Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

Extrême droite à trois voix

· Inprecor n° 383, septembre 1994 · p. 16-19 · 4 061 mots

Belgique

La montée de l'extrême droite en Belgique n'est plus un phénomène uniquement flamand, et dépasse le cadre strictement électoral. Depuis les dernières élections européennes, le Vlaams Blok consolide sa position, et s'implante en Flandre, où il rencontrait jusqu'a présent des difficultés à s'intégrer (par exemple dans la province de Limbourg). Dans le même temps, à Bruxelles et en Wallonie, deux autres formations d'extrême droite, le Front National (FN) et AGIR ont réalisé des percées spectaculaires. Vincent SCHELTIENS

C ertes, cela coupe court aux

analyses et explications farfelues en tout genre (1). Mais, un problème crucial reste posé : comment, dans un contexte de crise économique et sociale, d'austérité, de hausse spectaculaire du taux de chômage et de désarroi politique — phénomènes qui ne cessent de s'aggraver — endiguer la montée de cette marée brune ? Commençons, d'abord, par voir ce que représente, aujourd'hui, l'extrême droite en Belgique.

Le 24 novembre 1991, jour des élections législatives en Flandre, restera dans les mémoires comme un «dimanche noir» : le Vlaams Blok réalisait le score de 10,6 % sur toute la Flandre et frôlait les 25 % à Anvers principale ville de la région. Avec ce score, le parti de Karel Dillen (le «président à vie» du Vlaams Blok) et Philip De Winter (qui y détient vraiment les rennes du pouvoir) est devenu le parti le plus important d'Anvers sur le plan électoral, dépassant la social-démocratie, la démocratie chrétienne et les libéraux. Même si le 12 juin 1994 n'a pas été caractérisé par les médias comme un «dimanche noir bis» (la grande presse s'habitue vite), le Vlaams Blok s'est encore renforcé, obtenant 12,6 % des suffrages ce qui lui a permis de doubler le nombre

Jacqueline Merveille 1** Suppléante

Front

de ses sièges au Parlement européen passant de 1 à 2, sur un total de 14 eurodéputés flamands.

La prochaine bataille électorale sera celle des élections communales, prévues pour le 9 octobre 1994. Dès le lendemain de ce «dimanche noir» le Vlaams Blok annonçait déjà la couleur, se proclamant «premier parti d'Anvers» et incontournable pour gouverner la ville et affichant son objectif de décrocher la mairie anversoise. Le parti a tout mis dans la bataille, son «führer», le brugeois Philip De Winter est même venu s'installer au centre ville pour occuper la tête de liste de son parti lors des municipales.

Construction électoraliste

Ce parti n'est plus un phénomène uniquement électoral. Le Vlaams Blok a réussi ces dernières années — sur la base de ses percées électorales successives et avec

1) Autant d'analyses tendant à prouver que la montée de l'extrême droite était liée au «caractère de la société flamande», comme si la montée de Hitler et l'holocauste avaient comme explication le «caractère de la société allemande» ou expliquant que la montée de l'extrême droite n'a aucun lien avec la crise de société globale dans laquelle sont plongées les sociétés capitalistes.

2) Le Vlaams Blok compte actuellement 18 élus parlementaires (12 à la Chambre de députés et 6 au Sénat) et 36 élus dans les conseils provinciaux. Grâce à ses élus fédéraux, le Vlaams Blok a reçu de l'Etat (en vertus de l'ancienne

BELGIQUE Daniel Fóret 1" Effec Daniel Féret président à vie du Front national l'aide de ses mandataires dans les institutions de la démocratie parlementaire bourgeoise — à s'implanter et à se structurer

(2). Dans son fief, la province d'Anvers, le

Vlaams Blok compte actuellement une vingtaine de sections locales, qui interviennent de plus en plus activement dans la vie publique, dans les quartiers et même aux portes des usines et des établissements scolaires. Son organisation de jeunesse, le

Vlaams Blok Jongeren (Jeunes du Vlaams

Blok) compte près de 1 000 adhérents et le tirage de son mensuel s'élève à 37 000 exemplaires (des projets pour lancer un quotidien ont, jusqu'à présent, échoué).

