Langa Zita est un dirigeant du syndicat des métallurgistes, NUMSA, dans la région de Prétoria-WitwatersrandVereeniging (PWV), et est considéré malgré son jeune âge comme figure de prou de l'aile gauche du Parti communiste sud africain (SACP). Inprecor l'a interviewé après la victoire électorale de l'ANC.
Inprecor : En tant que membre de l'alliance tripartite, le
Congrès of South-Africa trade unions (COSATU) a soutenu la campagne électorale de l'ANC et est parvenu à obtenir qu'un certain nombre de ses dirigeants soient élus à l'Assemblée nationale, certains ayant même des postes ministériels en plus de l'acceptation par
LANC du programme de reconstruction et de développement (RDP). Comment le
COSATU influencera-t-il ses représentants élus et quel sera le rôle de COSATU dans le processus de réalisaion du RDP?
Langa Zita : Il y a eu des débats mais pas très formels sur la relation qui existera entre nos dirigeants syndicaux élus et la fédération. En général, quand les gens quittent le syndicat pour travailler dans un parti politique, ils agissent sous mandat de l'organisation politique, en l'occurrence l'ANC. On a avancé l'idée que le COSATU continuerait à fournir soutien et informations à ces parlementaires et les mettrait de cette façon en position de défendre l'approche du COSATU sur un certain nombre de questions. Dans la région de Johannesbourg, nous avons ouvert la discussion dans le COSATU et nous avons annoncé l'idée qu'il faudrait mettre en place des structures pour pouvoir avoir des réunions avec ces camarades pour obtenir des rapports et avancer nos propres idées. L'aspect critique du RDP, se sont les propositions autour de la démocratisation des structures de l'Etat, qui soulignent le besoin d'une participa-
SYNDICATS
COSATU
tion des forces populaires comme les syndicats, et les associations civiques, dans la conception et la mise en œuvre de cette politique. C'est encore dans la région PWV qu'il existe une structure, où le COSATU, l'Organisation nationale des associations civiques d'Afrique du Sud (SANCO) et le SACP supervisent la mise en œuvre du PDR. Elle joue un rôle d'animation et de surveillance.
Quand nous aurons l'impression que le RDP n'est pas mis en œuvre et que les mesures prise dans le cadre du RDP ne représentent pas les intérêts de nos membres nous nous réservons le droit de mener une action indépendante pour nous opposer à de telles mesures. En tant que syndicat, nous avons des intérêts sectoriels spécifiques (ceux des travailleurs organisés) qui doivent être défendus et cela doit être compris par tous.
Il y a deux lignes directrices dans le PDR. D'une part, l'aspect budgétaire qui consiste à allouer des ressources spécifiques pour des besoins prioriaires tels que le logement, l'électrification, les hôpitaux etc. Et de l'autre, il y a des mesures qui visent à restructurer l'économie et l'industrie. En ce qui concerne cette dernière, des conflits pourraient apparaître là où des secteurs du capital refusent de mettre en œuvre des propositions telles que les programmes de formation.
• Avec l'ANC au gouvernement qui s'engage à appliquer le RDP pensez vous que les syndicats se sentiront obliger d'affirmer leur indépendance ? En d'autres termes le COSATU ne sera-t-il indépendant que de nom ? Dans quel domaine
4th National Congress a Nasrec Johannesburg
24 . 27 Il
COSATU affirmera-t-il son indépendance?
Cette question met en lumière un problème. L'ANC n'est pas un mouvement organique de la gauche comme elle l'était en 1990 avant qu'elle décide de commencer les négociations. Pour répondre à cette question nous avons besoin d'une double approche. D'abord, les forces de gauche à l'intérieur de l'ANC continuent à défendre un projet de gauche dans l'ANC, ensuite les mouvements populaires de masse continuent à défendre les intérêts et les revendications de leurs membres ce qui renforce la gauche dans l'ANC. Donc, aux termes de cette approche COSATU doit affirmer avec vigueur son indépendance.
• Quel risque de conflit y-a-t-il avec le gouvernement d'unité nationale (GUN) dirigé par l'ANC sur la politique économique les Sunset Clauses, la politique salariale, entre autres ?
En ce qui concerne le GUN, un certain mombre de camarades de gauche à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du Parlement ont pris une position très critique à son égard. Ma position était différente. Nous n'étions pas en mesure de nous passer de compromis avec la classe dominante. Bien que pénibles, ces derniers étaient nécessaires. Une «transition controlée» à condition que cela n'empêche pas, ou ne limite pas les luttes futures, était indispensable. Je pense qu'il est possible, en fonction du rapport de forces, de neutraliser les effets de ces compromis dans le cadre de la transition. Cela ne supprime pas les contradictions dans la société mais les met seulement entre parenthèses.
Quant à l'accord passé avec les fonctionnaires, il est important de se souvenir qu'il garantit seulement leur emploi et pas le poste qu'ils détiennent actuellement. Cela nous laisse une certaine marge de manœuvre. La tâche de la gauche est de mobiliser la société civile pour contester les garanties données, afin que le coût social de leur maintien devienne trop grand et qu'elles deviennent caduques.
• Quel rôle voyez vous pour le
Forum national économique
(NEF) et la Commission Manpower(CM) ? Est-ce-que le COSA-
TU cautionne une politique de collaboration de classe ?
La CM a un rôle critique à jouer mais elle doit être restructurer et ses dirigeants renouvelés. Il y a un débat sur le rôle du NEF. Certains pensent que nous avons besoins d'une espèce de conseil socio-économique qui englobe le NEF et la CM, où les politiques économiques et industrielles et la législation du travail puissent être examinées.De mon point de vue, ce rôle devrait être davantage un cadre de négociation où les luttes peuvent faire avancer les choses, plutôt qu'un forum, où les décisions sont prises au consensus. Cette conception présuppose que COSATU repense le rôle de ces structures. Je doute que cela se fasse à court terme.
