Fin avril 1994, s'est tenue à Brasila la 9ème Rencontre nationale du Parti des travailleurs (PT), cette réunion a adopté des «bases pour un programme de gouvernement» traitant par exemple de la participation populaire et du contrôle social, de la réforme agraire de la dette exterieure du droit à l'avortement et du droit des homosexeuls entre autres thèmes. Nous publions ci-dessous l'introduction à ce document.
Cela fait plus de dix ans que le
C
Brésil vit dans une situation d'équilibre instable. Les tranombres de conquêtes depuis le milieu des années 70 où ils ont repris les luttes sectorielles, pour ensuite les combiner au combat pour le fin du régime militaire. La multiplication des organisations populaires, dont le parti des travailleurs (PT) et la Centrale unique des travailleurs (CUT), la campagne pour les élections présidentielles directes (1), la fin de la dictature militaire et la destitution de Collor en sont quelques
Les classes dominantes ont dû reculer à plusieurs reprises depuis l'essoufflement du modèle économique qui sous-tendait le fameux «miracle brésilien». En plus de la présidence de la République, elles contrôlent les organes essentiels de l'Etat et de la société — le Congrès national (Parlement), le pouvoir judiciaire, les forces armées, les moyens de production et les grands moyens de communication — et gardent encore des agents de poids dans le mouvement syndical et populaire. Pourtant, elles n'ont toujours pas de projet national à présenter à la société. C'est ce qui explique la croissance de l'estime dont bénéficie le PT auprès de la population depuis les dernière années — même si cette croissance n'a pas de correspondance en termes d'organisation et de mobilisation. Pour dépasser nos faiblesses organisationnelles nous devons chercher à ce que l'ensemble des militants «pétistes» présents dans les mouvements sociaux agissent dans la ligne du parti, comme clé de voûte de la campagne électorale et du gouvernement.
Grande portée politique
La mobilisation des militants autour de la campagne Lula et de son programme, même si c'est sur un objectif électoral, a une portée politique plus large qu'une lutte économique ou partielle — quand bien même ces dernières prendraient parfois des formes de radicalisation supérieures. Il faut comprendre que le principal sujet de mobilisation pour l'année 1994 doit être la bataille pour l'installation d'un gouvernement démocratique et populaire capable de mettre en œuvre les réformes structurelles et les changement qu'exige le peuple brésilien depuis les 20 dernières années. De même, il faut faire de ces élections le lieu d'une grande campagne de mobilisation pour des réformes et donner un sens transformateur à la bataille électorale et à la lutte politique en général.
Ceci indique à la fois nos grandes faiblesses et les possibilités de consolidation du soutien que nous accordent les travailleurs les plus conscients et organisés ainsi que la jeunesse. Cela montre également qu'il nous est possible de convaincre ou de neutraliser la majorité des Brésiliens. Ici, à la différence de l'Argentine ou du Chili, les classes dominantes n'ont pas réussi à avancer comme elles le voulaient dans les «réformes» néolibérales. Et ce, grâce à la résistance du camp démocratique et populaire.
La campagne Lula va avoir lieu dans un contexte où, pour recycler leur système, les tenants du capitalisme ont besoin de créer un consensus autour de l'idée que la croissance économique n'est possible que par l'exclusion de la majorité de la population et de continents entiers. Mais tant du fait de la conjoncture économique que des événements électoraux mondiaux, et surtout latino-américains, il y a des signes de renversement de la prédominance de l'idéologie néolibérale. L'existence du Forum de São Paulo, la victoire de Nelson Mandela en Afrique du Sud, le renforcement du Frente Amplio en Uruguay et du Frente Grande en Argentine, les succès électoraux de Causa Radical au Venezuela, la possibilité de victoire du Parti de la révolution démocratique (PRD) au Mexique en sont, entre autres, des exemples. C'est dans ce cadre que la campagne de Lula doit servir de tribune pour dénoncer l'exploitation et l'oppression et doit répercuter les conquêtes démocratiques et populaires.
Au Brésil, les élections d'octobre 1994
1) Les première élections législatives démocratiques au moment de l'ouverture démocratique «contrôlée» de la dictature militaire ont été marquée par une campagne de masse menée par l'opposition - du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, d'opposition bourgeoise) au PT — pour des élections présidentielles directes. Le PMDB a finalement accepté le principe de l'élection indirecte par un collège électoral antidémocratique et s'est son candidat, Tancredo Neves qui a été élu.
peuvent créer un nouveau rapport de forces, en faveur du camp populaire. La victoire de Lula et son gouvernement en faveur de réformes démocratiques et populaires marqueront une grave défaite pour la projet néolibéraliste et pour l'hégémonie des classes dominantes sur la politique brésilienne. (...)