Pour juger ce parti et le combattre efficacement, il faut commencer par distinguer trois niveaux différents. Le premier cercle est constitué de ses cadres, c'est-à-dire le noyau politico-idéologique, qui essaie de se donner une image respectable, mais qui porte un projet fasciste. Viennent ensuite les adhérants issus surtout de la petite législation) 11,2 millions de francs belges en 1992. Selon la nouvelle loi sur la subvention de l'Etat aux partis politiques, le Vlaams Blok reçoit à partir de 1993 quelques 34 millions de francs belges supplémentaires, soit un total de 54,5 millions par an.

Sa participation à la fraction «technique» des droites européennes du Parlement européen lui rapporte également des millions de francs belges. Voir Hugo Gijsels, Open je ogen voor het Vlaams Blok ze sluit, ed. Kritak 1994 ainsi que la traduction française du premier livre de Gijsels sur ce thème, Le Vlaams Blok, ed. Luc Pire, 1993.

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bourgeoisie, mais aussi de la classe ouvrière. Il s'agit de nationalistes réactionnaires (dont la mentalité est bien résumée par le slogan «le vrai peuple d'abord») et de gens imprégnés d'idées xénophobes et racistes. Enfin, son électorat contient un fort pourcentage d'ouvriers, de chômeurs, relativement peu scolarisés, et beaucoup de jeunes, tous victimes de préjugés xénophobes, surtout par manque d'alternative crédible à gauche (3). Cet électorat constitue l'enjeu de la bataille.

La raison du succès électoral du Vlaams Blok ne diffère pas foncièrement de se qui s'est passé dans le reste de l'Europe occidentale. Face à la crise du capitalisme, la cogestion social-démocrate, la disparition d'une alternative crédible à gauche, conjuguées avec les déchirures dans le tissu social (au début la percée se fait toujours dans les quartiers ou banlieues populaires — à tradition «rouge» — des grandes villes), le Vlaams Blok a capitalisé le mécontentement populaire en présentant une alternative verbalement radicale et identitaire (flamande, antibelge et raciste). Le point d'orgue de cette ligne a été la publication d'un «programme en 70 points pour résoudre le problème de l'immigration», un document qui rappelle fort les 50 points lepénistes, élaboré par Bruno Mégret peu de temps auparavant (4). Avec la montée en force (certains parlent de putsch) des «jeunes loups» De Winter, Van Hecke (élu au Parlement européen qui était jusque-là secrétaire de la fraction des droites européennes), Van Hauthem et autres (tous âgés entre 25 et 35 ans), un changement de cap a eu lieu. Le parti a décidé de mettre en avant comme axe de propagande et d'agitation principal la dénonciation de la présence des immigrés (couplé au chômage et à l'insécurité), au détriment de la propagande antibelge pour un Etat flamand indépendant. Cela allait de pair avec des multiples prises de contact avec Le Pen. Le fait que le Vlaams Blok défend un «nationalisme des peuples» tandis que le Front national (FN) un «nationalisme d'Etat» ne gêne pas ces jeunes fascistes purs et durs, venant des zones les plus fascistes comme le mouvement de lycéens l'Union nationaliste des jeunes étudiants(NJSV) ou le mouvement d'étudiants l'Union nationaliste des étudiants(NSV), organisations auxquelles les provocations militaristes n'ont jamais fait peur. Rappelons à ce propos que De Winter a fait son entrée à la Chambre de députés à l'âge de 26 ans, au titre de président de l'organisation lycéenne et vice-président de l'organisation étudiante.

Cette réorientation ne signifie nullement qu'à sa fondation le Vlaams Blok ne défendait pas des positions racistes, ou qu'il ne se réclame plus aujourd'hui du séparatisme (5). Tout en se présentant comme le seul et unique parti nationaliste flamand, le Vlaams Blok se garde d'aller à l'encontre des sentiments «belgicistes» majoritaire dans l'opinion publique (6). Pour ce parti les deux positions ne sont pas contradictoires, ce qui nous pousse à dire qu'il n'y a pas de divergences profondes au sein de sa direction, en terme d'idéologie et de programme politique.