On peut appréhender les forums de ce type de deux façon. Soit dans une perspective social-démocrate. Soit en mettant en lumière les contradictions du système. Cela nous donne l'occasion d'avancer des propositions qui vont au-delà des limites du capitalisme. Par exemple, sur la question du chômage on peut proposer des politiques qui visent clairement à mettre fin au marché du travail tel qu'il est.
• Dans le Comité exécutif transitoire (TEC), il y a eu un appel à un moratoire sur les grèves. Le
COSATU l'a rejeté en essayant néanmoins de freiner les grèves dans le secteur public.
Pensez vous, maintenant, que l'ANC a remporté une large victoire aux élections, que le
COSATU répondrait favorablement à une nouvelle demande de trêve sociale ?
Alors que cet appel au moratoire n'était pas officiellement discuté dans le COSATU, il a inquiété beaucoup de travailleurs qui l'ont critiqué. Au NUMSA, nous avons critiqué cet appel. Nous ne voyons pas de lien entre les élections et le besoin d'un moratoire sur les grèves.
Le COSATU se doit d'affirmer ses positions sans s'isoler. Cela exige une approche stratégique, dans laquelle il consolide ses relations avec les autres mouvements de masse : les civics, la jeunesse, les étudiants, etc. De plus, elle doit élargir cela aux parlementaires de gauche afin que la confédération et les syndicats puissent avancer leurs revendications et mobiliser autour d'elles. Ces revendications devraient être globales. Par exemple, d'ici quelques mois, le NUMSA pourrait déclencher une grève sur la question des salaires qui sera liée à la revendication de la formation qui est nécessaire pour développer la qualification des salariés.
• A son congrès extraordinaire de l'année dernière, le COSATU a voté une résolution appelant à une conférence de la gauche.
Quelle est l'origine de l'appel ?
Est-il lié au besoin de repenser le socialisme à la lumière de l'échec des Etats post-capitalistes de l'Europe de l'Est ou à quelque chose de plus que
L'origine de l'appel, c'est le malaise des militants syndicalistes par rapport aux développements politiques des années 90, le début des négociations et les compromis qu'elles ont entraînés, et de notre intérêt pour le socialisme dans le pays comme au niveau international. L'abandon par l'ANC des solutions radicales et de l'objectif de transformation fondamentale de la société, a soulevé des questions chez les militants. Par exemple, l'ANC a renoncé aux nationalisations, une politique qui était le symbole du sentiment anticapitaliste de ses adhérents.
• Quels seraint à votre avis, les principaux objectifs d'une telle conférence?
Pour le moment, les objectifs de la conférence pour COSATU ne sont pas clairs. Je pense que la conférence devrait essayer d'être plus qu'une tribune mais qu'elle ne devrait pas chercher à former un nouveau parti. Il faut créer quelque chose comme le Forum de Sao-Paulo qui vise à réaffirmer l'actualité du socialisme et cherche à repenser ce que signifie le socialisme. Mais elle devrait aller au-delà, en créant une plus grande unité de la gauche sur les questions immédiates auxquelles nous devons faire face et, sur lesquelles les forces de gauche pourraient collaborer.
Elle pourrait prendre la forme d'un front à caractère révolutionnaire, qui inclurait aussi des forces démocratiques radicales qui ne sont pas nécessairement socialistes. Ce front pourrait se former pour garantir l'application du RDP sur une base radicale, pour développer des positions radicales sur la distribution des terres. Il ne faut pas se contenter d'avancer des revendications socialistes mais aussi développer des alternatives concrètes qui peuvent être popularisées.
• La conférence du NUMSA a voté une résolution appelant
COSATU à mettre fin à l'alliance une fois que l'ANC sera au gouvernement et appelant à la formation d'un parti de la classe ouvrière. Quel est l'avenir de cette résolution?
On discute actuellement au sein de l'Alliance pour savoir c'est l'intérêt des travailleurs de rompre l'alliance avec l'ANC. Je pense que si nous avions rompu l'alliance nous aurions donné à l'ANC un chèque en blanc pour passer des accords contraires aux intérêts des travailleurs. Aujourd'hui, l'ANC est obligé de consulter le COSATU sur presque toutes les questions. La position de l'ANC sur les mines est presque entièrement tirée de celles du syndicat national des mineurs (NUM). Sa politique industrielle est empruntée au NUMSA. Je dirais aussi que cette question dépend des progrès réalisés dans les discussions unitaires avec le Conseil national des syndicats (NACTU) et la Fédération des travailleurs sud-africains (FEDSAL). Nous devrons aborder cette question avec délicatesse car nous pourrions avoir à redéfinir l'alliance pour satisfaire ces fédérations. Mais enfin de compte l'avenir de l'alliance sera déterminé par les événements. Dans une situation où les confrontations avec l'ANC augmentent nous devrons sans doute mettre un terme à l'alliance. Ou, comme je l'ai déjà dit, si l'unité avec d'autre syndicats importants exige que l'alliance soit rompue alors nous devons reconsidérer la question sérieusement. Il est vrai que l'alliance telle qu'elle est structurée aujourd'hui court le risque de devenir une courroie de transmission du gouvernement. Pour éviter cela, il est vital que nous développions des idées et des positions politiques sur toutes les questions qui touchent la classe ouvrière. L'enjeu pour nous, c'est d'élever la capacité à développer une politique au sein des syndicats et du COSATU. Il est intéressant aussi de noter qu'il y a, à l'intérieur de l'ANC, une compréhension croissante de l'importance du COSATU et des dangers qu'il y a à le transformer en courroie de transmission.*