La seule alternative
L'offensive néolibérale, renforcée par l'élection de Collor de Melo, a subit un rude coup d'arrêt avec la destitution de ce dernier. Depuis, il est de plus en plus évident pour les Brésiliens que seule la candidature Lula réunit les conditions permettant de dépasser la crise et de renouer avec le développement, par une redistribution des revenus, de la richesse et du pouvoir. Conscientes de cela, les forces conservatrices se sont mobilisées depuis 1992, avec comme seul objectif d'empêcher notre victoire électorale.
Ceci explique pourquoi les élites se sont escrimées afin d'empêcher que le mouvement «Fora Collor» (Collor dehors) n'aille au-delà des revendications éthiques en politique et qu'il n'en vienne à critiquer aussi le néolibéralisme et la privatisation de l'Etat. C'est également pour cela qu'elles ont tenté de compromettre le PT dans le gouvernement d'Itamar Franco, afin de lui ôter son profil d'opposition au nom d'une unité des forces «pro-destitution», comme s'il y avait entre elles des affinités programmatiques justifiant une coalition gouvernementale.
De même, bien que les élites soient divisées sur la proposition d'un régime présidentiel ou parlementaire, des secteurs significatifs se sont prononcés pour le parlementarisme dans le but de vider de ses pouvoirs un éventuel gouvernement Lula et de bloquer les réformes par un système de cabinet où le gouvernement réel serait sous le contrôle du Congrès. Cette manœuvre est une des raisons pour laquelle notre parti a rejeté la proposition parlementariste.
Devant la certitude d'une défaite électorale en 1994, les élites dirigeantes ont appelé à ce que le Congrès élu en 1990 «fasse une révision avant que le peuple ne fasse des réformes». Le PT a su résister à ce coup supplémentaire contre la démocratie et contre un futur gouvernement populaire. Malgré les difficultés et les incompréhensions, dans la société et dans le parti même, nous avons pu résister parce que nous n'avons jamais considéré la révision comme un fait accompli, une défaite inéluctable à laquelle nous devions nous plier.Malgré la majorité pro-révision, malgré son régime intérieur autoritaire, malgré les manœuvres putschiste de Humberto Lucena, le président de la commission pour la révision constitutionnelle. malgré le soutien massif des médias, mal gré les millions dépensés par les chefs d'entreprises intéressés par la rupture des monopoles, malgré la faible résistance populaire au «coup d'Etat révisionnel», malgré tout cela, la révision n'a pas démarré. Mise en place il y a plus de cinq mois, la seule décision significative qu'ait adopté la commission a été la réduction du mandat présidentiel, de cinq à quatre ans, suite à un amendement proposé par le commissaire au budget, le député Genebaldo Correia (du PMDB de l'Etat de Bahia).
Du côté des «toucans»
Durant tous ces événements — mouvement pour la destitution, unité nationale autour du gouvernement «Itamar», référendum sur le système de gouvernement, révision constitutionnelle — notre parti s'est globalement bien comporté, mettant en échec total ou partiel les manœuvres visant à empêcher notre victoire ou simplement à obscurcir notre profil, à nous transformer en caution de gauche du pacte entre les élites. La trajectoire du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) a été toute autre (3). Caractérisé par notre &e rencontre nationale comme un «terrain politique à disputer», le PSDB a depuis fait des choix diamétralement opposés à ceux du PT. Nous étions dans des camps opposés au sujet du gouvernement Collor, auquel les «toucans» ont fourni des ministres. Lorsque nous nous opposions au gouvernement «Itamar», le PSDB y prenait part, lui imprimant une politique économique incarnée par un plan en parfaite continuité avec ceux du gouvernement précédant. Les «toucans» ont été les principaux défenseurs de l'option parlementariste ainsi que de la nouvelle loi électorale, clairement conçue pour porter préjudice au camp populaire. Finalement c'est le groupe parlementaire «toucan» avec ses alliés dans le Parti du front libéral (PFL) et le PMDB — qui s'est battu pour la révision constitutionnelle (4).
La trajectoire du PSDB prouve qu'il était correct pour le PT d'établir comme critère pour sa politique d'alliance, l'accord sur un programme de gouvernement et le soutien à Lula.