Fusion de générations

La force incontestable de ce parti dont les analyses «de gauche» font peu de cas — est qu'il a réussi une fusion de générations. La génération, active des années 20, 30 et 40, s'appuyant sur l'exemple de Mussolini et plus tard — quoi que de façon plus partielle et avec davantage d'hésitations — celui d'Hitler. La collaboration active avec l'occupant nazi, allant parfois jusqu'à l'envoi de jeunes volontaires au front de l'Est pour combattre le «diable communiste», cette génération de l'extrême droite a été fortement marginalisée et réprimée au sortir de la guerre. Les groupuscules — souvent des cercles d'anciens combattants vivant dans «les catacombes» — ont réussi à passer le flambeau à une nouvelle génération, venue à la politique dans un contexte de «trahison» du parti traditionnel nationaliste flamand : la Volksunie (Union du Peuple), qui a participé à des gouvernements fédéraux, et qui a notamment contribué à élaborer les différentes étapes de la réforme de l'Etat belge. La formation idéologique et politique de cette nouvelle génération est la même que pour celle des années 1920 et 1930 : prêtres et poètes flamands œuvrant pour un «ordre nouveau», comme Cyril Verschaeve, August Borms, Joris Van Severen, Wies Moens, Staf De Clercq, le père Brauns et bien d'autres. L'itinéraire politique de tous les «jeunes loups» passe par les mêmes organisations : le scoutisme (VNJ), les deux organisations de jeunes lycéens et étudiants, une organisation hollando-flamande, Voorpost

3) Le Vlaams Blok obtient parmi les jeunes membres des deux syndicats (ABVV social-démocrate et ACV démocrate chrétien) des scores plus élevés que la moyenne dans la population. Dans la catégorie de membres de l'ABVV de moins de 35 ans, 21% vote pour le Vlaams Blok - contre 15% dans l'ACV. Parmi les membres du syndicat socialiste, le Vlaams Blok arrive dans toutes les catégories d'âge à la deuxième place, derrière le parti socialiste.

4) Dans ce programme, publié en 1992 et condamné unanimement pour racisme et non-respect de la déclaration universelle des droits de l'homme par le Conseil flamand (le parlement régional), le Vlaams Blok propose entre autres un système d'apartheid dans l'enseignement («afin de préparer le retour des immigrés dans leur pays d'origine») ainsi qu'en matière de sécurité sociale.

5) Le programme de fondation (1979) est intitulé «Vlaams

(Avant-poste), qui lutte pour l'unification des deux parties la «Dietsland», le club des «intellectuels», Were-Di, et l'Ordre des militants flamand (VMO), une milice privée, condamnée en tant que telle par le tri-

Le deuxième atout dont dispose le Vlaams Blok, c'est qu'il a réussi à conquérir l'hégémonie sur toute la mouvance flamande de l'extrême droite. Sa crédibilité électorale et la présence de ses élus dans les institutions lui ont permis d'entraîner derrière lui d'autres nationalistes flamands (qui n'étaient pas d'extrême droite), comme l'intellectuel flamand Mark Grammens, qui, il n'y a pas si longtemps était encore bien vu dans quelques milieux de gauche gravitant autour du Parti commu-

Comment le Vlaams Blok s'est-il imposé de façon indiscutable comme seul et unique porte-parole politique de cette mouvance ? C'est là un véritable tour de force qu'a réussi son fondateur, Karel Dillen, parce que le moins que l'on puisse dire c'est que ces milieux ne manquent pas d'individus s'autoproclamant «hommes providentiels». Si les quelques rares dissidences du Vlaams Blok n'ont jamais réussi à acquérir la moindre représentativité électorale ou organisationnelle, c'est essentiellement dû au rôle de Dillen et au modus vivendi qu'il a su trouver avec la jeune génération. Il a su, d'une part, opter pour une voie «parlementaire respectable» sans rien renier à son passé de collaborateur et refusant à la fois de condamner le révisionnisme des uns et les actions militaristes des autres et, de l'autre, réussir la mobilisation des plus jeunes. Cela lui a permis de neutraliser les quelques rares oppositions au sein du Vlaams Blok.

