la plus grave qu'ait connue l'Etat espagnol depuis l'arrivée des socialistes au pouvoir, à la fin de 1982. Miguel ROMERO
1 n'est pas inutile de rappeler quelques chiffres : le taux de chômage frôle les 24 %, ce qui correspond à près de 3,8 millions de chômeurs ; la proportion des emplois précaires est de 34 % ; les emplois industriels ont diminué de 10 % en 1993. Enfin, s'est constituée une «cleptocratie», enrichie en quelques années grâce à la corruption, qui compte parmi ses membres les plus illustres l'ancien gouverneur de la Banque d'Espagne, l'ancien directeur général de la garde civile — la police spécialisée dans la lutte contre le «terrorisme» et le trafic de drogue, qui dispose d'un puissant service de renseignement — l'ancienne directrice du bulletin officiel de l'Etat et une ancienne responsable de la Bourse, entre autres fonctionnaires moins «gradés» (1). Il ne fait aucun doute que de nouveaux scandales vont éclater dans les mois qui viennent.
La crise a dépassé les capacités de réaction et de résistance des mouvements sociaux depuis longtemps affaiblis et désorientés. La grève générale du 27 janvier 1994, tout en montrant que des possibilités de lutte d'ensemble existent, a surtout mis en évidence l'absence d'alternative aux directions des Commissions ouvrières (CO) et de l'Union générale des travailleurs (UGT), qui n'ont pas su quoi faire lorsque le gouvernement a fermement refusé de négocier les terribles mesures de sa politique économique et sociale.
Ces conditions rendent d'autant plus importantes les élections européennes : un fort vote sanction de gauche pour le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est le seul moyen pour relancer à court terme la mobilisation sociale. Pour la Gauche unie (IU) - qui a, ces dernières années, fait de l'opposition radicale à Felipe Gonzalez son principal signe d'identité — c'était
ETAT ESPAGNOL
Une occasion perdue
l'occasion rêvée de servir d'axe à une candidature unitaire, de type «rouge-vert», à laquelle aurait pu s'identifier la majorité des gens de gauche lassée par la misérable «fin de règne» du PSOE. Cette occasion a été lamentablement gâchée. La liste d'IU pour les européennes a été déterminée par des manœuvres internes — et peut-être par des objectifs politiques à moyen terme qui contredisent la volonté affichée de développer un «processus vivant de convergence politique, programmatique et, en son temps, institutionnelle, d'un large éventail de forces de gauche transformatrices et alternatives.» Seuls 58 % des membres du conseil fédéral d'IU ont approuvé la liste. Un chiffre qui laisse à supposer que la quatrième assemblée fédérale de décembre 1994 sera marquée par de rudes batailles politiques.
La genèse d'un débat
Mais pour comprendre les débats actuels qui ont lieu au sein d'IU, il faut revenir à ceux de sa troisième assemblée fédérale de mai 1992. C'est au cours de cette dernière que se sont constitués les deux grands courants qui animent depuis la vie de l'organisation : la majorité autour du coordinateur général, Julio Anguita, qui a obtenu 60 % des votes et le courant «Nouvelle gauche» (qui a une existence formelle et publique en tant que tel) qui en a obtenu 40 %. Le Parti communiste espagnol (PCE), dont Anguita est toujours le secrétaire général, constitue la colonne vertébrale de la majorité tandis qu'on retrouve dans la Nouvelle gauche toute
1) La démission du ministre de l'Intérieur, Antoní Asuncion, intervenue samedi 30 avril, suite à la fuite de l'ancien numéro un de la Garde civile, s'est produite après la remise de cet article (ndlr).
2) Le PASOC est une petite scission du PSOE de 1983, qui est surtout composée de notables.
une série d'anciens dirigeants du PCE — dont le plus connu, Nicolas Sartorius, a été longtemps considéré comme l'héritier de Santiago Carrillo — et le Parti d'action socialiste (PASOC), une organisations qui a peu de militants, mais qui bénéficie du fait qu'elle apparaît comme le «secteur socialiste» de IU (2). On peut grossièrement dire que la majorité est la «gauche» et la minorité la «droite», même si nous verrons que ces caractérisations appellent des explications complémentaires.