3) Le PSDB, contrairement à ce qu'indique son nom, n'est pas lié au mouvement démocratique et populaire. Il se situerait plutôt entre la social-démocratie et de libéralisme traditionnel et sa mascotte/symbole est le toucan.
4) Le PFL est un parti de droite issu d'une scission de l'ancien parti de la dictature. Il est surtout soutenu par les associations de grandes entreprises et a été le principal sou-
Si notre choix avait été autre, nous nous serions trouvé dans la situation démoralisante d'avoir comme allié privilégié un parti que les élites brésiliennes ont choisi comme alternative principale à Lula.
Le bon choix
L'engouement des chefs d'entreprise et des secteurs conservateurs pour Fernando Henrique Cardoso, l'ancien ministre des Finances et candidat favori du grand capital, qui a poursuivi la politique économique de Collor, est bien connu. Avec son passé de gauche, sa popularité chez les classes moyennes, son aura d'honnêteté et la complicité de Mário Covas (le président du PSDB), Henrique Cardoso a mis au point une coalition avec plusieurs partis conservateurs — dont le Parti travailliste brésilien (PTB), le Parti progressiste et surtout le PFL - dans le but de battre Lula au second tour (5).
Le rapprochement entre le PSDB et le PFL n'est pas inédit : en 1989, Mário Covas, alors candidat «toucan» à la présidence, avait choisi comme candidat à la vice-présidence Roberto Magalhães, l'actuel gouverneur PFL de l'Etat de Bahia. Alors que le gouvernement Collor avait déjà montré son visage néolibéral et corrompu, le PSDB débattait de l'opportunité d'y entrer. Les «toucans» ont été nos principaux opposants dans l'administration municipale de São Paulo (pendant le mandat de Luiza Erundina, de 1989 à 1993). Une fois aux commandes économiques et politiques du gouvernement Franco, Henrique Cardoso a adopté un plan économique antipopulaire, soumis aux intérêts du grand capital et du système financier. C'est là une confirmation de l'affirmation de Tasso Jereissati selon laquelle «dans le monde d'aujourd'hui il n'y a pas de différence entre les gouvernements sociaux-démocrates et conservateurs». Mais les chances de Henrique Cardoso, basée essentiellement sur son plan économique, conçu surtout comme un gadget électoraliste, sont réduites : le «favori des riches» manque singulièrement de légitimité populaire.
Paulo Maluf — le maire de São Paulo et dirigeant du Parti progressiste rénovateur (PPR, droite) —, l'alternative traditionnelle des secteurs les plus droitiers, a choisi de ne pas se présenter à la présidentien de la candidature de Collor. 5) Le Parti travailliste du Brésil est un petit parti de droite dirigé par, José Andrade Vieria, banquier et ministre de l'Industrie du commerce et du tourisme du gouvernement Itamar. Le Parti progressiste, de droite, abrite en son sein les dirigeants des secteurs syndicaux les plus farouchement opposés à la CUT.
ce. Sa gestion municipale désastreuse de São Paulo et ses démêlés avec le candidat à sa vice-présidence — qui ne lui garantissait pas le contrôle de la machine électorale du parti après leur «divorce» — et son implication dans un scandale politico- financier ont certainement pesé sur cette décision. (...)
Orestes Quércia,président du PMDB, et ancien gouverneur de São Paolo a également subi des pressions pour qu'il retire sa candidature : celles des mêmes secteurs qui ne voulaient pas de la candidature de Maluf en plus de celles d'une opposition interne au PMDB, un courant minoritaire menaçant de ne pas le soutenir pendant la campagne électorale. Pour contrer ces résistances, Quércia a adopté un discours électoral «anti-élites», contre la révision constitutionnelle, contre le plan économique et, bien entendu, contre le PT. (...)
Les difficultés des secteurs conservateurs à trouver une candidatures unique traduisent le fait que les élites, malgré une défaite imminente, n'ont pas encore dépassé leurs divergences internes. Cela a également pu se vérifier dans l'attitude du patronat face au plan économique — dont le succès est conditionné par la signature d'un pacte entre les entreprises en situation de monopole pour réduire la hausse des prix, ne serait-ce que pour quelques mois. Mais c'est l'enlisement de la révision constitutionnelle qui montre le plus le décalage entre la volonté de battre Lula et l'incapacité à s'unir pour ce faire.
