Inprecor 1974–2004

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LES NOTRES

Raymond Molinier : Une vie militante

· Inprecor n° 386, décembre 1994 · p. 11 · 1 003 mots

France IVe Internationale Argentine et Chili

Raymond Molinier, qui vient de mourir le 30 octobre dernier était né en janvier 1904 à Paris d'une famille de condition modeste. En 1922 il adhère a la jeunesse communiste; un an plus tard, il devient secrétaire adjoint dans une section parisienne du Parti communiste français (PCF). En mai 1924, il est exclu pour trois ans, puis réintégré en 1928 alors qu'il était déjà en relation avec des groupes d'opposition. En 1929, Raymond est l'un des premiers militants à se rendre en Turquie pour établir des liens avec Léon Trotsky qui venait d'être expulsé d'URSS. Dans la même année il signe avec d'autres communistes français, dont Pierre Frank et Alfred Rosmer, l'appel pour la publication d'un journal oppositionnel La Vérité. Expulsé du Parti communiste français, il est en 1930 parmi les initiateurs de la Ligue communiste, et en assume le poste de secrétaire pour la region parisienne. Il s'engage alors dans la construction du mouvement trotskiste international, en se rendant, en Grèce, en Hongrie, en Belgique, en Espagne et en Autriche. En 1934-1935 il siège dans des instances internationales de la nouvelle internationale en formation. En 1934, il soutient l'orientation prônée par Trotsky, sur l'entrée des trotskistes dans les Partis socialistes. Dès l'adoption de cette ligne, il devient le porte-parole de la tendance trotskiste dans la SFIO, dénommée Groupe bolchevik-léniniste

En 1935 les trotskistes sont exclus de la SFIO. Raymond Molinier, en collaboration avec Pierre Frank, prend alors l'initiative de fonder l'hebdomadaire La Commune visant à regrouper des militants révolutionnaire provenant de formations différentes. Cela conduit à la rupture avec Trotsky.

En 1936, l'organisation fondée par Molinier et Frank prend le nom de Parti communiste internationaliste (PCI), avant de disparaître deux ans plus tard à la suite de l'entrée de ses membres, à l'exception de ses deux principaux dirigeants, dans le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert.

En 1939 Molinier quitte la France pour la Belgique, puis Lisbonne où il aide des militants trotskistes européens à se réfugier aux Etats-Unis.

En 1941 il part pour le Brésil, et gagne l'Argentine. C'est dans ce pays qu'il a passé de longues années de sa vie militante avant de rentrer en France en 1977. Au début des années 1960 il avait rétabli un lien organisationnel avec la Quatrième internationale, en accomplissant par la suite des tâches courageuses en relation avec des organisations révolutionnaires dont, en premier lieu, des organisations argentines. Avant de mourir à Barcelone, il s'était rendu à nouveau en Argentine dans l'espoir de pouvoir accomplir encore une fois des tâches utiles pour le mouvement malgré la détérioration croissante de sa santé.

Si on veut avoir une idée du rôle joué par Raymond Molinier dans l'histoire du mouvement trotskiste international, on peut partir pour les années 1930 de l'index des noms des vingt-quatre volumes des cvres de Léon Trotsky, où son nom est parmi les plus cités, et pour l'après guerre, des écrits divers d'organisations révolutionnaires d'Amérique Latine, membres ou non de la Quatrième internationale (écrits qu'il faudra un jour répertorier systématiquement). Personnellement, nous pourrions témoigner de liens multiples que nous avons eu avec Mouliner à partir d'un séjour en Argentine en octobre 1962 jusqu'a la dernière période de son activité en France.

Raymond Molinier fut dans notre mouvement et plus généralement dans le mouvement ouvrier un personnage très contesté, un personnage dont le moins qu'on puisse dire est qu'il était peu banal !

Ce fut fondamentalement un homme d'action, qui a toujours agi dans l'intérêt de la cause qui fut la sienne, sans la moindre ambition personnelle et en assumant toujours la responsabilité de ce qu'il faisait avec les risques qui en découlaient.

Notre appréciation rejoint celle exprimée par deux historiens comme Isaac Deutscher et Pierre Broué, qui en tant que biographes de Léon Trotsky, ont dû s'intéresser aux activités de Raymond Molinier. Deutscher oppose Pierre Naville et Raymond Moliner : Naville «possédait une formation théorique de marxiste, mais il avait peu d'expérience politique et pratiquement aucun lien avec le mouvement ouvrier. Molinier, au contraire, était un activiste, entreprenant et plein d'énergie, tout à fait à son aise dans le mouvement, mais guère scrupuleux dans le choix des fins et des moyens et plutôt mal dégrossi intellectuellement» (Isaac Deutscher, vol. 5, p. 79-80). Trotsky selon Deutscher, tout en connaissant les limites de Moliner, semblait avoir plus confiance en lui qu'en Naville dans la mesure où «la verve de l'homme, son don d'invention, son courage, le captivaient, car c'était là des qualités auxquelles il attachait généralement le plus grand prix chez ses partisans» (Isaac Deutscher, vol. 5, p. 83).

Trotsky a fermement dénoncé les attitudes de Raymond Molinier qu'il considérait fractionnelles et inadmissibles. Ainsi : «Molinier reste fidèle à sa conception aventuriste de l'activité révolutionnaire. Puisque la situation objective exige un journal de masse, et puisque l'organisation n'est pas encore capable de le créer, Molinier veut "brasser l'affaire" par-dessous la tête de l'organisation» (Œuvres, vol. 10, p. 112). Mais il n'a jamais remis en cause la motivation désintéressée et militante de Raymond, qu'il avait toujours en tête de regagner au mouvement. En 1944, c'est le même jugement qui a prévalu lorsque notre mouvement en France a décidé que Molinier pouvait être réintégré, s'il le voulait.

Pour résumer, on peut dire que les trois qualités essentielles de Raymond Molinier étaient la ténacité indomptable de ses convictions, maintenues à travers les épreuves les plus dramatiques, son intarissable esprit militant, son désintéressement sans faille et sa générosité. A ce sujet, qu'il me soit permis d'évoquer un souvenir personnel. Au début des années 1970, je fi avec lui un voyage à Santiago du Chili en Argentine, alors sous une dictature militaire.

Au moment du contrôle de la police frontalière, Raymond m'arracha ma serviette et la prit avec lui pour m'éviter des ennuis éventuels. Pourtant, j'avais des papiers en règle et comme citoyen italien je ne courais pas de risques excessifs, alors que lui était depuis des années dans lillégalité. Je n'ai jamais oublie ce réflexe fraternel.

LivIo MAITAN

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