Les conflits internes se sont aiguisés dans les mois suivants, tout particulièrement avec le débat sur Maastricht qui a conduit IU au bord de l'éclatement. Le conseil fédéral avait adopté le 27 septembre 1992 une résolution modérant le discours de la majorité, où il acceptait de «donner au groupe parlementaire une consigne d'abstention dans le vote final de la loi de ratification du traité de Maastricht. Une abstention qui à la fois dénonce les prétentions de Gonzalez à écarter la participation active du peuple espagnol à la construction européenne, qui simultanément exprime le fait que le traité de Maastricht, sous sa forme actuelle, ne doit pas être ratifié et qui plaide pour une renégociation». Malgré les efforts consensuels, seuls huit députés se sont abstenus ; huit autres ont voté pour (selon la célèbre formule de «oui critique») et le dernier, également favorable à l'accord, a fait une «absence tactique» pour éviter que la position majoritaire ne soit mise publiquement en minorité - avec tous les risques d'éclatement que cela comportait. Quoi qu'il en soit, cela laissait un lourd contentieux entre les deux courants.
Premières escarmouches
A partir du début 1993, Anguita a passablement radicalisé son discours vers une orientation qu'il a lui-même résumé par la formule : «le PSOE doit perdre les élections par la gauche.» «Nouvelle gauche» a durement critiqué cette orientation et préconisé la recherche d'un accord avec le PSOE pour éviter un gouvernement du Parti populaire (PP, parti démocrate-chrétien). A l'arrière-plan de tous ces débats, il y avait un sondage publié dans El Pais, et qui donnait une coalition PSOE-IU comme la formule de gouvernement préférée par 43 % des personnes interrogées contre 34% pour une coalition PSOE-PP et seulement 11 % pour une coalition de fait entre le PSOE et l'organisation nationaliste catalane Convergence et union (CiU) — qui s'est finalement réalisée.
Ce ne sont pas les questions programmatiques qui ont provoqué le conflit, mais plus. prosaïquement la question des listes électorales. L'organisation de Madrid, où se présentent traditionnellement les dirigeants centraux, a organisé des «primaires» pour décider de l'ordre sur la liste des candidats proposés par la direction. C'est en principe une idée intéressante, dont la gauche devrait apprendre à faire bon usage à l'avenir, mais la majorité y a accaparé les premières places. Il y a eu une forte participation (97 % soit 2 832 adhérents) et un terrible vote sanction pour les principaux dirigeants de «Nouvelle gauche», qui ont été relégués à des places non éligibles. Refusant les formules de compromis, ces derniers ont laissé des personnalités de second ordre occuper les places revenant à leur courant et se sont retirés des instances de direction d'IU.
Les résultats électoraux d'IU ont été moins bons que prévus, avec 18 députés, soit seulement un de plus que dans la précédente législature malgré un progrès de 400 000 voix - 2,25 millions de voix soit 9,57 % des suffrages. Gonzalez pouvait obtenir une majorité absolue par un accord avec l'IU ou CiU, ce qui a donné lieu à moult consultations et tractations. C'est à ce moment qu'ont commencé les recompositions internes dans IU qui expliquent l'orientation décidée pour les européennes.
Une «question de survie»
La position de «Nouvelle gauche» était claire et cohérente depuis le début. Sartorius a déclaré qu'un accord avec le PSOE était une «question de survie» pour IU ; étant donné que le principal obstacle était la politique économique du gouvernement, l'astucieux politicien proposait qu'IU reprenne à son compte ce qui avait été conclu entre les syndicats et le PSOE. Pour sa part, la majorité a proposé au PSOE un accord programmatique qui en cas de réalisation devrait être ratifié «par les bases». Etant donné qu'IU prenait la responsabilité de donner une majorité absolue au gouvernement PSOE-IU, cela semblait raisonnable. Mais dans les faits, l'attitude des porte-parole de la majorité dans les conversations avec le PSOE a été très confuse.
IU produit fréquemment de volumimoins de 150 pages. Sans remettre en cause l'utilité de tels documents, il est peu probable qu'ils puissent servir de guide pour une politique d'alliance complexe, d'autant plus si l'objectif est la formation du gouvernement. Après de multiples conversations avec Gonzalez, probablement personne n'a compris ce qui l'IU considérait décisif pour appuyer ou faire partie du gouvernement. Et pire, personne n'a compris ce que voulait dire Anguita lorsqu'il a affirmé la disposition de IU à «se brûler» dans un accord avec le PSOE pourvu qu'il traduise un «virage à gauche». Dans ce cas, les choses étaient simples parce que Gonzalez ne voulait pas d'un accord avec IU. Par contre, si ces problèmes venaient à être posés concrètement, ce qui se produira probablement à court ou moyen terme, il y aurait des débats ne recoupant pas nécessairement les actuelles majorité et minorité.
