Soixante et un ans après la grande marche des chômeurs de 1933, organisée par des associations et la Confédération générale du travail unitaire (CGTU, née de la scission CGT de 1921), la marche nationale organisée par le mouvement «Agir ensemble contre le chômage» (AC !) a permis de renouer avec les meilleurs traditions de solidarité et d'unité du mouvement ouvrier.
Avant même le rendez-vous palisicu du 28 mai 1994, le mouvement apparaissait déjà comme une composante majeure de la remobilisation sociale commencée en France en automne 1993 et qui s'est traduite par plusieurs luttes de résistance des salariés et de la jeunesse. Il a témoigné aussi du fait qu'il était possible de construire dans la durée une action qui pourrait avoir des conséquences très positives pour transformer le mouvement ouvrier et lui ouvrir des perspectives nouvelles.
En effet, le mouvement fédératif AC ! a montré qu'il était capable :
• de faire agir ensemble sur une période prolongée des secteurs importants du mouvement syndical (très fortement divisé en France depuis plus de dix ans) : quatre fédérations professionnelles de la Confédération française démocratique du travail (CFDT, dont la direction est totalement comprise depuis des années dans l'accompagnement des plans capitalistes), plusieurs unions régionales et locales interprofessionnelles de la Confédération générale du travail (CGT), qui soutienent sans se dire «organisatrices», la Fédération syndicale unitaire (FSU), la Fédération de l'éducation nationale (FEN), Sud-PTT (Solidaire, unitaire, démocratique, fédération autonome issue d'une crise dans la CFDT), Syndicat national unifié des impôts (SNUI), CRC-Santé (Coordonner-rassembler-construire, syndicat autonome regroupant des exclus de la CFDT), Confédération paysanne, etc;
• de commencer à reconstituer l'unité sociale du salariat, éclaté par vingt ans de crise, en faisant pour la première fois agir ensemble des chômeurs et leurs associations, des sans-domiciles-fixes (SDF), nombreux à sillonner les routes de France, des syndicalistes, des associations féministes, antiracistes
• de mettre en débat dans toute la société une plate-forme revendicative offensive contre la crise et ses conséquences, depuis des
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mesures d'urgence en défense des droits des chômeurs (transports gratuits, moratoires sur les dettes d'électricité, etc.) jusqu'à des propositions globales de rupture avec tous les choix faits jusqu'ici (loi-cadre sur les 35 heures avec préservation du pouvoir d'achat, nouveau partage des richesses, création massive d'emplois répondant aux besoins sociaux dans les services publics ou à un contrôle sur les conditions de travail dans les entreprises).
Partout, les cinq grandes marches qui ont sillonné la France depuis le 7 avril ont secoué les routines et réveillé des énergies nouvelles pour reconstruire par «en bas» un mouvement ouvrier secoué par une très grave crise d'organisation et de perspectives politiques. Le Premier mai dernier, les collectifs AC ! ont souvent contribué sur le parcours des marches à rassembler le mouvement ouvrier.
Par la suite, des idées nouvelles émergent : mettre sur pied des maisons de la solidarité ou des associations de chômeurs (qui ont déjà un premier rendez-vous national en juillet 1994), stabiliser des collectifs unitaires de syndicalistes, localement et nationalement, et aussi interpeller les forces politiques pour le débat crucial sur l'emploi des prochaines élections présidentielles, en avril-mai 1995.
La dynamique des marches régionales a été confirmée lors de la convergence à Paris le 28 mai 1994 : plus de 20 000 manifestants ont battu le pavé parisien, dans l'après midi de ce samedi ensoleillé. Il faut noter la présence d'un cortège féminin, qui même s'il était de taille modeste, avait le mérite de rappeler que la majorité des chômeurs sont des