Par ailleurs, le Vlaams Blok a réussi à digérer l'intégration des autres ténors de l'extrême droite en leur offrant des places de premier rang dans le parti. Les deux cas les plus importants sont ceux de Xavier Buisseret, l'ancien dirigeant de l'ultra-violente VMO, qui devient chef de propagande du parti (7), actuellement élu au Parlement national, et de Roland Raes le «gourou idéologique» de l'extrême droite flaBlok. Principes de fond. Manifeste du nationalisme de droite», bien évidemment en flamand dans l'édition originale

6) La mort du roi Baudouin, en août 1993 a suscité une véritable ferveur belgo-nationaliste. Républicain acharné, le Vlaams Blok faisait jusqu'ici l'impasse sur le personnage du roi défunt. Lors de la prestation de sermon au Parlement du nouveau roi, Albert II, la fraction Vlaams Blok s'est absentée n'osant pas faire un acte de protestation, et a laissé à un parlementaire libertaro-populiste le soin de troubler la céré monie.

7) Buisseret, inculpé plusieurs fois pour des actes de violence contre des militants de gauche, des homosexuels et des immigrés, a eu un jour l'idée de nommer ce service de propagande «secrétariat national - service d'agitation et de propagande», dont le sigle néerlandais est NSDAP aux consonnances particulièrement hitlériennes

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mande, (un des rares à être au fait des débats de la «Nouvelle Droite») qui est vice-président du parti, l'idéologue attitré et élu au Sénat belge.

Lors des manifestations organisées par le Vlaams Blok, et auxquelles participent des cortèges de groupuscules paramilitaires (comme Assaut ou Jonge Wacht, c'est-à-dire Jeune Garde), c'est Philip De Winter lui-même qui assure la direction du service d'ordre, une façon de rappeler à ses troupes que le «Führer» n'oublie pas la dimension violente du mouvement.

Mythes et caricatures

Tout au long des années 80, en Wallonie, un secteur important de la gauche, satellite de la social-démocratie, voyait dans la (re-)montée de l'extrême droite en Flandre la confirmation d'une mythologie qu'elle avait soigneusement cultivée. A savoir que la Flandre, toujours plus droitière et catholique, forme un terrain «naturel» plus propice au fascisme, d'autant plus que la question nationale y a toujours été isolée de l'émancipation sociale — ce qui n'est d'ailleurs pas tout à fait vrai (8). En revanche, et selon les mêmes, la Wallonie «rouge» serait immunisée contre le fascisme — ce qui non plus n'a pas été le cas dans le passé (9) — au point d'être considérée par certains pendant la deuxième guerre mondiale comme «la tâche blanche sur la nappe de l'Europe fasciste»(10). Il faut se garder des caricatures dans un sens comme dans l'autre.

En effectuant sa percée électorale en 1991, l'extrême droite flamande a devancé d'une élection celle de Wallonie. Le contexte de crise en Wallonie étant plus marqué qu'en Flandre, le terrain objectif y était pourtant favorable. S'ajoutent, en l'espace de deux ans, d'autres éléments qui ont renforcé la percée spectaculaire de l'extrême droite francophone. Par ailleurs, l'éparpillement de l'extrême droite wallone entre les différents groupuscules tend à se résorber, du fait notamment de la politique suivie par la social-démocratie que l'on pourrait résumer par la formule «austérité pour les travailleurs, pots de vin et magouilles profitant aux notables du parti».

L'ampleur de la percée de l'extrême droite wallone est bien traduite par ses derniers résultats électoraux. Lors des élections européennes de juin 1994, le Front National (FN) et AGIR ont obtenu ensemble 9,2 % des voix - 7,3 % pour le FN et 1,9 pour AGIR, soit en sièges 1 sur un total de 10 pour le FN. Pour ce qui est des fiefs respectifs, le FN a fait 11,5 % à Bruxelles-ville (il y avait déjà fait élire un député national en 1991 et AGIR a, de son côté, totalisé 4,7 % à Liège. La percée du FN a seulement été générale en Wallonie : il a réalisé 9,5 % dans la province du Hainaut (dont la capitale est Mons) et 8,5 % à Namur. Les estimations sur les prochaines législatives donnent trois sièges au FN.