Vers la normalisation
Le mépris de Gonzalez pour toute proposition venant de IU a résolu par élimination le débat post-électoral. Mais quelques semaines plus tard, s'est produit une nouvelle crise interne, au sein de «Nouvelle gauche» cette fois. Nicolas Sartorius a proposé la transformation du courant en parti politique avec l'objectif avoué de faire front à l'hégémonie du PCE dans IU. La proposition s'est heurtée à un refus massif au sein du courant ; il était évident que le majorité de ses membres voulaient maintenir son statut actuel et refusaient l'escalade «scissionniste» dans le conflit interne. En conséquence de quoi Sartorius s'est retiré de toute activité politique, du moins temporairement.
Dans l'opposition à la proposition de ce dernier, s'est distingué Alonso Puerta, député européen et secrétaire général du PASOC. Ont alors commencé à circuler des rumeurs affirmant que Puerta avait obtenu l'engagement d'Anguita à lui laisser la tête de liste pour les européennes ; cela semblait incroyable, mais c'est avéré exact...
Durant l'automne, Gonzalez a essayé de faire signer un pacte social aux CO et à l'UGT. La délégation des CO s'est montrée particulièrement réceptive au chant des sirènes présidentielles. Anguita s'y est fermement opposé, montrant qu'une fois de plus, sur tout ce qui a trait au social, il garde une opposition intransigeante au néolibéralisme rampant du gouvernement. Comme on pouvait s'y attendre, «Nouvelle gauche» soutenait le pacte mais une fois de plus l'intransigeance de Gonzalez a fini par faire converger dans la pratique les positions au sein d'IU : tous jugeant finalement un accord impossible.
C'est ainsi que depuis l'automne 1993 des signes de «normalisation» sont apparus au sein de la direction de IU. Le rapport politique défendu par Anguita au conseil fédéral a été rédigé par une commission paritaire majorité-minorité et «Nouvelle gauche» a annoncé son retour dans les instances fédérales de IU, justifiant son attitude par le fait que la majorité
avait tourné sur des questions comme «la construction européenne, la politique d'alliance et les propositions économiques.» Même s'il est évident que la raison principale du retour de la minorité dans les postes à la direction de IU est que ses dirigeants ne savaient pas trop quoi faire en dehors, il est vrai que la majorité va par la suite infléchir sa politique — selon un processus encore peu palpable, contrasté et contradictoire.
Il y a trois facettes différentes dans la ligne d'Anguita de l'après-Maastricht qui ne s'intègrent pas bien : d'abord la recherche d'un consensus programmatique avec la minorité pour dépasser les fractures ouverte dans le débat sur Maastricht tout en maintenant le profil politique de la coalition ; ensuite, face à la crise du PSOE, la tentative de gagner de l'influence dans la base socialiste «déçue» en manifestant une volonté de parvenir à des accords programmatiques ou de gouvernement dans les communautés autonomes ; et enfin le maintien d'une ligne critique très dure vis-à-vis de la politique de González, avec un soutien et des appels à la mobilisation sociale, comme lors de la grève du 27 janvier 1994. Pour simplifier, IU maintien une orientation politique de gauche «par le haut» et «par le bas», mais «par le milieu», et en particulier pour ce qui est de la politique d'alliance, elle développe une ligne assez inquiétante qui augure mal l'avenir de l'organisation.
Le facteur «écosocialiste»
C'est dans ces conditions qu'à Barcelone et à Madrid on a vu se tenir des réunions entre personnalités de divers courants «rouges» et «verts» — allant de membres de la majorité d'IU et de son secteur «écosocialiste» à la gauche alternative, aux verts écologistes et pacifistes, avec dans le cas de Barcelone, le collectif de rédaction de la revue Mientras Tanto, pionnière depuis sa fondation en 1979 de ce qui ne s'appelait pas encore l'«écosocialisme». Les processus ayant lieu dans les deux villes étaient indépendants, mais il y a eu une bonne communication entre eux et une communauté de vue sur les questions centrales. Cette convergence est bien résumée dans le paragraphe suivant d'un de leurs documents : «Nous ne pouvons pas nous résoudre aux politiques myopes ou criminelles qui nuisent aux intérêts de la majorité et hypothéquent gravement l'avenir, et encore moins à la résignation. Aujourd'hui plus que jamais, il faut une large convergence alternative de tous ceux qui défendent les valeurs d'égalité, de liberté et de solidarité, qu'ils soient membres d'organisations politiques
Inprecor n° 380 - mai 1994 ou pas : partis et groupes de gauche, syndicats, mouvements écologiste et antinucléaire, collectifs féministes, groupes pacifistes, mouvement chrétien de base, associations de citoyens ou culturelles etc.»