Confirmant l'analyse de ceux d'entre nous qui ne la considérait pas comme un fait accompli, la paralysie de la révision constitutionnelle, ajoutée à l'avance de Lula dans les sondages, laisse la classe dominante désarmée. C'est ce qui explique les gesticulations de certaines couches de l'armée. Expression d'un phénomène réel - la difficulté à unifier les élites contre l'aternative démocratique et populaire —, le spectre de la crise institutionnelle sert à intimider des secteurs de la gauche, qui en viennent à prôner des «solutions institutionnelles», allant jusqu'à essayer de ressusciter la révision pour exorciser la menace d'un coup d'Etat.
Réaffirmer notre profil
Au Brésil, en 1994, la seule garantie de l'institutionnalité est la candidature Lula. Notre parti doit y mettre toutes ses forces. C'est pour cela qu'il faut réaffirmer notre engagement pour le socialisme et pour les réformes démocratiques et populaires.(...)
Les élections du 3 octobre 1994, surtout les présidentielles, vont dominer, quoi que de façon différenciée, tous les prises de positions des différentes forces politiques. Le plan économique a évolué en fonction de cette campagne ; le rythme des luttes sociales est cadencé par elle ; les gouvernements municipaux, des Etats et fédéral se positionnent en fonction de ses évolutions : les candidats et les alliances n'en seront que plus clairement définis. Enfin, l'agonie de la révision constitutionnelle a lieu en plein milieu du jeu politico-électoral. Présenté comme un instrument fiable de lutte contre l'inflation, le disposi-
tif monétaire adopté par Henrique Cardoso est tombé dans l'ornière de ses prédécesseurs : il réduit le pouvoir d'achat des salariés, fait diminuer la consommation et augmenter les taux d'intérêts et affranchit les prix de tout contrôle effectif. Comme c'était prévisible, dès les premier jour de mars , l'introduction de l'«unité de valeur réelle» (URV) a aggravé les phénomènes d'instabilité , tout en détériorant encore plus les conditions de vie de la majorité de la population (6). Depuis, l'inflation en cruzeiro real ne fait que s'accélérer, surtout en matière de biens de première nécessité, et les travailleurs sentent de jour en jour l'érosion de leur pouvoir d'achat. Le salaire minimum a été fixé de façon provocatrice par le ministre Henrique Cardoso à la valeur la plus basse de toute l'histoire du pays et qui est même inférieure à la valeur du salaire minimal en vigueur dans des pays où les conditions de développement sont pires que celles du Brésil. De plus, la gestion du plan économique a été désastreuse : d'une part le gouvernement a refusé de négocier et d'intégrer les critiques et les suggestions issues du Congrès et ou de la société civile, (le mouvement syndical notamment) et, de l'autre, il n'a cessé de faire des concessions aux monopoles — leur permettant de fixer librement le prix de leurs produits — et aux rentiers, par une politique de taux d'intérêts absurde et sans équivalent sur la planète. Ces concessions constituent des attaques contre la dignité nationale et les efforts pour un développement souverain du pays au même titre que le récent accord de renégociation de la dette extérieure conclu entre le gouvernement Franco et les créanciers privés. Il faut se rappeler que dans la première phase du plan économique, lors du prétendu ajustement fiscal, les dépenses en matières de santé, d'éducation et de transport ont été amputées de milliards de dollars, détériorant davantage une situation sociale déjà précaire. Dans le même temps, le gouvernement gaspille près de 17 milliards de dollars en paiement des intérêts et du principal de la dette intérieure, au bénéfice des ténors du marché financier.
Panique à bord
La candidature d'Henrique Cardoso est cohérente avec ce décor d'irresponsabilité, d'insensibilité sociale et de privatisation de l'Etat : en bon aventurier, il a abandonné sa responsabilité ministérielle peu après avoir lancé son plan économique pour se mettre au service des forces réactionnaires, afin d'éviter à tout prix, comme en 1989, une victoire de Lula.Le PT réaffirme que l'inflation est un problème grave nécessitant la mise en place immédiate d'un programme de stabilisation. Un tel programme ne doit pas se résumer à une simple réforme monétaire ou à un ajustement fiscal, mais passe nécessairement par un vaste programme de réformes structurelles de l'économie et de l'Etat, qui jette les bases d'un nouveau modèle de croissance, de développement social et initie un nouveau processus de distribution de la richesse, de même qu'un nouveau type d'insertion souveraine dans le cadre inter-
La mise en place absurde du plan économique a conduit au surgissement d'une inflation en URV (...) C'est pourtant ce qui explique le conflit entre le gouvernement et son équipe économique sur le choix du meilleur moment pour introduire le real — jusqu'alors fixé en juillet 1994, dernière limite pour que la mesure puisse porter des fruits électoraux.