Pour saisir les raisons de ces résultats, il faut s'arrêter sur l'ampleur du phénomène de crise en Wallonie. Désindustrialisation, chômage massif, surtout dans la jeunesse, avec un Parti socialiste (PS) au gouvernement national, régional et communautaire : il y a donc un discrédit terrible

Karel Dillen président à vie du Vlaams Blok de la gauche. Le PS est plongé jusqu'au cou dans «les affaires de corruption» : le «parrain du PS», le ministre d'Etat André Cools a été abattu par des tueurs en juillet 1991 et l'enquête mène à des cercles maffieux liés au cabinet d'un autre ministre du PS ; des malversations datant de l'achat d'hélicoptères italiens AGUSTA en 1988 ont récemment entraîné la levée de l'immunité parlementaire de trois ministres du PS : l'ancien président du parti et président du gouvernement wallon, Guy Spitaels, le vice-Premier ministre du gouvernement fédéral, Guy Come et un ministre du gouvernement wallon, Guy

Etant donné la perte de crédibilité du «socialisme», le fait que ce même PS venait de faire passer un plan d'austérité le «plan global» pour atteindre les critères de convergence du traité de Maastricht et la corruption généralisée de l'establishement social-démocrate ont fait les choux gras électoraux de l'extrême droite. Le FN et

AGIR en ont profité pour mener une campagne allègrement poujadiste, dénonçant la corruption et les immigrés et les demandeurs d'asile. Les deux formations d'extrême droite sont les bénéficiaires exclusives de la débâcle électorale de la social-démocratie francophone, même si de grosses différences subsistent entre elles.

Frères ennemis

Le Front National se dit belgiciste, royaliste et nationaliste d'Etat. C'est une organisation nostalgique la «grandeur belge» du temps des colonies. Belgicisme oblige, le FN s'appelle en fait

«Front national-Nationalfronten».

En fait, il ne compte pratiquement aucun militant flamand, hormis - vu son programme — quelques fils de familles aristocrates, tel le comte

Thierry de Looz-Corswarem, pour ne citer que lui. Pendant la question royale (11), ses ancêtres se battaient pour un régime autoritaire de droite sous le roi Léopold III. Royalisme, autoritarisme, catholicisme réactionnaire et racisme sont donc les caractéristiques principales du FN.

Le dernier point constitue le trait d'union principal entre Vlaams

Blok, FN et AGIR. Cette dernière formation est surtout basée dans la région de Liège et du Brabant-Wallon (où historiquement il y a une tradition de présence de fascistes francophones, notamment ceux regroupés autour du Westland New

Post). AGIR est un groupe virulemment wallingant (son slogan favori est «les Wallons d'abord»), antibelge et plus «militant» que le FN. AGIR utilise un discours «anti-capitaliste», s'approchant ainsi de courants néo-nazis adeptes de l'idée de la «deuxième révolution» (si chère au chef des Sections d'assaut hitlériennes jusqu'au début des années 30,

8) Il faut rappeler le célèbre exemple du prêtre Daens et de son frère qui - au début du siècle — se sont présentes aux élections avec une liste alternative au parti catholique, pour défendre les intérêts des travailleurs, un combat qui allait de pair avec la bataille pour l'émancipation culturelle et linguistique.

9) Est-il besoin de rappeler «l'exemple» du fasciste Léon

Degrelle, récemment décédé dans son exil espagnol. Issu de courants catholiques réactionnaires, il fait un percée spectaculaire dans les années 30 avec son parti REX et a formé sous l'occupation nazie la brigade Wallonie des

Waffen SS qui s'est battue sur le front de l'Est.

10) C'est malheureusement le cas du publiciste républicain wallon José Fontaine, par ailleurs peu suspect de complaisance envers l'extrême droite.

11) A la fin de la deuxième guerre mondiale, Léopold III roi de la Belgique fut accusé d'avoir collaboré avec l'occupation allemande, des mobilisations en Wallonie le poussèrent finalement à abdiquer.

12) Agir, un programme, une action.

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Ernst Röhm). Mais ce ne sont là que des mots, AGIR, tout en fulminant contre le capital étranger (surtout américain), déclare «ne vouloir absolument pas remettre en cause les idées fondamentales comme la propriété privée» (12). L'acte de candidature au «balayage» de la société civile (et surtout du mouvement ouvrier) au profit de la haute bourgeoisie est un autre point commun entre les trois formations d'extrême droite — même si la principale intéressée ne veut, pour l'instant, pas de ce projet.

Dans son bastion bruxellois, le FN est implanté à travers le Comité de défense des allocataires sociaux (CDAS), distribue des repas chauds pour les gens du «quart monde» et organise des «permanences» dans des bistrots populaires. Le FN a bien entendu son «président à vie», le docteur Daniel Féret, désormais député européen (bien que condamné en 1987 à une année de prison, à une amende de 60 000 francs belges et à une interdiction d'exercer ces droits de citoyen pendant cinq années, pour avoir procuré un faux alibi à un gangster recherché par la police).