Bien que ces initiatives ne se fixaient pas un objectif purement électoral, il ne fait aucun doute que la proximité des européennes et la possibilité de pouvoir y intervenir d'une façon ou d'une autre ont joué un rôle dans leur dynamique.
Fin décembre 1993, elles proposaient publiquement d'intégrer comme indépendant Joaquim Sempere pour Barcelone, et peu après Carlos Taibo pour Madrid, sur toute liste «défendant un programme écosocialiste». Taibo et Sempere sont des intellectuels, vieux routiers des luttes de la gauche, actuellement sans parti et qui bénéficient de la confiance de la plupart des individus et des courants parties-prenantes des réunions de Barcelone et Madrid.
Les destinataires de ces propositions étaient implicitement IU et Initiative pour la Catalogne (une organisation qui lui est fédérée). Leurs réponses ont indiqué d'où soufflait le vent nouveau pour les européennes et au-delà.
Il faut signaler que les candidatures de Sempere et de Taibo n'étaient pas contradictoires avec le discours politique d'IU, dont les résolutions affirment qu'il faut constituer un «fort pôle rouge-vert au Parlement de Strasbourg» et qu'elle est disposée à tisser des liens privilégié avec les mouvements sociaux. Aux raisons militantes pour la convergence politique on pourrait ajouter le pur intérêt électoral. Comme le reconnaît si bien IU, «ni le vote utile, ni le vote de crainte, ni le bipartisme ne pèseront sur le 12 juin comme ils l'ont fait sur les dernières législatives». Ce sera effectivement une des rares occasions où l'image radicale et alternative pourra être rentable en terme de vote pour une force comme IU.
Mais aucune de ces raisons n'a triomphé. La direction d'Initiative pour la catalogne a approuvé la candidature d'Antoní Gutiérrez, eurodéputé sortant et ancien secrétaire général du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC, par 70 % contre 30 % pour celle de Sampere (3). A Madrid, la direction d'IU s'est contentée d'une proposition informelle de 7ème place (dont l'éligibilité est douteuse) pour Taibo, ce que la majorité des signataires de la proposition jugeait inacceptable.
Cette échec est d'autant plus regrettable qu'il aurait été facile de réaliser là une expérience commune très enrichissante pour l'avenir. On peut toujours se consoler en pensant que cette affaire n'en restera certainement pas là. Les collectifs de Madrid et de Barcelone vont continuer à travailler et leur initiative va trouver un débouché sur un autre terrain, à l'intérieur comme à l'extérieur de IU - même s'il ne sera pas aisé de trouver l'espace et la formule adaptés à des gens si différents, non seulement dans leurs pratiques, mais aussi dans leurs projets.
La convention de Madrid
Le 5 mars 1994, IU a tenu à Madrid une convention pour discuter et approuver le programme pour les élections européennes. Le lendemain, le conseil fédéral décidait des 15 premiers noms sur la liste.
Le débat sur le projet de programme a connu une participation irrégulière et en général limitée aux cadres de l'organisation. Au cours de la réunion il y a eu peu d'amendements, une grande pluralité d'opinions et une ambiance de «consensus contrôlé» — toutes les suggestions ont été intégrées mais la rédaction finale restait aux mains de la commission correspondante.
Le programme est encore une fois un très long texte — de plus de 80 pages — dont un tiers est consacré à des questions économiques. On y trouve nombre d'idées positives sur la solidarité avec les immigrés, la coopération avec les peuples du Sud, la réduction à 30 heures de la semaine de travail (avec néanmoins des réductions de salaires non linéaires), la défense de l'objection de conscience, la proposition d'un processus constituant européen, l'encouragement à la participation des citoyens, des organisations et mouvements
3) Le PSUC est l'organisation traditionnelle du PCE en Catalogne depuis les années 30. Elle bénéficie d'une large autonomie.