Le comportement du mouvement populaire et syndical est un élément déterminant, non seulement pour la réussite du plan économique, mais aussi pour la mise en place des conditions permettant l'application du programme de gouvernement après une victoire du camp populaire. Des grèves ont éclatées dans la région de l'ABCD (7) mais il est encore trop tôt pour mesurer l'ampleur de la réaction face à l'usure des salaires. Le plus probable est que les luttes sociales se maintiennent à ce niveau, et même qu'elles augmentent en intensité au fil de la campagne électorale. Nous incomberait alors la lourde responsabilité de pousser à l'apparition d'un mouvement national en défense des réformes structurelles.
L'unité des travailleurs
La consolidation de l'unité politique et organisationnelle des travailleurs ainsi que le renforcement de leurs organes représentatifs, les syndicats et la CUT surtout, est une tâche incontournable pour tous ceux qui luttent pour un gouvernement Lula. Le mouvement syndical doit œuvrer au renforcement des travailleurs, en consolidant des syndicats larges, puissants et enracinés sur les lieux de travail. C'est de cette façon que les organes syndicaux pourront jouer un rôle essentiel dans la constitution d'un mouvement national de lutte des travailleurs pour les conquêtes immédiates et pour les réformes structurelles que nous proposons, œuvrant ainsi à la lutte pour le
S'est installée dans de larges couches de la population l'idée selon laquelle l'amélioration effective des conditions de vie dépend du résultat des élections du 3 octobre. Même si cela témoigne d'un préjugé favorable à la candidature de Lula, un tel attentisme est une mauvaise chose. C'est pourquoi, l'orientation du parti, de nos dirigeants syndicaux et populaires doit être de pousser à la mobilisation contre la dégradation du niveau de vie provoquée par la réforme monétaire de Henrique Cardoso. Il est fondamental que le PT, que ses économistes et ses parlementaires passent à l'offensive dans la bataille autour du plan économique, en alimentant de façon conséquente notre opposition à ce plan, qui ne se limite pas à ses aspects électoralistes.
Soutenue par la majorité des grands patrons (qui gardent toutefois Quércia en réserve), la candidature de Fernando Henrique Cardoso commence à bénéficier ostensiblement des faveurs de la machine gouvernementale. C'est ce qui explique les pressions d'Itamar Franco contre les membres de sont gouvernement qui inclineraient en faveur de Quércia, aujourd'hui opposant, par soucis électoraliste, au plan économique et au président lui-même. C'est un signal clair aux secteurs oppositionnels du PMDB pour leur signifier qu'ils auront un soutien officiel dans leur dissidence pro-Henrique Cardoso. Il faut également comprendre la proposition annoncée d'une allocation pour les travailleurs touchant le salaire minimal comme une déclaration de soutien à Henrique Cardoso.
Le soutien de la machine d'Etat à un candidat n'a rien de nouveau au Brésil. Rien ne permettant de dire qu'un tel appui permettra, en soi, de renverser le rapport de forces électoral, parce jusqu'à présent Henrique Cardoso — en tant qu'ex-Premier ministre virtuel - apparaît déjà comme le candidat du sérail et bénéficie évidemment du soutien du gouvernement. Ce qui est nouveau pour nous, c'est la nécessité d'afficher plus clairement notre opposition à Itamar Franco.
(...) Enfin, il faut — en profitant de l'échec de la révision — que nous affirmions clairement que l'heure des vrais réformes a sonnée. C'est ce ton qui doit dominer notre campagne électorale comme notre programme de gouvernement, qui devra recenser les réformes institutionnelles que nous défendrons à partir du ler janvier 1995. *
São Paulo, avril 1994
6) L'introduction d'une nouvelle monnaie, le real, destinée à remplacer en juillet 1994 le cruzeiro real actuel, a été préparée par l'implantation d'un indice indexé sur la dollar, l'«unité de valeur réelle» auquel le real doit succéder à parité égale. C'est le cinquième changement de monnaie causé en huit ans par l'inflation galopante
7) ABCD désigne la ceinture industrielle de São Paulo qui regroupe les villes de São André, São Bernardo do Campo, São Caetano do Sul et Diadema