Le fait que le parti de Féret (qui continu a être fortement contesté par le pourtant très réactionnaire ordre des médecins pour ses malversations sur le terrain professionnel) a su conquérir la «pole position» de l'extrême droite francophone est également dû a un effort d'unification. Il y a encore quelques années, la bataille faisait rage entre le FN et le Parti des forces nouvelles (PFN). Enfin, après moult procès en justice, la plupart des militants du PFN sont entré au FN, sauf... à Liège. Après une tentative de putsch non réussi au sein du FN, le chef de la branche liégoise du PFN, Robert Destordeur a fondé son propre parti, AGIR.

Le Vlaams Blok et le Front National se détestent cordialement et l'enjeu de leur rivalité est Bruxelles, la capitale de la Belgique. Pour le Vlaams Blok, Bruxelles doit devenir la capitale d'une Flandre indépendante, tandis que pour le FN ce devrait être la capitale d'une Belgique forte et unifiée autour de la couronne. La concurrence à Bruxelles entre les deux formations est telle que le Vlaams Blok va jusqu'à y distribuer des tracts bilingues et à ouvrir ses listes à des candidats francophones. Les deux formations se disputent également la «reconnaissance officielle» du grand frère français (bataille qui tourne largement à l'avantage du Vlaams Blok). Par contre les relations entre le Vlaams Blok et Agir sont des plus amicales. Depuis 1990, Agir est régulièrement invité aux activités du Vlaams Blok. Ainsi, en 1990, Destordeur a pris la parole devant le congrès des jeunes du Vlaams Blok et y a prononcé un discours à la gloire de la Flandre et de la

Wallonie libres (13). L'influence de ces forces sur les idées et les pratiques des politiciens bourgeois et sociaux-démocrates est un autre chapitre - qui dépasse le cadre de cet article. Si tous combattent «le fascisme», certains déclarent qu'il ne s'agit que «de partis comme les autres, qu'il ne faut surtout pas isoler ou stigmatiser, sous peine de renforcer leur succès» (14). Nombreux sont ceux qui reprennent ouvertement les thèmes de ces partis en matière de politique sécuritaire face aux immigrés et aux demandeurs d'asile. Par ailleurs, la loi contre les actes racistes vient d'être renforcé, ainsi que les compétences du centre qui combat les actes racistes et xénophobes. Des premiers procès ont été remportés contre des cadres du Vlaams Blok, de l'ex-PFN entres autres sur la base de leur matériel de propagande... Mais ce n'est certainement pas par la voie de la répression étatique que l'influence de ces partis (et de leurs idées) va disparaître.

Depuis le «dimanche noir», plusieurs initiatives antiracistes et antifascistes de masse ont vu le jour en Belgique. Le score du 12 juin 1994 démontre qu'il ne suffit pourtant pas de se mobiliser sur base de l'antiracisme ou l'antifascisme si, dans le même temps, la politique d'austérité continue, le «plan global» d'austérité est adopté et la mobilisation syndicale se heurte à la complicité entre les appareils

• 25è anniversaire de l'arrivée de l'armée Britannique • Interview de Tony Benn • Intox, services secrets, médias.

nationaux des syndicats et leurs «amis politiques» au gouvernement.

Toute initiative antifasciste doit être couplé à un discours et une pratique militante d'inspiration anticapitaliste. Il faut un changement de cap qui donne priorité aux besoins sociaux de la majorité et il faut construire un pôle de gauche alternatif sur le plan politique pour redonner une crédibilité sous cette identité auprès des gens démunis face à la crise et aux jeunes qui ne voient pas d'avenir. Il faut avec un tel mouvement reconquérir les grandes villes, les quartiers maison par maison s'il le faut. *

Bruxelles, 7 juillet 1994

13) Cité dans Gwenaël Breës, L'Affront National, le nouveau visage de l'extrême droite en Belgique, ed. EPO

/REFLEX, 1991.

14) Le plus notoire porte-parole de cette «tendance» est l'actuel ministre de la défense, le démocrate-chrétien flamand, Leo Delcroix, le poids lourd de la droite du CVP.

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