----- photo credits and running heads -----
DOSSIER
sociaux et un parti écologiste assez conséquent.
Les aspects les plus critiquables sont, d'abord tout ce qui touche à l'«européanisme» abstrait, qui soit consiste en pure rhétorique, soit dilue les idées et les tâches («l'Europe est un objectif stratégique de la gauche», «l'Europe est objectivement intéressée à la réalisation d'une profonde démocratisation des relations internationales», entre autres citations). Ce à quoi il faut ajouter la proposition, pour le moins très ambiguë, de «construire une majorité de progrès au niveau européen». Ses défenseurs explique qu'il ne faut pas l'interpréter comme un projet d'alliance avec le Parti socialiste européen (PSE), mais ne parviennent pas à expliquer quelle «majorité de progrès» peut exister à Strasbourg en marge du PSE. La question est d'autant plus grave que IU est consciente du lien inévitable entres les politiques d'alliance au niveau européen et dans l'Etat espagnol.
Une rude bataille
Le programme a été adopté pratiquement à l'unanimité, mais le lendemain il y a eu une bataille féroce pour la composition de la liste et pour désigner la tête de liste notamment. Dans la présidence fédérale (l'équivalent d'un comité exécutif), il y a eu un vote préparatoire sur deux candidatures : Alonso Puerta, soutenu par Anguita, les dirigeants centraux de la très puissante organisation andalouse et «Nouvelle gauche», et Laura Gonzalez (eurodéputée, ancienne présidente du Parlement asturien et dirigeante du PC des Asturies) appuyée par la majorité de la «majorité» — qu'il serait plus approprier d'appeler, au moins pour l'instant, «ex-majorité». Puerta a été choisi par 17 voix contre 14.
Anguita a défendu la candidature de ce dernier avec des arguments génériques (la «loyauté commune au programme») et peu convainquants (mettre davantage l'accent «sur ce qui nous unit plutôt que ce qui nous sépare»). Il a de plus utilisé à plusieurs reprises une référence mystérieuse ; le choix de Puerta aurait selon lui été «le plus intelligent». Il n'a pas expliqué pourquoi mais sans vouloir spéculer sur ses motivations, les vraies raisons sont sans doute parmi les suivantes : d'abord, mettre en tête de liste un partisan de la position minoritaire sur Maastricht donne d'IU une image démocratique et pluraliste ; ensuite, Alonso Puerta est populaire dans l'électorat socialiste et, enfin, ce dernier symbolise la disponibilité d'IU à des accords futurs avec le PSOE.
Le seul argument consistant est le troisième. Pour savoir s'il a pesé ou non dans la décision, il faudra attendre les élections andalouses, qui auront également lieu le 12 juin 1994, au cours desquelles le PSOE devrait perdre la majorité absolue et le PP s'en rapprocher tout en restant le deuxième parti. Se posera alors pour IU un problème de politique d'alliance assez com-
En tout cas, la liste officielle a été approuvée malgré une opposition considérable — par 89 voix pour (dont seulement 35 émanant de l'ancienne majorité), 28 contre et 33 abstentions. Le débat a été très dur et sans autocensure. Pourtant le pluralisme est une chose et la démocratie une autre : un responsable de l'organisation andalouse qui est intervenu contre la candidature de Puerta, a été limogé sur le champ. Pour être une exception, cela n'en est pas moins significatif.
Finalement, IU présente une liste où l'appareil pèse davantage que le «rouge» ou le «vert». Sur le plan interne, un bon résultat électoral renforcera probablement les partisans de la candidature et consolidera peut-être le «recentrage» qui est en train de mûrir au sein de la direction. Rien n'indique par contre qu'un mauvais résultat produirait un résultat symétrique.
De toute façon, les problèmes internes sont secondaires. La grande majorité des gens votera le 12 juin pour des sigles, pas pour des candidats ou pour des programmes. Et le résultat le plus important sera le rapport entre les pertes du PSOE et les progrès d'IU. Avec Alonso Puerta ou sans lui, IU sera à l'échelle du pays le vote le plus visible à gauche du PSOE. Il faut que ce vote soit le plus gros possible. Après le 12 juin, de toute façon, nous entrerons dans une zone de turbulence. *
Madrid, 28 avril 1994