Inprecor 1974–2004

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ÇA SUFFIT !

Fronde des pays du Sud au FMI

· Inprecor n° 385, novembre 1994 · p. 6 · 685 mots

Économie mondiale

Les dirigeants du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale ont l'habitude de répondre à leurs critiques à l'aide d'un argument passe-partout: nous ne sommes pour rien dans les difficultés des pays du Tiers monde, et, sans notre intervention, cela aurait été bien pire. C'est un argument formellement imparable, puisque personne n'est en mesure de raconter ce qui se serait passé si ces deux institutions n'avaient pas été en mesure d'imposer les politiques dites d'ajustement structurel. Maxime DURAND

C et argument du mépris est

l'arme classique de ceux qui ont le pouvoir : il n'y a qu'une façon de faire, et c'est évidemment la nôtre, tout le reste n'est qu'utopie et irresponsabilité.

Par rapport à ce genre de position, la manière dont la récente réunion du FMI s'est déroulée à Madrid a introduit une nouveauté importante, qui renforce l'impact de la campagne «50 ans, ça suffit» en faisant clairement apparaître l'existence de choix très concrets, et cela de l'intérieur même de la forteresse FMI. La conférence a en effet coincé sur le problème de l'allocation des droits de tirage spéciaux (DTS). Les DTS sont des crédits émis par le FMI, qui représentent une sorte de monnaie internationale. Les précédentes allocations ont eu lieu il y a longtemps (1970, 1978, 1981) dans un contexte monétaire international bien différent où elles avaient pour fonction d'injecter un peu de liquidités sur le marché mondial. Il s'agissait cette fois d'émettre une nouvelle tranche de 36 milliards de dollars, principalement destinés aux pays du

Sud et de l'Est, dont beaucoup sont des adhérents récents du FMI. Tel était en tout cas le projet, pas vraiment révolutionnaire,

• ÇA SUFFT !! du directeur général du FMI, puisque ces 36 milliards de dollars représentent moins de 3 % de la dette totale des pays du Sud et de l'Est. Mais c'était encore trop pour les apôtres du libéralisme ! Les représentants au FMI de l'Allemagne, des EtatsUnis et de la Grande-Bretagne, auxquels s'est ralliée la France («par réalisme» , pour reprendre les termes du ministre français des Finances), se sont opposés à l'émission de liquidités supplémentaires, en raison du risque supposé de relance de l'inflation que cela pouvait comporter.

Cela en dit long sur la volonté réelle des gouvernements des pays impérialistes d'assurer les conditions d'une relance coordonnée de l'économie mondiale, où les pays dits en voie de développement pourraient trouver une place plus satisfaisante. Tout cela n'est bon qu'à distraire les opinions publiques en faisant preuve d'humanitarisme. Lorsqu'ils se trouvent au pied du mur, en face de décisions concrètes, les représentants des bourgeoisies jettent le masque de la solidarité et se montrent sous leur vrai jour. Cela va même plus loin qu'une simple question de gros sous, les sommes en jeu étant encore une fois minimes à l'échelle de la planète. Ce que l'on voit apparaître, ce sont des postulats idéologiques et économiques

QU'EST-CE QU'ILS • VONT ENCORE TROUVER COMME PRETEXTE, AUJOURD'HUi ? MEXICO Joc

FMi

d'une inconcevable rigidité. Tous ces penseurs qui aiment tant vanter les mérites de la flexibilité sont eux-mêmes soumis à des dogmes intangibles : comme si le problème aujourd'hui était le risque d'inflation !

Un doute qui plane

Cette myopie est révélatrice parce qu'elle réduit à néant les espoirs ou plutôt les illusions ridicules sur la capacité des grandes puissances à mettre en oeuvre un nouveau «plan Marshall» à l'échelle mondiale. Non seulement elles en sont incapables, mais on peut y compris dire que leur aveuglement monétariste les conduit à mener une politique qui va à l'encontre de leurs propres intérêts. Qu'un expert comme Jeffrey Sachs, fameux pour son intransigeance antisociale, en vienne à demander au FMI qu'il «cesse de s'occuper de la transition à l'Est» et à déplorer qu'il n'existe «aucune institution globale qui assure le contrôle» du système financier international, c'est bien le signe que la politique du FMI a dérapé dans une défense cynique et contre-productive de la domination des grands pays impérialistes.

Le résultat positif de cette politique est que les pays du Sud ont réalisé un front commun relativement imprévu qui a

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