de misère et, apparemment choqué, avait fini par produire cette perle de la pensée politique. Les opposants au régime, eux n'ayant pas droit au chapitre, n'ont pu dénoncer l'hypocrisie de l'affirmation du dictateur : le peuple «allait mal» justement parce que l'économie «allait bien». alors, le peuple ! Ce qui est grave c'est que cette conception perverse existe toujours aujourd'hui dans la tête de nos gouvernants. Ils continuent à dire qu'ils veulent ameliorer l'économie, en imposant des sacrifices supplémentaires au peuple. L'amélioration de la situation sociale est repoussée à plus tard, puisque, comme nous l'a déjà expliqué par le passé Delfim Netto, le gâteau doit gonfler avant d'être partagé. tion, au contraire. La misère que j'ai rencontrée au cours des caravanes pour la citoyenneté est, comme j'ai pu le constater, bien pire que celle des années 70. élémentaires de ce pays et a attiré mon attention sur le caractère factice du programme que nos conservateurs (ceux de toujours comme les nouveaux arrivants) veulent imposer au les universités, les thèmes politiques «modernes» ce serait réduire la taille de l'Etat, l'ouverture sur l'extérieur, la réglementation excessive du travail, etc. Ce serait comique s'il ne s'agissait pas d'une tragédie. politique sérieux ayant un minimum d'engagement social, sont le chômage, la faim, les enfants des rues, la faillite de notre système d'éducation et de santé, pour ne citer que les principaux éléments de la tragédie brésilienne. risque de désagrégation sociale qui pourrait liquider notre démocratie politique. premières victimes. Je connais aussi très bien l'ampleur de la crise du modèle de développement suivi jusqu'alors au Brésil. C'est pour cela que nous avons fait des propositions pour construire, en guise d'alternative, une croissance qui prenne en compte le nouveau cadre international, l'arriération de notre système productif, mais aussi l'énorme potentiel dont nous disposons pour une future reprise. d'achat, pas plus qu'elle ne justifie que le Brésil offre un salaire minimal honteux de 63 dollars par mois. On ne peut plus continuer à réduire les dépenses pour l'éducation, la santé et le reste de la politique sociale. Ce serait suivre une logique perverse et de surcroît totalement inefficace. dernières qui vont définir la forme de lutte contre l'inflation et le modèle de reprise du développement. Pour que ceci se produise il faut une volonté politique, qui ne se confonde pas avec le volontarisme. En premier lieu, la volonté politique de distribuer les sacrifices, en faisant en sorte que les quelques privilégiés payent leur part, étant donné que jusqu'à aujourd'hui ils ont été les seuls à bénéficier du développement. Ensuite, il faut une grande capacité à négocier. Et elle ne peut exister que lorsque ceux qui sont appelés à négocier avec le gouvernement reconnaissent dans son administration la transparence, l'engagement pour le peuple et, surtout, un projet national. Ce sont les composantes de ce qui manque à ce pays : la crédibilité pays en profondeur. Il y a aujourd'hui une alternative, basée sur les forces sociales et politiques qui, durant ces quinze dernières années, se sont rassemblées dans les luttes de résistance et dans les grands mouvements de citoyens qui ont contribué à approfondir la démocratie politique au Brésil.
Le tour du Brésil réel est arrivé. *
Le Brésil réel
Boue dun de ses ovale au Norie di dernie 20, cant ue rene eaucoup se souviennent encore de la phrase que le général Medici a prononcé au mie allait bien mais que le peuple allait mal. Le dictateur avait vu de près des scènes Ses adorateurs de toujours ont, à l'époque, encensé la «sensibilité sociale» du président. Vingt ans après, la situation a changé. En pire. Aujourd'hui, l'économie aussi «va mal», Le gâteau a effectivement gonflé, puis il est retombé, mais il n'a pas été question de répartiTout ceci a renforcé ma conviction sur l'incapacité de nos élites à résoudre les problèmes A en juger par ce qui transpire dans la presse, dans les débats entre patrons et même dans Les grands sujets nationaux, ceux qui doivent impérativement figurer dans tout programme Cette situation fait peser de graves menaces sur le pays. Nous sommes confrontés à un Je n'ai jamais méprise la lutte contre l'inflation, surtout parce que les travailleurs en sont les Mais la lutte contre l'inflation ne peut conduire à davantage de restriction du pouvoir Une nouvelle politique économique doit être guidée par les priorités sociales. Ce sont ces Tournant le dos au Brésil, nos élites dirigeantes se sont révélées incapables de réformer le
Luiz Inácio «Lula» DA SILVA Fohla de São Paulo, 17 avril 1994